Affichage des articles dont le libellé est Journée Mondiale du Théâtre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Journée Mondiale du Théâtre. Afficher tous les articles

jeudi 28 mars 2024

Petit moment de recul



Depuis quelques jours - beaucoup depuis le budget provincial... beaucoup depuis hier, Journée Mondiale du Théâtre... ce matin encore dans le Devoir (ici) - le discours ambiant du milieu théâtral est de se déclarer en mode survie. 
 
D'emblée, posons le diagnostic: il y a un cruel sous-financement culturel (comme dans plusieurs autres sphères de la société). Vrai. Plus que vrai. Mais est-ce que ça a déjà été facile? Quand les conditions l'ont-elles été? Au point d'être en mode survie? Vraiment?
 
Bien sûr qu'il faut de l'amélioration... et la balle est peut-être aussi en partie dans notre camp.

Et si c'était plutôt le moment, le signal, pour repenser radicalement notre fonctionnement (mais vrai, ici aussi, qu'il faudrait repenser, au passage, tout le mode d'attribution des subventions), de répondre autrement aux besoins de ce milieu? Comme un coup de pied dans une façon de faire qui a atteint sa limite? Qui sait...
 
Une chose me semble pourtant claire. Crier à la crise, c'est un peu crier au loup. C'est préoccupant, vrai. Plus que vrai. Mais ce fatalisme est aussi terriblement épuisant, démotivant.
 
Réclamons. Dénonçons. Transformons. Représentons. Bref, agissons avec un objectif précis: améliorer la situation. Cenne par cenne s'il le faut. Dollar par dollar. Pouce par pouce. De concertation en mutualisation. De reconfiguration en nouveaux projets.
 
Mais au final, ô surprise, ce sera quand même un éternel recommencement... parce que le théâtre, dans son essence même, se nourrit peut-être de ces crises permanentes et de l'adversité.

_________________________

Je termine en citant Meyerhold (citation qui est sur le mur de mon bureau en permanence):  Si le théâtre d’aujourd’hui ne meurt pas, c’est qu’il recèle encore des sèves vivifiantes. Qu’on l’achève s’il est condamné mais qu’on le ranime s’il est viable!

Et Ionesco: La crise du théâtre existe-t-elle? Elle finira par exister, si l'on continue d'en parler. On pense qu'un théâtre ne peut pas exister dans une société divisée. Il ne peut exister que dans une société divisée. Il ne peut exister que lorsqu'il y a conflit, divorce avec mes administrateur ou mes administrés (ce qui dépasse la notion de classes sociales), ma femme ou mon amante, mes enfants et moi, moi et mon ami, moi et moi-même. Il y aura toujours division et antagonismes. C'est-à-dire qu'il y aura division tant qu'il y aura de la vie. L'univers est en crise perpétuelle. Sans la crise, sans la menace de mort, il n'y a que la mort. Donc: il y a crise au théâtre seulement lorsque le théâtre n'exprime pas la crise. Il y a crise de théâtre lorsqu'il y a immobilité, refus de recherche; pensée morte, c'est-à-dire dirigée.

dimanche 27 mars 2022

Au théâtre, cette semaine! [Du 27 mars au 2 avril 2022]

 


C'est aujourd'hui la Journée Mondiale du Théâtre. Pour lire le message international de Peter Sellars, c'est ici. Pour lire le message québécois de Rébecca Déraspe, ici

Célébrons le théâtre! Et le nôtre, plus particulièrement!

MARDI À JEUDI - 29 AU 31 MARS 2022 - 20H
CÔTÉ-COUR (JONQUIÈRE)


Le Théâtre 100 Masques présente Les Morts sacrilèges d'après la pièce Hippolyte porte-couronne d'Euripide (une adaptation/réécriture de moi-même) dans une mise en lecture théâtralisée (où il n'y a que bien peu de places)! Presque un sport extrême! Infos, ici. Billets (c'est déjà complet le 29) ici

MERCREDI - 30 MARS 2022 - 20H
THÉÂTRE BANQUE NATIONALE (CHICOUTIMI)


Diffusion Saguenay reçoit de la grande visite: le TNM débarque avec sa production Les trois soeurs de Tchekhov dans une mise en scène de René-Richard Cyr. Infos et billets, ici

JEUDI - 31 MARS 2022 - 9H30 ET 13H30
SALLE MICHEL-CÔTÉ (ALMA)
EN REPRÉSENTATIONS SCOLAIRES


Alma Spectacles reçoit, en représentations scolaires, le spectacle de cirque Glob! Infos, ici.

