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jeudi 27 août 2020

De retour au Moyen Âge!

Ce matin, je reprends le chemin des vraies répétitions!

Et c'est sur un matériel dramaturgique que j'apprécie beaucoup que ce retour se fera! Pour l'occasion, pour le projet en question, je travaillerai sur La Confession Margot, un texte anonyme daté du début du XVIe siècle. Cette (relative) courte farce médiévale réunit des éléments récurrents du genre: la parodie du curé, la confession naïve, le mélange d'obscénité et de lubricité! Le sujet: la luxure péché mortel!

Le Margot du titre serait le nom du personnage... mais serait également le diminutif de Marguerite, nom donné, semble-t-il, aux personnages féminins de moeurs légères. Ca donne le ton... 

C'est cru. C'est osé. C'est drôle. 

Un travail de présence. De rythme. De respirations et de sens du punch

Il est toujours étonnant de revenir à ces pièces comiques du Moyen Âge pour mesurer, au final, le peu de décalage entre ces univers déjantés, permissifs, disgressifs... et le monde de l'humour et de la comédie d'aujourd'hui!

vendredi 10 avril 2020

Au temps des mystères...

En ce Vendredi Saint, voici deux tableaux illustrant les plus grandes scènes de la Passion du Christ, sujet de prédilection de ces spectacles à grand déploiement qu'on appelait les mistères (qui s'ortographierait mystères un peu plus tard):

Le mistère de la Passion, 1547


C'est là un sujet théâtral si important que Michel Corvin, dans son Dictionnaire encyclopédique du théâtre, en fait une entrée distinctive:

Mystère de la Passion: C'est le mystère par excellence. Juxtaposant blagues triviales et théologie raffinée, la Passion déroule l'histoire du Christ comme un immense livre d'images.

Les premières Passions datent du début du XIVe siècle (Passion du Palatinus). Il est peu probable qu'elles proviennent du drame liturgique, qui traite très rarement de la Passion. La source en serait plutôt des narrations de jongleurs (surtout la Passion des jongleurs), remaniées et réarrangées par des confréries pour dire à plusieurs ce qui était initialement le texte d'un seul. De taille moyenne au XIVe siècle (4 500 vers pour la Passion du manuscrit de sainte Geneviève), elle grandit ensuite démesurément: 25 000 vers pour celle de Mercadé (dite Passion d'Arras, vers 1440), 35 000 pour celle de Gréban (vers 1450), ensuite augmentée des ''additions et corrections'' de Jean Michel (1486). Cette dernière version (jusqu'à 65 000 vers) servira désormais de base aux représentations. De tels chiffres montrent bien l'ambition de la Passion d'être une somme: son espace, c'est l'univers et l'on y va en quelques pas de Rome à Jérusalem; sa durée, c'est l'histoire du monde depuis sa création; son contenu, c'est le seul événement fondamental pour un chrétien: la mot de Jésus rachetant le péché originel.

Que l'on n'imagine pas pour autant des oeuvres d'un sérieux réfrigérant: les auteurs font volontiers place aux plaisanteries de bergers, à la ''mondanité'' de Marie-Madeleine, au rire gras des bourreaux ou aux insultes des diables. Il y a dans ces Passions tout une humanité grouillante, fort semblable à celle des retables peints ou sculptés à l'époque. Les bourreaux, notamment, y ont un rôle de premier plan: clowns sadiques, ils dominent l'action pendant des heures entières. Moins pour distraire le populaire (comme on l'a trop dit) que parce qu'ils sont indispensables à la pédagogie théâtrale de l'oeuvre: il faut que le spectateurs ressente une trouble attirance pour ces tortionnaires drôles et rie avec eux pour se repentir ensuite d'avoir ri et se sentir pleinement pécheur, indigne de la rédemption et cependant sauvé par le Christ. Les autres personnages, surtout ceux de premier plan, n'ont malheureusement pas le même relief: hormis quelques beaux passages (les lamentations de Marie chez Gréban, par exemple), le Christ et les apôtres ont un texte explicatif et descriptif, souvent délayé et insipide. Il serait cependant injuste de  juger selon nos critères littéraires de vers qui n'ont été écrits que pour la représentation, soutenus qu'ils étaient alors par la musique et le clinquant des effets visuels.

