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mercredi 24 avril 2024

Du théâtre et de la politique... ou du théâtre politique...


Je suis en train de lire un essai fort intéressant: Contre le théâtre politique d'Olivier Neveux, paru en 2019 chez La Fabrique. Sur le tout politique... car, oui, c'est un caractère récurrent du théâtre contemporain... au point même de se dénaturer?  Car il y a politique et politique, non?

Car «tout est politique», ô combien, désormais, dans le théâtre public où l'on «frémit de sensibilité politique». Politique, ce spectacle paternaliste et compassionnel sur tel drame contemporain. Politique, cette oeuvre sexiste et raciste (à moins qu'il ne s'agisse de sa dénonciation, on ne sait plus). Politique, cette moraline républicaine. Politique, cette mise en scène décorative de la dénomination. Politique, ce théâtre participatif et référendaire. Politique, cette dénonciation téméraire des excès de l'argent. Politique, cette pesanteur macabre de messe. Politique, cette vitalité boursouflée. Politique, cette tranche de réalité. Politique, cette relecture des classiques. Et tout aussi bien: politique, ce boulevard. Politiques, ces chuchotements tout aussi bien que ce «son et lumière». Politiques cette table, ce pendrillon, cette canette de bière, cet écran ou ce samovar. En un mot: politique ce théâtre. (p.7)

La première section (de trois) est la plus intéressante: La dé-politique culturelle. C'est une belle analyse de la place du théâtre, dans sa société... mais surtout, dans la vision politique des villes, des états... mais aussi des administrations théâtrales. 

Alors le théâtre? Cet art dont tout le monde se moque, qui n'évoque pour n'importe quel étudiant en commerce qu'un passé très passé, l'ancien monde avec ses perruques et ses alexandrins, à l'image d'un vieillard improductif et gâteux dont l'interminable agonie coûte si cher; cet art que des bureaucrates sensibilisés, effrayés à l'idée d'être ringards, scrutent à l'aune d'une téléologie macabre, pour qui tel pan de sa pratique, de son histoire est définitivement obsolète, qui s'enthousiasme pour des nouvelles et bientôt déjà vieilles technologies, s'extasient devant des «modernités» qui ne sont que des anecdotes de l'époque; cet art qui n'est plus dans le regard des vrais décideurs au mieux qu'un exotique passe-temps, indolore, le prétexte à quelque sortie tardive et conjugale, plus événementielle qu'une banale sortie au cinéma; cet art qui n'est pour beaucoup supportable que lorsqu'il est de stand-up, drôle, évident, conforme à l'attente, ajustée à son teaser, vu la télé; cet art, à quoi peut-il bien encore servir? (p.60)

Il y a, tout au long de l'essai, de bons passages, lucides et bien acérés où il est facile de se reconnaître comme celui-ci:

Du théâtre instrumental... Les artistes dont les projets sont financés par de l'argent public se voient à ce titre, désormais, soumis à une multitude d'obligations positives, d'interventions et d'animations, qui en prison, qui à l'école, en contrepartie du droit à créer. Précarisés, ils constituent une armée de réserve disponible à loisir, corvéable et largement culpabilisée. Certains y trouveront du plaisir, du sens; ils arrivent à faire quelque chose de cette obligation insidieuse. Mais dans cette perspective, l'œuvre est devenue, en elle-même, insuffisante sinon accessoire. (p.63)

À quelques semaines/mois des réponses du CALQ, dans le contexte politico-économique où nous évoluons, il pose de bonnes questions et ouvre de bien bonnes pistes de réflexions.

samedi 5 février 2022

Théâtre français et nationalisme

La question de la langue française a été prédominante dans la petite histoire du théâtre au Québec. Au XVIIIe siècle et ses tentatives sporadiques de s'implanter dans les villes. Au XIXe siècle dans la foulée des grandes tournées. À la fin de ce même siècle et au début du XXe avec le premier âge d'or du théâtre et une professionnalisation sur le tas de multiples artistes et troupes... 

Le théâtre français a fait couler beaucoup d'encre teintée de nationalisme! Pour qu'on le développe. Pour qu'on le soutienne. Pour qu'on le mette en valeur. Question de survie d'un peuple.

Comme dans cette édition de mai 1928 de la Revue musicale, artistique et littéraire illustrée - Canada qui chante... dans un article (un peu montréalocentriste déjà!) publié rédigé par le directeur littéraire Raoul Léry:


mercredi 4 août 2021

Quand le nationalisme identitaire s'invite au théâtre... ou «Ah, ces Anglais!»

Le numéro 598 de la revue Le Passe-Temps du 23 février 1918 s'occupe, sous la plume de Clémencia, à faire l'analyse de ce qui distingue les Canadiens-Anglais et leur théâtre médiocre des Canadiens-Français qu'elle ne manque pas d'écorcher non plus... assez, d'ailleurs, que je ne suis pas trop certain de bien saisir le point de vue exprimer tant sa conclusion me semble contradictoire. C'est là une utilisation du théâtre pour faire preuve d'un nationalisme identitaire primaire!

mercredi 24 mars 2021

À moi le pouvoir!

 

En voilà un qui a une haute estime de la fonction de directeur de théâtre! Et pourquoi pas! 

Il s'agit de Pierre Auguste Callet. Et cet extrait est tiré de son ouvrage La Voix mystérieuse, publié en 1852. Cette (belle!) remarque suivait cette mise en contexte:


Je ne suis pas un expert en histoire... mais je pense qu'il doit s'agir de ce personnage (en lien, ici, une notice wikipédienne), Louis-Désiré Véron:


samedi 13 juin 2020

Déception gouvernementale...