JEUDI À SAMEDI - 31 MARS AU 2 AVRIL 2022 - 20H
(DIMANCHE - 3 AVRIL 2022 - 14H)
SALLE MURDOCK (CHICOUTIMI)
PREMIÈRE SEMAINE (DE TROIS) DE REPRÉSENTATIONS


Le Théâtre À Bout Portant présente enfin sa plus récente création: La migration des peuples, un projet mis en scène par Vicky Côté. Infos et billets, ici

VENDREDI- 1ER AVRIL 2022 - 19H ET 20H30
IQ L'ATELIER (ALMA)


La Tortue Noire présente, dans le cadre de la Flashe Fête, à Alma, sa magnifique courte forme Ainsi passe la chair, de Sara Moisan. Infos, ici. Billets, ici.

VENDREDI- 1ER AVRIL 2022 - 20H
SALLE PIERRETTE-GAUDREAULT (JONQUIÈRE)


Le Théâtre La Rubrique reçoit le Jamais Lu en tournée qui vient présenter une lecture du texte d'Anick Martel (choisi l'an dernier, avec une lecture webdiffusée): À demain Moïra. Infos, ici.
________________________________

Je rappelle, en terminant, que le Théâtre 100 Masques est aussi en pleine période d'inscriptions pour ses camps de théâtre thématiques 2022. 

samedi 27 mars 2021

Journée Mondiale du Théâtre 2021

C'est aujourd'hui la Journée Mondiale du Théâtre. Pour cet occasion, à de nombreux endroits dans le monde, des textes seront lus avant les représentations ou lors d'activités spéciales. 

Voici les messages officiels de cette année.

Celui de l'artiste international (la comédienne Helen Mirren):

Celui québécois (Anglesh Major):



vendredi 27 mars 2020

Les messages de la Journée Mondiale du Théâtre


La Journée Mondiale du Théâtre a été créée en 1961 par l'Institut International du théâtre. À cette occasion, un message est confié à une personnalité d'envergure et est lu au début de plusieurs représentations partout dans le monde. Le premier message a été confié, en 1962, à Jean Cocteau. En 2000, c'était au tour de Michel Tremblay... suivi quelques années plus tard (en 2008) par un autre Québécois, Robert Lepage. 

Le Message international 2020 est de Shahid Nadeem, auteur dramatique. 

Pour lire tous les anciens messages, vous pouvez aller naviguer sur cette page

Le Message québécois 2020 est de Laurence Brunelle-Côté, poète, performeuse et codirectrice artitsique du Bureau de l'APA.

dimanche 27 mars 2016

Journée Mondiale du Théâtre

(J'ai choisi une photographie d'une Ghostlight, de cette sentinelle qu'on allume parfois après une représentation, 
en attendant la prochaine,  pour garder une présence dans le lieu pour contrer les esprits... une belle métaphore de cette Journée.)

Outre Pâques qui tombe, cette année, le 27 mars, c'est aussi la Journée Mondiale du Théâtre (voir un bref historique ici) qui sera marquée partout dans le monde, notamment par la lecture, en début de représentation (bon, ça s'est peut-être fait hier ou ça se fera cette semaine?), du très beau message officiel du metteur en scène russe Anatoli Vassiliev (ici) ou du message québécois du comédien d'origine autochtone Charles Bender (ici).

Une journée - bien que ce soit Pâques! - pour réfléchir au théâtre, à son histoire, son rôle dans la société et dans le monde culturel, son avenir.

Une journée pour célébrer ce moyen d'expression éminemment humain, construit sur un dialogue vivant entre la scène et la salle. Pour dire que nous sommes là. Que nous y croyons. Que nous continuons à y croire. Que nous continuerons à monter sur les planches. À dire le monde par ce médium. À le questionner. Pour dire que nous ne sommes pas qu'une dépense. Que nous ne sommes pas qu'un divertissement. Que nous sommes aussi une parole forte dans une société.

Et une journée enfin pour redire encore une fois que même ici, au Saguenay-Lac-Saint-Jean le théâtre a su prendre racines mais qu'il faut pourtant continuer à le clamer, à le soutenir, à l'apprécier, à le faire vivre.!


Pour tous ceux qui font les directions des compagnies...
Qu'ils soient administrateurs...
Qu'ils soient directeurs généraux ou artistiques...
Qu'ils soient personnels de soutien...

Pour tous mes collègues et amis...
Qu'ils soient auteurs...
Qu'ils soient metteurs en scène...
Qu'ils soient concepteurs...
Qu'ils soient comédiens...

Pour tous les autres qui sont aussi autour...
Qu'ils soient professeurs...
Qu'ils soient étudiants...
Qu'ils soient animateurs...
Qu'ils soient journalistes culturels...