Pour terminer, voici un lien menant vers ladite version  d'Arnoul Gréban (1420-1470) du Mystère de la Passion, celle d'Arnoul Gréban (1420-1470) écrite vers le début du XVe siècle (avant 1452, selon les spécialistes).

vendredi 8 juillet 2016

Les Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Chaque farce de cette production est précédée d'une petite lecture amenant le sujet. Il s'agit d'un sermon joyeux... des textes monologiques écrits à la même époque (au XVième siècle) raillant le clergé, parodiant les cérémonies religieuses et s'attardant sur divers sujets de la vie comédienne. (Il existe, par ailleurs, toute une tradition médiévale de monologues tous plus comiques les uns que les autres!)

Le ton en est donné: ironie, sarcasme, grivoiserie.

En voici une description concrète (vive Wikipédia):

Le sermon joyeux médiéval est un texte en latin et en vieux français, rédigé en octosyllabes à rimes plates, d'environ 250 vers en moyenne. On y trouve de nombreux calembours et jeux de mots.

Les structures sont diverses selon l'occasion et si le sermon est hagiographique ou pas. On retrouve dans le sermon joyeux des éléments de la rhétorique sacrée comme (dans l'ordre) :

le Thema → présente le sujet par une citation biblique. Le prédicateur invoque parfois une autorité réelle ou imaginaire.
le Pro-themata → demande de silence, parfois seconde citation biblique, demande à boire où allusion à un toast : l'acteur avale quelques rasades de vin.
la divisio → annonce du plan
la partium declaratio → Présentation des parties du sermon
la probatio → la preuve avancée pour les significations données aux parties du thema
la similitudo → la comparaison par une parabole comme on en trouve dans la Bible
l'exemplum → un exemple (rôle illustratif ou plus dominant)
la conclusion qui résume la fausse morale du sermon
l'exhortation (à boire par exemple)
Le monitio → recommandation, prière, demande de quête pour payer l'acteur, ou demande de « pardon » fantaisiste s'adressant à une fausse institution.

Le sermon est en grande partie un monologue, mais comprend toutefois des altercationes : parties qui interpellent le spectateur directement. Exemple : «Escoutez, m'amye! » (dans le sermon de Saint Velu)

Les trois courts textes lus - en fait, ce ne sont là que des extraits - dans le spectacle du Théâtre 100 Masques proviennent du même Sermon: Le Sermon joyeux des iiii vents.

lundi 4 juillet 2016

«Les Farces médiévales» [Carnet de mise en scène]

Photographie: Alexandre Nadeau

Ça y est... c'est aujourd'hui jour de générale... que les comédiens considèrent comme une première parce que public il y aura. Et pourtant...

L'échéance n'est pas aujourd'hui.

C'est là l'ultime répétition, même avec des spectateurs. Le dernier moment de préparation même avec des regards tournés vers la scène. Le terme d'un travail amorcé il y a quelques mois, en vase clos.

Dans cinq heures (soit à 20h30), les comédiens fouleront les planches. Les premières réactions se feront entendre... permettant les ajustements de dernière minute d'ici demain. Puis viendra la mise en place des saluts... comme un point final sur un chapitre qui se termine. 

Le travail de représentation pourra maintenant commencer. Mais pas avant.


vendredi 24 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]

Les jours passent...

Bien que quelques répétitions sont encore au programme de mes activités régulières, mon attention et mes énergies se déploient surtout pour l'entrée en salle qui se fera lundi, le 27 juin. 

D'ici là, la place est aux marteaux, perceuses, pinceaux et technique. Car j'aime bien mettre un peu de côté la mise en scène et m'occuper activement des décors et accessoires, toucher la matière. Participer à la réalisation de l'espace et répondre aux exigences de la scène, de la construction, à mesure qu'elles se présentent.