Quelle est l'importance du Ministère de la Culture (et de ses autres appellations antérieures) au sein de l'État québécois? Intéressant réfléchir sur le sujet en cette période particulièrement trouble pour le milieu artistique (et donc, par ricochet, du milieu théâtral).

Quelle valeur lui a-t-on réellement accordé au cours des trentes dernières années au fil des gouvernements libéraux, péquistes et maintenant caquiste? Bon. Poser la question risque de se solder par une longue longue suite de déceptions, tous gouvernements confondus. 

Ces déceptions sont peut-être dues au fait que ce Ministère est fondamentalement plus grand que prévu. Car plus que gérer les subventions, plus que promouvoir le numérique, plus que faire du milieu culturel une simple industrie, il porte l'âme profonde d'une nation et d'un État, gardien d'une histoire et d'un patrimoine, il porte une vision (parfois multiples!) du monde distinctive, il porte les aspirations d'un univers artistique pétri d'imaginaires, de créativité... et donc d'une immense part de subjectivité qui ne peut se réduire qu'en statistiques et en montant d'argent. Identitaire en grande partie, culturel et artistique surtout, bien sûr économique et social. Le titulaire de la charge porte sur ses épaules une gigantesque responsabilité. D'ailleurs, à quand remonte un.e ministre de la Culture à la hauteur du poste? (Ici, je m'arrête parce que je suis peut-être beaucoup trop critique.)

Pourquoi je parle de ça ce matin? Je viens de recevoir un autre bouquin qui s'ajoute sur ma liste de lectures pour les prochains mois: Le théâtre et l'État au Québec d'Adrien Gruslin, paru en 1981 chez VLB Éditeur.  Fort intéressant, j'en suis sûr. 

En le feuilletant, je tombe, à la toute fin du livre, la lettre démission percutante de Georges-Émile Lapalme, premier titulaire (et créateur) du Ministère des Affaires culturelles... comme si, finalement, dès le départ, ce ministère était vicié:






mercredi 20 mai 2020

Une brève histoire référendaire...



Il y a 40 ans aujourd'hui, les Québécois disaient non, pour la première fois, par référendum, au projet d'indépendance. Par crainte. Par foi en un fédéralisme renouvelé. Par conviction aussi.

Ce bien triste souvenir marque l'aboutissement (enfin, il serait plus juste de parler d'écrasement) d'une fabuleuse époque théâtrale au Québec: celle des années '70. C'est celle du théâtre populaire. De l'omniprésence du théâtre amateur, du théâtre communautaire. De la création collective. Du théâtre identitaire. Nationaliste. Du théâtre engagé. Du théâtre féministe. Du théâtre social. De partout (re)naît le théâtre québécois. Fécond.  Bouillant. Polymorphe. Revendicateur. 

En marche vers la souveraineté politique. Une émulation intense. Fébrile. Il faut dire qu'une grande partie du milieu culturel avait pris le train du rêve d'un pays à construire. Les artistes étaient partout.

Puis survient la défaite référendaire. Brutale. Et ses suites à la Trudeau. Le tout, sur fond de grave récession. De quoi foutre le cafard, de plonger dans une dépression générale.

Dans tous les livres d'histoire du théâtre au Québec, il y a un avant (que je viens de fort brièvement décrire) et un après. Un après composé d'une amère déception, d'une désillusion qui se développera en un certain désintérêt du collectif, d'un  désengagement politique. Quelque chose s'est cassé.

Après une décennie vécue à toute vapeur, le milieu théâtral passera à une autre étape. Il reprend son souffle, se questionne. Quelques mois à peine après l'échec seront convoqués, en novembre, les premiers États généraux sur le théâtre.

Cette décennie qui s'amorce de la sorte - et qui sera porteuse, en son genre, d'une infinie richesse - verra une profonde transformation du théâtre et du monde qui l'entoure! Cette époque marquera le retour aux classiques. Elle marquera aussi, pour le théâtre d'ici, le retour au premier plan des auteurs et du metteur en scène. La langue - élément identitaire s'il en est un - sera délaissée en tant qu'outil de combat pour revenir dans un champ résolument plus littéraire et poétique,  questionnant la place de l'artiste dans la société. D'une inscription dans un monde collectif les années précédentes, les oeuvres à venir seront campées dans un monde intérieur individualisé. Un peu comme un repli nécessaire.

Peu à peu, une nouvelle génération s'imposera dans toutes les sphères de l'activité théâtrale: auteurs (tels que Normand Chaurette, Michel-Marc-Bouchard, René-Daniel Dubois), metteurs en scène (Lorainne Pintal, René-Richard Cyr, Serge Denoncourt, Claude Poissant, etc.), concepteurs, comédiens. 

Qu'en aurait-il été si le oui l'avait emporté? Nous ne le saurons jamais. Une chose reste indéniable: ce moment - tout décevant qu'il soit - reste une charnière importante dans notre histoire.

jeudi 26 mai 2016

Vers une nouvelle politique culturelle au Québec...


Le gouvernement du Québec, par la bouche de sa ministre de la Culture Hélène David (remplacée depuis, au même poste, par Luc Fortin), a annoncé une vaste consultation dans le but de déposer, dans les prochaines années, une nouvelle politique culturelle (la première depuis 25 ans!). Que donnera l'exercice? 

Les attentes seront élevées. 

Car il faut dire qu'elles le sont toujours quand vient le temps de parler de culture... tant le domaine n'est jamais aussi supporté qu'il le devrait, aussi considéré qu'il le mériterait... 