Et enfin pour l'autre partie essentielle du théâtre: le public...

Je souhaite une bonne et fastueuse Journée Mondiale du Théâtre... qui sert aussi à rappeler que par la suite, il y en aura 364 autres!

jeudi 27 mars 2014

Journée Mondiale du Théâtre 2014


C'est aujourd'hui - comme à tous les 27 mars! - qu'est soulignée la Journée Mondiale du Théâtre ! Une pensée, donc, pour tous les artistes et artisans du milieu de même qu'à tous les organismes qui portent cet art dans la région: le Théâtre La Rubrique, les Amis de Chiffon, les Têtes Heureuses, le Théâtre C.R.I., le Théâtre 100 Masques, le Théâtre du Faux Coffre, le Théâtre À Bout Portant, la Tortue Noire, le Collectif Les Poulpes, le Théâtre Mic Mac, la R.I.A., la Chaire de recherche du Canada pour une dramaturgie sonore!!!

Cette journée est soulignée notamment par la lecture, avant chaque représentation un peu partout dans le monde, du message officiel, confié, cette année, à  Brett Bailey, dramaturge et metteur en scène sud africain:



Dès qu’il y a société humaine, l’Esprit irrépressible de la Représentation se manifeste.

Sous les arbres dans les petits villages, et sur les scènes sophistiquées de grandes métropoles ; dans les halls d’écoles, les champs, les temples ; dans les quartiers pauvres, les places publiques, dans les centres de loisirs et les sous-sols de cités, les gens se regroupent pour communier dans les mondes théâtraux éphémères que nous créons pour exprimer notre complexité humaine, notre diversité, notre vulnérabilité, en chair et en os, en souffle, en voix. 

Nous nous rassemblons pour pleurer et se souvenir ; pour rire et contempler ; pour apprendre, affirmer et imaginer. Pour s’émerveiller face à la dextérité technique, et pour incarner les dieux. Pour avoir le souffle coupé face à notre capacité pour la beauté, la compassion et la monstruosité. Nous venons pour l’énergie et le pouvoir. Pour célébrer la richesse de nos différentes cultures et pour dissoudre les frontières qui nous divisent. 

Dès qu’il y a société humaine, l’Esprit irrépressible de la Représentation se manifeste. Né de la communauté, il porte les masques et les costumes de nos diverses traditions. Il exploite nos langages, nos rythmes, nos gestes, et ouvre un espace entre nous. 

Et nous, artistes œuvrant avec cet esprit ancien, nous nous sentons forcés à le canaliser à travers nos cœurs, nos idées et nos corps pour révéler nos réalités dans toute leur mondanité et leur mystère étincelant. 

Mais, à une époque où tant de millions de gens se battent pour survivre, souffrent de régimes oppressifs et d’un capitalisme prédateur, fuient le conflit et les épreuves ; où notre vie privée est envahie par les services secrets et nos mots censurés par des gouvernements intrusifs ; où les forêts sont anéanties, les espèces exterminées, et les océans empoisonnés : que nous sentons-nous obligés de révéler ? 

Dans ce monde de pouvoirs inégaux, dans lequel de différents ordres hégémoniques essaient de nous convaincre qu’une nation, une race, un genre, une préférence sexuelle, une religion, une idéologie, un cadre culturel est supérieur à tous les autres, peut-on réellement défendre l’idée que les arts devraient être séparés de l’agenda social ? 

Nous, artistes des arènes et des scènes, nous conformons-nous aux demandes aseptisées du marché, ou saisissons-nous le pouvoir que nous avons : pour ouvrir un espace dans les cœurs et les esprits de la société, rassembler les gens autour de nous, inspirer, émerveiller et informer, et créer un monde d’espoir et de coopérations sincères?

Il existe aussi d'autres messages tout aussi officiels... dont le message québécois d'Alexis Martin (qu'on peut retrouver ici) et celui - canadien, cette fois! - de Mélanie Léger (qu'on peut retrouver ici).

Pour marquer le coup, le Théâtre C.R.I. organise de nouveau un événement, offert à toute la population:


mardi 18 février 2014

Le Théâtre C.R.I. lance une invitation pour la Journée Mondiale du Théâtre 2014

Comme à chaque année (depuis plusieurs années), le Théâtre C.R.I. souligne la Journée Mondiale du Théâtre qui se tient à tous les 27 mars de ce monde... et à l'approche de cette date fameuse s'il en est une, voici que la compagnie lance une large invitation (que je retransmets ici dans son intégralité):


Hé hé hé!!! Ami(e)s comédiens, metteurs en scène, étudiants, amateurs et adorateurs de théâtre du Saguenay, pour la journée mondiale du théâtre 2014, nous vous invitons à venir renouer avec une expérience ludique imaginée et créée ici même et qui a connue ses lettres de noblesse et sa grande popularité dans les années 80 et 90. Le Théâtre Jeu!