C'est la partie du travail où l'ensemble est à portée de main... mais en pièces détachées! C'est la partie du travail où il est un peu ardu de prioriser les dossiers, les besoins, les urgences... Tout s'emmêle et se confond.

En même temps, dans une production de ce type, l'apport esthétique n'occupe qu'une mince part du labeur. L'essentiel reste le texte, les comédiens, leur jeu.


mercredi 22 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]




   
Voici quelques notes générales données aux comédiens suite aux répétitions des derniers jours… des notes qui vaudront pour l'ensemble des ultimes répétitions (il en reste officiellement six incluant les deux générales) et des représentations. 

DU PUBLIC 
  • Je n'insisterai jamais assez sur cet élément: la farce est un genre théâtral éminemment public. C'est du burlesque avant la lettre. C'est fait pour faire rire. Pour atteindre rapidement le spectateur. 
  • Du coup, méfiez-vous de jouer vos personnages de façon trop psychologique, de fermer l'univers dramatique à la seule petite histoire alors que l'ouverture vers la salle doit être omniprésente. Vous devez jouer avec la salle. Écouter la salle. Cultiver la salle. C'est sa complicité que vous devez chercher et travailler.
  • Votre principal partenaire de jeu doit être le public. Plus que bien d'autres types de pièces de théâtre. 
DE LA COMPRÉHENSION DES ENJEUX
  • C'est toujours un peu étrange d'y revenir, mais relisez bien vos textes et portez bien attention à ce que vous dites. Car à force de répéter, il arrive qu'on prenne pour acquis certaines phrases, certaines actions qui demanderaient plus d'attention pour celui qui écoute la pièce pour la première fois.
  • Portez une attention particulière aux débuts des scènes et à la fin de celles-ci pour bien dessiner la situation. Attention de ne pas les escamoter. 
DE L'ESPACE 
  • Vous jouez dans un espace qui rappelle les tréteaux (aire de jeu étroite coupée par des rideaux). Il demande que vous en preniez conscience et que vous agissiez avec théâtralité.
  • Il vous appartient de bien maîtriser ce lieu scénique et de bien intégrer la dynamique qu'il impose. Il vous faut comprendre les zones de chaque pièce et les zones dans les pièces elles-mêmes, comprendre comment faire les déplacements et les mouvements pour contrer l'impression de petitesse.
DES ACCESSOIRES 
  • C'est un peu cliché… mais les accessoires doivent être comme des prolongements du corps. Ils ne peuvent être utilisés avec indifférence.
  • Qu'il s'agisse des manteaux de laine, du pâté, de l'étal, du balai, du banc, du parchemin, de la plume, du drap, etc., il faut que l'objet/accessoire ait de la présence… voire même du caractère. 
  • C'est d'autant plus important, dans les farces, qu'il n'y a pas de scénographie à proprement parlé. 
DES COSTUMES 
  • Un peu comme le point précédent, il faut que les costumes acquièrent une présence, qu'ils collaborent aux personnages. 
DU TON 
  • Depuis le début, il a été convenu, pour rapprocher les farces de leur contexte «populaire», que vous deviez amener le texte à une langue elle aussi «populaire». Plus vous vous mettez ces vers en bouche et le plus c'est efficace. 
  • Attention par contre de ne pas exagérer les syllabes et entraver ainsi la compréhension des mots. 
DU RYTHME
  • L'un de vos principaux outils dans les farces est le rythme. Vous devez savoir jouer avec lui… et c'est de la conjugaison des pauses, des ralentis, des accélérations, des chuchotements, des cris, des ruptures que le rythme s'imposera. 
  • En aucun cas le rythme se confond avec la précipitation.
  • Le rythme est multiple. Il y a le rythme général de la pièce. Le rythme de chaque situation. Le rythme de chaque personnage. Le rythme de chaque réplique. 
  • Pour bien soutenir le rythme, il n'y a que trois choses: le travail personnel, la concentration et l'écoute. L'attention doit être sans faille. 
  • Dans ces farces, c'est l'un des éléments capitaux, l'un des éléments qui fait parfois le plus défaut. 
DE LA FOLIE
  • Ces trois textes demandent à être portés par une énergie vive (sans être précipitée!), dynamique… voire même par une certaine folie! La moindre hésitation, le moindre relâchement paraît et nuit au bon déroulement de la suite.
  • La farce, c'est du théâtre de transgression. Du théâtre de défoulement qui se permet de rire de tout. C'est du théâtre comique. Du théâtre d'ironie. Du théâtre comme un grand éclat de rire.





