vendredi 30 septembre 2011

Quand s'arrête le travail d'un metteur en scène?


La question m'a été posée, de façon plus personnelle, sur mon opinion, il y a quelques jours, par une collaboratrice à venir. Pour ma part, j'estime que ce travail ne se termine pas avec la première mais, au contraire, s'amplifie jusqu'à la dernière... et même au-delà. Parce qu'à mon avis, chaque metteur en scène a l'obligation morale de revenir sur sa production dans une analyse rigoureuse et franche.

Feuilletant de nouveau dans les Écrits sur le théâtre (tome II, p.279) de Meyerhold (que ferais-je sans lui...), je viens de tomber sur ce passage qui répond de même:

Le metteur en scène a construit le spectacle; cette construction terminée, il se retire d'ordinairement pour se reposer, il considère son travail comme achevé. Nikolaï Nikolaïevitch Evreïnov [...] disait toujours: «Tout ce que je demande, c'est de mener le spectacle jusqu'à la première, et après, je ne mets plus du tout les pieds au théâtre.» Cela a éveillé mon intérêt. Pourquoi fuit-il ainsi la suite de son travail? Pourquoi ne reste-t-il pas au théâtre et ne considère-t-il pas que son travail, au fond, ne fait que commencer? Il répond: «C'est que quand je pars, part avec moi, en ma personne, un chef d'orchestre. Comme je ne peux pas diriger effectivement mon spectacle, rester ne servirait qu'à me rendre malheureux. Car je verrais mon projet initial s'éparpiller peu à peu aux quatre vents.»

[...] Qu'un metteur en scène considère son travail comme achevé dès la première représentation, voilà qui est dangereux. Car, pour le metteur en scène, la partie la plus importante de son travail commence quand il tient compte de la salle pour laquelle il construit son spectacle.

C'est un travail très compliqué. La modification de certains détails de la construction, la prise en compte du temps et celle des réactions de la salle, l'état dans lequel se trouve l'acteur sur scène, les sérieux ennuis qu'amènent parfois des jeux de scène construits de façon peu commode pour l'acteur, tout ce qui se révèle surtout lors des représentations et non pas aux répétitions - autant d'éléments qu'il faut prendre en considération et dont il faut tenir une sorte de relevé.

jeudi 29 septembre 2011

«Il faut qu'une porte...»... [Carnet de mise en scène]


Après la reprise de La Défonce, au Théâtre Mic Mac (enfin, à Mont-Laurier et aussi à Orsay... il est si bon de le dire!), je m'apprête à remettre en chantier, reprendre les répétitions de ce qui fut, il y a six ans, mon projet de fin de maîtrise en vue de sorties... Un travail stimulant parce que mûri. Un travail approfondi sur de nouvelles bases, de nouvelles réflexions, de nouvelles connaissances.

Il s'agit d'une version démonstrative d'Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée d'après Alfred de Musset définissant un certain type de jeu (à partir de Meyerhold... quelle surprise!) . Une petite pièce en un acte... ou plutôt, un proverbe dramatique. Tout le texte originel a été nettoyé de ses accents romantiques, historiques, de sa dentelle stylistique pour ne garder qu'une mécanique de valse-hésitation, de duel verbal entre deux personnages dépersonnalisés. Un texte amusant sur la superficialité de l'amour, sa futilité et son aveuglement...

Cette reprise se fera sous l'égide du Théâtre 100 Masques (avec quelques représentations tout au cours du travail...) avec essentiellement la même équipe réduite qu'à l'époque: Isabelle Boivin et Marc-André Perrier.

LA FEMME
[...]Qu’est-ce que signifie cette chose-là : faire la cour à une femme ?

L’HOMME
Cela signifie que cette femme vous plaît, et qu’on est bien aise de le lui dire.

LA FEMME
Et cette femme, cela lui plaît-il, à elle, de vous plaire ? Vous me trouvez jolie, je suppose, et cela vous amuse de m’en faire part. Eh bien, après ? Qu’est-ce que cela prouve ? Est-ce une raison pour que je vous aime ? La belle manière de se faire aimer que de venir se planter devant une femme, de la regarder des pieds à la tête, comme une poupée dans un étalage, et de lui dire bien agréablement : Madame, je vous trouve charmante ! Joignez à cela quelques phrases bien fades, et un cornet de bonbons, voilà pourtant ce qu’on appelle faire la cour. Cela me met en colère quand j’y pense.

L’HOMME
Il n’y a pourtant pas de quoi se fâcher.

LA FEMME

Ma foi, si. Il faut supposer à une femme une tête bien vide et un grand fonds de sottise, pour se figurer qu’on la charme avec de pareils ingrédients. Il me semble, en vérité, que, si j’étais homme et si je voyais une jolie femme, je me dirais : Voilà une pauvre créature qui doit être bien assommée de compliments ; je l’épargnerais, j’aurais pitié d’elle, et, si je voulais essayer de lui plaire, je lui ferais l’honneur de lui parler d’autre chose que de son malheureux visage. Mais non, toujours : « vous êtes jolie, » et puis « vous êtes jolie », et encore jolie. Eh ! mon Dieu, je le sais bien.


L’HOMME
Eh bien ! madame, vous êtes charmante, prenez-le comme vous voudrez.
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Voici la description concrète de ce spectacle qui a fait l'objet de l'essai (qu'on peut lire en suivant ce lien) et qui servira de matière première au travail à venir...

Écrite en 1848 par Alfred de Musset, la pièce en un acte Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée est, en fait un proverbe dramatique. Cette forme particulière n'était, à ses débuts au XVIIIième siècle, qu'un divertissement de salon, où les acteurs se prêtaient au jeu de faire deviner aux spectateurs le proverbe qu'illustrait l'intrigue. Musset a su, en son temps, faire évoluer le genre et en faire de petites pièces brèves, calculées suivant une mécanique interne forte que supportaient le texte et ses tribulations. Presque un prélude aux vaudevilles qui suivirent.

Cette pièce raconte (du moins dans la forme scénique dont il est ici question) la rencontre orageuse entre une marquise blasée et un comte entreprenant. S'ensuit un huis clos tendu, véritable duel de conceptions amoureuses, entre glace et feu, où chaque mot risque de tout faire éclater et où chaque rapprochement ne se fait qu'en fonction de mieux cibler l'autre. C'est une «valse-confrontation » entre départs fracassants et retours inopinés. Esquisse caricaturale de l'indifférence, de l'insistance et/ou de l'opportunisme qui déterminent parfois les échanges interpersonnels.

La pièce, d'une vingtaine de minutes, est jouée sur un plateau central, carré (360cm x 360cm) et surélevé (105cm). Noir, celui-ci ne supporte qu'un seul accessoire : un cube noir servant de banc (60cm x 60cm x 120cm). Les costumes des personnages, simples, sont également noirs. Quatre sources lumineuses seulement éclairent la scène. Le public est libre de circuler tout autour de l'aire de jeu.

