lundi 6 avril 2026

Les inductions du personnage


Le personnage est une étrange entité qui peut sembler simple au premier abord mais qui est d'une complexité surprenante dès qu'on s'y attarde.

Pour certains, le personnage est affaire de jeu, de sentiments et d'émotions. Concentré dans le faciès et l'effet vocal. Pour en mettre plein la vue, il faut comprendre le texte et se laisser porter par lui. Il faut jouer

Mais le jeu (ou l'idée primaire du jeu) peut parfois occulter de grands pans de ce qu'implique créer un personnage.

Car qu'est-il, au fond?

Le personnage est une dynamique scénique induite chez l'interprète par le texte, ça va de soit, mais aussi - et surtout, en un sens! - par le langage de la scène elle-même jusqu'à trouver son aboutissement dans le regard de l'autre. 

Qu'est-ce à dire? 

C'est d'abord affaire de convention(s). De choix. Entre l'interprète et le metteur en scène (et le concepteur). À partir d'une partition plus ou moins écrite selon ce qu'il s'agit d'un texte ou d'un canevas. Vrai que c'est une construction tridimensionnelle. Avec un corps. Une esthétique.

Le personnage est une forme.

Une construction qui devient discours en soi dès lors qu'il entre en scène. Avant même qu'il ouvre la bouche. C'est une attitude. Une présence. Mais comment se construisent cette attitude et cette présence? Par une mise en rapport entre l'interprète (et sa construction) et le texte. Entre l'interprète (et sa construction) et son partenaire. Entre l'interprète (et sa construction) et l'espace, incluant le mobilier et les accessoires. Entre l'interprète (et sa construction) et le spectateur. Un discours peut-être muet, mais terriblement parlant. Parce qu'il est déjà dans la performativité de la théâtralité.

Le personnage est un rythme, un tempo.

D'où l'utilisation à bon escient de l'autre moteur du discours: la voix. Comment en faire un outil efficace sans redoubler le discours visuel? Sans le surjouer? Sans le surligner? Comment définir le bon jeu vocal? Une voix peut facilement devenir le catalyseur de tout une panoplie de sentiments, d'impressions, de suggestions. Mais la voix d'un personnage ne devrait être qu'un outil, qu'un appui, une couleur. Pas le centre de l'interprétation.

Le personnage est un résonnateur.

Le personnage vrai tirera sa force de son positionnement dans l'aire de jeu, dans sa façon de s'y mouvoir à travers les obstacles, à travers des intentions, à travers les situations (les différentes mises en rapport). Parce qu'il n'existe réellement que dans ces dernières. La situation scénique (ce qui se passe à ce moment) est, en quelque sorte, son essence, son fondement. C'est là qu'il s'inscrit dans un système d'interrelations qui le fera. 

Le personnage est un double, à la jonction de celui projeté par l'interprète et de celui reçu et perçu par l'autre (partenaire et spectateur).