samedi 18 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Le Combat de carnaval et de carême, Pieter Brueghel (1559)

Avec les farces, nous pénétrons dans le monde non officiel de la société médiévale; le théâtre des mystères, lié aux couches supérieures de la cité, n'est pas le théâtre populaire que l'on dépeint parfois aujourd'hui. Le théâtre populaire est le théâtre des farces, lui seul appartient aux couches «inférieures» de la population, constamment absentes de l'histoire. De ce fait, il nous propose une image unique de la configuration idéologique d'une collectivité qui a conscience d'elle-même lors des grands rassemblements de la foire ou du carnaval. [...] La farce a essayé d'étendre au-delà de ces jours de festivités autorisées le domaine de la liberté. Mais, à l'image même de ceux auxquels elle s'adresse, elle ne colporte pas une conscience politique des problèmes sociaux en cause. [...] Ce théâtre populaire n'a jamais visé les rassemblements gigantesques des mystères, il agissait par de multiples foyers, se donnant lui-même ses auteurs et ses acteurs. Il n'était pas question de faire oeuvre d'art, mais de donner lieu à un rire profanateur et fécond, porteur d'éléments d'origine lointaine dont les vertus et les modes n'étaient parfois plus perçus, mais dont l'effet libérateur était toujours obscurément et viscéralement senti.

C'est là un autre extrait fort éclairant (sur la farce médiévale, son public cible et ses visées) tiré de l'ouvrage de l'éminent spécialiste Michel Rousse, La scène et les tréteaux - Le théâtre de la farce au Moyen Âge, publié chez Paradigme en 2004.

Le rapprochement est un peu simpliste et pourtant... la farce est au mystère ce que le burlesque québécois (et le théâtre de variétés) est au théâtre d'ici: les thèmes se ressemblent... de même que les schémas dramatiques, les punchs, les archétypes et le type de jeux de scène. Oui. Du burlesque... six siècles avant le temps.

jeudi 16 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Hier, nous avons participé à la conférence de presse tenue par La Pulperie/Le Musée régional qui présentait ses activités estivales. C'est donc à ce titre que le Théâtre 100 Masques y était pour donner un bref aperçu de ce spectacle à venir. Pour l'occasion, les comédiens (sur la photo: Sophie Larouche, Gervais Arcand, Mélanie Potvin et Éric Chalifour) ont donné un petit extrait de La Farce du Pâté et de la Tarte

Le cadre du Jardins des vestiges est enchanteur, c'en est presque cliché! Et entendre un bout d'une farce médiévale dans cet espace grandiose est fort intéressant. Et il n'en faudrait pas beaucoup plus pour rêver de faire un spectacle extérieur... n'eût été des chaotiques conditions météorologiques de notre coin de pays...

En attendant la première (qui d'ici là verra encore 5 blocs de répétitions, une entrée en salle, une technique et deux générales), voici ce qu'on en a dit:

De drôles de personnages à la Pulperie (Daniel Côté, Le Quotidien).

mercredi 8 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Retour en salle de répétitions, aujourd'hui, pour un autre bloc de trois jours... Ça va vite. Il ne reste plus, avant les générales, que 10 rencontres (ce n'est que pour mettre un peu de pression parce que ça représente encore la moitié du temps imparti!)... soit environ 35 heures.

L'ensemble se précise de plus en plus et maintenant que les grandes lignes sont définies, il faut continuer à chercher la consolidation du texte (car c'est très difficile d'aborder ce type de théâtre avec une brochure à la main ou une mémorisation déficiente), l'efficacité scénique, le bon rythme (c'est souvent là le point d'achoppement dans les enchaînement.

