lundi 13 septembre 2021

Rare plaidoyer du XIXième siècle pour le théâtre!

Dans le journal La Minerve du 8 octobre 1864 parait, sous le pseudonyme Auguste Vérité (!), un rare plaidoyer pour le théâtre à cette époque où il est plutôt de bon ton de le décrier sur toutes les tribunes:



dimanche 12 septembre 2021

Un autre spectateur anonyme

Dans cette seconde moitié du XIXième siècle - pétrie de moralité et de relent d'ultramontisme - les articles contre le théâtre sont nombreux. Ce blogue en est d'ailleurs rempli! 

J'avoue que j'éprouve un malin plaisir à débusquer ces morceaux de littératures où la verve est flamboyante, les images sont fortes et où l'âme humaine est en voie de perdition

Comme cet autre Spectateur (souvent anonyme!) qui publie, dans le Journal de Québec du 23 janvier 1892, son opinion sur une pièce donnée au Théâtre des familles (le dernier paragraphe est savoureux!): 



samedi 11 septembre 2021

De cours de diction en cours de théâtre

Pendant de nombreuses années, au Québec, dans la première moitié du vingtième siècle (jusqu'au milieu des années '50), les principales formations théâtrales existantes et disponibles  étaient ces cours particuliers, généralement axés sur la diction... qui utilisait alors l'art dramatique comme outil pédagogique.

La plus célèbre de ces écoles était celle de Mme Audet dont j'ai déjà parlé ici.

Voici donc, comme bref exemple de ce qui s'offrait (et comment le tout était présenté), un ensemble de publicités parues dans le seul Radiomonde du 15 septembre 1947 (que je feuilletais pour trouver un autre article):








lundi 6 septembre 2021

Une opinion tranchée sur le théâtre canadien

Voici une opinion très tranchée - presque un manifeste! - sur le théâtre canadien (entendre ici canadien-français) de ce premier quart du vingtième siècle parue dans la revue La Lyre d'octobre 1924:

dimanche 5 septembre 2021

De la chute qu'il a faite jusqu'à l'ascension qu'il aurait dû faire... telle est la crtitique dramatique!

Dans l'édition du 13 août 1913 du journal Le Nationaliste, il y a - sous la plume de Paul Hame(lin?) - cet article à propos de la critique dramatique. L'auteur y défend une thèse étonnante... :

Il est fort intéressant d'avoir ces différents points de vue - souvent contradictoires..! Si, par exemple,  pour le présent auteur, il faut être indulgent... de nombreux autres praticiens et journalistes réclament, à cette même époque, une plus grande rigueur de la part de cette dite critique dramatique!

samedi 4 septembre 2021

Une représentation chaotique

Le Soleil du 14 novembre 1933 fait le compte-rendu d'une représentation pour le moins chaotique... et humiliante pour le pauvre comédien concerné! Ah les affres du théâtre et de la critique...


Après la lecture de ce petit article, le succès annoncé dans le titre ne semble vraiment pas si évident...

dimanche 29 août 2021

La censure... selon Claude Gauvreau


Dans sa pièce Les oranges sont vertes, Claude Gauvreau écrit, pour son personnage Yvirnig, une longue réplique sur ce que représente la censure:

YVIRNIG
La censure? La censure! La censure, c'est la gargouille qui vomit hideusement son plomb liquide sur la chair vive de la poésie! La censure, c'est l'acéphale aux mille bras aveugles qui abat comme un sacrifice sans défense chaque érection de sensibilité délicate au moyen de ses moulinets vandales. La censure, c'est l'apothéose de la bêtise! La censure, c'est le rasoir gigantesque rasant au niveau du médiocre toute tête qui dépasse! La censure, c'est la camisole de force imposée au vital! La censure, c'est la défiguration imprégnée sur la grâce par un sourcil froncé saugrenu! La censure, c'est le saccage du rythme! La censure, c'est le crime à l'état pur! La censure, c'est l'enfoncement du cerveau dans un moulin à viande dont il surgit effilochement! La censure, c'est la castration de tout ce qu'il y a de viril! La censure, c'est la chasse obtuse à la fantaisie et à l'audace illuminatrice! La censure, c'est la ceinture de chasteté appliquée à tout con florissant! La censure, c'est l'interdiction de la joie à poivre! La censure, c'est le morose enduisant tout! La censure, c'est l'abdication du rare et du fin! La censure, c'est la maculation et le hachage en persil de l'unique toujours gaillard! La censure, c'est  l'abdication de la liberté! La censure, c'est le règne ignorantiste du totalitarisme intolérant envers tout objet qui n'est pas monstruosité rétractile! La censure, c'est l'injure homicide à la loyauté des sens! La censure, c'est le pet par-dessus l'encens! La censure, c'est l'éteignement de l'esprit! Où il y a censure, serait-elle la plus bénigne du monde, il n'y a plus qu'avortement généralisé. La censure, c'est la barbarie arrogante. La censure, c'est le broiement du coeur palpitant dans un gros étau brutal! Oui, mille fois oui, la censure c'est la négation de la pensée.

Ce cri du coeur, écrit en 1958, résonne comme un puissant écho au Refus Global (qui date, lui, de 1948) dont Gauvreau était aussi l'un des signataires...

samedi 28 août 2021

Une Phèdre «in-yer-face»

Je poursuis la lecture des différentes versions du mythe de Phèdre et d'Hippolyte qui changent, de fois en fois, la vision toute racinienne que j'en avais!


L'Amour de Phèdre de Sarah Kane en est l'une des plus récentes (1996). C'est là une Phèdre qui décoiffe et qui déconcerte! Mais pouvait-il en être autrement? 

Sarah Kane, dramaturge du Royaume-Uni de la toute fin du vingtième siècle qui a profondément marqué le théâtre contemporain avec seulement cinq pièces (et son suicide en 1999), est l'une des figures principales de ce théâtre qualifié de In-Yer-Face. 