À noter qu'une première ébauche de la production a été présentée devant public les 8 et 9 décembre 2004 au Studio-Théâtre de l'UQAC, avant d'être présentée dans sa forme finale les 15-16 et 17 mars 2005, toujours au même endroit.

mercredi 28 septembre 2011

Des libellules et hommes


La Rubrique a bellement lancé sa saison hier soir en recevant le Théâtre PàP et sa mouture (créée en mars 2011) de The dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay... à mille lieues de celle de l'auteur présentée en 1999 avec la magistrale interprétation de Jean-Louis Millette.

Sur scène, cinq cases suspendues - comme tout autant d'univers évoqués tels l'intérieur domestique, l'atelier underground, la classe, la cabane de bois et l'espace aseptisé - bordées sur la droite et au sol par un large rideau bleu. La rivière Saguenay? Peut-être. Mais aussi le théâtre. Car chacune a aussi sa résonance dans les mots mêmes prononcés... et ne sont, au fond, malgré leurs spécificités, qu'une seule énonciation d'un univers plus grand et plus troublant: celui de Gaston Talbot dont l'identité est toute aussi complexe qu'irréelle, romancée, fausse.

Cinq cases pour cinq comédiens - Dany Boudreault, Patrice Dubois, Daniel Parent, Étienne Pilon et Mani Soleymanlou - aux gestes précis, aux travail physique remarquable. Une certaine minutie parfois inégale mais toujours maintenue. Et la fascination de les observer travailler ensemble sans pourtant qu'ils puissent se regarder, se voir... tous enfermés qu'ils sont dans leur bulle respective. Une forme multiple, polyphonique et cependant infiniment parcellaire, moléculaire.

Cinq cases, cinq comédiens... et le texte éclate, explose, s'étire en une polyphonie fébrile. De monologue qu'il était, il devient un matériau choral intense, une joute verbale de l'un à l'autre, de lui à lui. L'effet est saisissant et la clarté du discours est surprenante. Étrangement, ce qui frappe le plus, c'est la portée comique de cette pièce accentuée notamment par toutes les références saguenéennes qui faisaient mouche à tout coup. L'aspect comique de cet anglais pétri de syntaxe francophone. La légèreté naïve. Puis peu à peu, ce côté (très appuyé en début de représentation) s'efface pour laisser la place au drame qui se joue par delà la narration d'un cauchemar et de souvenirs d'enfance: le déficit d'identité, celui d'un homme qui ne se construit, de fictions en fictions, que par détours de l'esprit et trituration de la vérité. Le malaise.

Dramaturgiquement, scéniquement et esthétiquement, la mise en scène de Claude Poissant remporte largement son pari et réussi ce qui pouvait sembler impensable: faire oublier (du moins, s'écarter de!) la version originale... même ici avec ce que cette première expérience avait eu de charge émotive.

Bien que des bémols surgissent (comme le découpage parfois questionnant par la musique et l'éclairage ou comme l'utilisation des micros et du traitement de la voix), l'ensemble soutient efficacement l'intérêt. Comme un exercice de style (sans le côté péjoratif!) de haut niveau.
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D'autre part, je déplore la bruyance de l'assistance au cours de la représentation d'hier. De ces nombreux bancs qui craquent. De ces chuchotements qui émergent de la masse. De ces papiers et programmes qui tombent. De cette toux qui ne cessent. C'est courant, je sais... Mais il me semble qu'hier, la mesure était dépassée. Principalement par le groupe d'étudiants (manifestement) à ma gauche. À quand un cours sur Comment assister à un spectacle en tout respect des autres spectateurs?

mardi 27 septembre 2011

De la dramaturgie


Ce schéma est la synthèse de ma réflexion en cours à la lecture de l'ouvrage de Joseph Danan, Qu'est-ce que la dramaturgie? dont j'ai parlé il y a quelques jours... Une synthèse encore en construction, bien entendu... mais qui illustre somme toute, pour l'instant, assez bien ce que ce que je crois saisir...

En fait, la définition de la dramaturgie se ferait à trois niveaux... Le premier étant la création même du texte, de sa structure. Le second étant celui de la constitution du savoir autour de ce texte (un savoir de divers ordres). Le troisième (et plus important!) recouvre ces deux premiers points pour en venir à une description plus complète: la dramaturgie est le processus, le passage de la matière vers la forme, l'interprétation.

C'est donc du texte à la scène... de la littéralité (voir plus bas) à la théâtralité.

Bon. Ça demande encore un peu de polissage. De la nuance. De l'argumentation. C'est peut-être aussi tout à jeter... et c'est là le beau de la réflexion théorique!
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En réponse à un questionnement d'Anick Martel à savoir si, dans le graphique et dans l'explication, il s'agit bien de littéralité et non pas plutôt de littérarité:

Euh... bonne question complexe!

LITTÉRARITÉ (selon wikipédia)

La littérarité est le caractère qu'une œuvre a d'être littéraire, d'appartenir à la littérature. De nombreux théoriciens et poéticiens se sont essayés à la définition de ce concept sans parvenir à un résultat convenable. Néanmoins, deux grandes tendances sont perceptibles : d'une part, une approche formelle. La littérarité est alors à chercher au niveau du texte même, dans la densité des figures utilisées, dans le soin apporté à la rythmicité de la phrase, etc. D'autre part, une approche subjective dépendante de jugement de valeur variable selon les époques et les pays et qui se perçoit de façon proportionnelle au plaisir que provoque la lecture. Dès lors, la littérarité est un simple statut accordé aux œuvres.

LITTÉRALITÉ (selon Sarrazac)

Contre un théâtre dont l'enjeu esthétique était de représenter le réel, le principe de littéralité affirme la présence, la matérialité des éléments qui constituent la réalité spécifique du théâtre. Dès 1926, Artaud se propose de rompre avec le principe d'analogie qui, de la mimésis aristotélicienne au réalisme du XIXième siècle, régissait la représentation théâtrale: «les objets, les accessoires, les décors même qui figureront sur la scène devront être entendus dans un sens immédiat, sans transposition; ils devront être pris non pour ce qu'ils représentent mais pour ce qu'il sont en réalité».

Donc dans le graphique ci-haut , je crois qu'il s'agit effectivement de littérarité et non de littéralité... soit passer du texte à la scène...

bien qu'à mon avis, le concept même de la dramaturgie est de faire passer de la littéralité (ce qui est là au présent, brut... bref, la littéralisation du texte quand il y en a un...) à la théâtralité (ce qui est pensé, signifié).

lundi 26 septembre 2011

Public responsable

Spectateurs Du Théâtre par Henri Lachieze-Rey (1971)
Image tirée du site de vente www.arcadja.com

Quelques mots de Michael Tchekhov (le comédien neveu de l'autre...) sur le public pigés dans L'Art du théâtre d'Odette Aslan... des mots qui parfois pourraient être dits par les praticiens d'ici et d'ailleurs. Comme quoi, dans ce beau monde théâtral, certaines choses sont appelées à ne pas changer!

