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vendredi 27 décembre 2024

Teichoscopie!?


Comme quoi je suis - et le resterai sans doute - toujours en mode apprentissage!

Ce matin, en feuilletant le Dictionnaire du théâtre de Patrice Pavis (Dunod, 1996), je suis tombé sur ce terme... TEICHOSCOPIE... à la consonance complexe, ancienne, lointaine. Encore une théorie obscure difficilement applicable? Eh bien non. C'est un truc tout à fait usuel - presque quotidien pour qui lit beaucoup de pièces de répertoire - d'une parfaite simplicité! 

Qu'est-ce donc?

TEICHOSCOPIE (Du grec teichoskopia, vision à travers le mur.) - [...] Moyen dramaturgique pour faire décrire par un personnage ce qui se passe en coulisse dans l'instant même où l'observateur en fait le récit (hors scène). On évite ainsi de représenter des actions violentes ou inconvenantes, tout en donnant au spectateur l'illusion qu'elles se passent réellement et qu'il y assiste par personne interposée. Semblable au reportage radiophonique (d'une compétition sportive par exemple), la teichoscopie est une technique épique: elle renonce au support visuel, tout en focalisant sur l'énonciateur et en ménageant une tension peut-être encore plus vive que si l'événement était visible. Elle élargit le lieu scénique, met en rapport diverses scènes, ce qui renforce la véracité du lieu proprement visible à partir duquel s'effectue le reportage.

C'est un beau mot dont j'ignorais tout simplement l'existence. Et pourtant! C'est là un procédé archi-omniprésent... du théâtre antique au théâtre classique en passant par le théâtre shakespearien et tant et tant d'autres répertoires. Tous ces grands récits - particulièrement dans les tragédies et les drames - qui décrivent l'horreur (vengeances, morts sacrilèges, suicides, infanticides, etc.) sans jamais la montrer.

C'est pour ça que je suis un boulimique de la lecture théâtrale! Le creuset de connaissances à acquérir est si vaste...

dimanche 19 janvier 2020

B comme Brochure

Page de ma copie de Bonbons Assortis de Michel Tremblay, production que j'ai mise en scène au Théâtre Mic Mac de Roberval en 2006... 
où cohabitent dessins, indications de mise en scène, cue technique et inondation de café!

B comme Brochure: La brochure est le texte de la pièce [...] dupliqué et distribué à l'ensemble de la troupe. Il est broché et contient parfois quelques pages blanches afin d'y noter les indications du metteur en scène ou les dessins qui ne manqueront pas d'apparaître lors des lectures ou durant les séances de répétition vous laissant sur le banc de touche. On y trouve tout ce que le comédien décide de retenir d'une séance de notes, d'une indication, au crayon le plus souvent, car les choses peuvent changer très vite et radicalement. D'ailleurs le crayon à papier devrait être obligatoire pour certains acteurs qui ont une fâcheuse tendance à fixer trop vite la moindre indication de jeu qui leur est suggérée. Des numéros de téléphone sans noms y côtoient des références de bouquins [...]. Le rôle du comédien est souvent surligné au feutre fluorescent jaune, bleu ou rose [...]. Parfois des symboles ésotériques sont censés rappeler au comédien les déplacements qu'il doit effectuer. Mais, lorsqu'on se relit, il est assez rare de s'y retrouver [...]. La brochure nous trahit, elle dit tout de nous, le studieux, le zéro faute, comme le foutraque, le maniaque et le cradoc sont là en elle, en tache de gras, en mine HB taillée pointue, en quatre couleurs, en trous de cigarette, en thèse et antithèse, en portrait craché, en sans queue ni tête, en adresses nerveuses et pense-bêtes inutiles, c'est l'arrière-boutique...

C'est un passage du savoureux Petit lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton, publié en 2009 chez Stock. (C'est là, par ailleurs, un ouvrage que je recommande volontiers à quiconque s'intéresse au théâtre: complet, drôle, incisif, vrai.)