À preuve cet extrait relatant, d'un point de vue théâtral, les résultats d'une initiative similaire... en 1966, sous l'égide de Pierre Laporte (article de Martial Dassylva tiré du Livre de l'année 1967 paru chez Grolier)... :

L'année 1966 ressemble à toutes les précédentes en ce qu'elle nous a apporté, sur le plan du théâtre, son quota de surprises agréables et de surprises moins agréables. [...]

En 1966, le théâtre québécois a continué son petit bonhomme de chemin, sans que les grands problèmes qui l'assaillent depuis des années aient reçu un commencement de solution. La situation des grandes troupes est précaire. Le Conseil des arts accorde toujours des subventions, mais celles-ci ne permettent pas aux directeurs de troupes de faire des plans à longue échéance. Ajoutons que l'organisation des troupes s'est améliorée quelque peu, mais qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. [...]

Le théâtre au Québec vit donc au jour le jour, survit beaucoup plus qu'il ne vit. Et, dans cette perspective, beaucoup de personnes avaient mis leur confiance dans le «Livre Blanc» que l'ex-ministre des Affaires culturelles, M. Pierre Laporte, nous promettait depuis deux ans. (À défaut de lire le document original, on peut en lire une description en long et en large ici, à partir de la page 88 de La Fillière juridique des politiques culturelles paru en 2006).

L'élection du 5 juin dernier a pratiquement mis fin à cet espoir. Du moins dans l'immédiat. D'ailleurs les extraits du «Livre Blanc» (version Laporte) que mon collègue Gilles Gariépy et moi-même avons publié dans «La Presse», vers le milieu du mois de septembre, nous ont permis de nous rendre compte que nous avions peut-être péché par excès de confiance: le chapitre consacré au théâtre est nettement insuffisant et les solutions qu'on y propose risquent de ne satisfaire personne. Personnellement, je crois que la philosophie de base de cette partie du document est fautive : quand on considère la subvention comme une prime à la qualité, on ne règle rien et on perpétue un état de fait qui a duré trop longtemps. Au théâtre comme dans les autres arts, le ministère des Affaires culturelles doit savoir prendre ses responsabilités et ne pas reculer devant un certain dirigisme absolument essentiel à ce moment-ci de notre évolution culturelle [note de moi-même: malheureusement, je n'ai pas le texte original en main pour bien comprendre ce dont il est question!]. Tout en respectant les initiatives de groupes privés, le ministère des Affaires culturelles doit trouver le moyen de doter le Québec des institutions essentielles à son développement et à son affirmation.

Ajoutons que jusqu'ici les différentes prises de position du nouveau ministre des Affaires culturelles, M. Jean-Noël Tremblay, ne nous incitent guère à voir les choses sous un angle plus réconfortant.

Et avec raison! Car cette politique culturelle, ce «Livre Blanc» ne sera adopté officiellement... qu'en 1976, par Jean-Paul L'Allier... quelques mois avant que les Libéraux (dont il faisait partie) ne perdent le pouvoir.

En attendant de voir, de nos jours, la machine se mettre en branle pour un important rendez-vous avec le milieu culturel québécois, voici, en lien, un tableau des différentes politiques culturelles pilotées par le(s) gouvernement(s) au fil des ans... 

jeudi 10 mars 2016

CQT: Manifeste pour un Québec qui fait rêver



Le Conseil Québécois du Théâtre (communément nommé le CQT) a diffusé depuis quelques jours, sur ses plateformes (et sur celles de nombreux acteurs du milieu théâtral), son Manifeste pour un Québec qui fait rêver, réclamant, encore une fois, à quelques jours du dépôt du budget provincial, un réinvestissement majeur dans la Culture.

Voici ce manifeste:

Manifeste pour un Québec qui fait rêver

Monsieur le Premier ministre, Philippe Couillard
Monsieur le Président du Conseil du trésor, Sam Hamad
Monsieur le ministre de la Culture et des Communications, Luc Fortin
Monsieur le ministre des Finances, Carlos Leitão

Nous toutes et nous tous du milieu théâtral québécois croyons qu’il est grand temps de réinventer un Québec qui fait rêver.

Nous prenons aujourd’hui parole en faveur d’une action inspirée et résolue de la part du gouvernement qui permette de donner un souffle nouveau au milieu des arts et de la culture. Nous, acteurs, metteurs en scène, auteurs, concepteurs, techniciens,  médiateurs diffuseurs, artisans et travailleurs culturels, vous demandons un réalignement majeur et visionnaire, un engagement réel et concret dans le prochain budget provincial. L’imaginaire a un urgent besoin de retrouver ses ailes, de reprendre sa place dans le cœur des Québécoises et des Québécois.

Nous ne nous lancerons pas ici dans une litanie de chiffres. Qu’il suffise de rappeler que notre milieu n’a pas connu de réinvestissement de fonds publics depuis 2003. Le milieu des arts et de la culture engendre cependant, bon an mal an, des retombées d’environ 10 milliards de dollars dans le PIB québécois. Au-delà de l’apport économique, nous contribuons chaque jour, par le peaufinage d’un rôle dramatique, par l’écriture d’une ligne de dialogue, par le montage d’une image scénique, par la confection d’un costume ou d’une marionnette, par la révision d’un budget de production archi-serré, au devenir de notre société, à l’édifice de notre âme collective. À ce que nous laisserons en héritage.

En cette ère de mondialisation et de numérisation des échanges, les arts et la culture sont plus que jamais le ferment de notre identité. Dans le contexte d’une langue française fragilisée à Montréal, d’une immigration diversifiée qui cherche ses repères, de régions qui ont besoin de poursuivre leur développement, nous croyons apporter quotidiennement des éléments de réponse à ce questionnement identitaire que vit et que vivra toujours le Québec.