Comme la même équipe de comédiens est impliqués dans chacune des trois farces, il faut aussi chercher à bien caractériser les personnages, varier les interprétations.

Nous ferons, cette semaine, le premier vrai enchaînement du tout.


samedi 4 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]

Billet éminemment théorique... et schématique! Voici ma demande aux comédiens comme type(s) de jeu(x) dans ces farces médiévales. Ça semble aller de soi... mais pour atteindre ces trois états, ça demande bien du travail car l'un ne va pas sans l'autre et c'est dans ce triumvirat que s'acquiert l'efficacité scénique.


mercredi 1 juin 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Nous entreprenons, aujourd'hui, un nouveau bloc de répétitions.

Les trois farces sont maintenant placées dans une première ébauche de mise en scène. Le tout est, bien sûr, grossièrement défini. Une esquisse.

Le tâtonnement dans l'espace, la fragilité du texte et le manque d'assurance remplacent, pour le moment, la théâtralité et l'aisance. Maintenant, il faut poursuivre dans la recherche des personnages, dans la quête de la précision (des intentions, des réactions, des gestes et des mouvements), dans l'exploration des possibilités scéniques.

Les écueils sont les mêmes que dans bien des comédies: le sacro-saint rythme (la ligne est si mince entre le trop vite et le trop lent, entre la bonne réaction et la mauvaise) et l'engagement (souvent avec réticence) dans le ridicule du personnage...

C'est un peu comme un gâteau d'anniversaire: la base est faite... maintenant, il reste à rendre le tout attrayant, surprenant, amusant! Et aussi, trouver comment l'enchaînement de ces trois textes pourra se faire! Mais une chose à la fois...

(Pendant ce temps, les costumes arrivent morceau par morceau et les accessoires sortent peu à peu de l'atelier!)

jeudi 26 mai 2016

Farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Aujourd'hui et demain, nous entamons le travail de mise en scène sur La Farce du Cuvier... considérée comme l'un des chefs-d'oeuvre du genre... elle aussi d'auteur anonyme, écrite autour de 1420... 

Toute simple - sur le sempiternel mode de l'arroseur arrosé - elle présente un trio de personnages archétypaux: l'homme soumis, son épouse dominante ainsi que sa belle-mère acariâtre! Des personnages qui  peupleront bien des comédies jusqu'à aujourd'hui! 

Dans ces farces, ce sont manifestement les femmes qui portent les culottes... les maris - benêts à souhait! - étant trop occupés à boire, à paresser ou à jeter un oeil du côté du voisin ou - surtout! - de la voisine! 

Toujours est-il que dans cette histoire, le pauvre est accablé par un duo féminin qui n'a de cesse que de l'écraser sous le poids des tâches domestiques. Une exagération - parce que le tout va jusque là! - qui devait bien faire rire à son époque! Puis un accident renverse la situation sans que l'homme ait à se défendre... et le pouvoir passe de l'une à l'autre... Rira bien qui rira le dernier. 



jeudi 19 mai 2016

Trio de farces médiévales [Carnet de mise en scène]



J'aurais très bien pu titrer ce billet Le vent de la discorde... car c'est bien ce dont il s'agira aujourd'hui alors que nous nous attaquerons à la troisième de nos pièces médiévales, la Farce nouvelle et fort joyeuse du pet (elle aussi écrite dans la première moitié du XVième siècle).

Alors qu'un couple - Hubert et sa femme - s'acharne, dans un grand effort, à déplacer un ballot, un pet se fait entendre et empuantit la maison. Il n'en faut pas plus pour que le ménage vacille. Heureusement, coïncidence!, passe par là un avocat en quête d'une cause. Dès lors que le procès est instruit, le vent devient tempête. 

