lundi 8 octobre 2007

KAPOS B-12 730... entre vérité et mensonge?


Par un dimanche lancinant (ou hier soir... pour être plus pragmatique), je me suis dirigé vers le Centre National d'Exposition à Jonquière pour assister à une représentation (intimiste!) du Théâtre C.R.I.: Kapos B12 730. Spectacle fascinant en ce qui a trait aux images, troublant dans son processus de création et sa réception par le public...

Mais, ne sautons pas d'étapes!

KAPOS B12 730 se veut être, selon le mot du metteur en scène,
une exploration, un jeu de la vérité et du mensonge. Chercher en nous ces prisons qui nous empêchent d'avancer, de réaliser que cette quête de liberté est une chose innée et que l'humain, dans une mécanique qu'on pourrait dire stéréotypée, ne peut s'empêcher de toujours avoir comme objectif ultime d'atteindre cet état ou ce sentiment libérateur.
Il faut dire, tout d'abord, que cette exploration, cette quête de liberté, cette recherche de ce sentiment libérateur, cette création est née d'une façon plutôt radicale: l'incarcération (psychologique surtout!) des acteurs. C'est en quelques sortes un déni de la liberté créatrice. C'est une emprise quasi absolue des concepteurs sur le processus. L'ouverture des comédiens, le dépassement de leurs limites, de leurs prisons intérieures n'est pas un cheminement mais plutôt un résultat tyrannique. Du principe de vérité et mensonge, la limite est mince pour en arriver à celui plus pervers (et ô combien plus troublant!) de manipulation et cruauté... Cette dénaturation du processus créateur s'est avérée (du moins selon l'expérience de spectateur vécue lors des Nuits de la Culture) être d'une force surprenante: assis dans la salle, devant cet abus de contrôle, il n'est d'autre choix que de se positionner soit en tant que complice de l'un, les concepteurs, ou de l'autre, les comédiens... Le malaise s'installe... Le pression s'accentue... et l'Art agit.

Ainsi naquit le spectacle KAPOS B-12 730...

Un environnement stylisé conçu par Cindy Dumais, tout en blanc et orange, s'intègre à l'architecture du lieu (salle de répétition) selon la pratique habituelle de l'artiste. L'effet est plutôt réussi et permet le mariage entre l'aire de jeu et la verticalité de l'endroit (la mezzanine). Divers objets jonchent le sol et les airs (grâce à la corde à linge!)... L'immense mur gris qui sert de mur de fond devient également support à la projection d'images vidéos. Alexandre Nadeau a éclairé adroitement et judicieusement le tout, mettant en relief cet espace multifonctionnel...

Qu'est-ce que ce lieu créé? Une prison? Si on se fie au texte, oui. Mais le déroulement de l'intrigue (parce qu'intrigue il y a), nous présente le tout plus comme un laboratoire... à l'instar des expériences humaines en contexte carcéral réalisées dans les années 60-70 (expérience de Stantford, expérience de Milgram).

KAPOS B-12 730 enligne plusieurs tableaux, d'une force visuelle constante. Drôles. Énigmatiques parfois. Touchants (d'ailleurs, mention spéciale pour Alexandre Larouche dans la scène que vous reconnaîtrez sans doute). Questionnants.

Parce que oui, de ce qui est annoncé dans le programme, on passe à un autre niveau (tout aussi intéressant): les questions d'éthiques, de pouvoir et de manipulations. Avec l'entrée en scène des comédiens (qui - mises à part peut-être leur voix factices et leur démarche forcée qui étrangement caractérisent ces personnages que l'on veut réduit à de simples numéros - tirent fort bien leur épingle du jeu!), s'instaure une micro-société régit par des règles, des lois, et un Pouvoir absolu invisible mais omniprésent. Un Pouvoir en lequel est concentrée l'avenir de celle-ci. Un pas de plus et nous voilà en plein 1984 de Georges Orwell et de son Big Brother.

Sommes-nous ici face à une quête de liberté ou du moins, d'un sentiment de libération? Pas certain. Le jeu de dépassement des limites, de l'affranchissement des prisons intérieures semblent englouties par le jeu de la manipulation de l'autre, la perversion du contrôle (lors, entre autres, de la prise de pouvoir de chacun des kapos) et l'état d'asservissement de l'être... Le message que je retiens de ce spectacle est que les prisons intérieures ne sont qu'un infime reflet des toutes les prisons extérieures qui nous contraignent... Ce message semble, par ailleurs amplifié par la finale moralisatrice de cette heure et quart éminemment théâtrale.

KAPOS B-12 730 vaut franchement le détour... pour voir... pour encourager le CRI et soutenir l'importance de ce théâtre au Saguenay... et pour se faire sa propre opinion!... parce que ceci est la mienne et elle n'a pas a encouragé ou décourager les gens... :)

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