On ne se cachera pas que les derniers mois ont été difficiles. Les coupes de 2,5 millions qu’a dû subir le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) en juin 2015 ont bouleversé l’économie déjà fragile du milieu. Des postes ont été supprimés dans les organismes de services aux artistes. Des tournées et des projets de coproductions à l’international ont été brutalement interrompus. Des compagnies qui espéraient recevoir le signal que leur travail de recherche et de création des dernières années soit enfin reconnu par l’octroi d’une subvention au fonctionnement ont été amèrement déçues. Certes, les fonds pour les arts numériques ont connu une légère augmentation. Mais les programmes du CALQ, ceux qui sont destinés à l’ensemble des artistes et des organismes, sont en constante décroissance due à l’augmentation du coût de la vie. Nous nous sommes réellement appauvris.

Et pourtant, les créateurs d’ici font l’envie du monde entier. On chante leurs louanges à Berlin, à Tokyo, à Paris, à Port-au-Prince. Ce n’est pas la vitalité artistique qui manque au Québec. Or, trop d’excellents projets qui font preuve d’une démarche novatrice, qui questionnent notre histoire et notre identité, qui intègrent la diversité culturelle et les Autochtones, qui mélangent les formes d’art, doivent malheureusement être mis de côté, car les fonds manquent. Des idées sublimes ne verront jamais le jour. De très bons créateurs d’ici quittent le Québec chaque année pour aller pratiquer leur art là où les conditions pour le faire sont meilleures. D’autres, et ils sont nombreux, ont tourné le dos à ce qui pourtant les remuait profondément et créait de la beauté autour d’eux. Cette situation ne peut plus durer.

Nous crions haut et fort notre ardent désir, notre envie incommensurable d’un Québec qui fait rêver. Notre travail consiste à ouvrir les portes de l’imaginaire, à créer des mondes possibles, à repousser les limites des gestes et des mots, à donner aux enfants l’élan qu’il leur faut pour vouloir changer le monde. Notre cri du cœur, il est pour ces 60 % d’enfants québécois qui traversent leur primaire et leur secondaire sans jamais avoir la chance d’assister à une représentation théâtrale donnée par les quelque 40 compagnies qui se dévouent au théâtre pour les jeunes publics. Il est pour ces jeunes parents dont le budget ne permet pas l’achat d’un billet de théâtre. Il est pour ces personnes issues de communautés culturelles qui voudraient mieux connaître l’art et la culture d’ici, mais qui n’y ont pas accès. Il est pour ces lieux de diffusion en région qui ne fonctionnent pas à leur pleine capacité, faute de moyens adéquats. Il est pour toutes ces femmes et pour tous ces hommes qui méritent qu’on aille davantage à leur rencontre, qu’on puisse partager avec eux ce qui donne un sens à nos vies. Qu’on leur donne envie de rêver.

Le théâtre est un des derniers lieux où il est possible de se regarder agir, de prendre une pause bienfaisante, pour nous observer les uns les autres avec lucidité. Nous croyons que cet espace d’introspection et de regard vers le monde est essentiel pour le Québec. Nous, gens de théâtre, participons du lien vital entre le peuple québécois et la société qu’il incarne.

Dans le cadre de la révision prochaine de la Politique culturelle du Québec, nous avons la conviction qu’il est grand temps de poser un geste marquant et visionnaire, de prendre à bras le corps une position sans équivoque en faveur des arts et de la culture dans le prochain budget. Nous sommes convaincus qu’il ne s’agit pas là d’un luxe pour le Québec, mais d’un investissement fondamental, nécessaire et urgent, pour un milieu dont les besoins sont immenses.

Maintenant que votre gouvernement a atteint son objectif du retour à l’équilibre budgétaire, il est temps de nous en montrer le sens. Quelle est votre vision de l’avenir proche et lointain ? Quel sera le legs de votre gouvernement pour les générations futures ? Comment seront-elles marquées, investies, touchées, ébranlées, éblouies, poussées vers le haut, fières de qui elles sont, fières d’être partie intégrante de la plus grande nation francophone d’Amérique ? Et comment les communautés anglophones et les onze nations autochtones qui vivent sur ce territoire se sentiront-elles incluses dans la société québécoise de demain ? Ces questions, nous devrons les aborder de front, tous ensemble, pour redevenir les acteurs de notre propre histoire et reprendre la marche en avant du changement.

Nous, acteurs, metteurs en scène, auteurs, concepteurs, techniciens, médiateurs, diffuseurs, artisans et travailleurs culturels, voulons contribuer à ce nouvel élan. Nous avons une foi inébranlable en la capacité du peuple québécois, un peuple inspiré, éduqué, curieux, créatif et empathique, d’accomplir de grandes choses. Nous souhaitons plus que jamais être une des courroies de transmission de la construction d’un territoire propice aux idées et aux rêves. Nous voulons travailler avec vous et avec l’ensemble de la société, que nous habitons dans notre chair et que nous aimons.

Choisissons, collectivement, de recommencer à rêver. Regardons vers l’avenir avec confiance et fierté, mus par une force identitaire et culturelle d’une puissance égale à nos capacités d’innovation.

Nous vous invitons aujourd’hui à être ce gouvernement courageux.

Aidez-nous à rendre possible ce Québec qui fait rêver.

Au nom du Conseil québécois du théâtre,

Jean-Léon Rondeau
Président

samedi 5 mars 2016

Un point de vue sévère sur le théâtre... mais quel point de vue!


Lire Howard Barker n'est pas de tout repos... tant lorsqu'il s'agit de ses bouquins théoriques que lorsqu'il est question de ses pièces. Son exigence envers le théâtre - même si stimulante! - est d'un radicalisme épuisant. Une vision sans compromis possible. Une vision intransigeante parce que convaincue. Un engagement puissant.