[...] Les devoirs de l'acteur envers le public sont grands, mais le public a, lui aussi, certains devoirs envers l'acteur. J'ai souvent constaté que, tel soir, étant donné la composition de la salle, le spectacle était moins bon qu'il n'aurait dû, uniquement parce que les spectateurs (ou plus exactement, une partie des spectateurs) n'avaient pas été assez attentifs au début de la représentation. L'acteur est tout particulièrement sensible à l'instant où s'ouvre le rideau. C'est alors qu'il reçoit le premier message de la salle, et ce message est souvent désolant, parce que le public «n'est pas prêt». Qu'il en soit ou non conscient, l'acteur perd de ce fait sa force. En participant au spectacle, le public peut en élever la qualité comme il peut l'abaisser par un calme excessif et une attente passive d'impressions. Il faut que le public éprouve le désir de voir un bon spectacle, et, s'il le désire, ce sera un bon spectacle. Une représentation n'implique pas seulement la présence d'acteurs, mais aussi celle d'un public.

dimanche 25 septembre 2011

Au théâtre, cette semaine! (du 25 sept. au 1er oct. 2011)


Nouvelle tournée des activités théâtrales hebdomadaires au Saguenay-Lac-Saint-Jean... Peut-être ne sont-elles pas nombreuses, mais au moins, elles sont. Profitons-en!

Mardi - 27 septembre 2011
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonq.), 20h

La Rubrique reçoit le Théâtre PàP et la nouvelle mouture de The dragonfly of Chicoutimi concoctée par Claude Poissant qui fait de ce long monologue d'un homme qui se réveille un matin et qui parle anglais (enfin, un anglais de base calqué sur le français) un spectacle choral pour cinq acteurs. La création de ce texte de Larry Tremblay avait fait sensation avec l'interprétation de Millette... et cette nouvelle version a elle aussi reçu de nombreux éloges. À voir.

Jeudi - 29 septembre 2011
Salle La Tourelle (Cégep d'Alma), 20h
et
Vendredi - 30 septembre 2011

Salle François-Brassard (Jonq.), 20h

L'Auditorium d'Alma et Diffusion Saguenay reçoivent La déraison d'amour, une production du TNM (si je ne me trompe pas, en collaboration avec le Trident de Québec...) créée à partir de la correspondance d'il y a 400 ans entre Marie Guyart (connue sous le nom de Mère Marie de l'Incarnation) et son fils Claude Martin, resté en France. Ce long monologue est porté avec brio (de ce qu'en ont dit les critiques) par Marie Tifo. Encore une fois, si je ne me trompe pas, c'est Michel Gauthier qui a signé les décors de ce spectacle. Un autre moment théâtral qui a fait sensation.

De jeudi à dimanche - 29 sept. au 2 octobre 2011
Centre des congrès (Holiday inn, Jonq.), horaire variable

C'est le Salon du Livre! Le grand événement de la rentrée culturelle! Et au cours de ces journées, quelques rencontres aux accents théâtraux sont à noter: rencontres d'auteurs, lectures par des comédiens d'ici, etc. Toute la programmation est là.

Voilà. Ça fait à peu près le tour de ce qui se passera dans les prochains jours. Si j'oublie des trucs, on peut les inscrire dans les commentaires.

samedi 24 septembre 2011

Dernière acquisition



Depuis quelques mois, j'ai grandement augmenté (vive les commandes à la Librairie Les Bouquinistes!) le volume de ma bibliothèque théâtrale... d'une part pour combler les besoins relatifs à ma recherche doctorale... d'autre part parce que j'aime lire et que je suis curieux de nature.

Ma dernière acquisition (qui date de jeudi dernier) consiste en ce petite bouquin (à peine 70 pages) dont j'ai mis la couverture en illustration. Ce petit livre m'est recommandé depuis quelques temps déjà et pose une question - qu'est-ce que la dramaturgie? - dont les réponses, comme souvent au théâtre, demeurent toujours un peu vagues, conceptuelles, hermétiques...

Alors qu'est-ce que la dramaturgie? Danan en donne, dès le départ, quelques définitions glanées ça et là:
  • de Jean-Marie Piemme: La notion de dramaturgie a des résonances extrêmement vastes. À son sens le plus large, elle témoigne de tout élément théâtral élaboré dans la dialectique d'un objet à voir et d'un regard pour le saisir installe l'ordre du sens, de la signification. [...] Si la dramaturgie est de cet ordre où tout signifie, on comprend que, du théâtre, elle englobe le texte, c'est évident, mais aussi le spectacle, son bâtiment, son rapport au public, sa mise en scène, son jeu, sa lumière, etc. [...] C'est pourquoi on peut parler de la dramaturgie d'un texte, d'un spectacle déterminé mais encore, par exemple, d'une dramaturgie de la scène à l'italienne ou même d'une disposition dramaturgique d'un théâtre dans l'espace architectural d'une ville.
  • de lui-même, en synthèse: Dans son premier sens, la dramaturgie serait donc «l'art de la composition des pièces de théâtre» [...] En ce qui concerne son deuxième sens, dit moderne, [...] je proposerais: «Pensée du passage à la scène des pièces de théâtre».
  • de lui-même, en synthèse de la Dramaturgie de Hambourg de Lessing: Sa dramaturgie n'est pas un système (clos) de règles visant à dire comment il faut écrire des pièces, mais une pratique (ouverte) visant à questionner et à produire de la pensée. Cette pratique repose sur l'activité critique.
J'en suis encore là (la pose de repères) dans cette lecture qui promet en détours, nuances, contradictions, redéfinitions. Chaque notion théâtrale (comme celles de la théâtralité et de la performativité) ne peut manifestement pas être simple. Circonscrite. Claire.

Et c'est ce qui est stimulant: construire sa propre pensée à travers une multitude d'autres. En attendant, pour entendre et voir l'auteur (Joseph Danan) expliquer son ouvrage et le sujet lors d'une conférence, suivre ce lien.




vendredi 23 septembre 2011

It's wonderful... but...

Réaction épidermique, ce matin, entre deux gorgées de café, en lisant le Quotidien (cet article là pour être plus précis)... on y lit, sous la plume de Denis Villeneuve: Les citoyens qui croient que Promotion Saguenay fait fausse route en misant sur l'accueil des touristes de croisière avec des personnages de La Fabuleuse Histoire d'un Royaume se trompent. [...] Pour certains, accueillir les touristes avec des personnages habillés à l'ancienne avec présence d'une érablière, d'un camp de bûcheron, d'une tente amérindienne avec feu de camp relève d'un lointain folklore. Eh bien j'en suis! Je persiste et signe.

Oui, il est important de bien accueillir les gens chez soi... et il en va de même des touristes qui accostent au quai d'escale à La Baie. Je l'admets volontiers.

Cependant, là où les choses se gâtent, c'est l'empressement à accueillir ces visiteurs comme des êtres exceptionnels... par des personnages aux accents folkloriques poussiéreux!