Pour bien saisir de quoi il retourne, voici une (juste) description du genre prise sur Wikipédia: L’une des caractéristiques majeures de ce théâtre est de provoquer l’inconfort – visuel, mais aussi physique – du spectateur. L’intensité et la crudité sont telles que le spectateur doit avoir le sentiment que son espace personnel est menacé et son intimité violée. Les dramaturges de cette génération ont tous en tête la tradition du Théâtre de la cruauté d'Antonin Artaud, qui, dans Le Théâtre et son double, affirme que « tout ce qui agit est cruauté. C’est sur cette idée d’action poussée à bout et extrême que le théâtre doit se renouveler. » C’est là une conception que le théâtre in-yer-face reprend à son compte, avec l’idée selon laquelle, comme chez Artaud, l’acteur doit brûler les planches comme un supplicié sur son bûcher.  Cela passe avant tout par une langue vulgaire, de nombreuses insultes à caractère souvent sexuel ou scatologique, des images choquantes montrant une souffrance insupportable, du sang et de la violence. Ces pièces respectent généralement un format de quatre-vingt-dix minutes sans entracte, afin de garder toute leur intensité et de ne pas perdre l’attention du spectateur.

Bref, chaque pièce est un solide coup de poing reçu par le public.

Que vient donc faire Phèdre dans cette galère? Simple. Elle est en manque de sexe et en parle avec son psychiatre. Parce qu'elle n'a d'yeux que pour son beau-fils, Hippolyte, toujours enfermé dans sa chambre-dépotoir à baiser tout ce qui bouge. Elle le veut. Les échanges entre les deux seront crus, directs, sans ambages. Hippolyte - parfaitement nihiliste - sait son pouvoir sur elle. En joue. La méprise. Se méprise. Thésée (toujours absent), revient et Phèdre, pour se venger du fils qui la rejette, l'accuse de viol. Sous les ordres de son père, il est pris dans une barbare orgie de sang qui se termine par la mort frénétique de tous les protagonistes. Fin. 

Ce résumé semble placer cette version à mille lieues de la version antique... et pourtant, elle en conserve la même charge entre les personnages bien que cette fois, les sentiments sont remplacés par un  amour violemment génital et sexuel. Le sexe de cette pièce remplace les dieux des versions antérieures.

mercredi 25 août 2021

De retour à l'UQAC


Je reprendrai le chemin de l'UQAC au cours de la saison automnale pour donner (comme je le fais à tous les deux ans depuis 2013... ce qui me porte à ma cinquième fois) le cours Analyse dramaturgique du théâtre québécois.

Un cours que j'aime bien.

Qui a pour but de tracer l'histoire du théâtre au Québec (de la Nouvelle-France à aujourd'hui) et de voir comment les oeuvres et la pratiques ont cheminé, comment les institutions ont pris naissance, comment la professionnalisation s'est faite.

Cette histoire est une succession d'embûches et de défis. Avec de grandes étapes, des âges d'or, des vides.

À travers elle, il est possible de définir les grands axes thématiques de ce théâtre... souvent associés à l'évolution même de la société. Des récurrences liées à notre réalité. Des grands courants. 

Puis enfin, il y a tous ces textes, tous ces auteurs, tous ces artistes qui ont marqué ce fil temporel...

Une partie du cours est aussi consacrée à l'approche dramaturgique du texte, tant l'ancien que le contemporain: sa construction, son analyse, sa signification, son potentiel théâtral.

Bref, c'est comme ce blogue... mais en 15 rencontres de trois heures! :) 

mardi 24 août 2021

Opportune intervention

Au cours des années '20, le journal Le Devoir se mêlait, lui aussi, de théâtre et de moralité. Encore plus même! Il se réjouissait, en ce 25 février 1921, sous la plume du rédacteur Omer Héroux, d'une résolution passée à la Ligue du Sacré-Coeur de l'Immaculée-Conception...


... semonçant la dépravation du théâtre de Montréal et appelant, en quelque sorte, à l'établissement d'un organe de censure:


Pour faire plus complet, je suis aussi allé cherché dans les archives, la résolution parue la veille, dans le même journal:




dimanche 22 août 2021

Suite de la suite phédrienne!

 


C'est un dramaturge que je ne connaissais pas. Et bon... ce serait mentir de dire que je le connais mieux maintenant après n'avoir lu qu'une seule pièce! Mais quand même...

Dans ma quête des différentes versions de l'histoire de Phèdre, je suis tombé sur cet auteur humaniste de la Renaissance - période creuse du théâtre français après une époque médiévale riches en mystères et en farces et juste avant un classicisme qui fera date - considéré comme un des grands de son époque et célébré, notamment, par Ronsard:


Bref, c'est une réelle découverte. 

J'ai donc lu la version originale en vieux français (c'est là un exercice qui demande une attention particulièrement éprouvante!) de son Hippolyte... pour y trouver l'une des bonnes pièces sur le sujet... sinon la meilleure... très proche de la version antique tout en étant débarrassée des conventions théâtrales désuètes des Grecs et des Romains.

Dans celle-ci, il y est beaucoup (vraiment beaucoup) question de Thésée (dont le long prologue énoncé par le fantôme de son père Égée qui donne une mise en situation détaillée de la vie conjugale de ce roi fantasque), de son caractère déloyal et infidèle qui jette Phèdre dans un désarroi (et un destin divinement contrarié) qui la piège dans une passion incestueuse pour le fils Hippolyte. Le grand roi de la version racinienne y est dépeint dans toute son humanité viciée par l'orgueil, le calcul, l'aveuglement.

La reine y est, du coup, une figure encore plus pitoyable, profondément malheureuse, tourmentée. Femme déçue. Femme désespérée. Femme sans attaches, sans famille et sans patrie. Son destin se conjugue avec ses choix, avec son passé, avec son présent.

Hippolyte y est aussi présenté sous son aspect le plus intéressant: chaste et austère, complètement dégoûté de l'amour et de la chair. Ce qui le rend doublement - voire triplement - perturbé par les aveux de Phèdre. La rencontre entre les deux est d'ailleurs l'un des passages les plus beaux alors que le fils aborde sa belle-mère avec une certaine piété filiale et que celle-ci lui demande de porter la couronne en lieu et place du père disparu avant que de ne se lancer dans le déferlement de sa passion. Les répliques sont saisissantes. Pathétiques. Cruelles.