Voici, en quelques lignes (tirées de son ouvrage Arguments pour un théâtre, en page 214), ce qu'il dit du théâtre d'aujourd'hui, dans le contexte d'aujourd'hui.

[...] Le théâtre n'est plus capable de divertir, même s'il sombre de plus en plus dans le divertissement. Il n'est plus possible de l'instrumentaliser, même s'il participe à des modes de productions mécaniques et il s'avère complètement inefficace, le pire cauchemar des comptables. C'est là que se trouve sa profonde rédemption. Face aux avancées technologiques, aux réseaux d'information, à la capitalisation de l'enseignement, à l'inexorable flot d'imitation de la vie et de guimauve qui inonde la télévision et le cinéma, il affirme sa nature problématique et résiste à l'enrégimentement de par sa forme même. Et en outre... partout où le théâtre s'offre comme divertissement, il apparaît comme un avilissement même aux yeux et aux oreilles de spectateurs non avertis qui désertent le théâtre et continuent à le déserter au fur et à mesure que celui-ci s'efforce servilement de les allécher en s'adressant à ce qu'il s'imagine être leur gout. Encore un triomphe de la nature sur le marché. Encore un triomphe de l'âme sur l'éthique du plaisir. C'est précisément parce qu'un tel théâtre est l'esclave du public qu'il est voué à l'extinction. [...] Le théâtre qui doit être une nécessité répudie le public en tant que principe valorisant de production. Il existe pour lui-même et, paradoxalement, en existant pour lui-même; il devient une nécessité pour le public [...].

C'est le genre de lecture qui donne à réfléchir. Qui commande à celui qui lit de prendre position: que fais-je? pour quoi le fais-je? pour qui? qu'est-ce qui sous-tend mon (mes) projet(s)? 

Ça revient un peu, au fond, au même type de questionnement que celui exposé dans l'un des derniers billets de ce blogue (ici) concernant la prise de risque.

mardi 16 février 2016

Une nouvelle politique culturelle pour 2017

La ministre Hélène David, lors de l'annonce 
(Photographie de Jacques Nadeau, Le Devoir, illustrant l'article mentionné plus bas)

Un article du Devoir publié hier sous la plume de Stéphane Baillargeon nous apprenait que le gouvernement libéral actuel s'achemine vers une nouvelle politique culturelle (vingt-cinq ans après la dernière digne de ce nom) pour 2017... mais qu'entretemps, de nombreuses consultations seront menées dans différentes régions du Québec dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean. 

Tous les détails (pour suivre l'évolution du projet, déposer un mémoire, etc.) se retrouve sur le site du MCC, ici. 

Une réflexion s'impose donc.

Personnellement, en tant que directeur mais aussi et surtout en tant que créateur, cette annonce me questionne. À quoi servira-t-elle, cette nouvelle politique culturelle? Reconnaître l'apport des nouvelles technologies? Reconnaître l'importance de la médiation culturelle? De l'animation? Reconnaître l'importance de l'art à l'école? De la diffusion? 

Mais bien sûr. Cela va de soi. Tant que ça reste des outils et non des fins en soi.

Ce qui m'intéresse le plus, c'est qu'est-ce qui sortira pour les créateurs (sans se perdre dans les projets novateurs et les multiples détours énoncés plus haut)? Qu'est-ce qui sera décidé pour les soutenir dans leur pratique régulière? Comment les pouvoirs culturels seront-ils (re)distribués? Quelle place la culture en région aura-t-elle? Quelle place les créateurs locaux auront-ils dans celle-ci? Quels efforts seront consentis pour ne pas qu'elle sombre dans un sous-genre folklorique sans plus?

Les débats qui s'annoncent seront à suivre!

vendredi 14 février 2014

jeudi 29 août 2013

Le TNM réagit, en conférence de presse, aux coupures du Conseil des arts du Canada pour le théâtre...

ATTENDU QUE :
Le Conseil des arts du Canada, tenu de composer avec la politique du gouvernement conservateur de resserrer les budgets voués à la culture, a procédé récemment à des coupures importantes de subventions pour les compagnies de théâtre dans le but d’assurer une plus grande distribution des fonds publics et ce, malgré les vives protestations de plusieurs acteurs du milieu théâtral québécois ;

ATTENDU QUE :
Plusieurs compagnies touchées par ces réductions se voient dans l’obligation d’exercer une pression indue sur leurs revenus autonomes (billetterie et financement privé) pour continuer à rencontrer les critères d’excellence artistique qu’elles se sont fixés en plus de maintenir l’emploi culturel dont elles assument la responsabilité et de viser une plus grande démocratisation de l’art notamment auprès du jeune auditoire ;

ATTENDU QUE :
Les nombreuses prises de parole de plusieurs intervenants du milieu culturel n’ont trouvé aucun écho auprès des représentants du gouvernement conservateur pour défendre la nécessité de la culture et son accessibilité comme valeurs essentielles du développement de notre société ;

ATTENDU QUE :
Les artistes et artisans qui ont fait partie des comités d’évaluation se sont trouvés en porte-à-faux entre les politiques du Conseil des arts du Canada et les besoins des artistes en acceptant d’affamer des compagnies pour en nourrir d’autres, ce qui n’a pour conséquence que de diviser un milieu fragilisé par le manque de financement et de générer un climat malsain au sein de la pratique théâtrale ;

ATTENDU QUE :
Il est scandaleux que ce soit les artistes engagés par les compagnies qui se trouvent à faire les frais du manque de moyens financiers de celles-ci par leur chômage et leur maigre reconnaissance salariale ;

NOUS, MEMBRES DE L’ÉQUIPE DU THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE
Croyons qu’il est de notre devoir de réagir concrètement à ce que nous considérons comme une volonté de la part du gouvernement fédéral de censurer les artistes en les privant de l’argent nécessaire à l’expression de leur art et en privant le public de cette connaissance essentielle à son développement intellectuel et à son ouverture sur le monde en proposant les actions suivantes :

1- Aller faire du théâtre à Ottawa
Le TNM et sa direction artistique s’engagent à créer un court spectacle avec des acteurs importants du milieu et de le présenter sur la colline parlementaire à Ottawa lorsque la Chambre des communes est en session.