Les touristes aiment ça? Oui, puis après. L'intention première est bonne et valable. Discutable est le moyen privilégié. La différence est grande entre offrir un accueil de qualité ou offrir un accueil de colonisé.

Un faux indien emplumé, une femme au bonnet et à la robe faite en nappe, un scieur de pitoune... Sur les planches, ça marche. Mais sur un quai? Ce glissement vers une représentation de la vie est mauvaise et même plus: elle est gênante! La gigonnerie élevée au rang de carte de visite.

Que la ville se donne un grand spectacle historique est une chose. La Fabuleuse a une réelle valeur touristique. Tant mieux. Mais que des éléments de ce spectacle soient sortis de leur contexte et servent d'image de marque en est une autre.


jeudi 22 septembre 2011

Le mal nécessaire...


Je sors d'une rencontre avec un éventuel partenaire financier du Théâtre 100 Masques... ce genre de rencontre où, en quelques minutes, il faut vendre l'idée qu'appuyer un organisme culturel - le nôtre en l'occurence - est rentable et bénéfique pour eux sans trop se perdre dans les dédales administratifs... Après tout, nous sommes dans un champ résolument artistique.

En quelques minutes, il faut tout mettre sur la table: les bons coups comme les écueils que nous rencontrons; les projets passés, en cours et à venir; les perspectives de développement; et le soutien qu'il nous faut nécessairement trouver pour maintenir le cap.

Voilà la partie qui occupe la majeure partie de mon temps depuis le retour des vacances. La saison rouge (heureusement notre compte bancaire est encore loin de cette couleur!) est synonyme de financement: les partenariats à fonder ou à renouveler, les demandes de subventions à compléter, les prévisions budgétaires à ajuster, les campagnes de levées de fonds à préparer...

La structure de la compagnie demande du temps, oui. Mais plus le fonctionnement se consolide, plus la structure est autonome, bien tenue et bien alignée... et le plus elle devient un formidable outil de création.

mercredi 21 septembre 2011

The dragonfly of Chicoutimi... prise 2!

Je poste ici la publicité de la prochaine production qui visitera (mardi le 27 septembre) les murs du Théâtre La Rubrique, The dragonfly of Chicoutimi de Larry tremblay, seconde mouture par le PàP (et de Claude Poissant)...




Pour la petite histoire locale, il faut se rappeler que la première version de cette pièce, mise en scène par l'auteur, mettait en vedette Jean-Louis Millette et que les deux dernières représentations de ce spectacle (et les deux dernières fois où le comédien montait sur scène) ont été donné ici, au Saguenay, lors de l'inauguration officielle du Pavillon des arts de l'UQAC à l'automne 1999. Quelques jours plus tard (deux ou trois, tout au plus...), l'auguste interprète est décédé subitement. Depuis, plusieurs se plaisent à penser que son fantôme a choisi le Petit Théâtre comme demeure...

Cette seconde version fut un des éléments forts de la dernière saison montréalaise. Il sera donc bon de réserver les billets à l'avance, en téléphonant au 418-542-5521.

Le corps défi et le corps décoratif

Voici quelques distinctions, quelques précisions apportées par Béatrice Picon-Vallin, dans le dix-septième numéro des Voies de la création théâtrale, sur la question de l'acteur de Vsevolod Meyerhold. Selon elle, celui-ci distingue, chez le corps de l'interprète, deux principales fonctions: le corps défi et le corps décoratif.

L'essentiel de son jeu passe par le travail du corps, mais ce n'est pas un corps naturel, le corps utilitaire ou instinctif de la vie, c'est d'abord un corps libre et inventif qui défie les lois du quotidien, multiplie les prouesses, peut exécuter un salto mortale et pourquoi pas voler... L'acteur est acrobate, funambule, jongleur, costaud et léger à la fois, rapide. Mais à ce corps gymnique dont la généalogie est celle des arts repoussés à la périphérie du théâtre bourgeois, se combine le corps décoratif et contraint de l'acteur oriental. C'est dans cette bipolarité que Meyerhold voit le cabotin [j'ai déjà écrit un billet, ici, sur le sujet...]: le corps-défi et le corps qui pose, «le geste inventé qui ne convient qu'au théâtre», l'exclamation joyeuse et la «diction théâtrale artificielle» qu'il crée à partir d'un registre de «mille intonations différentes». Le terme «décoratif» qu'emploie Meyerhold peut se comprendre à trois niveaux. Décoratif parce que graphique: l'acteur connaît la force du dessin de son corps dans l'espace. Décoratif parce qu'artificiel, modelé, poli par l'habileté humaine et non par la nature: corps artificiel opposé à l'«homme vivant». Décoratif, enfin, comme projet artistique d'ensemble auquel le moindre mouvement doit participer [...].

Je trouve ces distinctions intéressantes, bien que sonne un peu péjorativement le terme décoratif... Je suis assez d'accord avec ces conceptions du jeu et de l'acteur.

mardi 20 septembre 2011

L'année à venir du Théâtre 100 Masques

Le conseil d'administration du Théâtre 100 Masques a adopté la programmation de l'organisme lors d'une réunion tenue la semaine dernière. Il est donc venu le temps de la faire connaître

Nos activités de formation se déploieront comme suit:
  • tenue d'ateliers réguliers à l'hiver et à l'automne;
  • mise en place de la phase III de Sous les masques : une expérience théâtrale (qui est, en fait, notre programme pédagogique adapté aux aînés en résidence;
  • tenue d'ateliers scolaires et d'ateliers de commandes tout au long de l'année;
  • tenue de nos Camps de théâtre thématiques en juillet prochain...
 Encore une fois cette année, la compagnie présentera trois productions principales.

Instaurant une petite tradition, le Théâtre 100 Masques présentera, les 9, 10 et 11 décembre 2011, à la Salle Marguerite-Tellier, son cinquième spectacle de Noël, On se casse les noisettes !. Sous le gui et l’Étoile du Berger, des personnages loufoques pousseront la note et les pas de ballet  pour célébrer cette fête candide déformée par le mercantilisme ambiant et la nécessité de l’effet scénique. Avec un chocolat chaud et des biscuits entre les mains de chaque spectateur, il n’y a pas que les anges dans nos campagnes qui entonneront l’hymne des cieux !

Suivra, en mars, une résidence intensive (dans la Salle Murdock), du 26 février au 5 mars pour créer (les représentations suivront dans le courant du mois de mars) The Mélanie's Show. Reconnue pour ses mimiques, son corps élastiques, son humour et son sens de la scène, Mélanie Potvin offre là un riche prétexte à faire une incursion remarquée dans le domaine de l’humour traditionnel.Conçu comme un spectacle à numéro qui fera se succéder sur scène différents personnages, cette production fera intervenir plusieurs types de comiques - le comique de mots, le comique de situation, le comique de geste, le comique de réactions – et plusieurs façons de travailler. Et comme matière, quatre types de moteurs aux infinies nuances : l’humour (faculté d’apprécier les éléments amusants, absurdes ou insolites de la réalité), l’ironie (forme de l’esprit qui consiste à présenter comme vraie une proposition manifestement fausse de façon à faire ressortir son absurdité), le sarcasme (raillerie, moquerie ironique, amère, aigrie et insultante, propos méprisant) et le cynisme (effronterie, impudence ou obscénité qui exprime des opinions contraires à la morale reçue). Autour de la comédienne agiront trois duos (encore à former): deux auteurs, deux metteurs en scène et deux concepteurs esthétiques.