Vous êtes intéressés, INSCRIVEZ VOUS avant le 7 mars 2014 à theatrecri@hotmail.com. La pige des équipes se déroulera lors d’un agréable 5 à 7 le samedi 8 mars 2014 (votre présence lors de ce 5 à 7 n’est pas obligatoire pour votre participation, nous pourrons vous communiquer la résultante de la pige par courriel). L’activité sera présentée devant public le 27 mars 2014 en soirée lors de la journée mondiale du théâtre. (Il y aura une générale le 26 mars 2014 en soirée)

Le théâtre jeu. Mais diantre qu’est-ce que le théâtre jeu?????

Le théâtre jeu est un doux mélange entre le théâtre et le jeu…

Mais allons un peu plus loin dans l’analyse sémiologique du terme…

Une bande de théâtreux fous se réunissent, le maître du jeu pigent des équipes de deux à quatre personnes et ici c’est très important : COMPLÈTEMENT AU HASARD!!!!!

Chacune des équipes repart avec un texte blanc…oh oh oh ici je vois le questionnement!!! Mais maître du jeu, qu’est ce qu’un texte blanc???

Un texte blanc est un écrit qui doit laisser place à l’imagination des participants. Sans sens précis celui-ci prend la direction que l’équipe voudra bien lui donner. Parfois, sans ponctuation, sans découpage et sans histoire le texte blanc devient la matière première de la mise en scène de chaque équipe.

Donc chacune des équipes repart avec ce fameux texte blanc et encore ici c’est très important : LE MÊME TEXTE BLANC.

A la suite de quelques rencontres, le texte prend soudain forme. Il devient une histoire, avec une mise en scène ingénieuse, des personnages, des décors et costumes minimalistes, bref ce que votre imaginaire pourra bien en faire!! Il est à noter que les équipes usent du texte comme elles le veulent avec le nombre de personnages qu’elles veulent, en lui donnant un sens qui le transformera au gré de la fantaisie du moment. Attention, vous devez toutefois respecter l’ordre textuelle de l’écriture.

Après quelques semaines d’intenses plaisirs à imaginer, créer et pratiquer un numéro

original d’une dizaine de minutes (maximum), les fous se retrouvent devant un public, l’espace d’une soirée, pour présenter le résultat de cette expérience théâtrale.

Vous avec le goût? Venez à la première rencontre, nous vous fournirons tous les règlements, détails et surtout notre fameux texte blanc et ce tout à fait gratuitement! Soyons-y en grand nombre et surtout soyons fier de notre théâtre!

Du même coup, le Théâtre C.R.I. invite également les auteurs d'ici à lui envoyer (par le même courriel que précédemment inscrit) des textes blancs pour qu'il puisse en faire une sélection...

mercredi 27 mars 2013

Journée Mondiale du Théâtre 2013


Comme à tous les 27 mars, c'est la Journée Mondiale du théâtre (un peu d'histoire ici)... qui, comme son nom l'indique, est soulignée un peu partout dans le monde... notamment par la lecture du message officiel (voir plus bas) avant les différentes représentations qui prendront l'affiche aujourd'hui.

Ici, au Saguenay, c'est le Théâtre C.R.I. qui souligne l’évènement dans une activité spéciale... du théâtre invisible, entre 17h et 18h! J'y reviendrai.

Alors, je souhaite une bonne journée à tous ceux et celles qui font ce théâtre... et plus particulièrement ceux du Saguenay-Lac-Saint-Jean et tous les organismes qui le constitue: le Théâtre des Amis de Chiffon, le Théâtre La Rubrique, le Théâtre Mic Mac, les Têtes Heureuses, la R.I.A., le Théâtre C.R.I., le Théâtre 100 Masques, le Théâtre du Faux Coffre, le Théâtre de la Tortue Noire, le Théâtre À Bout Portant, le Collectif Les Poulpes, la Chaire de recherche pour une dramaturgie sonore... et tous les autres! Aux auteurs. Aux metteurs en scène. Aux concepteurs. Aux comédiens. Aux directeurs. Aux administrateurs. Aux spectateurs... et aussi aux chroniqueurs et journalistes culturels!