Il y a d'autres monologues (la pièces est construite sur les monologues ou sur des échanges à deux personnages alors que chaque acte - il y en a cinq - se termine par un choeur poétique) magnifiques:
  • le présage d'Hippolyte qui combat un lion féroce;
  • les suppliques de Phèdre aux dieux pour qu'ils la délivrent de son mal;
  • ses accusations envers son époux absent;
  • ses confessions;
  • le discours brutal de la nourrice pour sortir Phèdre de sa léthargie;
  • la description de l'état physique et émotionnelle de Phèdre par la nourrice;
  • le retour de Thésée plus ébranlé que triomphant;
  • l'échange insistant et terrible entre lui et son épouse qui finira par porter une fausse accusation envers le fils;
  • la malédiction insensée que porte Thésée sur la tête de son fils (le dernier de ses trois voeux à Neptune où il appelle la mort d'Hippolyte comme vengeance);
  • le remords de la nourrice qui a fait germer l'idée de la fausse accusation dans l'âme fiévreuse de sa maîtresse;
  • le récit du messager... sur six pages!;
  • l'horreur de Phèdre face à la mort d'Hippolyte.
Si je m'écoutais, je tasserais la partition préparée à partir de la version d'Euripide (et avec laquelle je compte travailler à l'hiver 2022) pour me consacrer à celle-ci! 

samedi 21 août 2021

Le théâtre en crise... encore!

Il suffit de quelques pages d'un livre d'histoire sur le théâtre québécois pour vite se rendre compte que ce dernier a une caractéristique quasi immanente... être en crise: que ce soit une crise éthique ou religieuse, une crise de répertoire, une crise financière, une crise structurelle, une crise artistique, une crise identitaire, une crise de succession et j'en passe. 

Au cours des années '30, Louis Pelland, journaliste/chroniqueur culturel au journal La Renaissance, en est un chantre acharné (j'en ai déjà parlé ici). Comme dans cet exemple, du 30 novembre 1935:


Avec Jean Béraud, il fait partie de ce petit groupe de penseurs qui feront bouger les choses.

dimanche 15 août 2021

Les désagréments (!) du théâtre en temps de guerre

Le numéro 256 (janvier 1905) de la revue Le Passe-Temps rapporte, dans un petit article, quelques anecdotes théâtrales (et d'un goût douteux) survenues pendant la guerre russo-japonaise (commencée le 8 février 1904... qui se terminera en septembre 1905):


Conclusion: rien n'arrête le théâtre... ou presque! The show must go on!

samedi 14 août 2021

Une entrée dans le travail de Robert Lepage

 

Je viens de recevoir ce tout petit bouquin (dans la collection Mettre en scène chez Actes Sud-Papier qui est, en soi, fort intéressante) qui donne la parole à Robert Lepage. 

Il est l'un des grands metteurs en scène contemporains et cet entretien d'une soixantaine de pages (qui va de ses débuts jusqu'à l'ouverture du Diamant et ses projets de 2018 et années suivantes) nous permet de saisir son parcours et les contours de sa vision et de sa pratique:

[...] Le fond n'est rien sans la forme. Parfois les deux cohabitent de manière égale. Pendant longtemps, on pensait que je ne m'intéressais qu'à la forme. Or, je m'intéressais autant au fond. Peut-être que la forme était maladroite et qu'on ne voyait qu'elle? Peut-être qu'elle était tellement nouvelle qu'on ne voyait que le nouveau gadget qui avait été utilisé? Sans doute, avec le temps, suis-je juste un petit peu plus habile à faire dialoguer la forme et le fond. (p.45)

[...] Je crois en l'acteur-inventeur ou l'acteur-créateur. L'acteur-interprète ne m'intéresse pas. Je ne travaille pas à l'interprétation, mais j'essaie de travailler à l'invention. (p.48)

[...] Un spectacle est fixé seulement le jour où on ne le joue plus. On perçoit le théâtre comme une chose sacrosainte qu'on ne peut pas retoucher. Or, tout spectacle vivant est retouché. (p.58)

[...] Le théâtre est un métier d'humiliation. On se casse la gueule, mais on n'en meurt pas. (p.61)

[...] Quand on crée un spectacle, on invente des règles, des limites, pour que le public comprenne ce qu'on fait, mais il ne faut pas qu'elles nous emprisonnent. Il faut les établir mais dire  aussi qu'on a le droit d'en sortir. (p.63)

[...] J'essaie toujours d'accueillir les idées saugrenues, lancées comme une farce, quelque chose qui n'est même pas une proposition. Alors, j'essaie de les mettre en pratique et souvent nous trouvons là la réponse à ce que l'on cherchait! (p. 65)

C'est une lecture stimulante. Inspirante.


vendredi 13 août 2021

Le sens de l'unité


L'acteur qui joue son rôle comme une série d'épisodes circonscrits entre ses entrées et ses sorties, sans se préoccuper de lier chacun d'eux aux précédents ni aux suivants, ne pourra jamais comprendre ni interpréter son rôle comme un tout cohérent. Un rôle qui n'est pas joué dans sa continuité risque d'être à la fois mal joué et incompréhensible pour le public.

Au contraire, si dès le début, dès la première entrée, vous avez déjà une vision claire de vos dernières scènes - et, inversement, si vous vous souvenez de votre première scène au moment où vous jouez les dernières - vous serez beaucoup plus apte à saisir l'ensemble de votre rôle dans tous ses détails, comme si vous le voyiez avec beaucoup de recul. Si vous êtes capable de considérer chaque détail comme étant indissociable du tout, vous pourrez ensuite jouer chacun d'eux comme un tout en soi qui se fondra harmonieusement dans le grand ensemble du rôle.

Dans quelle mesure ce sens de l'unité enrichira-t-il votre jeu? Intuitivement, vous irez droit à l'essentiel de votre personnage et vous suivrez de façon continue les grandes lignes de l'action, captant ainsi l'attention du public. Votre jeu sera plus ferme. Enfin, vous aurez beaucoup plus de facilité pour trouver votre personnage sans trop de tâtonnements dès le début du travail.

Ce (long) passage est tiré du petit bouquin Être acteur de Mikhaïl Tchekhov. 

C'est là une lecture que je trouve fort inspirante, mélange de jeu psychologique et formel, mélange de Stanislavski et de Meyerhold. 

