Pour certains, le personnage est affaire de jeu, de sentiments et d'émotions. Concentré dans le faciès et l'effet vocal. Pour en mettre plein la vue, il faut comprendre le texte et se laisser porter par lui. Il faut jouer.
Mais le jeu (ou l'idée primaire du jeu) peut parfois occulter de grands pans de ce qu'implique créer un personnage.
Car qu'est-il, au fond?
Le personnage est une dynamique scénique induite chez l'interprète par le texte, ça va de soit, mais aussi - et surtout, en un sens! - par le langage de la scène elle-même jusqu'à trouver son aboutissement dans le regard de l'autre.
Qu'est-ce à dire?
C'est d'abord affaire de convention(s). De choix. Entre l'interprète et le metteur en scène (et le concepteur). À partir d'une partition plus ou moins écrite selon ce qu'il s'agit d'un texte ou d'un canevas. Vrai que c'est une construction tridimensionnelle. Avec un corps. Une esthétique.
Le personnage est une forme.
Le personnage est un rythme, un tempo.
D'où l'utilisation à bon escient de l'autre moteur du discours: la voix. Comment en faire un outil efficace sans redoubler le discours visuel? Sans le surjouer? Sans le surligner? Comment définir le bon jeu vocal? Une voix peut facilement devenir le catalyseur de tout une panoplie de sentiments, d'impressions, de suggestions. Mais la voix d'un personnage ne devrait être qu'un outil, qu'un appui, une couleur. Pas le centre de l'interprétation.
Le personnage est un résonnateur.
Le personnage vrai tirera sa force de son positionnement dans l'aire de jeu, dans sa façon de s'y mouvoir à travers les obstacles, à travers des intentions, à travers les situations (les différentes mises en rapport). Parce qu'il n'existe réellement que dans ces dernières. La situation scénique (ce qui se passe à ce moment) est, en quelque sorte, son essence, son fondement. C'est là qu'il s'inscrit dans un système d'interrelations qui le fera.
Le personnage est un double, à la jonction de celui projeté par l'interprète et de celui reçu et perçu par l'autre (partenaire et spectateur).