Enfin, l'année s'achèvera sur le treizième théâtre d'été, du 5 au 29 juillet 2011, La Marmitte de Plaute: Le vieil avare Euclion, qui se fie à peine à lui-même, a trouvé chez lui, sous terre, une marmite remplie d'or. Il l'enfouit de nouveau profondément, et la garde avec de mortelles inquiétudes ; il en perd l'esprit. Lyconide a ravi l'honneur à la fille de ce vieillard. Sur ces entrefaites, le vieux Mégadore, à qui sa soeur a conseillé de prendre femme, demande en mariage la fille de l'avare. Le vieux hibou a grand'peine à l'accorder. Sa marmite lui cause trop d'alarmes ; il l'emporte de chez lui et la change de cachette plusieurs fois. Il est surpris par l'esclave de ce même Lyconide qui avait déshonoré la jeune fille. L'amant obtient de son oncle Mégadore qu'il renonce en sa faveur à la main de son amante. Ensuite Euclion, qui avait perdu par un vol sa marmite, la recouvre contre tout espoir ; dans sa joie, il marie sa fille à Lyconide. (http://remacle.org/bloodwolf/comediens/Plaute/marmite.htm)  Ce texte antique – qui a servi de matrice pour la grande comédie de L’Avare de Molière dont il partage la forme et le contenu – renferme tous les éléments caractéristiques de la comédie romaine : danses, travestissements, musique, chants, jeux de mots, ruses et mensonges, personnages rustiques ancêtres de la commedia dell’arte (le vieillard, l’amant, la jeune femme, le valet rusé) et met en scène une violence sociale avec une stupéfiante liberté de ton. En cela, il est possible de reconnaître dans cette œuvre la fondation d’une dramaturgie occidentale. Pour mener à bien ce projet (qui demandera une révision du texte à partir de différentes traductions), la compagnie fera appel au talent et à l’ingéniosité d’une jeune metteure en scène, finissante en 2011 du BIA , Élaine Juteau. Entourée d’une équipe de collaborateurs aguerris, elle dirigera les six comédiens (qui seront choisis par audition à l'hiver) qui se partageront les rôles de la pièce. 

D'ici là, le Théâtre 100 Masques fera, pour la quatrième fois, la mise en lecture, dans les semaines à venir,  des textes écrits pour le Festival des Mets et des Mots 2011 (dans le cadre de Saguenay en Bouffe) qui se tiendra du 20 au 22 octobre.

La compagnie souhaite aussi, si le temps et le budget le permet, organiser deux nouveaux Impromptus scéniques au cours de l'année, ces journées de création intensives sous contraintes.

Bref, l'année s'annonce chargée... et nous ne nous en plaindront pas!

lundi 19 septembre 2011

Les principes de la biomécanique meyerholdienne (dernière partie)



Pour ne pas trop traîner dans le temps, je place dès aujourd'hui, pour faire suite à ce billet et à celui-ci, la dernière partie des principes de la biomécanique tel que définit par Meyerhold en 1921-2922, tiré du second tome de ses Écrits sur le théâtre.

31. En recevant un ordre, aller à l'endroit désigné et en chemin, faire le nombre de pas calculé à l'avance pour que ce soit économique: c'est là la meilleure vérification de la justesse du coup d'oeil.

32. La biomécanique ne supporte rien de fortuit, tout doit être fait consciemment avec un calcul préalable. Chacun de ceux qui travaillent doit établir avec précision et connaître la position où se trouve son corps, et se servir librement de chacun de ses membres pour exécuter l'action.

33. Une loi générale du théâtre: celui qui se permet de donner libre cours à son tempérament au début du travail, celui-là le gaspillera immanquablement avant la fin du travail et sabotera toute l'interprétation.

34. Rien de superficiel n'est admissible au plan technique. L'aisance et la réussite arrivent quand le matériau est techniquement bien équipé, préparé par un entraînement solide. C'est seulement alors qu'on peut mettre en route ce qu'on appelle excitabilité. Sinon, le travail échouera.

35. Dans les exercices préparatoires, aux répétitions, il faut signifier les émotions légèrement, par un pointillé, en indiquant seulement et avec précision où et quand doit se produire l'explosion. Une exclamation mal préparée techniquement entraînera fatalement une perte d'équilibre. Il faudra le chercher de nouveau, c'est-à-dire recommencer tout le travail.

36. Dans les divers éléments du travail, un état de concentration est nécessaire pour prévoir le passage suivant et la modification du mouvement. D'où des points de départ et d'arrivée.

37. L'acteur doit toujours mettre en première place le contrôle de son corps. Nous avons dans la tête non pas un personnage, mais une réserve de matériaux techniques. L'acteur est toujours dans la position d'un homme qui organise son matériau. Il doit connaître avec précision son diapason et tous les moyens dont il dispose pour exécuter une intention donnée. La qualification de l'acteur est toujours proportionnelle au nombre de combinaisons qu'il possède dans sa réserve de techniques.

38. Tout exercice est précédé d'une parade qui est suivie d'une concentration de soi avant le travail. C'est seulement avec un matériau bien rassemblé qu'on peut aborder l'exécution d'une tâche.

39. De même que la musique est toujours une succession précise de mesures qui ne brisent pas l'ensemble musical, de même nos exercices sont une suite de déplacements d'une précision mathématique qui doivent être nettement distingués, ce qui n'empêche absolument pas la netteté du dessin d'ensemble.

40. Quand un exercice se divise en petits éléments, il faut les faire staccato; le legato apparaît quand l'exercice est exécuté comme un tout au flux ininterrompu.

41. Lors du jeu des mains et des doigts, il faut une énorme tension et une énorme stabilité du corps tout entier.

42. Dans le travail, une extrême économie, un taylorisme maximum sont nécessaires. Toutes les tâches doivent être exécutées avec une quantité minimale de techniques, par les moyens les plus rationnels.

43. Accord, attention, ténacité sont les éléments de notre système. Une attention concentrée au plan physique avant tout. L'état libre du corps détendu (duncanisme) est inadmissible. Chez nous, tout est organisé, chaque pas, le moindre petit mouvement est sous contrôle. L'oeil est tout le temps au travail.