Comme le disait Michel Rousse, éminent spécialiste du théâtre du Moyen Âge, il n'est pas question de faire oeuvre d'art, mais de donner lieu à un rire profanateur

Ce texte n'est pas très long avec environ 300 vers (bien que notre version s'appuie sur une transcription en français moderne qui ne s'est pas trop préoccupée de cette caractéristique) et est une bonne illustration du ton commun aux farces de l'époque, un ton licencieux, malicieux, vaguement obscène, axé sur le bas du corps... de ce bas du corps qui, loin d'être sacralisé, est profondément charnel et utilitaire... dans tous les sens du terme.

Car le ressort comique de cette pièce réside en ce fait précis que, de l'objet de litige, on en vient rapidement à des considérations sexuelles. Et c'est comme ça que derrière les circonvolutions odoriférantes de ces discours surgissent de grandes vérités conjugales... beaucoup trop grandes pour les personnages! Qu'en sera-t-il pour les spectateurs?
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Par ailleurs... et pour rester dans le même thème... voici un petit article paru il y a quelques semaines dans différents médias un peu partout dans le monde, Péter chez autrui, est-ce un délit? qui prouve bien, encore une fois, que plus ça change...

samedi 7 mai 2016

Trio de farces médiévales [Carnet de mise en scène]


Aujourd'hui, nous entamons la véritable mise en scène de la première des trois farces au programme: La Farce du Pâté et de la Tarte. La plus longue (peut-être un peu plus qu'une demie-heure)... écrite (auteur anonyme), selon les spécialistes, autour de 1420-1422. 

Quatre personnages s'entrecroisent: le pâtissier (Gervais Arcand) et son épouse (Sophie Larouche), pétris de radineries et de suspicions... et un couple de mendiant rusés (Eric Chalifour et Mélanie Potvin) qui voient leur chance tourner à leur désavantage. 

Une farce classique dans son écriture, avec, en prime, une bastonnade en bonne et due forme! Une farce assez proche, dans le thème, de la Farce de Maître Pathelin.

Le rythme est rapide. Les scènes sont nombreuses (il y en a 16!). Il y a là tout un travail scénique à faire pour que le tout s'enchaîne de façon cohérente, fluide, efficace. Et surtout, drôle!

jeudi 21 avril 2016

«Les farces médiévales» [Carnet de mise en scène]



C'est là la maquette de l'espace à venir de la prochaine production estivale du Théâtre 100 Masques: une évocation d'un tréteau de bois... caractéristique de la farce au Moyen-Âge. 

Un espace étroit, surélevé... avec un grand rideau peint (sur la maquette, il est neutre) qui agira en séparateur des différents lieux fictifs. 

Un espace qui n'a pas à porter le poids d'une fonction représentative.

Un espace somme toute simpliste, qui doit laisser toute la place au jeu des comédiens, aux accessoires choisis, à la parole et, surtout, aux costumes (véritables éléments esthétiques du projet!) de Mélanie Potvin.

(Le logo de la compagnie qui trône sur la structure sera en bois sculpté. Le devant de la scène, lui, sera habillé - probablement de fanions rouges comme sur la maquette - selon ce que l'ensemble donnera en vrai.)

samedi 16 avril 2016

«Les farces médiévales» [Carnet de mise en scène]


La farce, au Moyen Âge (principalement entre le XIIe et le XVIe siècle), se développera et définira peu à peu ses grandes caractéristiques qui se retrouveront de l'une à l'autre.

Ces principales caractéristiques (qui se retrouvent dans les trois farces choisies pour la production estivale du Théâtre 100 Masques) sont les suivantes:

