Affichage des articles dont le libellé est Nouvelles. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nouvelles. Afficher tous les articles

mercredi 8 avril 2020

En mémoire de Ghyslain Tremblay

Le comédien natif de Jonquière, Ghyslain Tremblay est décédé.

Il a fait ses débuts ici, à l'époque glorieuse du théâtre amateur des années 70. Il  a fait partie de cette éblouissante cohorte d'artistes - les Rémy Girard, Marie Tifo, Michel Dumont, Louise Portal et compagnie - qui a notamment joué avec La Marmite de Ghislain Bouchard... avant que de passer lui aussi à la grand'ville, sur la scène et à la télévision!

Que de rôles il nous laisse en souvenir! 

Je cherchais, dans les archives de la BaNQ pour trouver des informations. Et voici tout un portrait de lui, publié en décembre 1998 dans le Progrès-Dimanche, sous la plume de Madame Christiane Laforge (qui m'en a gentiment autorisé l'usage):


Mes sympathies à ses proches et à sa famille.

vendredi 3 avril 2020

Du radio-théâtre... encore...

Je continue ma quête sur l'histoire du radio-théâtre. Enfin, pour être plus précis, sur la réception de ce mode de spectacle. Tant pour les artistes que pour les auditeurs...

Voici un petit encadré trouvé dans la revue Le Samedi, paru le 19 août 1922:


jeudi 26 mars 2020

Le retour du radiothéâtre!

Une des choses étonnantes de cette étrange période qui nous afflige, c'est l'intérêt porté à un genre théâtral parfaitement désuet mais ô combien efficace quand la distanciation et le confinements sont la norme: le radiothéâtre

Petit détour par Le dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin...

À son apogée, la radio avait recours à la forme dramatique pour toutes sortes d'émissions, tandis que le théâtre radiophonique proprement dit s'est révélé d'une extrême souplesse, capable d'exprimer le réel ou bien l'onirisme le plus subjectif. Attirés par cette souplesse, les auteurs ont su exploiter la spécificité du genre pour entraîner l'adhésion d'un auditeur invisible. 

Aux USA, la première pièce radiophonique est diffusée en 1922; la Grande-Bretagne et la France suivent en 1924, l'Allemagne en 1925. [...]

[...] Les prétendues limites du genre sont aussi des atouts car, comme le suggèrent les divergences terminologiques, le théâtre radiophonique se retrouve au carrefour des arts, capables de faire passer l'émotion la plus intime ou la science-fiction, le quotidien ou le surréel.

Au Québec, le radiothéâtre a tenu le haut du pavé pendant de nombreuses années. Voici, d'ailleurs, un petit tableau statistique (tiré de L'Annuaire théâtral no.5-6, automne 1988), pour montrer la courbe de son évolution:



Il y a quelques jours, ICI Première a annoncé en grande pompte qu'elle diffuserait la production Mademoiselle Julie de Strindberg qui devait prendre l'affiche au TNM... avec, apparemment, un très grand succès d'audience. (On peut retrouver le balado ici.)

La chaîne remet donc ça, ce soir, 20h, en présentant Encore une fois si vous permettez de Michel Tremblay qui a été présenté chez Duceppe il y a quelques temps. Dès demain, ce sera possible de faire du rattrapage via l'application OhDio.

Ce serait bien de voir la chose se répéter encore et encore et encore bien au-delà de la pandémie...

dimanche 15 mars 2020

Un extrait (thématique!) de ma pièce EMPIRE...


Gravure sur bois d’après un dessin d’Alfred Rethel de 1847.


Du quartier maudit s'est élevée une émanation malsaine
Une couche délétère 
Implacable

Létale

Un brouillard de germes 

D'est en ouest 
Du nord au sud

Un fléau foudroyant

Une contagion 
Presque visible tant son effet fut fulgurant
Ses conséquences funestes

Dans l'enceinte des fortifications l'air s'est vite surchargé

Des litres de chaux vives furent déversés sur le charnier
Tentatives d'aseptisation

Mais les enfants de la Cité succombèrent 
Les uns après les autres
Tous

Les médecins
Les apothicaires 
Les guérisseurs
Même les charlatans
Tous épuisèrent leur érudition en cataplasmes
En comprimés
En sangsues 
En vain

C'est là un des points tournants du récit qui entraîne inexorablement le Peuple et la Cité vers leur déclin, leur chute. À coup de décrets. Je pourrais me targuer d'être visionnaire... mais non. Ce passage a été écrit à l'été 2018, en référence à une épidémie d'Ebola qui faisait les manchettes. 

samedi 14 mars 2020

Comme un relent du passé 2...

Je reste dans cette grande thématique d'actualité (après ce billet d'il y a quelques jours...).

Comment aussi, en ces temps de pandémie et d'annulations de représentations, ne pas penser à cette grande faucheuse que fut l'épidémie de grippe espagnole de 1918 qui a fait des millions de morts... Pour contrer le mal, la fermeture des salles des spectacles avait notamment été décrétée.

Voici donc, comme une résurgence du passé qui trouve aujourd'hui un drôle d'écho, une bien mince partie de la revue de presse de l'époque (avec, bien sûr, des articles concernant la fermeture des théâtres)...

Le Devoir, 7 octobre 1918:


Le Soleil, 7 octobre 1918:


Le Devoir, 9 octobre 1918:


L'Action Catholique, 9 octobre 1918:


Le Samedi, 19 octobre 1918:


jeudi 12 mars 2020

Comme un relent du passé...


À la fin du 16ième siècle, entre 1592 et 1594, alors que Londre subit les ravages de la peste, on prend la décision de fermer tous les théâtres... accusés, notamment, d'être des foyers d'infections, tant physiques que moraux! Tout ça, dans le but, évidemment, d'éviter la propagation et la contagion. 

Difficile de ne pas y penser, en ces temps troubles de pandémie alors que d'un peu partout sur la planète (et ici, au Québec, pour les rassemblements de plus de 250 personnes), les fermetures d'institutions et de lieux publics sont annoncées.


mercredi 1 janvier 2020

En 2020...

Une grosse première moitié d'année 2020 m'attend, théâtralement parlant.

Beaucoup de projets sont déjà en cours...

Comme Empire, une création du Théâtre 100 Masques à partir du dernier texte que j'ai écrit - déjà en cours de répétitions - qui sera présenté au début du mois de mars au Petit Théâtre de l'UQAC et sur lequel je reviendrai assurément dans d'autres billets!