Et cette vision du sens de l'unité est quelques chose que je trouve particulièrement intéressant et que je tente, du point de vue de metteur en scène, de mettre en pratique dans la direction d'acteur/création de personnage. De chercher une unité dans la mise en place de détails. De m'assurer, si un élément surgit (une idée) ou s'installe, qu'il se développera dès le début et ce, jusqu'à la fin. 

Ce fut particulièrement vrai (et marqué) dans la mise en scène de La Cantatrice Chauve.

jeudi 12 août 2021

De la maigreur de Sarah Bernhardt

De retour, ce matin avec un petit billet sur l'un de mes personnages préférés (dont il y avait longtemps que je n'avais parlé): Sarah Bernhardt!

Adulée en Europe, en Amérique, elle n'avait que faire des quolibets et des méchancetés qui la visaient. Telle pouvait être le sens de sa tonitruante devise: Quand même! C'était là une personnalité qui prêtait volontairement le flanc à la provocation.

Tout au long de sa vie, elle fut attaquée par différents journaux et différentes factions tant sur son art, il va sans dire... que sur son origine juive (dans un antisémitisme primaire)... que sur son apparence physique.

Sa maigreur a été l'objet de dizaine de caricatures, dont certaines versaient presque dans la diffamation:




Dans la même veine, de multiples blagues et moqueries ont été faites et publiées sur son compte, telles que rapportées ici par le L'Étoile du Nord le 19 août 1920:


... et par Le Petit Journal du 21 décembre 1930:



mercredi 11 août 2021

Les lois de la composition théâtrale... selon Tchekhov (le neveu!)

Plusieurs auteurs dramatiques, plusieurs théoriciens, plusieurs sémiologues ont tenté, au fil du temps, de définir ce qui faisait une bonne pièce, ce qui pourrait constituer la mécanique théâtrale idéale.

Voici, de façon synthétique (après les avoir détaillées tout au long d'un chapitre complet), quelles sont les lois de la composition du théâtre selon Mikhaïl Tchekhov:

Une pièce comporte trois phases; les phases extrêmes s'opposent; la phase intermédiaire marque une transformation; chacune des phases peut se subdiviser en plusieurs séquences; chaque phase est dominée par un temps fort principal, chaque séquence par un temps fort secondaire; dans la tension dramatique, il faut ménager des paliers; les phénomènes de répétition créent un rythme; l'alternance des actions intérieures et extérieures crée un rythme ondulatoire; les caractères des personnages doivent s'opposer et se compléter.

Il est évident que toutes les pièces, qu'elles soient modernes ou classiques, n'offrent pas toujours, l'occasion d'appliquer tous les principes mentionnés ici. Mais leur application, même partielle, confère à un spectacle une vie, un relief et une beauté particulière, en permettant d'en approfondir le contenu tout en lui donnant une forme plus harmonieuse.

C'est un peu abstrait, je l'admets. N'empêche que dans la pratique, cette description peut facilement être validée et utilisée.

mardi 10 août 2021

Mikhaïl Tchekhov et l'acteur

Mikhaïl Tcheckhov (du même nom que son oncle Anton, le grand écrivain... dont on voit généralement la version américaine Michael Chekhov) est un acteur et metteur en scène qui a fait ses classes avec, notamment, Constantin Stanislawski au Théâtre d'Art de Moscou au début du vingtième siècle. 

Puis il quitte la Russie pour la France, puis l'Angleterre, pour aboutir finalement aux États-Unis où, partout, il définira la fameuse méthode stanislavskienne et, de fil en aiguille, théorisera lui aussi la sienne (construite dans la foulée de celle de son maître) dans deux petits ouvrages importants: Être acteur et L'imagination créatrice de l'acteur.

Je viens (enfin) de mettre la main sur le premier, réédité chez Pygmalion en 2021:



Il y entrelace ses propres considérations sur ce qu'est le jeu de l'acteur (entre philosophie et anthropologie), sur la mécanique de la création et sur la manière de travailler son propre instrument par des exercices psycho-physiques de toutes sortes. 

Voici à quoi ressemble la table des matières:
  1. Le corps et la psychologie de l'acteur
  2. L'imagination et l'assimilation des images
  3. L'improvisation et le travail collectif
  4. L'atmosphère et les sentiments individuels
  5. Le geste psychologique
  6. La composition du personnage
  7. La personnalité artistique
  8. Les lois de la composition au théâtre
  9. Les genres au théâtre
  10. Comment aborder un rôle
  11. Conclusion
  12. Quelques thèmes d'improvisation
J'y reviendrai assurément dans les prochains jours!

vendredi 6 août 2021

La suite phédrienne

Mon premier vrai coup de foudre pour le théâtre est venu de la littérature, au Cégep d'Alma, par la lecture de Phèdre de Racine. Comme un puissant émerveillement. 

J'ai lu ce texte à de nombreuses reprises... cherchant, depuis, une façon de l'aborder. Il y a deux ou trois ans, j'ai allumé (il n'est jamais trop tard!), au cours d'une brève recherche, sur ce fait évident: le Phèdre de Racine n'est, au fond, qu'une réécriture, une reprise d'un mythe ancien qui avait donc dû être l'objet d'autres pièces au fil du temps.

Et je suis parti à la quête de ces textes.

Tous la même histoire à la base. Alors qu'elle croit son époux Thésée mort, Phèdre avoue sa passion coupable et criminelle pour Hippolyte, le fils de celui-ci. Hippolyte est horrifié. Thésée revient contre toute attente, apprend la nouvelle et, dans une fureur indescriptible, maudit son fils et le banni. Dans sa fuite, Hippolyte est soudainement assailli par un monstre sorti des eaux et meurt dans d'atroces souffrances. Phèdre se confesse et meurt.

Ce qui est intéressant, ce sont alors les variantes. 
 
EURIPIDE (480-406 avant J.-C.)


Le première sur la ligne de départ est Sénèque. En 428 avant notre ère, il écrit la pièce Hippolyte porte-couronne (il aurait fait un Hippolyte voilé aujourd'hui perdu). C'est, à mon sens, la plus intéressante, la plus claire.