Je ne suis pas comédien. Mais ma bibliothèque - comme celle, j'en suis sûr, de la plupart de mes collègues - renferme des dizaines de ces textes barbouillés, comme des morceaux arrachés à un processus passé de réflexion et de création.

Les relire (si tant est que cela soit possible) alors qu'il ne reste bien souvent que le souvenir des représentations, attise une certaine nostalgie et provoque tout autant de sourires que de questionnements sur le sens de tous ces gribouillis.

lundi 6 juin 2016

Scène?

Voici, tirée de L'art de la comédie, une explication (se référant à celle de l'Abbé d'Aubignac) de l'origine étymologique de ce qu'on appelle une scène... la découpure d'une pièce ou l'espace où elle se joue? À la lecture du chapitre entier, c'est un peu confus... 







samedi 12 juillet 2014

De l'énergie...


Voici comment Philippe Torreton, comédien-français, décrit, dans son savoureux Petit lexique amoureux du théâtre, cet ésotérique élément qu'est, sur la scène, l'énergie du comédien: 

E comme Énergie 

C'est ce qu'il faut trouver chaque soir, comme du pétrole. Un acteur doit être conscient que jouer suppose d'être en état de jouer. [...] 

Jouer un spectacle est un effort physique. La peur, en accélérant le rythme cardiaque avant même que le rideau se lève, pompe déjà quelques kilocalories. En pleine action, le coeur monte aux même fréquences que lorsque vous poussez vos limites à vélo. La représentation se passe après une journée, qui, parfois, a pu être chargée.  [...] Il [faut que les comédiens trouvent] en fin de journée un second souffle. Cela nécessite de s'alimenter sérieusement au moins trois heures avant de jouer, afin de ne pas ressentir les effets troublants de l'hypoglycémie.

Mais l'important est de se connaître, de connaître ses limites, car il arrive souvent que des acteurs fatigués assurent une très belle représentation. La fatigue rationalise l'utilisation de l'énergie de façon moins volontaire, plus fluide, comme si l'acteur d'instinct se concentrait sur l'essentiel, comme s'il épurait son parcours. Mais surtout, ne cherchez pas à vous fatiguer en espérant mieux jouer, ce serait trop simple. Ce métier n'est pas une science exacte, on peut être fatigué et jouer comme un pneu crevé.

L'énergie c'est l'envie qui la donne plus que le glucose. L'envie de dire quelque chose à quelqu'un, voilà le vrai sucre lent! 

mercredi 24 avril 2013

Rester dans son jus!


Il y a de ces trucs, au théâtre, qui rendent insupportable une situation banale...  comme ces costumes qu'on portent et reportent... et qui obligent le comédien à rester dans son jus!

Vite, un détour par le Dictionnaire de la langue du théâtre d'Agnès Pierron:

Rester dans son jus: C'est, pour un comédien, avoir à porter un costume qui n'a pu être lavé; soit que l'habilleuse n'en ait pas eu le temps - ce qui est possible en tournée - soit que le costume soit particulièrement délicat ou long à sécher. Le comédien sera contraint de jouer dans un costume imprégné de sa transpiration.

Un peu dégoûtant... mais véridique!

Combien de ces costumes embaument parfois les loges? Combien de ces costumes qui rebutent quand vient le temps de se changer? Combien de ces costumes qui, sur scène, font lever le cœur quand il faut s'en approcher?

Et que dire quand cette effluve survient à l'essayage du vêtement... ce qui implique alors que cette odeur n'est pas la nôtre...?

C'est dans ces situations - toujours un peu désagréables! - que le théâtre perd un peu de son charme et de son aura de mystère pour sombrer dans une réalité bien olfactive.

Voilà. 

C'est avec cette idée en tête que j'attends Mélanie Potvin qui fera, cette année, les costumes de la production estivale du Théâtre 100 Masques!

vendredi 15 mars 2013

Ils...