Comme la mise en scène de L'Assemblée des femmes d'après Aristophane avec la Troupe Les Mal-Avenants (celle du Cégep de Chicoutimi... qui recevra, par ailleurs, l'Intercollégial de théâtre 2020 en avril prochain!) qui sera présentée à la fin mars et dont les répétitions sont amorcées depuis septembre 2019...

Puis comme les deux charges de cours que je donnerai à l'UQAC, soit Atelier de conception et Atelier de création au cours desquels les étudiants monteront leurs propres productions à partir du cadre que je leur donnerai. Le tout se passera en avril!

Puis commenceront les répétitions de La Cantatrice Chauve de Ionesco, par le Théâtre 100 Masques toujours, présentée en production estival tout le mois de juillet au Côté-Cour de Jonquière.

Un assez gros début d'année... oui... 

Mais déjà plein d'autres projets se profilent à l'horizon!


samedi 28 mai 2016

Le Mic Mac se livre...


Francine Joncas, du Théâtre Mic Mac, s'est lancée dans une entreprise colossale: raconter, dans une livre, les 50 ans de la troupe... elle qui y est associée depuis pratiquement les débuts! Une source directe, donc... une présence constante sur un demi-siècle! 

Et le produit de son labeur a été officiellement lancé hier soir!

50 ans de théâtre à Roberval. 50 ans de productions. 50 ans d'engagement de dizaines de personnes qui ont porté et pérennisé ce grand projet.

Le bouquin est volumineux (avec ses 300 pages!) et magnifique (le montage a été fait par Christian Roberge). Faisant la part belle à l'écriture (ce n'est pas un album...), il est divisé en trois parties: l'histoire comme telle sous toutes ses facettes; la théâtrographie complète avec les crédits de productions, un résumé et quelques anecdotes; divers (et nombreux) témoignages de collaborateurs au fil des ans. 

Un vrai bel ouvrage... intéressant, drôle, touchant. Que j'ai lu avec un plaisir sans fin!

samedi 23 avril 2016

Les 400 ans de la mort de Shakespeare


Il y a 400 ans mourait l'un des génies du théâtre, toutes époques confondues: William Shakespeare (décédé le 23 avril 1616). Au Royaume-Uni, les célébrations de cet anniversaire culmineront à Stratford-upon-Avon, lieu de naissance du dramaturge. 

Ses oeuvres restent encore aujourd'hui parmi les plus célèbres répertoire universel: Roméo et JulietteOthello, Hamlet, Macbeth, La Tempête, Richard II, Richard III, La nuit des rois, Beaucoup de bruit pour rien, Le songe d'une nuit d'été, Comme il vous plaira, Le roi Lear, Les Joyeuses commères de Windsor et bien d'autres. Tragédies, comédies, pièces historiques, sonnets... son écriture a porté ses genres à des sommets qui restent, à ce jour, inégalés. 

Est-il l'auteur de tous ces chefs-d'oeuvres? Certains en doutent (comme pour Molière, d'ailleurs...) et émettent l'hypothèse qu'il ne soit, en fait, qu'un prête-nom... dissimulant un personnage illustre qui se serait mêlé d'écrire pour la scène...

Quoi qu'il en soit, le personnage a marqué toute une époque théâtrale et ses écrits continuent à faire vibrer les spectateurs siècle après siècle. 

Le monde entier est un théâtre
et tous
hommes et femmes
n'en sont que les acteurs
Et notre vie durant
nous jouons plusieurs rôles.

lundi 21 mars 2016

Journée Mondiale de la Marionnette

Photographie de la valise de Germain Boisvert, sauvée des rebuts en 2010 (Crédits: Oliver Jean)
À ce sujet (et c'est dans le thème), voir l'article de Jeu, Un patrimoine à conserver (paru en 2012)

C'est aujourd'hui la Journée Mondiale de la Marionnette (on peut lire ici le message international 2016). Pour cette occasion... pour saluer aussi les collègues  des Amis de chiffon, de la Tortue Noire, du Théâtre À Bout Portant et tous les autres qui s'adonnent - fréquemment ou à l'occasion! - à cet art fabuleux!... voici l'un des plus beaux textes (intégral) sur ce genre (un chef-d'oeuvre philosophico-spiritualo-esthétique!) écrit au début du XIXième siècle par Henrich on Kleist (dans une traduction de Jacques Outin), Sur le théâtre de marionnettes:

