dimanche 5 avril 2026

La suspension consentie de l'incrédulité

 


Théâtre La Bordée. Québec. Je suis allé voir, hier soir, ce spectacle, La suspension consentie de l'incrédulité d'Émilie Perreault, animatrice à Radio-Canada notamment de l'émission Il restera toujours la culture.

Une proposition quelque part entre la conférence (théâtralisée, il est vrai) et le théâtre documentaire. Ni tout à fait l'une, ni tout à fait l'autre. Une proposition qui commence avec des questions sur lesquelles s'échafaudera le discours: qu'est-ce que nous faisons là? pourquoi sommes-nous là?

Nous savons, au théâtre, que nous verrons des personnages. Que nous nous ferons raconter des histoires. Que s'élaborera le mentir vrai auquel nous adhérerons - plus ou moins selon notre disponibilité du moment - en suspendant notre incrédulité. C'est le contrat tacite entre la scène et la salle: celui de la convention consciente. C'est en gros le sujet de la soirée. 

Il sera donc question de notre position de spectateur, avec ses attentes et ses turpitudes selon ce qu'il est accompagné ou non, préparé ou pas, pleinement présent ou ailleurs. Il sera question de l'oeuvre utile qui peut, en une épiphanie inexplicable, changer la trajectoire d'une vie. Transformer sa vision du monde. Asseoir des convictions nouvelles. Une fulgurance. Il sera question des synchronicités qui amplifie, par des circonstances exceptionnelles, les liens entre le spectateur et le spectacle. Il sera question de bien d'autres choses. Tout cela livré avec la simplicité d'une animatrice d'expérience pour qui la transmission des idées, des émotions est intrinsèque à son travail.

Pendant l'heure et quart que dure cette prestation, il est facile de se laisser guider dans une sorte d'introspection, un rappel de ses propres souvenirs de théâtre, de ses propres réactions, de ses propres questionnements. Et de sortir de la salle, au terme de la rencontre, avec des débuts de réponses toutes aussi impressionnistes que concrètes, glanées entre le flou de la mémoire et la netteté physiologique de l'évocation, sur la raison fondamentale qui pousse à aller au théâtre, par un soir d'avril.