  • La forme est fixée: versification octosyllabique, brièveté (entre 200 et 500 vers... à part quelques exceptions comme La farce de Maître Pathelin qui en enligne 1500), peu de personnages.
  • La farce ne se gêne pas pour faire intervenir grossièreté et obscénité... c'est un espace de liberté et de défoulement.
  • Elle est très souvent construite sur une intrigue simple où règne(nt) la tromperie, la ruse, l'équivoque ou la mystification et met en scène des personnages quasi archétypaux: le benêt, le mari cocu, l'épouse rusée, le médecin incapable, le dupeur dupé, la belle-mère acariâtre, etc.
  • Ses personnages sont généralement aux prises avec des préoccupations de base (qui désacralisent le corps): boire, manger, dormir, évacuer (tout ce qui peut sortir du corps!), baiser, faire de l'argent.
  • Du coup, trois grandes thématiques peuvent se dégager: les amours quotidiennes avec tout leurs aléas (chicanes, infidélités, contrôles); la friponnerie et les mauvais tours; la vantardise et la fanfaronnade.
  • Les procédés comiques sont nombreux et font la part belle au jeu de l'acteur, se séparant entre jeux de mots et de langage (quiproquos, surabondance des répétitions) et jeux de scènes (coups de bâtons, acrobaties, mimes).
  • Les farces mettent en scène, outre les personnages, des objets (peu nombreux mais qui acquièrent du coup une importance) qui seront abondamment utilisés.
Derrière ces considérations théorico-littéraires se cache l'élément primordial qui a traversé les siècles: faire rire! Et ça marche!

mardi 12 avril 2016

«Les Farces médiévales» [Carnet de mise en scène]


Dimanche dernier, nous avons travaillé quelques heures sur La Farce du Pâté et de la Tarte, Très Bonne et Fort Joyeuse à Quatre Personnages. Un premier débroussaillage pour mettre en évidence quelques points afin que les interprètes (et le metteur en scène!) puissent avoir une certaine base pour poursuivre leur cheminement dramaturgique. 

De cet exercice (qui s'est fait et à la table et dans l'aire de jeu), donc, ont émergé des constatations:

Sur la langue
  • La langue de la farce n'est pas à proprement parlé une langue littéraire. C'est plutôt une langue populaire (dans le sens d'issue du peuple), de jargon, de patois, d'accents prononcés, de répliques vives dont les sonorités colorent les différentes expressions. 
  • Même si la versification est présente (ce sont des vers octosyllabiques), elle doit exister sans trop que nous en fassions de cas pour ne pas faire tomber cette oralité nécessaire. C'est un outil rythmique plus qu'une forme.
  • Du coup, pour garder ce côté populaire et pour amplifier les effets comiques inhérents à ce genre théâtral, il faut pouvoir se donner le droit d'intercaler entre les mots du textes des interjections... voire même de brefs commentaires.
Sur les personnages
  • De l'exécution de la pièce sans mise en place, des caractères se sont dessinés: le pâtissier et son épouse qui passent de la suspicion à l’irascibilité; les deux coquins (dont nous faisons un couple) qui derrière leurs bravades cachent des gestes de poltrons. Ces deux couples, malgré les heurts et les sournoiseries, sont fondés sur des ressemblances et une certaine complicité.
Sur le jeu
  • Comme cet espace sera relativement petit (16 pieds de large avec une profondeur de 8 pieds), il faut trouver les moyens de le maximiser et de donner toutes les informations nécessaires à la bonne compréhension de l'intrigue. Ce premier essai donne une certaine méthode d'utilisation de l'espace, mettant à profit les rideaux de fond.
  • Enfin, déjà des éléments de jeux, des effets comiques sont identifiés... et ça promet!
Dimanche prochain, nous nous attaquerons aux deux autres farces pour en explorer aussi les possibilités et avoir en tête les incontournables scéniques à venir.


samedi 9 avril 2016

[Carnet de mise en scène] Les farces médiévales


Demain, nous entreprenons le début des répétitions pour la production estivale 2016 du Théâtre 100 Masques, qui se tiendra à la Pulperie de Chicoutimi, du 5 juillet au 24 août, tous les mardis et mercredis (pour 16 représentations). 

Pour jouer ce trio de farces médiévales (La farce du pâté et de la tarte, La farce du cuvier et La farce du pet) qui demandera engagement, inventivité et abnégation de l'amour-propre (!), j'ai fait appel à une distribution plus qu'expérimentée. Des comédiens de grand talent. Drôles. Qui sauront assurément composer avec ces personnages déjantés, nourris à même les rires du peuple du XVième siècle, qui ne reculent devant aucune grossièreté, aucune obscénité. 