.Alors que je passais l’hiver 1801 à M…, j’y rencontrai un soir, dans un jardin public, Monsieur C… qui était engagé depuis peu comme premier danseur à l’Opéra de la ville, où il remportait un succès exceptionnel auprès du public.
Je lui dis que j’avais été étonné de le trouver plusieurs fois déjà au théâtre de marionnettes dressé sur la place du marché pour divertir la populace par de petits drames burlesques entrecoupés de chants et de danses.
Il m’assura que la pantomime de ces poupées lui procurait un plaisir intense et me fit clairement sentir qu’elles pouvaient apprendre toutes sortes de choses à un danseur désireux de se parfaire.
Comme ce propos me semblait, dans sa formulation, être plus qu’une simple boutade, je m’assis près de lui pour lui demander ce sur quoi il pouvait bien fonder une si étrange affirmation.
Il me demanda si je n’avais pas trouvé très gracieux certains mouvements que faisaient les poupées, et notamment les plus petites.
C’est une chose que je ne pus nier. Téniers n’aurait pu peindre de manière plus exquise un groupe de quatre paysans dansant la ronde à une vive cadence.
Je m’enquis du mécanisme de ces figures et demandai comment il était possible de diriger leurs membres et leurs points, comme l’exigeait le rythme des mouvements ou de la danse, sans avoir aux doigts des myriades de fils.
Il me répondit qu’il ne fallait pas s’imaginer qu’aux divers moments de la danse, chaque membre était posé et tiré séparément par le machiniste.
Chaque mouvement avait son centre de gravité ; il suffisait de le diriger, de l’intérieur de la figure ; les membres, qui n’étaient que des pendules, suivaient d’eux-mêmes, sans autre intervention, de manière mécanique.
Il ajouta que ce mouvement était fort simple ; chaque fois que le centre de gravité se déplaçait en ligne droite, les membres décrivaient des courbes ; et que souvent, après avoir été secoué de manière purement accidentelle, l’ensemble entrait dans une sorte de mouvement rythmique qui n’était pas sans ressembler à la danse.
Cette remarque me sembla jeter quelque lumière sur le plaisir qu’il prétendait trouver au théâtre de marionnettes. Mais j’étais encore loin de pressentir les conséquences qu’il allait en tirer.
Je lui demandai s’il pensait que le machiniste, qui dirigeait ces poupées, devait lui-même être danseur, ou au moins avoir une notion de la beauté de la danse.
Il répondit que même si un métier était facile du point de vue mécanique, il ne fallait pas en conclure qu’il puisse être exercé sans la moindre sensibilité.
La ligne que le centre de gravité devait décrire, était il est vrai très simples et, comme il le pensait, dans la plupart des cas droite. Lorsqu’elle était courbe, la loi de son incurvation semblait être au moins du premier degré, tout au plus du second ; et dans ce dernier cas, seulement elliptique, une forme de mouvement somme toute naturelle pour les extrémités du corps humain (à cause des articulations), et qui ne demandait donc pas au machiniste un grand art pour la tracer.
D’un autre côté pourtant, cette ligne était extrêmement mystérieuse. Car elle n’était rien d’autre que le chemin qui mène à l’âme du danseur ; et il doutait que le machiniste puisse la trouver autrement qu’en se plaçant au centre de gravité de la marionnette, ou en d’autres mots,en dansant.
Je rétorquai qu’on m’avait dit de ce métier qu’il était sans âme : un peu comme la rotation d’une manivelle qui actionne une vielle.
« Pas du tout, me répondit-il. Les mouvements de ses doigts entretiennent un rapport assez complexe à celui des poupées qui y sont attachées, à peu près comme les nombres à leurs logarithmes ou l’asymptote à l’hyperbole. »
D’ailleurs, il pensait qu’on pourrait enlever aux marionnettes ce dernier reste d’esprit, et que leur danse pourrait être entièrement transposée au royaume des forces mécaniques, donc produite par l’entremise d’une manivelle, comme je me l’étais imaginé.
J’exprimai mon étonnement de le voir porter une pareille attention à une forme d’art inventée pour la plèbe. Et que non seulement il la jugeât susceptible d’un plus haut développement : il me semblait aller jusqu’à s’y intéresser.
Il sourit et me dit qu’il osait prétendre que, si un mécanicien acceptait de lui construire une marionnette selon ses exigences, il saurait lui faire exécuter une danse que ni lui, ni aucun autre danseur talentueux de l’époque, sans exclure Vestris lui-même, ne serait en mesure d’égaler.
« Avez-vous, me demanda-t-il, alors que je regardais le sol en silence, avez-vous entendu parler de ces jambes mécaniques, que certains artistes anglais confectionnent pour les malheureux qui ont perdu leur membre ? »
Je lui dis que non : je n’avais jamais rien vu de semblable.
« Je le regrette vraiment, rétorqua-t-il, car si je vous dis que ces malheureux dansent avec, j’ai tout lieu de craindre que vous ne me croyiez pas. — Que dis-je, danser ? Le cercle de leur mouvements est certes limité ; mais ceux qu’ils ont à leur disposition s’exécutent avec un calme, une grâce et une aisance capables d’étonner tous les esprits sensibles. »
Je lui dis, en plaisantant, qu’il avait donc trouvé son homme. Car l’artiste, qui était en mesure de construire une jambe aussi étonnante, saurait sans aucun doute lui assembler toute une marionnette selon ses exigences.
« Quelles sont donc, lui demandai-je, alors qu’à son tour il regardait par terre d’un air embarrassé, les exigences que vous adresseriez au savoir-faire de cet artiste ?
— Il n’y a rien, me répondit-il, qu’on ne trouve déjà ici : harmonie, mobilité, légèreté — mais à un plus haut degré ; et surtout une distribution des centres de gravité qui soit plus conforme à la nature.
— Et quel avantage cette poupée aurait-elle sur les danseurs vivants ?
— Quel avantage ? Avant tout, mon excellent ami, un avantage négatif : elle ne ferait en effet jamais de manières. Car l’affectation apparaît, comme le savez, au moment où l’âme (vis motrix) se trouve en un point tout autre que le centre de gravité du mouvement. Et comme le machiniste ne dispose, par l’intermédiaire du fil de fer ou de la ficelle, pas d’un autre point que celui-ci, les membres sont comme ils doivent être, morts, de simples pendules, et se soumettent à la seule loi de la pesanteur ; une propriété merveilleuse, qu’on chercherait en vain chez la plupart de nos danseurs.
« Vous n’avez qu’à regarder la P…, poursuivit-il, quand elle joue le rôle de Daphné et que, poursuivie par Apollon, elle se retourne vers lui ; son âme est logée dans les vertèbres des reins ; elle se plie comme si elle voulait se briser, telle une naïade de l’Ecole du Bernin. Voyez le jeune F…, quand il symbolise Pâris debout entre les trois déesses et tend la pomme à Vénus : son âme se tient cachée (c’est effroyable à voir) dans le coude.
« De telles erreurs, ajouta-t-il pour couper court, sont inévitables depuis que nous avons mangé du fruit de l’Arbre de la Connaissance. Mais le Paradis est verrouillé, et le Chérubin à nos trousses ; il nous faudrait donc faire le tour du monde pour voir s’il n’est peut-être par rouvert par derrière. »
Je ris. Il est vrai, pensai-je, que l’esprit ne saurait se tromper là où il n’existe pas. Mais je remarquai qu’il ne m’avait pas encore tout dit et le priai de poursuivre.