2- Réserver deux fauteuils au TNM
Le TNM et sa direction artistique réserveront d’office deux fauteuils à madame Shelly Glover, ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, les soirs de grande première. Sera inscrit sur ces fauteuils, la mention : Réservé à la ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles. Si absence il y a, cette dernière sera mentionnée tous les soirs de première par la direction artistique du TNM.

3- Plus de fonds au Conseil des arts du Canada
Le TNM et sa direction artistique demandent au gouvernement fédéral d’augmenter substantiellement le budget du Conseil des arts du Canada et ce, dès l’annonce du budget 2014 afin de revoir à la hausse les subventions des compagnies qui ont subi des réductions pour les quatre prochaines années. Si cette hausse ne devait pas être accordée, nous nous engageons à faire les pressions nécessaires auprès du gouvernement québécois afin que les fonds canadiens alloués à la culture soient rapatriés au Québec afin de permettre une distribution juste et équitable.

4- Conclusion
Le TNM et sa direction artistique n’entendent pas faire cavalier seul et espèrent par ces mesures créer un mouvement de solidarité au sein du milieu théâtral pour que d’autres actions soient mises en œuvre pour une plus grande reconnaissance de l’art et la culture au sein de l’appareillage politique fédéral.

Lorraine Pintal
Directrice artistique et générale
Théâtre du Nouveau Monde

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Pour d'autres détails, il sera bon de consulter cet article paru sur Cyberpresse... 

mardi 18 septembre 2012

Bouler son texte...

 
Petite illustration de l'expression bouler son texte (ce qui, au théâtre, veut dire précipiter son débit verbal pour passer rapidement sur les longueurs ou les bouts inintéressants pour s'attarder et donner plus de poids aux autres passages plus significatifs) tirée d'un autre moment politico-théâtral: l'assermentation des députés.

Après l'élection, tous les députés doivent prêter deux serments: le serment d'allégeance à la reine (monarchie constitutionnelle oblige)... puis une second envers le peuple du Québec:

« Je, (nom du député), jure [déclare solennellement] que je serai fidèle et porterai vraie allégeance à Sa Majesté la reine Élisabeth II. »
  « Je, …, déclare sous serment que je serai loyal envers le peuple du Québec et que j'exercerai mes fonctions de député avec honnêteté et justice dans le respect de la constitution du Québec. »

Lors de l'assermentation des députés souverainistes, hier,  il va sans dire que la première partie a souvent été boulée pour mettre l’emphase sur le second morceau, plus vibrant... comme les grands monstres de la grande époque théâtrale le faisaient pour se mettre en valeur!

Le meilleur exemple? Agnès Maltais (venue du théâtre...) à partir de 1:17:00 du vidéo. Voilà ce qu'est bouler son texte! (Tant qu'a y être, il est possible de voir l'assermentation de tous les députés péquistes dans ce vidéo... en ordre alphabétique de comté.)

mercredi 1 août 2012

Le grand théâtre démocratique

Les six principaux partis sur la ligne de départ

Nous y voilà. Le Québec vivra, pour le prochain mois - jusqu'au 4 septembre 2012 - au rythme d'une campagne électorale nationale (déclenchée d'ici le dîner)... sous le chaud soleil d'août.

Déjà, les partis sont campés. Les scénarios sont écrits. Les rôles sont distribués: d'un côté les vertueux et détenteurs de la vérité... de l'autre, les méchants des uns qui seront aussi les méchants des autres.  Les punchs fuseront de tout bord tout côté. Les performances (tant esthétiques qu'orales et gestuelles) seront soumises à l'appréciation des critiques, des commentateurs, des spectateurs.

Que le spectacle commence.

Dramatique. Avec des envolées catastrophistes. Des portraits sombres dressés avec verve et fougue («Texte, émotion» comme dirait l'autre...). Des discours qui feront vibrer différentes fibres selon le public cible... parce que le Québécois sera ça: une cible.

Burlesque. Avec des clowns. Avec des squelettes sortis de placards pour créer des sketchs médiatiques. Des retournements de situations. Des deus ex machina improbables. Des circonvolutions de l'esprit et de la langue pour contourner des obstacles.

Grotesque. Avec des mises en scène électoralistes... Un tel avec des aînés. Un tel avec des ouvriers d'usine. Un tel avec des enfants. Un tel avec des animaux. Un tel dans tel contexte somme toute étrange. Forcé. Surjoué.

Théâtral. Avec de grands rassemblements son et lumière. De grands événements de masse qui se voudront cathartiques.

Mais aussi et surtout, nécessaire. Parce qu'au travers ces éléments qui appartiennent plus à notre domaine qu'au leur, derrière cette façade spectaculaire, il y aura aussi (et peut-être plus cette fois-ci que les précédentes) la présentation de différentes visions de ce que nous sommes, de ce que nous pourrions être, devrions devenir. Nécessaire parce que le choix est important et met la table pour les prochaines années. Nécessaire parce que collectif.