En voici une courte présentation (les photographies, qui serviront à la promotion de la production, ont été prises par Patrick Simard... les costumes ayant été prêtés par le Théâtre La Rubrique):


Mélanie Potvin... Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai travaillé avec elle sur des productions estivales et/ou sur des productions de Noël, profitant à maintes reprises de la plasticité (!) de son visage et de son corps! C'est, en quelques sortes, la comique fétiche de la compagnie. 


Sophie Larouche...  C'est l'une des trois fondatrices du Théâtre 100 Masques (pour qui elle donne toujours de la formation). Si j'ai travaillé beaucoup avec elle, je l'ai rarement dirigée. C'est une comédienne redoutable qui n'a peur de rien. Elle a déjà montré son savoir-faire, notamment avec Les Têtes Heureuses, tant dans le drame que la comédie.


Eric Chalifour... J'ai peu travaillé avec lui (qui est aussi metteur en scène) à venir jusqu'à maintenant sinon avec le Théâtre CRI une fois et l'an passé, pour Le Revizor. Ce n'est pas à proprement parlé une découverte parce que je l'ai vu joué ailleurs à de nombreuses reprises... mais c'est un immense plaisir que de pouvoir compter sur son expérience pour ces farces!


Gervais Arcand... De toute cette distribution, c'est le second avec lequel j'ai le plus collaboré (souvent comme comédien mais aussi comme concepteur d'éclairages) ! À Roberval, au Théâtre Mic Mac. C'est un comédien solide, impliqué, qui fait preuve d'une grande aisance en scène. Une autre valeur sûre.

C'est donc avec eux que le Théâtre 100 Masques (et moi, en l’occurrence!) se lancera dans l'exploration de ces textes férocement comiques, vieux de quelques centaines d'années, qui laissent, chacun à leur façon, une large part au génie de l'acteur!

vendredi 25 mars 2016

Un peu (très peu!) d'histoire


Voici un court billet dans le ton de ce Vendredi Saint.

La première véritable oeuvre théâtrale (avec des codes encore à définir, il va sans dire) connue du Moyen-Âge après un silence (du moins dans ce qui s'est transmis jusqu'à nous) de quelques siècles vient du monde religieux (qui a combattu le théâtre avec acharnement dans cette Église en devenir), dans les années 900.  

Il s'agit du développement dramatique d'un chant liturgique, La Visite au Sépulcre, représenté en latin à l'intérieur même d'une église, devant l'autel, les personnages étant joués par des moines représentant les témoins de la Résurrection. 

Le peu que j'en sais ne dit pas ce qu'il advient, dans ce schéma dramatique, des femmes si importantes dans les Évangiles... 



mardi 1 mars 2016

L'espace de la farce au Moyen-Âge


Bientôt, mon équipe et moi, nous nous lancerons dans un travail axés sur des farces médiévales. À ce titre, l'ouvrage de Michel Rousse (professeur émérite de l'Université de Haute Bretagne, spécialiste de la farce), La scène et les tréteaux, est une petite bible d'informations sur la façon d'aborder de telles oeuvres.

Comme cette indication sur l'espace (pp. 100-101):

Le théâtre des farces émane d'un monde païen où l'espace est apte à recevoir toutes les structurations imaginables; d'une pièce à l'autre, mais surtout, d'une moment à l'autre d'une même pièce, il se définit différemment. Sa grande force est de ne pas avoir de décor, cet espace n'obéit qu'à lui-même: le décor définit le lieu et, par voie de conséquence, les personnages qui vont s'y produire, et qui en sont comme l'émanation. La démarche de la farce est inverse, le personnage définit le lieu par sa seule présence. Ce qui implique la convention suivante: la première fois qu'un personnage apparaît sur scène, à moins d'indications contraires dans son discours, il est dans son lieu familier.

Intéressant comme point de vue: l'interprète comme source de la définition de l'espace... Ça ouvre les possibilités tout en se concentrant sur l'essentiel du spectacle: le jeu. Du coup, ces farces sont une riche matière pour travailler la convention (au sens artistique du terme) et la tradition, pour travailler la présence et la mécanique du rire.