« Du reste, me dit-il, ces poupées ont l’avantage d’être antigravitationnelles. Elles ne savent rien de l’inertie de la matière, propriété on ne peut plus contraire à la danse : car la force qui les soulève dans les airs est supérieure à celle qui les retient au sol. Que ne donnerait notre bonne G… pour peser soixante livres de moins ou pour qu’un contrepoids de cette importance vienne l’aider à exécuter ses pirouettes et ses entrechats ? Comme les elfes, les poupées n’ont besoin du sol que pour le frôler et réanimer l’envolée de leurs membres par cet arrêt momentané ; nous-mêmes en avons besoin pour y reposer un instant et nous remettre des efforts de la danse : instant qui n’est manifestement pas de la danse, et dont il n’y a rien d’autre à faire que de l’écarter autant qu’on peut. »
Je lui dis qu’aussi adroitement qu’il mène l’affaire de ses paradoxes, il ne me ferait jamais croire qu’il puisse y avoir plus de grâce dans un mannequin mécanique que dans la structure du corps humain.
Il répondit qu’il était absolument impossible à l’homme d’y rejoindre un tant soit peu le mannequin. Que seul un dieu pourrait, dans ce domaine, se mesurer à la matière ; et que c’était là le point où les deux extrémités du monde circulaire venaient se retrouver.
Ma surprise allait croissant, et je ne savais que répondre à de si étranges affirmations.
Il semblait, répliqua-t-il, tout en prenant une pincée de tabac, que je n’avais pas lu avec attention le troisième chapitre du Premier Livre de Moïse ; et qu’à celui qui ne connaissait pas cette première période de la culture humaine, on ne pouvait guère parler des suivantes, et encore moins de la dernière.
Je lui dis que je savais fort bien quels désordres la conscience provoque dans la grâce naturelle de l’homme. Un jeune homme de mes connaissances avait, par une simple remarque, pour ainsi dire sous mes yeux, perdu son innocence et n’en avait plus jamais retrouvé le paradis, malgré tous les efforts qu’on pût imaginer. — « Mais, ajoutai-je, quelles conséquences pouvez-vous en tirer ? »
Il me demanda de quel événement je voulais parler.
« Je me baignais, lui racontai-je, il y a environ trois ans, avec un jeune homme, dont l’anatomie était empreinte d’une grâce prodigieuse. Il devait être dans sa seizième année et on pouvait à peine déceler chez lui les premiers signes de vanité provoqués par les faveurs des femmes. Le hasard voulait que nous ayons vu à Paris, peu de temps auparavant, cet éphèbe qui s’enlève une épine du pied ; le moulage de cette statue est connu et se trouve dans la plupart des collections allemandes. Le regard qu’il jeta dans un grand miroir à l’instant où, pour l’essuyer, il posait le pied sur un tabouret, le lui rappela ; il sourit et me dit quelle découverte il venait de faire. Je venais à vrai dire de la faire moi aussi, dans le même instant ; mais était-ce pour mettre à l’épreuve la grâce qui l’habitait, ou aller à l’encontre de sa vanité et l’en guérir un peu : je ris et rétorquai qu’il devait avoir des visions ! Il rougit et leva une deuxième fois le pied pour me le prouver ; mais, comme on aurait facilement pu le prévoir, sa tentative échoua. Déconcerté, il leva le pied une troisième et une quatrième fois, et il le leva bien dix fois encore : en pure perte ! Il était hors d’état de reproduire ce mouvement — que dis-je ? Les mouvements qu’il faisait étaient si comiques, que j’eus de la peine à retenir mon rire.
A dater de ce jour, pour ainsi dire de cet instant, une transformation inexplicable s’opéra en lui. Il passait des journées entières devant le miroir ; et un charme après l’autre le quittait. Une force mystérieuse et invisible semblait s’être posée, tel un filet de fer, sur le libre jeu de ses gestes, et quand une année eut passé, on ne trouvait plus trace en lui du charme qui avait fait la joie de ceux qui l’entouraient. Un témoin de cette étrange et malheureuse affaire vit encore aujourd’hui et pourrait vous confirmer, mot pour mot, ce que je vous ai raconté.
— A ce propos, me dit amicalement Monsieur C…, je voudrais vous raconter une autre histoire, dont vous comprendrez aisément qu’elle a sa place ici.
« Je me trouvais, lors d’un voyage en Russie, dans une des propriétés de Monsieur de G…, un gentilhomme livonien, dont les fils pratiquaient alors intensément l’escrime. Surtout l’aîné, qui venait de quitter l’université, se vantait d’être un virtuose et me proposa, comme j’étais un matin dans sa chambre, une rapière. Nous nous battîmes ; mais il se trouva que je lui étais supérieur ; la passion acheva de le troubler ; presque chaque coup que je donnais le touchait, et finalement, sa rapière s’envola dans un coin de la pièce. A moitié pour plaisanter, et à moitié dépité, il me dit en ramassant son arme qu’il avait trouvé son maître, mais que dans ce monde chacun trouvait le sien et qu’il voulait me conduire au mien. Les deux frères éclatèrent de rire et s’écrièrent : « Allons ! Allons ! Descendons au bûcher ! » et ils me prirent par la main et me menèrent devant un ours que leur père, Monsieur de G…, faisait élever dans la cour.
« Lorsque, stupéfait, je me trouvai face à lui, l’ours se tenait sur ses pattes arrière, le dos appuyé au poteau où il était attaché, la griffe droite levée, prête à frapper, et il me regardait dans les yeux : il s’était mis en garde. Quand je me vis confronté à un tel adversaire, je ne sus si je rêvais ; pourtant, Monsieur de G… me dit : « Attaquez, attaquez ! Et essayez donc de lui donner un coup ! » Une fois remis de ma première surprise, je poussai une botte ; l’ours fit un mouvement de patte très bref et para l’attaque. J’essayai de le suborner avec des feintes ; l’ours ne bougea pas. Je poussai encore une botte soudaine, avec une telle adresse que j’en aurais infailliblement touché la poitrine d’un homme : l’ours fit un mouvement de patte très bref et para l’attaque. A présent, j’étais presque dans la situation du jeune Monsieur de G… Le sérieux de l’ours achevait de me faire perdre contenance, les attaques et les feintes alternaient, la sueur me ruisselait sur le corps : en pure perte ! Non seulement l’ours parait toutes mes attaques, comme le premier escrimeur du monde, mais (ce en quoi aucun escrimeur au monde ne l’eût imité) il ne répondait même pas à mes feintes : son œil dans le mien, comme s’il avait pu lire dans mon âme, il restait griffe levée, prêt à frapper, et quand mes attaques n’étaient qu’esquissées, il ne bougeait pas.
« Croyez-vous cette histoire ?
— Absolument ! m’écriai-je avec enthousiasme ; elle est si vraisemblable que je le ferais même si elle me venait d’un inconnu : à plus forte raison quand elle me vient de vous !
— Ainsi, mon excellent ami, me dit Monsieur C…, vous êtes en possession de tout ce qu’il faut pour me comprendre. Nous voyons que, dans le monde organique, plus la réflexion paraît faible et obscure, plus la grâce est souveraine et rayonnante. — Cependant, comme l’intersection de deux lignes situées d’un même côté d’un point se retrouve soudain de l’autre côté, après avoir traversé l’infini, ou comme l’image d’un miroir concave revient soudain devant nous, après s’être éloignée à l’infini : ainsi revient la grâce, quand la conscience est elle aussi passée par un infini ; de sorte qu’elle apparaît sous sa forme la plus pure dans cette anatomie humaine qui n’a aucune conscience, ou qui a une conscience infinie, donc dans un mannequin, ou dans un dieu.
— Par conséquent, lui dis-je un peu songeur, nous devrions manger une fois encore du fruit de l’Arbre de la Connaissance, pour retomber dans l’état d’innocence ?
— Sans aucun doute, me répondit-il ; c’est le dernier chapitre de l’histoire du monde.