En attendant maintenant de voir les propositions des uns et des autres en matière de culture, une chose est sûre: le 4 septembre, je vais voter.

mercredi 15 juin 2011

La culture sous le PQ

Aujourd'hui était lancé le programme 2011 du PQ, programme qu'il défendra lors des prochaines élections... Prenons un peu d'avance et voyons un peu ce que ça donne (enfin...) en matières culturelles... Je me permettrai même des commentaires (en jaune) dans ce texte...

3.2 Le rayonnement de la culture québécoise

La culture constitue le véhicule identitaire privilégié de la nation québécoise qui permet aux Québécois de s’affirmer et de s’épanouir ainsi qu’au Québec de se faire connaître dans le monde entier. Plus que jamais, le Québec doit faire du développement culturel, sur l’ensemble de son territoire, un objectif national. (Ici, c'est un beau et bon vœu pieu... qui ne s'est jamais manifesté dans les gouvernements successifs depuis la création du Ministères des affaires culturelles en 1961 - voir le lien ici - qui fut bien en-deça de ce qu'il devait être.)

Pour atteindre cet objectif, la nation québécoise a besoin de pouvoirs et des budgets actuellement contrôlés par Ottawa (de même que d'une très grande conviction en la matière!) et qu’une nation ne peut pas confier à une autre nation, puisqu’il en va de son identité, de l’expression artistique de sa culture et des véhicules qui la portent et la diffusent. Un gouvernement souverainiste :

a) Se donnera une véritable politique nationale de développement culturel qui :

1. reconnaîtra le rôle de l’école et du monde de l’éducation pour la démocratisation de la culture;

2. favorisera la vitalité des arts et de la culture – de la création à la diffusion – dans toutes les régions du Québec, tout en reconnaissant le rôle spécifique de Montréal et de Québec en matière culturelle (ici, la dernière partie de l'énoncé me donne de sérieux frissons régionalistes... je l'ai déjà dit, je le réitère... en tant que travailleur culturel ici, en région, j'ai là une impression de hiérarchisation de la culture... avec la bonne et branchée (urbaine de surcroît) et la bonne enfant, un peu paysanne, artisanale (et éloignée). Une aberration à mon sens... );

3. renforcera le réseau des bibliothèques publiques;

4. renforcera de toutes les manières possibles le statut des créateurs et le processus créatif (bien hâte de voir le budget dévolu au CALQ au cours d'un éventuel premier mandat... et des nombreuses études qui démontrent, chiffre à l'appui, son sous-financement);

5. stimulera la plus large participation des Québécois aux activités artistiques et culturelles;

6. appuiera les organismes et entreprises impliqués dans le développement de la culture numérique (pour ça, je suis juste tanné);

7. fera des arts et de la culture un vecteur majeur du rayonnement du Québec dans le monde;

b) Reprendra l’ensemble des pouvoirs et des budgets en matière de culture et de communications actuellement contrôlés par le gouvernement fédéral en :

1. entamant des négociations avec Ottawa afin d’obtenir la compétence sur le droit d’auteur, un pouvoir que le Québec doit maîtriser pour protéger ses créateurs et contrôler le levier économique que représente la propriété intellectuelle;

2. garantissant, après le transfert des budgets fédéraux, un financement global de la culture au moins équivalent à celui qui est disponible actuellement;

3. adoptant une politique de la radiodiffusion et des télécommunications pour assurer un contenu québécois et francophone significatif dans les médias traditionnels et numériques et favoriser une présence régionale des médias électroniques (radio et télévision);

4. assurant l’accès à la téléphonie sans fil et à Internet haute vitesse sur l’ensemble du territoire québécois;

5. créant, dans Internet, un nom de domaine québécois;

c) Fera de Télé-Québec un véritable réseau national de télédiffusion en :

1. dotant Télé-Québec d’une mission d’information d’intérêt public visant à garantir la diversité des sources d’information, la présence de contenu culturel québécois et la représentativité des régions du Québec;

2. dotant Télé-Québec d’une salle de nouvelles avec des antennes régionales, notamment en développant des partenariats avec les différentes chaînes télécommunautaires locales;

3. dotant Télé-Québec de véritables moyens financiers afin d’assurer un développement culturel autonome.

Pour le reste, les points B et C me semblent intéressants... un brin utopistes, mais quand même. Bref, peut-être cette vision culturelle se tient-elle... mais encore?

mardi 3 mai 2011

Coup(s) de théâtre!

Soirée enlevante hier soir...

Pas théâtrale mais presque...

Avec des drames, des tragédies et, dans des cas précis comme l'élection dans Berthier-Maskinongé, de l'absurde... Les coups ont porté. La mise en place présumée en début de campagne s'est métamorphosée par un deus ex machina incontrôlé: la volonté populaire.

Dans un contexte d'un gouvernement conservateur majoritaire, qu'adviendra-t-il notamment de l'art et de la culture? Peut-être serait-il temps, maintenant, que le Québec se prenne réellement en main.

vendredi 15 avril 2011

«Le monde est une pièce de théâtre ; il faut apprendre à jouer son rôle.» (Palladas)

Dessin de Philippe Tastet, animateur-dessinateur de congrès... (www.philippetastet.com)


Que toute vie collective, quelle qu'elle soit, représente ou théâtralise son activité ou les rôles qu'elle institue, que tout existence sociale soit dramatisée, cela ne fait aucun doute: un mariage, une discussion politique, une séance de tribunal, un office religieux, une exécution capitale, le supplice d'un hérétique ou d'une sorcière sur la place publique, une fête de famille, un cours d'université sont des actes de théâtralisation écrit, en 1976, Jean Duvignaud dans la plaquette Le Théâtre parue chez Larousse.