Les personnages:
  • Aphrodite
  • Hippolyte
  • Un serviteur
  • Valets d'Hippolyte
  • La nourrice
  • Une servante
  • Thésée
  • Artémis
  • Choeur des femmes de Trézène
Cette pièce présente Hippolyte comme étant un jeune homme fier, arrogant, chaste qui méprise l'Amour et n'a d'intérêt que pour la chasse et Artémis. Refusant d'honorer Aphrodite, celle-ci, courroucée, cherche à se venger du bellâtre en instrumentalisant Phèdre dont la famille est déjà maudite. Aveux, confessions, horreur. Quand Phèdre apprend le retour de Thésée, elle se pend pour échapper au crime et c'est la nourrice qui charge Hippolyte du méfait. Thésée fait appel à son père, Poséidon, afin qu'il punisse le criminel. La furie sortie des eaux. Hippolyte meurt devant Artémis qui instruit Thésée de son erreur et le laisse complètement détruit.

C'est une pièce mordante. Cruelle. Et qui font des dieux, présents dans la pièce (la seule d'ailleurs, qui les convoque), des être manipulateurs et calculateurs qui se servent des humains pour arriver à leurs fins.

Sophocle en aurait écrit, lui aussi, une version... qui ne s'est pas rendue jusqu'à nous.  

SÉNÈQUE (4-65 de notre ère)


Sénèque arrive et donne, vers 50, sa version de Phèdre

En de longs monologues, il reprend somme toute le même argument qu'Euripide (et semble-t-il, que Sophocle) avec une économie de personnages:
  • Hippolyte
  • Phèdre
  • Thésée
  • La nourrice de Phèdre
  • Un messager
  • Choeur d'Athéniens
  • Troupe de veneurs
Dans cette version, Phèdre est beaucoup plus fonceuse et d'emblée, elle annonce à sa nourrice qu'elle ne croit plus Thésée vivant et qu'elle peut enfin assouvir sa passion pour le fils. Aveux, confessions, horreurs. Hippolyte la rejette. Thésée revient et Phèdre accuse froidement le jeune homme d'agression. Colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

La grande différence, outre le caractère de Phèdre, réside dans le fait qu'Hippolyte meurt dans la quatrième partie (de cinq) de l'ouvrage et qu'il reste donc ensuite un acte pour que le choeur ouvre les yeux de Thésée, que Phèdre avoue son mensonge et se punisse elle-même. 

Cette version est un peu longuette.

ROBERT GARNIER (1545-1590)


Il y a cet Hippolyte écrit en 1573 que je n'ai pas encore lu.

Personnages:
  • L'ombre d'Égée
  • Hippolyte
  • Choeur des chasseurs
  • Phèdre
  • La nourrice
  • Thésée
  • Choeur d'Athéniens
Mais ce que je sais déjà (et ce qui fait la différence de cette version), c'est que la pièce début avec l'ombre d'Égée, père de Thésée, qui annonce, dans un long monologue, les malheurs qui se dressent devant sa descendance.

Pour le reste, aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

JEAN RACINE (1639-1699)


En 1677, Racine présente sa Phèdre, dans une perfection formelle inégalée et qui est un des plus beaux textes de la littérature française. 

Personnages:
  • Thésée
  • Phèdre
  • Hippolyte
  • Aricie
  • Oenone
  • Théramène
  • Ismène
  • Panope
  • Gardes
Perfection formelle, peut-être. Mais dans les faits, Racine apportent plusieurs variantes. D'abord, il nomme les personnages qui, jusque là ne portait que leur titre de nourrice (Oenone) ou de messager (Théramène). Mais la plus grande transformation concerne Hippolyte. Bien qu'il soit toujours affublé d'un caractère farouche, Racine le compromet dans une histoire d'amour avec Aricie (prisonnière de Thésée), introduite dans la pièce avec sa suite. Ainsi le bellâtre brûle d'amour pour une femme. Ce fait attisera la jalousie de Phèdre. Sinon, aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux. Quand Thésée voit son fils mort et qu'il apprend son amour pour Aricie, il reconnait dès lors celle-ci comme sa fille. 

À mon sens, la version racinienne affadit terriblement le personnage d'Hippolyte qui y perd de sa superbe!

JACQUES PRADON  (1644-1698)


La présentation de la Phèdre de Racine a donné lieu à une joute théâtrale importante alors qu'un auteur de l'époque, Pradon (aujourd'hui complètement oublié), dans une guerre d'orgueil, cherche à le devancer en donnant, quelques jours plus tôt, sa propre version de Phèdre et Hippolyte. Il écrire sa pièce en trois mois.

Personnages: 
  • Thésée
  • Phèdre
  • Hippolyte
  • Aricie
  • Idas
  • Arcas
  • Cléone
  • Mégiste
  • Gardes
Comme Racine, il nomme les fonctions et introduit de nouveaux personnages. Comme Racine, il implique Hippolyte dans une romance. Pour le reste,  aveux, confessions, horreurs, colère du père, malédiction, furie sortie des eaux.

Cette pièce est, de loin, la moins intéressante de toutes de par son écriture qui verse dans le galant, omniprésent à l'époque. 

C'est là où j'en suis rendu. 

Il me reste au moins deux autres versions, du vingtième siècle, que je veux lire prochainement: celle de Gabrielle D'Annunzio (Phèdre, 1909) et celle de Sarah Kane (L'Amour de Phèdre, 1996).

jeudi 5 août 2021

Mea culpa

Henri Letondal, grande personnalité du théâtre québécois de la première moitié du vingtième siècle, s'est commis à tenter d'expliquer, en quelques mots, la raison de l'immoralité supposée du théâtre. Son petit article est paru dans La Patrie, ce 16 octobre 1925. 



mercredi 4 août 2021

Quand le nationalisme identitaire s'invite au théâtre... ou «Ah, ces Anglais!»