mardi 16 février 2016

Une nouvelle politique culturelle pour 2017

La ministre Hélène David, lors de l'annonce 
(Photographie de Jacques Nadeau, Le Devoir, illustrant l'article mentionné plus bas)

Un article du Devoir publié hier sous la plume de Stéphane Baillargeon nous apprenait que le gouvernement libéral actuel s'achemine vers une nouvelle politique culturelle (vingt-cinq ans après la dernière digne de ce nom) pour 2017... mais qu'entretemps, de nombreuses consultations seront menées dans différentes régions du Québec dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Tous les détails (pour suivre l'évolution du projet, déposer un mémoire, etc.) se retrouve sur le site du MCC, ici

Une réflexion s'impose donc.

Personnellement, en tant que directeur mais aussi et surtout en tant que créateur, cette annonce me questionne. À quoi servira-t-elle, cette nouvelle politique culturelle? Reconnaître l'apport des nouvelles technologies? Reconnaître l'importance de la médiation culturelle? De l'animation? Reconnaître l'importance de l'art à l'école? De la diffusion? 

Mais bien sûr. Cela va de soi. Tant que ça reste des outils et non des fins en soi.

Ce qui m'intéresse le plus, c'est qu'est-ce qui sortira pour les créateurs (sans se perdre dans les projets novateurs et les multiples détours énoncés plus haut)? Qu'est-ce qui sera décidé pour les soutenir dans leur pratique régulière? Comment les pouvoirs culturels seront-ils (re)distribués? Quelle place la culture en région aura-t-elle? Quelle place les créateurs locaux auront-ils dans celle-ci? Quels efforts seront consentis pour ne pas qu'elle sombre dans un sous-genre folklorique sans plus?

Les débats qui s'annoncent seront à suivre!

samedi 7 juin 2014

Cet été, au théâtre...


Voici, ce matin, en quelques lignes, un petit tour d'horizon des différentes productions estivales qui prendront l'affiche au SLSJ au cours des prochains mois d'été... qu'il fasse chaud (les salles sont, pour la plupart, climatisées!) ou qu'il fasse froid et pluvieux (ces mêmes salles ont aussi un système de chauffage!). 

Cet été estival débute le 21 juin par la tenue du 4ième Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui réunit, généralement, une bonne partie du milieu théâtral de la région. Au cours de cet événement, il y aura mise à jour des différents comités mis en place de même de même que réflexions (notamment par la rencontre avec des gens du CALQ) et établissement de nouveaux moyens de concertation. Plus il y a de monde lors de cette rencontre et le plus les actions sont fortes et efficaces. 

Maintenant, au chapitre des spectacles...

La saison débute à Saint-Fulgence, du 26 juin au 15 août (les jeudis et vendredis) avec une curiosité théâtrale alors que Jimmy Doucet (qui présente d'autres spectacles dans la région dont les détails se retrouvent ici) a littéralement fait couper une maison en deux pour donner une production au titre équivoque: La maison coupée en deux... Un spectacle plein air dans lequel vous pourrez suivre les personnages vivant des situations amusantes d'un étage à l'autre

La saison débute à Alma, à la Dam-en-Terre, qui présente (c'est d'ailleurs le 25ième anniveraire de ce théâtre d'été!), du 27 juin au 23 août (du mardi au samedi), Poisson d'avril, un texte de Guylaine Tremblay et Simon Fortin mis en scène par Renaud Paradis. Mona, une hygiéniste dentaire, entretient une correspondance avec une Française, Julianne, depuis la fin de son cours secondaire sans l’avoir rencontrée. Au fil des ans, la distance et la volonté de s’inventer « une vie par lettre » qui serait plus attrayante que la réalité a amené Mona à n’écrire qu’un tissu de mensonges, qu’un paquet d’inventions. Un haut standard de vie, un mari, des serviteurs, une carrière prestigieuse, bref, une vie de rêve. Et tout cela demeurait sans conséquence puisque son amie française était à des milliers de kilomètres. Cependant, Julianne qui ne s’était pas gênée pour embellir ellemême sa réalité, annonce qu’elle débarque chez sa cousine du Québec pour célébrer le cinquième anniversaire du supposé mariage de Mona. Et voilà, Mona doit tout mettre en branle pour être à la hauteur de ses menteries! Question de nous faire passer une soirée des plus divertissantes, la visite qui devait durer une semaine en deviendra deux, puis trois jusqu’à…surprise, surprise! (Pour plus de détails...)

Du 2 au 25 juillet (du mercredi au vendredi), le Théâtre 100 Masques présente La Paix chez soi et autres bêtises humaines, un spectacle qui, sous ma mise en scène, réunit onze textes de Courteline. Pourfendant l'absurdité humaine sous toutes ses formes en mettant en lumière ses pires défauts - la naïveté, la paresse, la frivolité, l'avarice, la jalousie, l'ignorance, la soumission, etc. - cette production tendra aux spectateurs sous le couvert de la comédie et du divertissement, un miroir tout aussi décapant qu'ironique. (Pour plus de détails...)

Du 2 juillet au 2 août (du mercredi au samedi), le Collectif À Tour d'Rôle présente, pour une sixième année, son cabaret burlesque estival. Cette année, avec le Cabaret À Tour d'Rôle - Les meilleurs mômans qui rassemble, le temps d'une soirée, un éventail des numéros les plus appréciés des cinq premières éditions.(Pour plus de détails...)