En suivant les liens suivants, il est possible de lire le message officiel écrit par Dario Fo ou de le voir en plusieurs langues, ... de même que le message canadien écrit par Micheline Chevrier.

mardi 27 mars 2012

Journée mondiale du théâtre

Théâtre gallo-romain à Lyon
 
Je profite de la Journée mondiale du théâtre - l'édition 2012 - pour reprendre mon blogue en main après un passage à Lyon (sur lequel je reviendrai dans les prochains jours...).

Voici le message québécois - décapant et lucide - écrit par Annabel Soutard, directrice artistique du Théâtre Porte-Parole (traduit ici par Fanny Britt, dramaturge qui fait de plus en plus sa marque sur les scènes d'ici):

J’aimerais bien pouvoir vous livrer aujourd’hui un message enthousiaste sur le rôle déterminant que joue le théâtre dans nos vies. Mais ce ne sera pas le cas. Présentement, un acteur ou un autre artiste de la scène vous transmet ces mots.
Le fait que vous soyez ici, dans un théâtre, témoins de sa présence sur scène, en dit long sur la valeur que vous accordez à son travail.
Je serais emballée de m’imaginer que la société en général partage votre point de vue, mais je ne peux pas me l’imaginer, parce que je sais que presque tous les artistes de la scène gagnent un salaire dérisoire pour leur travail.
Je serais émue de croire que vous considérez ce lieu, ce théâtre, comme un espace universel et essentiel au dialogue humain – un lieu qui aurait un impact réel sur l’imagination morale et politique de notre société. Mais je n’y crois pas, parce qu’en comparaison des autres médias, le théâtre est généralement perçu comme une forme d’art marginale et élitiste.
Je ressens un profond conflit intérieur à l’idée de travailler en théâtre, parce que partout autour de moi, j’observe une déconsidération des valeurs que le théâtre incarne à mes yeux. De manière très concrète, je trouve difficile de gagner ma vie comme artiste de théâtre. Et je ne crois pas être la seule.
Mais de quelles valeurs parle‐t‐on ? Commençons par la vérité.
La vérité, en théâtre, est le résultat d’années de collaboration entre des artistes qui aspirent à comprendre les comportements humains puis à donner vie à ces idées devant un public. Pourtant, les foules ne se pressent pas au théâtre pour découvrir la vérité sur notre monde. Nous lui préférons plutôt des histoires préfabriquées, gonflées de doses quotidiennes de vérité enrobée de détails sensationnalistes – incluant souvent des informations intimes sur les malheurs de l’humanité, obtenues de manière douteuse, et vendues à profit.
Et que dire de la liberté ? Aujourd’hui, nous sommes libres d’aller où bon nous semble et de choisir la forme de divertissement que nous préférons pour occuper nos heures de loisir. Pourtant, nous choisissons souvent de rester cloisonnés chez nous et de consommer des histoires qu’on nous injecte par l’intraveineuse de nos câblodistributeurs. Le monde extérieur, après tout, peut se révéler hostile – il n’y a jamais de stationnement, la météo est imprévisible, et l’autobus ne passe jamais à l’heure. Lorsque nous allons au théâtre, nous avons l’impression de prendre un détour risqué.
« Mais si je traverse la ville pour aller à un endroit où je ne reconnais pas le nom des rues, où je ne parle pas la langue des habitants, pour voir une pièce qui ne met pas en vedette un acteur connu ou un auteur bardé de prix ? Et si, après avoir fait tout ça – après avoir toléré tous ces désagréments – je n’aime pas ce que je vois ? J’aurais dû le savoir ! Le critique de théâtre de mon journal favori n’a même pas couvert cette production ! »
Mon esprit est‐il véritablement libre ?
Certains d’entre vous se disent sans doute : « c’est injuste, ce qu’elle nous dit là. Après tout, ne suis‐je pas ici, moi ? Je vais au théâtre, et mes amis y vont aussi. » Mais vous êtes‐vous demandé pourquoi vous constituez une telle minorité ? Parce que vous êtes une minorité. Qu’on se le dise, vous l’êtes. Nous le sommes.
Le théâtre n’est plus une forme d’art populaire. Évidemment, cette affirmation ne surprendra personne, et nous avons tous développé des mantras intérieurs pour nous protéger de ce constat déprimant — que nous consacrons nos vies à un médium qui ne rejoint pas beaucoup de gens : « la qualité vaut mieux que la quantité », « seuls les plus brillants me comprennent », « l’art véritable n’est jamais populaire », « chaque médium finit par céder le passage à d’autres technologies, avec le temps. »
Mais ces énoncés faussement rassurants ne tiennent pas la route lorsque nous nous rappelons les deux grandes époques du théâtre occidental – la Grèce antique et l’Angleterre élisabéthaine – qui ont toutes deux produit une forme de divertissement populaire également considérée comme du grand art. Sans compter que deux mille ans séparent ces deux époques, période pendant laquelle une quantité considérable de nouvelles technologies ont vu le jour.
Je crois profondément que le théâtre devrait être un médium populaire. Et je l’entends dans le sens le plus simple du terme – le théâtre doit être peuplé par les masses parce que le théâtre constitue l’un de ces lieux, rares et précieux, où la masse peut se défragmenter en une saine communauté d’individus qui se nourrissent d’histoires racontées collectivement.
Ensemble.
Ceux d’entre nous qui se battent encore pour créer des spectacles et remplir les salles de théâtre ont la capacité de le rendre populaire à nouveau. Mais nous n’y arriverons que si nous commençons à faire la promotion du théâtre comme étant le moyen le plus efficace pour contrer le pire fléau de notre époque : l’inaction humaine devant les crises politiques, sociales et environnementales. À mon avis, ceux d’entre nous qui travaillent en théâtre doivent commencer à admettre que l’acteur de théâtre est mieux préparé à lutter pour la paix que l’ambassadeur aux Nations Unies, que les bons dramaturges et metteurs en scène sont des experts en justice sociale, que les arts vivants locaux peuvent être aussi mobilisateurs qu’une campagne internet mondiale, et – et c’est là ce qui compte le plus – que le public de théâtre va croître librement et
abondamment lorsqu’on s’adressera à lui comme à un citoyen engagé, et non pas comme à un amoncellement aléatoire de consommateurs.
Mon amour du théâtre prend racine dans ma conviction que cet art devrait être essentiel au dialogue politique et moral de nos communautés. Si c’était le cas, nous pourrions nous attendre à ce que l’acteur soit payé décemment, que l’auteur soit respecté comme un juge, et que le producteur de théâtre soit considéré comme l’un des plus ardents défenseurs de la justice sociale. Aujourd’hui, cependant, nous sommes bien loin d’avoir vu naître cette vision.
J’ose croire que les choses changeront. Car les choses doivent changer.