Le numéro 598 de la revue Le Passe-Temps du 23 février 1918 s'occupe, sous la plume de Clémencia, à faire l'analyse de ce qui distingue les Canadiens-Anglais et leur théâtre médiocre des Canadiens-Français qu'elle ne manque pas d'écorcher non plus... assez, d'ailleurs, que je ne suis pas trop certain de bien saisir le point de vue exprimer tant sa conclusion me semble contradictoire. C'est là une utilisation du théâtre pour faire preuve d'un nationalisme identitaire primaire!

mardi 3 août 2021

Le censeur d'Angleterre... ou quand survient la peste théâtrale parisienne

Le Franc-Parleur, cet autre journal québécois qui pourfend le vice et l'immoralité, retranscrit, dans son édition du 3 mars 1875 un article de M. Arthur Loth (historien français à la bibliographie très catholique), sur la censure et ce mal théâtral qu'est devenu ce Paris qu'il connait trop bien.


vendredi 30 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (3)

ne autre petite journée à travers les propositions du FIAMS. Je ne suis pas aussi assidu que je l'aurais souhaité, mais bon.

PANEL SUR LE THÉÂTRE JEUNESSE

J'ai participé avec d'autres collègues (Marilyne Renaud, Marie-Pier Fleury, Annick Pedneault) et la dramaturge Suzanne Lebeau à un panel sur le théâtre jeunesse, webdiffusé sur les plateformes du FIAMS. Quelles sont les spécificités du théâtre jeunesse? Comment l'aborder? Quelle est la place des enfants dans la création? Telles étaient les questions de base que tous avions. Mais le temps a passé tellement vite que finalement, nous n'avons pas pu échanger tant que ça! 

Dommage, parce que les discussions entre nous en amont de la séance et qui s'est poursuivie tout de suite après dans le studio étaient franchement passionnantes! 

Le panel est encore accessible sur la page Facebook du FIAMS.

UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS

Le Théâtre du Renard, nous dit son site web, s'est donné pour mission de transmettre à son public des savoirs provenant de domaines spécialisés tels que la science, l'économie ou la philosophie. Rien de moins! 

Le spectacle présenté refera donc, en une petite heure, le fil des grandes lois de la physique, sur l'espace-temps, d'Aristote à Hubble, de la terre ronde à la relativité générale, etc. 

Il s'agit, en fait, d'une conférence menée avec beaucoup d'humour et de charme par Antonia Leney-Granger. Le sujet est complexe. Archi-complexe! Pourtant, si le tout aurait pu devenir barbant, il en résulte une représentation vive qui fait constamment surgir les rires des spectateurs devant les démonstrations à l'aide d'objets anodins (et de la façon très minimaliste de les manipuler) et par le ton utilisé pour verbaliser ces théories toutes plus abstraites les unes que les autres.

C'est fou. C'est déjanté. Comme quoi la science peut aussi être matière à divertissement!

CONTES ZEN DU POTAGER


C'est difficile de résister à cette proposition du Théâtre de la Pire Espèce, passé maître dans le théâtre d'objets.

Une succession de petites vignettes orientales (il y en aura quoi... une douzaine?) présentent, sur des codes réinterprétés du théâtre japonais, des leçons de zénitudes. Des petites morales pour accéder à la paix, la connaissance de soi. 

Armés de légumes de saison qui deviendront les différents personnages et d'une bonne dose de charisme, les deux protagonistes donneront un bon exemple du minimalisme oriental (du moins tel que le cliché occidental le présente) auquel on est en droit de s'attendre dans ce  quasi nô maraîcher! Un minimalisme de surface, je tiens à  le préciser, parce qu'il est soutenu par une virtuosité et une ingéniosité dans l'utilisation de nombreux accessoires. 

Tout est dans la simplicité. Dans la minutie du geste. Dans le maintien de conventions dans ce cérémonial théâtral. Et enfin, dans l'imagination du spectateur qui voit des univers entiers se construire à partir de presque rien. 

Jamais nos légumes n'auront eu un tel pouvoir de suggestion!

C'est un spectacle tout simplement remarquable.

Pour en voir une meilleure idée, visitez le site web de la compagnie.

jeudi 29 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (2)

Au cours de la journée d'hier, je n'ai vu qu'un seul spectacle, soit Tricyckle de la compagnie Les Sages fous, présenté au Côté-Cour.


D'emblée, ce qui m'a le plus touché, de ce spectacle, c'est l'esthétique patinée tout de bric-à-brac construite, dans un espace ceint par une courtepointe de rideaux aux teintes verdâtres. Dans cette petite arène circassienne, un homme sur son tricycle tirera une petite roulotte surchargée de laquelle il tirera de nombreux objets pour refaire le monde.

Parmi les images marquantes de ce spectacle, il y a l'édification de la petite ville par l'accumulation de boîtes illuminées. Il y a aussi la naissance du petit être un peu effrayant. Puis, il  y a l'image globale. 

Pour ma part, il  y a quand même un mais

Dès le départ, nous avions été averti: ce spectacle fonctionne sur un mode onirique, convoquant beaucoup plus les impressions qu'une trame narrative. Je comprends la proposition. Je comprends le travail... même si, je l'avoue, je n'y ai pas adhéré. Peut-être n'étais-je pas dans une bonne disposition.

Je reconnais, par ailleurs, l'essence fortement poétique de la source d'inspiration (les hommes tricycles qui recueillent, de par la ville, des objets de toutes sortes) et le 

Il n'en demeure pas moins que ce spectacle a plu, si je me fie aux différents échanges que j'ai eu au cours de la journée avec d'autres spectateurs. 

Pour plus de détails sur le spectacle, visitez le site  web de la compagnie.

mercredi 28 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (1)

Depuis hier, le Festival International des Arts de la Marionnette au Saguenay (FIAMS) se déploie un peu partout sur le territoire. Un événement majeur qui revient tous les deux ans et qui présentent, chaque fois, un imposant panorama de ce qui se fait dans le monde du théâtre de marionnette, de l'objet, de la manipulation. 

FURIOSO


Le Théâtre de l'oeil présentait, en ouverture du FIAMS (et en grande première) sa plus récente création, Furioso, sur un texte d'Olivier Kemeid et une mise en scène de Simon Boudreault. 

Ce spectacle (60 minutes) présente, devant un mur aux multiples ouvertures comme tout autant de petites scènes, un conte atemporel aux diverses tribulations qui se plaisent à se multiplier et à transporter furieusement ses personnages (des marionnettes à tige magnifiques et des acteurs dynamiques!) en quête de quêtes! Qui gagnera la guerre? Qui aimera la princesse? Qui sera le héros? Qui la retrouvera? Qui est qui? Qui aidera? Qui nuira? Qui aimera qui finalement? Voilà une épopée sur les désirs!