Du 8 juillet au 27 août (les mardis et mercredis) le théâtre d'été de la Pulperie de Chicoutimi présente Ce soir on passe à la télé, texte et mise en scène de Jimmy Doucet. Le nouveau talk-show préféré des québécois est à la Pulperie de Chicoutimi pour tout l'été. Venez assister au tournage du show de télé dont tout le monde parle! Vivez l'ascension fulgurante de Joël Sansoucy, un animateur de foule méconnu jusqu'à aujourd'hui, qui atteint des records de cotes d'écoute depuis son arrivée à la barre de l'émission chouchou des téléspectateurs de partout dans la province. Venez passer une soirée complètement folle avec au menu : artistes invités, recettes surprenantes, prestations spectaculaires, reportages en direct et bien plus encore! (Pour plus de détails...)

Pour une 26ième année, il y aura présentation de La Fabuleuse histoire d'un Royaume, du 10 juillet au 23 août. Une immense fresque historique relatant l’histoire du Québec à travers les principaux événements survenus au Saguenay-Lac-St-Jean. Découvrez la vie des Amérindiens sur les rives du grand fleuve et leurs rencontres avec des personnages aussi célèbres que Jacques Cartier et Champlain. Faites un clin d’œil à la cour de François 1er ou traversez le temps à travers les coups de canons et la bataille des plaines d’Abraham. Dès l’arrivée des 21, (premiers pionniers dans la région) participez à la naissance de la vie rurale au Québec avec ses colons, bûcherons, des notables aussi. Laissez-vous emporter par le tourbillon des saisons avec des scènes de la vie quotidienne, un réveillon, un grand feu. Et l’histoire se poursuit, une fête régionale, une noce, un déluge. Une finale grandiose tournée vers l’avenir. (Pour plus de détails...

Les 19 et 20 juillet, dans le cadre de la Traversée, le Théâtre Mic Mac (fidèle à son habitude) reçoit la Compagnie Glissandi et son cabaret clownesque Las Locas, un spectacle outre-mer. À la mort de leur bienfaiteur vénéré, deux soeurs se retrouvent seules, cloîtrées dans une maison. Pepa la despotique et Margui la rêveuse vont devoir y cohabiter malgré leurs différences. Claquemurées, le tic tac de l'horloge et les tâches quotidiennes rythment leurs journées... mais comment contrer et briser la monotonie du quotidien? Le meilleur moyen : réinventer le monde et faire le sien. Las locas colorent, ébouriffent les habitudes, chamboulent et mettent sens-dessus-dessous la maison en la transformant en un univers onirique et absurde. (Pour plus de détails...)


La saison estivale prendra fin, selon toute vraisemblance, avec la présentation de l'un des grands spectacles des Clowns Noirs. Lequel? L'histoire nous le dira! (Pour plus de détails...)


Enfin... sur Facebook, il y a quelques heures, Benoît Arcand (fils - récemment diplômé de l'École Nationale de Théâtre - de Gervais Arcand - reçu ce soir dans l'Ordre du Bleuet), une photographie de l'équipe (dont fait partie Jérémie Desbiens - diplômé l'an dernier de l'ENT) qui fera, semble-t-il, un théâtre d'été à Roberval... Je n'en sais guère plus...

Voilà qui fait un tour rapide de ce qui s'en vient... Peut-être oublie-je quelques trucs... en quel cas, il est possible de me le faire savoir ou via les commentaires ou par courriel!

jeudi 8 mai 2014

L'Ordre du Bleuet 2014


La Société de l'Ordre du Bleuet (cet ordre honorifique mis en place, il y a cinq ans, pour mettre en valeur les éléments forts de la culture au SLSJ et dont le site se retrouve ici) annonce ses dix nouveaux intronisés pour 2014 (la liste est ici).

Au chapitre des arts de la scène, ils seront cinq! Ainsi donc, la moitié de ces nouveaux membres viennent du monde du théâtre!

Deux sont de la diaspora saguenéenne (ces artistes de la région... et qui restent de la région même après des décennies...): Michel Dumont (comédien et voix de L'Esprit du Fjord de La Fabuleuse histoire d'un Royaume) et Michel-Marc Bouchard (l'un des grands dramaturges québécois).

Deux autres sont ici, sur le territoire, à avoir porté et porter encore un milieu culturel qui s'est construit au prix d'engagement et de persévérance: Madeleine Gauthier (qui a mis en scène de nombreuses opérettes et qui reste toujours impliquée dans différents organismes, dont la SALR) et Gervais Arcand (comédien du Théâtre Mic Mac, à Roberval, qui était encore, il y a quelques jours, de la distribution d'Au Champ de Mars). 

Un autre prix - posthume - reconnaît l'apport de Stan D'Haese (époux de Madeleine Gauthier) dans le milieu culturel alors qu'il a notamment signé de nombreuses scénographies et a collaboré a de nombreux projets avec son comparse, Ghislain Bouchard, en plus d'être enseignant. 

samedi 15 février 2014

«Théâtre interrompu»

Dans Le Devoir de ce matin, dans le cahier Culture, Fabien Deglise signe un article percutant et fichtrement inquiétant, Théâtre interrompu (qu'on peut lire ici), sur un «hiver théâtral [qui] met en scène un trouble de financement qui va croissant» et qui oblige les programmateurs à annuler des productions.

Décidément, le théâtre est dans une bien mauvaise passe.

jeudi 26 septembre 2013

ManiganSes n'est plus! Vive La Rubrique!

C'est fait. 

ManiganSes - qui produisait le Festival International des Arts de la Marionnette - n'est plus. C'est l'organe administratif qui disparaît. 

Le Festival, lui, s'accroche... et passe maintenant sous la gouverne du Théâtre La Rubrique qui, avec la collaboration des compagnies de théâtre ancrées ici (le Théâtre des Amis de Chiffon, le Théâtre À Bout Portant, le Théâtre de la Tortue Noire et le Théâtre C.R.I.), prend le relais. Il va sans dire que la compagnie jonquiéroise a le soutien du milieu théâtral et qu'il est important de maintenir un tel événement sur le territoire.

Prochain objectif pour ces compagnies: offrir une édition à l'été (un retour vers cette période!) 2015.