Bonne journée mondiale du théâtre à tous... aux auteurs, aux comédiens, aux metteurs en scène, aux concepteurs, aux directeurs, aux administrateurs, aux spectateurs, aux subventionneurs!!!

lundi 28 mars 2011

Pendant ce temps...

Alors que j'étais, hier, avec les artisans du Mic Mac, en cette Journée Mondiale du Théâtre... à la bibliothèque municipale de Chicoutimi se tenait, sous l'égide du Théâtre C.R.I., une action théâtrale pour souligner l'événement. Voici quelques images de celle-ci:



Bravo à tous!

samedi 28 mars 2009

Retour sur un «cri du choeur»...


Pourquoi souligner la Journée Mondiale du Théâtre? Et surtout, comment? Telles seraient les questions à se poser après l'événement d'hier soir... une initiative - à saluer avec respect! - du Théâtre C.R.I. qui a le mérite de prendre le taureau par les cornes... Mais parfois, ce n'est pas assez...

Avant que de ne poursuivre, j'avise que je suis parfaitement conscient qu'il suffisait de s'impliquer, de donner un coup de main, d'être là... Malgré tout, je crois qu'il faut tout de même être capable de faire les constats qui s'imposent en vue d'autres événements du genre.

Les objectifs de cette manifestation (manifestation qui a, par ailleurs, bénéficié d'une couverture radiophonique sans précédent!) étaient de se rapprocher du public, démontrer le dynamisme de notre milieu et, enfin, faire entendre le texte officiel écrit pour cette occasion (et qui, je le rappelle, devait être lu dans tous les théâtres avant le début des représentations...).

À l'aune de ceux-ci (les objectifs), comment s'est déroulé cette (mini!) soirée?

Le public? Outre les quelques travailleurs culturels (et amis de ceux-ci) présents, peu de badauds. Étrangement, malgré la couverture médiatique mentionnée plus haut et en plein centre du centre d'achat, le désert... Est-ce l'heure? Est-ce le lieu? Est-ce l'atmosphère un peu bizarre de cette bande de personnes qui crient des vivats au théâtre et qui semblent tous se connaître qui répulse les vrais visés? Toujours est-il que malgré les excentricités des Hélène (Dallaire et Bergeron), malgré l'immense banderole qui fit le tour du mail et de François Tremblay qui distribuait des tracts derrière elles, peu (très peu, devrais-je dire) de nouveaux venus... Faut dire que la durée du truc (5 minutes?) ne laissait pas de chances aux retardataires!