44. Le principe de la biomécanique: le corps est une machine, celui qui travaille est un machiniste.

Et c'est comme ça que ça fait le tour de la question. Maintenant, qu'en est-il de la pratique? Les trois vidéos qui illustrent ces billets donnent un aperçu de ce qu'est la biomécanique (qui, je le rappelle, n'est pas un style de jeu, mais un entraînement).

dimanche 18 septembre 2011

Les principes de la biomécanique meyerholdienne (seconde partie)



Pour faire suite au billet du 18 septembre (qu'on peut retrouver ici), voici les quinze autres principes (il en restera donc une quinzaine à publier!) de la biomécanique meyerholdienne - énoncés en 1921-1922 - qui peuvent se rapporter, au fond, au jeu de l'acteur en général. Ils proviennent toujours du second tome des Écrits sur le théâtre de Meyerhold, dans une traduction de Béatrice Picon-Vallin.

À les lire et relire, il me semble qu'il serait bien d'avoir une autre formation sur le sujet (après celle de quatre jours donnée par Robert Reid en mars 2010).

16. Le geste est le résultat du travail de tout le corps. Chaque geste est toujours le résultat de ce que l'acteur qui montre le jeu possède dans sa réserve technique.

17. L'excitabilité naît dans le processus du travail comme le résultat de l'utilisation réussie du matériau bien entraîné.

18. Tout art est l'organisation d'un matériau (jonglage). Pour organiser son matériau, l'acteur doit avoir une réserve colossale de moyens techniques. La difficulté et la spécificité de l'art de l'acteur résident en ce que l'acteur est à la fois matériau et organisateur. L'art de l'acteur est chose subtile. L'acteur est à chaque instant compositeur.

19. La difficulté de l'art de l'acteur réside dans un accord extrêmement rigoureux de tous les éléments de son travail. La clé de réussite de l'acteur est dans son bon état physique.

20. L'état physique d'un matériau entraîné est le point d'appui de notre système de jeu. Lors de son exécution, chaque tâche est précisément planifiée sur toutes les parties de l'aire scénique: alors tous les mouvements de l'acteur, même les réflexes, seront bien organisés.

21. Le spectateur doit toujours ressentir de l'inquiétude. En observant l'exercice, il suit un travail de leviers qui fonctionnent et s'inversent.

22. On doit avoir conscience de chaque mouvement jusqu'à sa fin. Dans chaque élément de la tâche, il doit y avoir une station d'appui. Le début et la fin de l'exécution de la tâche doivent être nettement accentués. Le point de départ doit toujours être marqué. Chaque exercice comporte une série de points semblables.

23. Dans chaque exercice collectif, les participants doivent renoncer une fois pour toutes à ce désir constant de l'acteur: être le soliste.

24. Le déplacement biomécanique de l'acteur sur l'aire scénique est une demi-course, une demi-marche, toujours sur des ressorts.

25. Il est important de faire chaque exercice de façon nette: nette non seulement au sens d'un travail bien fait, mais aussi en ce qui concerne la parade, l'utilisation de l'aire scénique, l'effet obtenu, etc.

26. Pour chaque action de l'acteur, il y a une parade.

27. Une ligne directrice du mouvement général est nécessaire pour chaque participant d'une exercice collectif.

28. Tout art est construit sur l'auto-limitation. L'art est toujours et avant tout une lutte contre le matériau.

29. Il ne faut pas donner la liberté aux mouvements: une grande économie de mouvement doit être respectée. C'est là dessus qu'on peut contrôler l'appareil du metteur en scène et celui de l'acteur.

30. Les piano et forte sont toujours relatifs. Le public doit toujours avoir l'impression d'une réserve inutilisée. Jamais l'acteur ne doit dépenser toute la réserve qu'il possède. Même le geste le plus épanoui doit laisser la possibilité de quelque chose d'encore plus ouvert.


Il ne reste plus que quatorze autres principes qui feront l'objet d'un autre billet dans les jours à venir.

Au théâtre, cette semaine! (du 18 au 24 septembre 2011)


Petite semaine dans le monde théâtral saguenéen...

Mercredi - 21 septembre 2011
CRC (Chicoutimi), 9h


Première tenue pour 2011-2012 du groupe de compétence en théâtre du Conseil régional de la culture. Tous les artistes et artisans du milieu sont conviés. Il y sera notamment question des enjeux qui ont été dégagés lors du Forum, en juin dernier et des projets que nous pourrons y rattacher.

Si j'oublie des trucs, on peut les ajouter dans les commentaires.

samedi 17 septembre 2011

Les principes de la biomécanique meyerholdienne (première partie)



Voici le début des 44 principes de la biomécanique de Meyerhold, de ce système d'entraînement de l'excitabilité de l'acteur, de ses réflexes et de la construction de son corps dans un rapport concret à l'autre. Ces principes sont tirés du second tome des Écrits sur le théâtre, p. 100... et bien qu'ils soient datés et un peu figés dans le temps, ils recèlent de grandes vérités théâtrales...

1. Toute la biomécanique est base sur ce fait: si le bout du nez travaille, tout le corps travaille aussi. Il faut trouver avant tout la stabilité de tout le corps. À la moindre tension, tout le corps travaille.

2. Le sujet de l'exercice est une nécessité qu'il est difficile d'éviter. Avec le sujet, le jeu du corps est considérablement facilité. Cependant, le sujet ne doit jamais distraire, et il faut éviter de jouer le thème. Il faut porter une attention rigoureuse à chaque élément de l'exercice et s'en rendre compte (en avoir pleine conscience). Ce n'est qu'à ce prix qu'on atteindra la précision du travail.

3. En contrôlant le travail, chaque participant à l'exercice doit montrer qu'il a compris la méthode et que c'est en toute conscience qu'il reçoit les instructions.

4. Chacun de ceux qui travaillent doit être conscient du moment où il peut passer d'une position à une autre. Une césure est obligatoire après chaque élément de la tâche donnée.

5. Dans la biomécanique, chaque mouvement est composé de trois moments: 1) intention, 2) équilibre, 3) exécution.

6. Une bonne orientation dans l'espace en présence d'une grande quantité de personnes est d'une énorme importance. La tâche de chacun est de trouver son chemin particulier à l'intérieur du mouvement complexe de la masse.

7. Lors d'un exercice de masse, chacun doit connaître sa place, en la repérant par rapport à tous les partenaires et à l'espace dans les limites duquel il travaille. La précision de l'orientation, la rigueur du calcul, la justesse et la rapidité du coup d'oeil, tout cela doit être amené à son degré maximum (cette faculté d'adaptation, la justesse du coup d'œil, sont produites, même inconsciemment par les habitants des grandes villes).

8. La coordination dans l'espace et sur l'aire de jeu, la capacité de se retrouver soi-même dans un flux de masse, la faculté d'adaptation, de calcul, de justesse du coup d'oeil sont les exigences de base de la biomécanique.

9. L'exclamation, signe du degré d'excitabilité, doit toujours avoir un support technique. L'exclamation ne peut être admise que lorsque tout est tendu, quand tout le matériau technique est organisé.

10. Un calme total et un équilibre juste sont les premières conditions d'un bon travail précis.

11. Lors d'un exercice exécuté avec un partenaire, lorsqu'il effectue ses vérifications, chacun doit, par un signe d'otkaz ou par un autre moyen imperceptible au spectateur, signaler au partenaire qu'il est prêt à exécuter la tâche suivante.