Les situations sont tellement nombreuses qu'il est difficile de bien raconter. De toute façon, ça ne rendrait pas justice au spectacle!

Mais une chose est sûre: l'histoire devient vite un prétexte pour le plaisir du spectateur (jeune comme adulte) qui laisse librement défiler les mots et les actions pour s'amuser fermement avec les comédiens, les ruptures de tons, les apartés, les changements de plans, les clins-d'oeil plein de sous-entendus, et une esthétique bien léchée! Les péripéties s'accumulent dans ce monde aux frontières comiquement floues dont l'imagination reste le principal et plus solide ancrage. Il est facile et bon de s'y laisser bercer et de se laisser raconter!

Ainsi, il y a pleins de petits moments fort savoureux dont j'aimerais parler mais ça se ferait au détriment de la découverte! Il faut le voir! 

Il en résulte une oeuvre forte, amusante, qui gagnera assurément en maîtrise au gré des prochaines représentations! 

Si vous voulez en savoir plus sur la démarche de la compagnie lors de cette création, visitez leur site web.

LES KAKOUS


Avant la représentation, nous avons pu apercevoir, à l'extérieur, deux bêtes fantastiques, les Kakous, présentés par la compagnie Imagicario, lors d'une petite animation toute simple (!). 

Sorties de nulle part, ces créatures gigantesques se sont jointes à l'attroupement (ou vice-versa) et se sont vite adaptées à leur nouvel environnement pour inscrire de plain-pied leur mythologie et fiction dans notre réalité. Nous n'aurions pas été plus émerveillés en foulant le sol du Parc Jurassique!

La qualité de la manipulation de ces colosses, la virtuosité manifeste de ces artistes, la qualité de leurs improvisations dans l'interaction avec l'espace (la rencontre de l'autobus, par exemple ou le snack dans les buissons de la salle) ou avec les gens ont fait de ces quelques minutes des instants fantastiques.

Si vous voulez en savoir plus sur le processus de création et le fonctionnement de ces majestueuses bestioles, visitez leur site web.

mardi 27 juillet 2021

Le grand Fred Barry

Voici un documentaire de l'ONF consacré à une figure importante du théâtre québécois de la première moitié du vingtième siècle: Fred Barry. L'intérêt de ce film porte également sur les autres personnages qui entoureront le comédien et qui ont aussi eu une grande importance en leur temps, notamment Gratien Gélinas, Germaine Giroux et Henry Deyglun.



Pour lui rendre hommage, une salle du Théâtre Denise-Pelletier porte son nom.

lundi 26 juillet 2021

«Grande Baie» du Théâtre du Mortier

J'ai assisté, hier après-midi, à l'une des représentations de Grande Baie du Théâtre du Mortier. Prévu, à la base, en extérieur, devant la Pyramide des Ha! Ha!, le spectacle devait avoir, comme décor, un vrai paysage dans lequel s'inscrire mais la météo a plutôt voulu que j'y assiste (malheureusement) dans une salle fermée et beige du Musée du Fjord, partenaire du projet. 

D'une durée de 30 minutes, la pièce - plus impressionniste que réaliste - revient sur le déluge de juillet 1996 (dont on célèbre, cette année, le 25ième anniversaire) par bribes de souvenirs portés par deux comédiens qui n'en connaissent que ce qu'en retient l'imaginaire collectif et les archives puisque l'un n'avait que trois ans lors des faits et l'autre n'était pas née! 

Leur vision sera peut-être alors plus subjective grâce à ce recul temporel.

Le principe en est simple. 

Les comédiens raconteront, à partir d'un texte de Girard basé sur des témoignages de personnes ayant vécue le sinistre, les événements en empruntant divers personnages. Il n'y aura pas, dans cette présentation, de prétention purement historique. Que de courtes évocations entremêlant fiction et réalité, avec un leitmotiv récurent: «Personne n'aurait pu prévoir.» Si quelques clichés s'insèrent néanmoins dans le travail, il n'en demeure pas moins bien ficelé et intéressant à regarder.

C'est drôle. Sensible. Et le tout rend surtout hommage, finalement, à la résilience, à l'empathie et à la solidarité de la population. 

L'espace se compose principalement de caisses de bois et d'une quinzaine de petites maisons de bois, posées sur des tiges qui serviront, d'une part, de cases pour accessoires lors des transformations de personnages puis pour (dé)faire, au gré de la représentation, une construction scénique rappelant le déferlement de l'eau emportant les maisons. C'est d'ailleurs peut-être là que se trouve la plus grande force poétique de l'oeuvre: construire peu à peu, par des moyens minimalistes (tissus, rubans, accessoires bleus et maisons), une image qui finira par atteindre une belle puissance suggestive de l'horreur de ces inondations. 

Avec ce projet, le Théâtre du Mortier continue d'affûter son langage esthétique et artistique et poursuit assurément son cheminement vers la pleine reconnaissance de son action.

dimanche 25 juillet 2021

Quand le théâtre s'en va chez le diable

Dans la petite histoire du théâtre du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Ghislain Bouchard occupe, avec raison, une place dominante alors qu'il a fondé et dirigé de nombreuses troupes et projets d'envergure dont les plus notables sont, bien évidemment, La Marmite et La Fabuleuse histoire d'un Royaume.

Il est, sans conteste, une figure marquante des arts de la scène. Toutefois, c'est une figure profondément attachée à une vision traditionnelle et conventionnelle du théâtre. Il ne peut qu'être confronté, dans les années '70, à cette émergence exponentielle du théâtre expérimental, du théâtre engagé, de la création collective qui remettent en cause les habitudes et les codes aristotéliciens... à ce développement de professionnalisation qui changent les paradigmes de la pratique.

C'est donc dans un état d'esprit quelque peu sceptique face à l'évolution du théâtre dans la région et au Québec qu'il donne son avis à la journaliste culturelle, Madame Christiane Laforge, pour le compte du journal Le Quotidien de ce 13 mai 1975:


Cette période dont il est question - ce théâtre des années '70 ici questionné - est considérée, avec le recul, comme étant un nouvel âge d'or du théâtre québécois. Ici, au Saguenay, il sera porté par des compagnies qui donneront ses assises à notre théâtre professionnel: les Amis de Chiffon, la Rubrique et les Têtes Heureuses.