Le milieu théâtral d'ici? Quelques logos (inconnus pour la majorité silencieuse) sur une banderole, quelques artisans... et c'est tout... ne permettent malheureusement pas de mesurer le dynamisme de notre milieu. Pas de mise en contexte. Pas de liens entre les gens. Pas de présentation. Du coup, pour les non-initiés, qui sommes-nous? Et pourquoi auraient-ils porté attention à nous et nos déclamations? Journée Mondiale du Théâtre? Encore faut-il que l'on sache qu'il y ait du théâtre ici... n'en déplaise à ceux qui pensent que le théâtre se porte bien.

Qui plus est, le lieu choisi (le même que l'an dernier, avec le même problème acoustique!) ne permet pas (et là c'est presque un euphémisme!) de faire entendre le texte lu... Malgré tout le talent des participants, malgré l'effort, le message ne passe pas. Concrètement. On n'entend rien. Le texte n'est pas audible... Et ici serait ma plus grande réserve: pourquoi avoir privilégié de lire le texte québécois de la Journée Mondiale au lieu du texte officiel traduit pour tous les pays? Pourquoi cet écart? Pourquoi rejeter Boal (voir son texte dans le billet antérieur) pour Lise Vaillancourt (voir son texte magnifique par ailleurs...)? Pourquoi célébrer la mondialisation du théâtre en omettant le principal outil qui devrait unir tous les artisans partout dans le monde? À tout le moins, les deux auraient pu être lus...

En conclusion, qu'a apporté l'événement d'hier? À qui? Les Journées Mondiales du Théâtre demandent une meilleure participation de tous, moi inclus (de un!), un meilleur standing, plus de décorum (pour l'image et la force de celle-ci!), bref, plus de, non pas de préparation, mais plutôt de caractère officiel...

vendredi 27 mars 2009

Journée mondiale du théâtre

En ce jour où, partout dans le monde, le théâtre est mis à l'honneur (voir ici l'historique de la Journée Mondiale du Théâtre, une journée pour tous les praticiens, tous les artisans de la scène!), prenons quelques temps, ici, sur nos scènes régionales, pour célébrer, nous aussi, l'art dramatique.

Qu'il prenne les allures têtesheureusiennes ou rubriquiennes, qu'il se construise entre 100 masques, un faux coffre ou des amis de chiffon, qu'il pousse un cri à Jonquière ou un micmac à Roberval notre théâtre mérite qu'on s'y attache!
__________________________

Voici le message international qui sera lu avant chacune des représentations, un peu partout sur la planète, message qui est signé, cette année, par Augusto Boal, éminent metteur en scène brésilien qui a défini le théâtre de l'opprimé:

Image de Boal et de son théâtre de l'opprimé trouvé sur le site Nealo.com

Toutes les sociétés humaines sont spectaculaires dans leur quotidien et produisent des spectacles pour des occasions particulières. Elles sont spectaculaires en tant que mode d’organisation sociale, et produisent des spectacles comme celui que vous êtes venus voir.

Même si nous n’en avons pas conscience, les relations humaines sont structurées de façon théâtrale : l’utilisation de l’espace, le langage du corps, le choix des mots et la modulation de la voix, la confrontation des idées et des passions, tout ce que nous faisons sur les planches, nous le faisons dans notre vie : nous sommes le Théâtre !

Non seulement les noces et les funérailles sont des spectacles, mais le sont aussi les rituels quotidiens si familiers qu’ils n’affleurent pas à notre conscience. Non seulement les grandes pompes, mais aussi le café du matin et les bonjours échangés, les amours timides et les grands conflits passionnels, une séance du sénat ou une réunion diplomatique- tout est théâtre.

L’une des principales fonctions de notre art est de porter à notre conscience les spectacles de la vie quotidienne dont les acteurs sont également les spectateurs, dont la scène et le parterre se confondent. Nous sommes tous des artistes : en faisant du théâtre, nous apprenons à voir ce qui nous saute aux yeux, mais que nous sommes incapables de voir tant nous sommes seulement habitués à regarder. Ce qui nous est familier nous devient invisible : faire du théâtre, c’est éclairer la scène de notre vie quotidienne.