Bref, tout est théâtre... et aujourd'hui, outre le vaudeville des élections fédérales, un autre spectacle à grand déploiement prendra les planches dans quelques heures: le XVIième congrès national du Parti Québécois, avec ses personnages principaux, les secondaires et les figurants; avec ses petits drames, ses alliances, ses coups bas; avec ses discours et ses envolées poétiques... et aussi, le suspense du vote de confiance, véritable noeud gordien de la fin de semaine.

mercredi 30 mars 2011

À La Tribune avec Maisonneuve, à Radio-Canada, le sujet du midi est Quand les partis et les chefs se mettent en scène... et il prend pour cadre, bien entendu, les élections fédérales.

Le théâtre de la politique.

La mise en scène du vide.

Les faiseurs d'images.

Du toc.

lundi 14 février 2011

Rentrée parlementaire... une semaine en retard!

Oups... je l'ai échappée, elle! Voici la caricature aux élans théâtraux faite par Garnotte (caricaturiste au Devoir), datée du 9 février 2011, jour de rentrée parlementaire au Québec:


Du théâtre ou du cirque? La question se pose parfois devant le cynique (et sinistre) spectacle de la période de question...

jeudi 23 décembre 2010

Un solide coup de gueule éditorial...

Avec quelques jours de retard, je tiens tout de même à retranscrire ici le billet de Daniel Côté paru dans la dernière édition du Progrès-Dimanche (soit celle du 19 décembre 2010) parce qu'il s'agit là, à mon sens, d'un véritable travail éditorial...

Jean Tremblay, personnalité culturelle 2010

Il a tracé quelques lignes sur une feuille vierge, à La Pulperie, ce qui a constitué l’amorce d’un tableau réalisé par Jérémie Giles. On l’a aussi vu chanter dans les dernières semaines, en compagnie des membres du conseil municipal de Saguenay. Ce ne sont pas ces activités, cependant, qui ont fait du maire Jean Tremblay la personnalité culturelle de l’année.

Si on prend comme unité de mesure le degré d’influence d’un individu, personne ne lui est arrivé à la cheville. Il a pesé de tout son poids sur l’actualité du monde des arts, en effet, à travers des dossiers comme ceux de la salle de spectacles, de la mise à mort du Théâtre du Saguenay et, de manière générale, le fonctionnement des organismes.

S’agissant de la salle de spectacles, est-il nécessaire de rappeler les péripéties des derniers mois? Confrontée à la signature des registres municipaux, une initiative pilotée par des étudiants du Conservatoire de musique de Saguenay, l’administration Tremblay a d’abord joué la carte de la neutralité, une posture qui n’a dupé que ceux qui souhaitaient l’être.

Plus approchait la date de la consultation publique promise par le maire, cependant, et plus son jupon dépassait. Les deux options figurant sur le bulletin de vote ont été soit empirée (la construction d’une salle neuve sur la zone ferroviaire), soit couverte d’une épaisse couche de peinture rose (la rénovation de l’Auditorium Dufour), si bien que le résultat était prévisible.

On n’avait pas encore rangé les urnes que Jean Tremblay ouvrait enfin son jeu, admettant que la rénovation coûterait plus cher et que le délai ne serait pas d’un an, comme on l’avait fait miroiter avant le scrutin. Il en faudra deux, peut-être trois, avant que le public ne puisse fréquenter son Carnegie Hall de seconde main.

De sang-froid

Simultanément, une institution respectée, le Théâtre du Saguenay, a été annihilée de sang-froid. Après avoir noyauté le conseil d’administration, comme ce fut le cas au sein de nombreuses instances reliées au monde des arts, les serviteurs de l’hôtel de ville ont fait fi de la volonté desmembres et conduit la coopérative dans le couloir de la mort, sans espoir de grâce.

Dans cette nouvelle version du cheval de Troie, il faut signaler la naïveté, voir la bonasserie, affichées par les membres. Même fortement majoritaires, ils ont laissé le président arrivé de buten blanc, Pierre Mazurette, faire le contraire de ce qu’ils souhaitaient sans protester avec la vigueur que commandait son attitude frisant l’arrogance.

Étourdi par son verbe, il avait été jusqu’à proclamer, sur les ondes de Radio-Canada, que la formule coopérative n’était plus de saison. Il la jugeait dépassée, ce qui fait sourire lorsqu’on songe au Mouvement Desjardins et, sur un registre plus modeste, à la station de radio CKAJ, qui continuent de prospérer malgré un contexte économique peu avenant. Ce serait gentil de les prévenir.

Le bulldozer de la ville est passé, comme jadis à La Pulperie de Chicoutimi. Après 35 ans de loyaux services, le Théâtre du Saguenay a été liquidé avec aussi peu de considération que s’il s’agissait d’un gang de rue. Dans cette ville pas normale, c’est ainsi que les choses se passent. On ne veut pas savoir ce que vous avez fait de bien, mais qui vous connaissez.

À l’aube d’une nouvelle année, il n’est pas inutile de rappeler ces événements, si déprimants soient-ils. Porteuses d’un gros mensonge, nos plaques minéralogiques ne trahissent pas le fait que chez nous, l’amnésie constitue un art de vivre. L’autruche, davantage que le castor, mériterait de devenir notre emblème animalier.

Par bonheur, les artistes résistent encore et toujours. Faisant fi des pesanteurs politiciennes, ils continuent à peindre, sculpter, faire de la musique et écrire en espérant percer le mur de l’indifférence.

Il y a aussi des gens qui organisent des festivals, d’autres qui tiennent des organismes à bout de bras. Si Saguenay est une capitale culturelle, c’est à eux qu’elle le doit.