Cet article illustre bien, à mon sens, cette lente transition qui va du théâtre amateur vers le théâtre professionnel.

samedi 24 juillet 2021

Parcours d'un critique de théâtre

 

C'est là le plus récent bouquin que je me suis commandé et qui retrace le parcours de Michel Vaïs qui, pendant des années, rédacteur en chef de Jeu (en fait, pour être encore plus précis, il a fait partie de l'équipe fondatrice de cette importante revue en 1976) et critique théâtral, jusqu'en 2005, à la défunte Chaîne Culturelle de Radio-Canada. 

Un livre qui promet d'être intéressant. D'abord parce que l'auteur fut aussi un praticien ayant choisi de rester du côté du miroir où le regardant voit, apprécie, commente celui qui est regardé comme le dit Pintal dans la préface.

Puis parce qu'en tant que critique spécialisé en théâtre, il a une vision rigoureuse de sa fonction, de sa compréhension du métier, de son rapport à la pratique qui fait bon lire et qui fait terriblement envie en regard de l'état de la (non-)critique aujourd'hui, ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et ailleurs au Québec. Tout le chapitre 2 de l'ouvrage est consacré à ce métier. 

Enfin, ce qui est aussi passionnant dans cette lecture à venir, c'est donc sa grande connaissance du milieu, plus particulièrement du théâtre d'avant-garde des années 60 et 70 alors qu'il a fait partie d'entreprises marquantes, notamment avec les Saltimbanques (dont j'ai déjà parlé plus d'une fois). De ce théâtre de recherche et d'expérimentation, il en a fait son champ d'expertise. Au gré des pages se dessinera l'évolution de ce pan théâtral québécois.

jeudi 22 juillet 2021

Plus ça change...

Parcourir les archives, c'est aussi (et assez rapidement!) se rendre compte que certaines choses ne changent guère. Que les emjeux évoluent, certes... mais que certains autres restent désespérément présents.

Pour preuve, cet article, signé par Monsieur Yvon Paré, paru dans Le Quotidien du 18 mars 1978 (j'avais un an!), faisant un compte-rendu d'un colloque tenu à Chicoutimi pour discuter du théâtre d'ici...


mercredi 21 juillet 2021

Dans les nuances du théâtre de l'absurde


Alors que mon Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin traîne sur ma table du salon, il m'est venu l'envie de le feuilleter pour regarder ce qu'il dit du théâtre de l'absurde... genre méconnu s'il en est un, souvent défini par son seul intitulé absurde

D'emblée, ce n'est pas systématiquement une veine comique... loin s'en faut! Ce n'est ni du vaudeville, ni du burlesque même s'il peut (comme dans La Cantatrice Chauve du Théâtre 100 Masques) en avoir les apparences. Son absurde n'est, en aucun cas, synonyme de légèreté ou de bouffonnerie.

Que soutient-il exactement?

Sous l'appellation de théâtre de l'absurde, on désigne la plus importante génération d'auteurs dramatiques de la seconde moitié du XXième siècle, au premier rang desquels Beckett, Ionesco, Adamov, Genet et Pinter. À mesure que leurs oeuvres respectives se singularisaient, ces auteurs ont prouvé qu'ils ne formaient - même s'il existe manifestement, quant aux thèmes et à la forme, un dénominateur commun entre eux - ni une école ni une tendance homogène de l'écriture dramatique contemporaine.

Le metteur en scène Blin insiste bien sur le fait que «ce sont les critiques qui ont établi une connivence entre des auteurs qui étaient totalement seuls, une convergence qui n'existait pas» et il ne veut retenir qu'«une connivence avec l'époque.» «Connivence avec l'époque», c'est-à-dire reprise à leur compte par Adamov, Beckett et Ionesco - ces trois exilés qui ont choisi Paris et la langue française - des thèmes existentialistes, dont celui de l'«absurde», que véhiculèrent la littérature et le théâtre de Sartre et de Camus et, surtout, de ce malaise, de cette angoisse d'un déracinement et d'une insécurité généralisée qui caractérisent l'Europe d'après Auschwitz. 

La dramaturgie de Beckett, de Genet, de Ionesco, d'Adamov en ses débuts nous montrent des êtres qui ont perdu leurs attaches et leurs repères intimes aussi bien que cosmiques et qui errent, le plus souvent immobiles, à la recherche d'un introuvable refuge. Allégorie d'une humanité en souffrance dans les décombres du «Théâtre du monde». 

[...] Parcelles de vie prises dans les tourbillons du néant, êtres repliés sur eux-mêmes, enkystés dans leur «vieux coin» et/ou perdus dans le no man's land, créatures d'un langage qui prolifère de façon cancéreuse et se perd dans le «nonsense», les personnages du «théâtre de l'absurde» sont des anti-héros par excellence et ils atteignent [...] aux plus petites dimensions humaines possibles.

[...] Théâtre de l'«inquiétante étrangeté», a-t-on pu dire, en parant d'un concept freudien cette dramaturgie des années cinquante. Le sentiment d'inquiétante étrangeté procéderait, d'après Freud, de l'«exagération de la réalité psychique par rapport à la réalité matérielle». Or cette exagération est bien une tendance clé du «théâtre de l'absurde»: ce que nous voyons déployé sur la scène, c'est le spectre d'individus saisis par les pulsions, les hantises, les fantasmes, les rêves et les névroses d'un temps et d'un espace donnés: l'Occident au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. On a d'ailleurs reproché à ce «nouveau théâtre» d'exalter, dans sa vision pessimiste et fataliste de la condition humaine, l'individu et de négliger complètement les circonstances sociales et historiques. 

Ce théâtre de l'absurde impose donc tout un champ de réflexions, de pistes de travail. Bien sûr, dans le cas de notre production estivale de La Cantatrice Chauve du Théâtre 100 Masques, nous avons misé sur l'effet comique de la pièce beaucoup plus que sur cette théorie. Mais il est tout de même intéressant de la connaître!