12. Occuper comme il faut l'espace, conserver les intervalles exigés, c'est l'objectif et le souci de chaque participant.

13. Lors d'un exercice, il faut s'interdire de manifester feu ou tempérament, il ne faut pas se hâter, ni trop s'approprier l'espace. Maîtrise de soi, calme et méthode avant tout.

14. Chacun doit avoir la position convaincante d'un homme en équilibre, chacun doit avoir une réserve d'attitudes, de poses et de différents raccourcis permettant de garder l'équilibre. Chacun doit chercher lui-même l'équilibre nécessaire au moment donné.

15. Chacun doit comprendre et savoir sur quelle jambe il se tient, la droite, la gauche, les deux ensemble. Chaque intention de changer la position du corps ou des membres doit immédiatement être consciente.

Et ça se poursuit ainsi... J'y reviendra bientôt.

jeudi 15 septembre 2011

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 12

Ceci est le dernier billet de la série avant que de ne retomber dans des sujets un peu plus locaux...

Cette 5ième édition du FITML s'est terminée hier soir avec le gala. Je ne connais pas la liste des récipiendaires dans chacune des catégories... mais je sais que La Défonce n'y a récolté aucun prix. Je peux comprendre. Ce qui m'étonne, me déçoit, c'est que ce spectacle n'y ait récolté aucune nomination. Non pas que ce soit dans l'ordre des choses... juste surprenant en regard de ce que j'ai vu, entendu.

Mais bon.

En frais d'objectivité (de ma part!), on repassera.






mercredi 14 septembre 2011

Au Festival International de Théâtre de Mont-Laurier... 11

Au cours des derniers jours, j'ai vu encore de nombreux spectacles venus d'un peu partout dans le monde. Des productions parfois surprenantes, souvent drôles, touchantes... et à la distribution réduite. Mais parfois aussi un peu lourdes, hermétiques, sans fin. Et à noter aussi, que chaque fois qu'une pièce jouait, une autre jouait dans une autre salle... ce qui ne donne qu'un demi-aperçu du Festival...

Dimanche était réservé (par hasard...) aux Français. Le Théâtre du Valet de Coeur a présenté Derniers cris, une comédie-absurde sur la vie d'après un collage de textes de Guy Foissy.



Les deux interprètes (couple dans la vie) s'amusent ferme avec cette succession de tableaux qui questionnent l'inquestionnable. Du bon jeu... et un bon auteur vers qui il me faudra revenir...

Par la suite, nous avons pu assister à l'un des spectacles les plus applaudis du FITML, Histoire de pauv'filles et drôles de dames par Les Dieselles.


Les deux filles - fort sympathiques! - font dans la cruauté avec un plaisir manifeste. Un spectacle féministe (tout simplement humain!) décapant. De la première femme, Ève, à la jeune délurée; de la femme fatale à la femme coincée; de la jeunesse à la ménopause... tout y passe. Un jeu simple, précis, net. Drôle. Très drôle... Et peut-être, qui sait, sera-t-il possible des les voir dans un théâtre près de chez nous...

Lundi, les Brésiliens de la Cia Àtica ont pris la place avec Seis Duelos Verbais... Six duo verbaux, si je traduis bien du portugais, qui n'étaient que trois dans les faits. Un couple en six variations, de la première rencontre à la première rencontre après le divorce...


Donc, trois parties. Les deux premières vues (et choisies au hasard) étaient d'une belle clarté et démontrait là une belle maîtrise du jeu par les comédiens et d'une fort efficace utilisation de l'espace et de l'accessoire. Un jeu émouvant et visuellement touchant... surtout quand vient la danse avec la porte. La troisième partie, toutefois, prend une tournure plus difficile à saisir alors qu'elle amalgame une série d'objets et de type de jeux...

Ce spectacle fut suivi de celui du Centro di Teatro Internazionale (Italie), Via d'Uscita. Spectacle de bouffons axé sur le corps et les situations, il mettait en scène trois personnages (un Italien, un Français et une Russe) dans une prison. Belles images, oui... mais un peu long... et un peu simplet. Voici une petite vidéo:


Enfin, hier, j'ai vu un Ubu Roi par une troupe russe, Teatralnaya Laboratorya of Vadim Maksimov. Bien que les rumeurs autour de ce spectacle (j'ai vu la seconde représentation...) étaient plutôt négatives, j'ai passé une bonne soirée. Il faut dire que je connais fort bien ce texte et que, par conséquent, j'arrivais assez facilement à établir mes repères devant cet objet théâtral hétéroclite tout aussi absurde que déjanté où les personnages (joué par seulement deux comédiens... excellents) se mettent à jouer avec des légumes!

La dernière représentation était Childrens of the heart par le Performing Art Studio d'Israël. Une petite bluette un peu fleur bleue (du genre, ensemble nous sommes plus fort) qui ne se prend pas trop au sérieux jouée par cinq jeune hommes tout aussi solides que beaux. Une belle performance physique.
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mardi 13 septembre 2011

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 10

Bon. J'ai perdu un peu le fil des billets... ce qui n'empêche pas que j'ai vu encore quelques spectacles et de très bons! J'y reviendrai sans doute. Pour l'instant, voici des photos prises en début de festival, par Christian Roberge, alors que nous nous installions...









dimanche 11 septembre 2011

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 9

Autre journée bien remplie hier, au FITML... il est juste dommage, toutefois, que les productions soient présentées une seule fois... et qu'il y ait chaque fois deux productions en même temps (les représentations étant à 15h, 16h30, 18h30, 20h30). Il faut donc faire des choix... parfois difficiles.

La première pièce vue est Potestad, de La Granada. Il s'agit là d'un monologue d'une heure en espagnol (dont je me permets la retranscription du résumé dans le programme pour être certain de bien rendre cette histoire!): Pendant la dictature militaire en Argentine (1973-1983), il s'est commis les pires atrocités de l'histoire. Des hommes ont enlevé les enfants d'Argentins morts sous la torture; ces enfants considérés comme butins de guerre, ont été élevés par les bourreaux de leurs parents.


Seul en scène, dans un espace vide, l'acteur place une famille normale en scène dans une gestualité précise et d'une clarté surprenante malgré la barrière de la langue. Lui, sa femme, sa fille... qui n'est pas sa fille mais celle d'un homme qu'il a torturé alors qu'il était le bourreau. Vient alors le flashback (et la confusion pour le spectateur unilingue que je suis). Néanmoins, sa performance est frappante.

L'autre pièce, bien qu'en arabe, a fort bien passé étant donné que je connais bien le texte original. Il s'agissait là de La Leçon de Ionesco produit par la troupe Tawasol d'Égypte. L'expérience est intéressante: voir et tout comprendre en ne comprenant strictement rien. Étrangement, j'avais mes repères.