Pour d'autres informations, il est possible de consulter:
- le reportage de Radio-Canada diffusé le 25 septembre, ici;
- l'article publié ce matin dans le Quotidien, La Rubrique prend la relève.


jeudi 16 mai 2013

Au théâtre, cet été...


Dans quelques semaines à peine, l'été prendra le relais et apportera, avec lui, les nombreuses productions estivales qui prendront l'affiche, les unes à la suite des autres! En voici, ce matin, un petit tour d'horizon quasi exhaustif. Si j'oublie quelque chose, ce sera possible de l'ajouter par le biais des commentaires...

Au Saguenay, les spectateurs auront à se séparer en quatre pour tout voir (en cinq, si on inclus à cette liste le retour de La Fabuleuse Histoire d'un Royaume pour sa vingt-sixième année)...

Le Collectif À tour d'rôle revient, pour une cinquième saison, avec une nouvelle mouture de son cabaret burlesque: La Commission Cabaret! Une équipe aguerrie qui saura assurément nous en mettre plein la vue sur la petite scène du Côté-Cour, à Jonquière, du 3 au 27 juillet (du mercredi au samedi).

Le Théâtre 100 Masques revient, pour son quatorzième été, avec non pas une mais deux pièces de Molière! Ce duo moliéresque, Le Mariage forcé suivi de La Jalousie du Barbouillé, est mis en scène par moi-même avec une distribution réduite à quatre comédiens - et quels comédiens! - qui évolueront sur les tréteaux (en costumes d'inspiration «époque des années») installés dans la Salle Murdock du Centre des arts et de la Culture de Chicoutimi, du 4 au 27 juillet (du jeudi au samedi).

À La Pulperie de Chicoutimi, Jimmy Doucet proposera une nouvelle aventure sur un mode «théâtre d'été traditionnel»: Bienvenu à Cayo Banano! Des rires aux accents du Sud! Encore une fois, les représentations s'échelonneront du 9 juillet au 28 août, à raison de deux soirs par semaine, les mardis et mercredis.

Enfin, faisant suite aux années antérieures, le Théâtre du Faux Coffre profite de la saison pour remettre en piste l'un des épisodes marquants des aventures de ses célèbres Clowns Noirs. Cette année, place au Clown Noir et le Masque de Fer. Comme d'habitude, ce spectacle sera présenté en août-septembre (les dates restent à confirmer) à la Salle Murdock du Centre des arts et de la Culture de Chicoutimi. 

Pendant ce temps, au Lac Saint-Jean...

Le Complexe touristique de la Dam-en-Terre, à Alma, revient, après un arrêt l'an dernier, à leur habituel théâtre d'été venu de l'extérieur: Le dîner de cons, de Francis Veber. Du 27 juin au 24 août, du mardi au samedi.

La Route des milles et une histoires se concentre, cette année, sur un seul spectacle, Le secret des Pères, présenté du 4 au 27 juillet, à la halte routière du parc de la Pointe-des-Pères de Dolbeau-Mistassini.

Ça fait le tour, je pense... Le Théâtre Mic Mac, dans le cadre de la Traversée, présentera sûrement quelque chose (un spectacle invité) et peut-être Jimmy Doucet fait-il un truc dans le haut du Lac... Mais dans l'ensemble, c'est ça qui est ça.



vendredi 10 mai 2013

Un autre départ...

Le milieu théâtral perd une grande figure avec le décès d'Huguette Oligny (voir l'article sur Cyberpresse). Pour un métier comme le théâtre qui a peu de mémoire, le deuil n'en est que plus grand. Parce qu'avec ces grands noms qui nous quitte, c'est toute une génération de créateurs - ceux là même qui ont fondé le théâtre professionnel au Québec - qui disparaît.

mardi 9 avril 2013

«Théâtre -Prière de fréquenter»

Éditorial de Mme Josée Boileau, du Devoir, publié hier avec le titre qui coiffe également ce billet... Je le publie parce qu'il est rare que le sujet soit abordé dans ce cadre officiel! (Et il faut savoir que j'ai pris ce texte via le site de la Coalition pour la Diversité Culturelle, ici, à défaut de pouvoir le prendre directement du journal...).

La culture devrait être accessible à tous au Québec. Accessible au sens premier du terme : arriver à entrer quelque part. Pourtant, même en 2013, cela tient encore du pari dans bien des régions. L’humour tourne, car un homme (eh oui) seul ne coûte pas cher et rapporte bien, mais malheur au théâtre, et à sa trâlée de comédiens, négligé des producteurs en région parce qu’on craint de ne pas rentrer dans ses frais.


Même le théâtre jeunesse, qui peut compter sur les sorties scolaires, n’arrive pas à faire le plein de son public. Selon une étude du Conseil québécois du théâtre (CQT), les élèves de régions comme la Gaspésie, l’Abitibi, mais aussi l’Estrie et la Mauricie, sont même extrêmement mal desservis.

On dira que la situation est meilleure qu’il y a vingt ans, mais le portrait est trompeur : les pièces « en région » sont souvent présentées en périphérie de Montréal, et mieux vaut qu’il s’agisse de très gros succès. La réalité, comme le CQT et d’autres représentants des arts de la scène l’observaient en 2011, c’est plutôt que bien des productions circulent davantage « dans le reste du Canada et en France que dans la majorité des régions du Québec ».

Louise Beaudoin, alors ministre de la Culture, avait bien présenté une intéressante politique de diffusion des arts de la scène en 1996, mais la mise en place n’a guère suivi. Depuis, la donne s’est en plus complexifiée. Année après année, la fréquentation du théâtre décline, en nombre de spectateurs d’abord, en manque de relève ensuite.

Dans le plus récent relevé des pratiques culturelles du ministère québécois de la Culture et des Communications, le théâtre se distingue d’une triste façon : c’est là que l’écart entre les 55 ans et plus et les jeunes est le plus marqué. Depuis 1979, les uns vont davantage au théâtre, les autres de moins en moins, ce que l’on ne constate pas pour les autres arts de la scène. Le public du théâtre ne se renouvelle plus.

Il faut donc saluer la volonté de la nouvelle présidente du CQT, Dominique Leduc, de mettre en place une table ronde pour que cette question soit prise au sérieux, comme elle l’indiquait au Devoir. On ne peut laisser ainsi se déserter le théâtre, art éphémère qui est pourtant le fil continu de l’humanité, où naissent toujours des histoires provocantes, stimulantes, qui racontent notre temps en un face-à-face unique avec le spectateur.