Au mois de septembre dernier, nous avons été surpris par une révélation théâtrale : nous qui pensions vivre dans un monde sûr, malgré les guerres, les génocides, les hécatombes et les tortures qui, certes, se déroulaient mais loin de nous dans des contrées lointaines et sauvages, nous qui vivions en sécurité avec notre argent placé dans une banque respectable ou dans les mains d’un honnête courtier en bourse, on nous a dit que cet argent n’existait pas, qu’il était virtuel, fiction de mauvais goût de quelques économistes qui eux n’étaient pas fictifs, ni sûrs, ni respectables. Tout cela n’était que du mauvais théâtre, une sombre intrigue dans laquelle quelques-uns gagnaient beaucoup et où beaucoup perdaient tout. Des politiciens des pays riches ont tenu des réunions secrètes d’où ils sont sortis avec des solutions magiques. Nous, victimes de leurs décisions, nous sommes restés spectateurs assis au dernier rang du balcon.

Il y a vingt ans, je montais Phèdre de Racine à Rio de Janeiro. Les décors étaient pauvres : des peaux de vache au sol, des bambous autour. Avant chaque représentation, je disais à mes acteurs : « la fiction que nous avons créée au jour le jour est finie. Quand vous aurez franchi ces bambous, aucun de vous n’aura le droit de mentir. Le Théâtre, c’est la Vérité Cachée ».

Quand nous regardons au-delà des apparences, nous voyons des oppresseurs et des opprimés, dans toutes les sociétés, les ethnies, les sexes, les classes et les castes ; nous voyons un monde injuste et cruel. Nous devons inventer un autre monde parce que nous savons qu’un autre monde est possible. Mais il nous appartient de le construire de nos mains en entrant en scène, sur les planches et dans notre vie.

Venez assister au spectacle qui va commencer; de retour chez vous, avec vos amis, jouez vos propres pièces et voyez ce que vous n’avez jamais pu voir : ce qui saute aux yeux. Le théâtre n’est pas seulement un événement, c’est un mode de vie !

Nous sommes tous des acteurs : être citoyen, ce n’est pas vivre en société, c’est la changer.

Augusto Boal
_____________________________

Dans le même ordre d'idée, rendez-vous ce soir, à 19h, près de la fontaine à Place du Royaume pour entendre une dizaine de comédiens lire des extraits de pièces aux badauds... une initiative du Théâtre C.R.I..

jeudi 27 mars 2008

Journée Mondiale du Théâtre

Aujourd'hui, 27 mars, est la Journée Mondiale du Théâtre... 24 heures pour souligner le travail de tous ses artisans (auteurs, metteurs en scène, scénographes, éclairagistes, comédiens et acteurs, costumiers, producteurs, directeurs artistiques, de production, administratif)... 24 heures pour réfléchir à l'importance de cet art, son cheminement, son avenir...

Chaque année depuis 1961, une personnalité connue est invitée à écrire un message qui sera traduit et lu dans le monde entier... Le premier fut Jean Cocteau... Cette année c'est à Robert Lepage, comédien et metteur en scène québécois, que revient cet honneur:

Il existe plusieurs hypothèses sur les origines du théâtre, mais celle qui m’interpelle le plus a la forme d’une fable :

Une nuit, dans des temps immémoriaux, un groupe d’hommes s’étaient rassemblés dans une carrière pour se réchauffer autour d’un feu et se raconter des histoires. Quand tout à coup, l’un d’eux eut l’idée de se lever et d’utiliser son ombre pour illustrer son récit. En s’aidant de la lumière des flammes, il fit apparaître sur les murs de la carrière des personnages plus grands que nature. Les autres, éblouis, y reconnurent tour à tour le fort et le faible, l’oppresseur et l’oppressé, le dieu et le mortel.

De nos jours, la lumière des projecteurs a remplacé le feu de joie initial et la machinerie de scène, les murs de la carrière. Et n’en déplaise à certains puristes, cette fable nous rappelle que la technologie est à l’origine même du théâtre et qu’elle ne doit pas être perçue comme une menace, mais comme un élément rassembleur.

La survie de l’art théâtral dépend de sa capacité à se réinventer en intégrant de nouveaux outils et de nouveaux langages. Sinon, comment le théâtre pourrait-il continuer d’être le témoin des grands enjeux de son époque et promouvoir l’entente entre les peuples, s’il ne faisait pas lui-même preuve d’ouverture? Comment pourrait-il se targuer d’offrir des solutions aux problèmes d’intolérance, d’exclusion et de racisme, si, dans sa pratique même, il se refusait à tout métissage et à toute intégration?

Pour représenter le monde dans toute sa complexité, l’artiste doit proposer des formes et des idées nouvelles et faire confiance à l’intelligence du spectateur capable, lui, de distinguer la silhouette de l’humanité dans ce perpétuel jeu d’ombre et de lumière.

Il est vrai qu’à trop jouer avec le feu, l’homme prend le risque de se brûler, mais il prend également la chance d’éblouir et d’illuminer.

Robert Lepage
Québec, le 17 février 2008