La mise en scène est assez traditionnelle... avec de fort bons comédiens!

Par la suite, nous nous sommes rendus au Gala des Arlequins organisé (enfin...) par la FQTA et pour lequel le Mic Mac avait trois nominations (pour La Défonce... belle coïncidence... d'ailleurs, nous avons reçu de bon commentaires tout au cours de la journée et encore ce matin). Les deux premières nous ont échappé (à savoir meilleur comédien et meilleure production) mais nous sommes repartis avec la dernière, Coup de coeur du jury.

La soirée s'est terminée tard... très tard... sous la tente du Festival dans une ambiance festive menée par les Brésiliens et suivie par nous, les Italiens, les Espagnols, les Français, les Israëliens, etc.

Décidément, c'est un fort beau festival... avec, jusqu'à présent, des productions de haut calibre. À l'époque, c'était un festival clairement identifié de théâtre amateur... mais je crois que maintenant (enfin, ça a été abandonné dans le nom!), c'est relativement ouvert à toutes les petites troupes...

samedi 10 septembre 2011

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 8


Puis ce fut nous!

La représentation de La Défonce s'est faite (après que l'équipe ait fait, deux heures et demie avant la représentation, un filage rapide dans le décor avec la technique...) devant une centaine de spectateurs, dans une salle où, somme toute, nous avons su retrouver de belle façon l'ambiance et l'atmosphère que nous avions à la création.

Malgré la fébrilité, la nervosité, le stress, les comédiens ont offert là l'une de leur bonne performance. Et si le texte a manqué à certains moments, les rattrapages furent sans faille. Techniquement, tout y était.

Bien sûr, le jeu pourrait encore s'affiner (notamment si le spectacle était repris sur une longue période) alors que le mélodramatique plane parfois sur certaines scènes... mais pour le rythme, la tenue, les interrelations, la mise en place et la manipulation des objets (rideaux, caisses, lampes, pelle), nous avons quelque chose de solide, de bien assimilé et de fort... enfin, je crois.


Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 7

J'ai vu mes deux premiers spectacles dans le cadre du FITML. Le premier, Il était une fois (Hajet'lec) était donnée par une compagnie française (pour rester dans le large... parce qu'ils préféreraient sûrement que je précise la région!), Les Atelannes.

Pendant une heure et quelques, ces deux hommes offrent une belle et solide performance tant physique que dramaturgique. Dans un jargon où s'entretissent les accents de l'Hexagone et des accents maghrébins, les souvenirs fusent, les histoires se déploient... le tout entrecoupé de chansons diverses. Un beau moment (quoiqu'un peu long) passé devant la complicité manifeste qui unit les deux interprètes. (En les voyant, ça me faisait penser aux spectacles de Bruno Coppens et autres conteurs du genre...)

Le second spectacle était présenté par le Trastos Teatro, Cuatro Entremeses y un alma en pena... dont voici un extrait pigé sur Youtube.



Présenté en espagnol, ce spectacle m'est apparu fort long. L'esthétique n'aidait en rien alors que la technique était brute et que l'espace était réduit - contraintes de tournée peut-être. Et si les comédiens étaient intéressants dans leur jeu corporel (notamment le vieillard qui ouvre l'extrait vidéo), la mise en scène était assez pauvre...

vendredi 9 septembre 2011

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 6

La journée avance...

Nous avons trouvé nos barres de dix-huit pieds. Notre décor a été accroché, validé. Tout fonctionne. L'éclairage est monté, focussé (je me suis improvisé éclairagiste...) et les intensités sont faites. Bon. Sur ce point, nous pourrions souhaité mieux - contraintes de tournée oblige. Avoir plus de temps, nous aurions pu faire autrement... comme dans n'importe quoi. Bref, tout est là, prêt... et les spectateurs de ce soir aurons un spectacle assez proche de ce que nous avons fait en avril 2010.

Nous avons dîné sur la place du Festival où toutes les troupes se réunissent. Les contacts commencent à se faire et l'ambiance de fête s'installe. Les Israëliens sont fort sympathiques. Tout comme la troupe de la France que nous verrons à 15h... suivie de la troupe de l'Espagne à 16h30.

Après, nous.

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 5

C'est le moment décisif à partir duquel il ne sera plus possible de reculer.

Nous entrons, dans quelques minutes, dans le Bloc G pour une intense séance d'éclairages (focus, intensités)... juste après avoir réglé les problèmes de la scénographie.

La première chose à faire est d'aller chez Métal Gosselin, une ferronnerie, pour y quérir trois grandes tiges de métal de dix-huit pieds chacune. Pendant ce temps, dans la salle, une équipe s'attardera à monter le plancher de planche.

Le pire dans tout ça, c'est qu'il faudra faire vite, pour tout enlever avant le dîner pour laisser la place à la troupe qui jouera à 16h30...

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 4

Numéro de fermeture alors que le chanteur Antoine Mainville entonne Les comédiens d'Aznavour,
entouré de toutes les troupes.


Et c'est parti.

C'était ce soir le gala d'ouverture du FITML. Après une première partie protocolaire (toujours un peu longue bien qu'essentielle), chacune des troupes avait deux minutes pour se présenter et présenter leur spectacle, qui avec un extrait, qui avec une chanson, qui avec une danse. Le hic, c'est que nous avons su le concept une heure avant le dit gala.

Mais qu'à cela ne tienne, nous sommes montés sur scène... les premiers, pour casser la glace. Rien de moins. Nous avons eu le temps, cependant, de concocter une petite présentation conceptuelle avec une série de phrases «La Défonce c'est...». Ça s'est bien passé... malgré la fatigue de tous.

De ces présentations, quelques troupes sont ressorties: les Polonais dont j'ai bien hâte de voir le travail; la troupe Les Dieselles composé de deux Françaises; l'une des deux troupes italiennes qui s'amène avec un spectacle cirquesque qui semble fort amusant. J'ai une semaine pour vérifier tout ça.

jeudi 8 septembre 2011

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 3

Ce soir, à 20h, ce sera le Gala d'ouverture de 5ième édition du FITML. Théoriquement, nous serons les premiers présentés (avec un 2 minutes de présentation).

Dans quelques minutes (vers 16h), une partie de l'équipe devrait arriver. Pendant ce temps, je cogite à notre installation.

À ce que j'ai compris, les gens de la Mongolie ne se sont pas présentés... et il semble que les gens du Togo n'y soient pas non plus.

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 2

Au Festival International de théâtre de Mont-Laurier... 1


J'arrive à l'instant du Bloc G où nous jouerons La Défonce demain soir. Je suis arrivé alors que les techniciens là-bas installent présentement notre éclairage. Bel adon... parce que j'ai pu répondre à leurs questions et faire des ajustements sur le plan...

Tout au cours de la journée arriverons les autres personnes de l'équipe.

Tout semble bien aller jusqu'à présent. J'ai croisé les Slovaques... et les Italiens.

À voir maintenant... pour la suite des choses... sous la présidence d'honneur de Francine Grimaldi.