« Je m’étonne toujours de constater qu’une gifle sur scène a plus d’impact que la guerre en direct à la télévision », a déjà écrit Suzanne Lebeau, de la compagnie Le Carrousel. C’est cette force du réel que le public perd en délaissant le théâtre. Trouvons les moyens de le toucher. Partout, sur tout ce territoire où l’on arrive bien à soutenir les arénas…

Josée Boileau
De ce que je comprends, ce texte est principalement axé autour de la diffusion... et moins sur la production... 

jeudi 10 janvier 2013

Il reste encore quelque chose de bon dans ce pays...


Voici, en suivant ce lien, un article paru hier dans différents médias, qui affirme, sondage à l'appui (commandé par Patrimoine Canade... donc par ces Conservateurs très proche de la culture... que je ne trouve pas malgré mes recherches...), que Les Canadiens [sont] en faveur d'un soutien gouvernemental aux arts. Ah bon. Je serais curieux de voir les résultats pour le Québec... et pour la région.

Car si les Canadiens - et les Québécois... et les Saguenéens... - sont en faveur d'un soutien gouvernemental aux arts (et on parle ici d'argent!), il faudrait peut-être leur dire.

samedi 5 janvier 2013

«Les cellulaires sonnent encore dans les salles»


Ce matin, je retranscris ici (en grande partie), un article de Victoria Ahearn, de la Presse Canadienne à Toronto, paru sur le site de LaPresse.ca le 31 décembre dernier et hier, dans l'édition papier du même journal. Il y est question d'une plaie technologique, le cellulaire, et de ses innombrables incursions dans les salles de spectacle, au grand dam de tous les artistes... et des autres spectateurs!

Les cellulaires sonnent encore dans les salles

Il est devenu courant que les spectateurs d'une pièce de théâtre ou d'une autre production culturelle se fassent rappeler, avant le lever du rideau, d'éteindre leur téléphone cellulaire. Certaines productions vont même jusqu'à monter de petits sketches, ou à diffuser un message personnalisé avec les acteurs de la pièce.

Mais tous ces efforts n'offrent pas le résultat escompté, affirment plusieurs acteurs, qui ont bien peu d'espoir de voir une amélioration de la situation au cours de la prochaine année.

Une partie du problème provient de la perception selon laquelle il existe un «mur invisible», grâce auquel les acteurs ne pourraient entendre ou voir ce que fait le public, estime Annie Potts, qui a entre autres joué dans Le Dieu du carnage à Broadway, en 2009. «Ce qui est totalement faux, souligne-t-elle. Nous sommes très sensibles à la respiration même d'une salle, et si une sonnerie retentit, je me sens comme si l'on m'avait électrocutée - littéralement.»

Liev Schreiber, qui a joué dans de nombreuses pièces, a même entendu des spectateurs répondre au téléphone pendant la représentation. «Vous allez entendre une conversation complète, ce qui me renverse.»

Le phénomène ne gêne pas seulement les acteurs sur scène. «Cela déchire le voile que vous tentez de créer», explique Robert Harling, qui a écrit la pièce Steel Magnolias. «En tant qu'auteur, je préférerais que le public entende mes mots plutôt qu'une sonnerie de téléphone.»

Mais comment mettre fin à ce phénomène agaçant?

Certains spectateurs, comme les médecins, ont peut-être besoin de leur téléphone en cas d'urgence. Bloquer les signaux ou imposer une interdiction est peut-être ainsi «un peu dangereux», admet David Mirvish, fondateur de Mirvish Productions, la plus importante compagnie de production théâtrale commerciale du pays. «Il y a parfois une raison pour laquelle une personne porte un téléavertisseur ou un autre appareil à sa ceinture, et cela n'a pas à déranger le public - cela peut vibrer.»

Certains artistes ont décidé de signaler leur erreur au public lorsque des téléphones sonnent. C'est d'ailleurs le cas du chef de l'Orchestre philarmonique de New York, Alan Gilbert, qui a interrompu le concert pour demander à un spectateur d'éteindre son appareil qui n'arrêtait pas de sonner.

Le grand acteur canadien Christopher Plummer a sa technique: «Si vous êtes seul sur scène - pour ne pas embarrasser vos partenaires -, vous dites simplement, si un téléphone sonne: «''Je vais répondre''. Les autres spectateurs applaudissent, parce qu'ils détestent ça eux aussi quand un téléphone sonne.»

Des concessions?

Et ce ne sont pas seulement les sonneries qui dérangent, mais également les écrans lumineux des téléphones intelligents.

Malgré tout, certaines salles ont décidé de tendre la main aux téléphones intelligents, bien que de façon limitée, et en tâchant de ne pas perturber le déroulement du spectacle, dans le but de séduire un public plus jeune et entiché des médias sociaux.

Le Public Theater de New York et l'Orchestre symphonique de Cincinnati font partie des institutions culturelles qui réservent des sièges aux gens désirant gazouiller sur le réseau social Twitter pendant les spectacles. Le second a d'ailleurs fait appel à des musicologues pour répondre aux gazouilleurs et fournir du contexte aux gens qui utilisent les réseaux sociaux pendant les concerts.

De son côté, l'Opéra de Palm Beach, en Floride, offre des sièges pour gazouiller pendant la générale des opéras. L'initiative s'est révélée «très populaire», et représente un très bon moyen pour faire participer les jeunes et nouveaux spectateurs, explique Ceci Dadisman, directrice du marketing et des relations publiques de la compagnie.

À Bellevue, dans l'État de Washington, des permis viennent d'être émis pour la construction du Tateuchi Center, une salle de 2000 places équipée d'un accès sans fil dans l'ensemble de l'édifice. L'usage des téléphones cellulaires devrait d'ailleurs être permis sous certaines conditions pendant les spectacles.

Cette mentalité est cependant vivement rejetée par M. Mirvish. «Les sièges pour gazouiller constituent le concept le plus dénué de sens depuis l'invention de la technologie moderne», affirme-t-il. «Le théâtre est une idée permettant de vivre une expérience commune avec des gens rassemblés dans un endroit à un moment précis: entre les artistes et le public, et entre les membres du public. Gazouiller signifie sortir de cet espace et le commenter pendant qu'il se produit. Vous ne participez plus; vous n'êtes même plus un spectateur.»