Dans le Dictionnaire de la langue du Théâtre d'Agnès Pierron (publié en 2002, Le Robert), une entrée fait sourire par sa simplicité et sa non moins vérité:

ILS - C'est la façon qu'ont les comédiens de désigner le public. Un comédien qui n'est pas encore entré en scène demande à celui qui retourne en coulisses: «Ils sont gentils?». Suit un court dialiogue stéréotypé:
- Ils ne comprennent rien!
- Mais il y a une bonne écoute!
Le comédien a l'obsession de conquérir le public. Pour une comédie, la question, obsédante, est «Ça va? Ils se marrent?».

Cette discussion, en arrière-scène, se déroule spectacle après spectacle... comme un recherche de confiance, une tentative de se donner du courage...

jeudi 26 juillet 2012

Le temps du silence


L'une des choses que je trouve difficile à mettre en scène, c'est le silence... ce moment suspendu qui doit rester accrocher à l'ensemble. C'est là un réel problème quant à sa durée. Pour l'interprète, c'est le faire «trop» ou «pas assez». Les techniques pour avoir un silence constant sont nombreuses... mais jamais tout à fait efficaces (comme compter dans sa tête, se fier à l'ampleur d'un geste, d'un déplacement, etc.). Il faudrait presque, au théâtre, avoir une notation comme celle ayant cours en musique (et illustrant ce billet)...

Voici, sur le même thème, ce qu'en dit Philippe Torreton dans son délicieux Petit lexique amoureux du théâtre paru en 2009 chez Stock:

S comme Silence

C'est ce que l'on craint le plus lorsque l'on débute au théâtre, un feu de plancher en guise de talent. Plus tard, il deviendra un rendez-vous, un partenaire indispensable, un autre texte.

Il faut laisser du silence au silence.

[...] Tourner sept fois son envie d'en découdre dans le noir de la salle avant de répondre à votre partenaire, oser réfléchir, écouter totalement ce que l'on vous dit et faire confiance, différer certains mots, toutes ces choses que l'on fait naturellement dans la vie et que l'on met toute un vie à retrouver sur scène.

Le silence a une durée de vie exacte, et c'est cette durée qu'il s'agit de retrouver exactement.

Elle s'inscrit entre la fébrilité et la complaisance.

Il y a donc du vide de chaque côté du silence.

Je l'ai déjà dit mais je le réitère: c'est un petit bouquin qu'il fait bon lire... Ce Torreton écrit sur le théâtre avec une telle intimité (il est comédien-français) qu'on ne peut que s'y reconnaître à chacune de ses phrases...

samedi 16 juin 2012

Une histoire étymologique du théâtre


 Bien que je ne sois pas un grand fan (du moins, un grand connaisseur) de l'école de pensée théâtrale américaine, je dois reconnaître que la lecture de l'un de ses éminents avant-gardistes, Richard Schechner (et son ouvrage Performance - Expérimentation et théorie du théâtre aux USA, réussit à m'intéresser à chaque fois. (D'ailleurs, lors de l'atelier sur la recherche-création en milieu universitaire qui s'est tenu au début du mois de juin, on m'a chaudement recommandé d'approfondir cette voie américaine dans la redéfinition de la théâtralité/performativité...)

Feuilletant donc ce bouquin à la recherche d'un passage que j'avais noté dans mon carnet, je tombe sur celui-ci  en page 468 qui, en quelques lignes, donne la mission fondamentale du théâtre en passant par l'étymologie (qui aurait pu être écrit par le professeur de La leçon de Ionesco!):

Avant d'aller plus loin, revenons sur la notion occidentale de théâtre. Le terme «théâtre» s'apparente à théorème, théorie, théoricien et autres termes du genre, issus du grec theatron, de thea (une «vue») et de theastai («voir»), aussi apparenté à thauma («quelque chose qui attire le regard, une merveille») et theorein («regarder»). Theorein  est apparenté à theorema, «spectacle» et/ou «spéculation». Ces termes auraient pour racine l'indo-européen dheu ou dhau («regarder»). La racine indo-européenne de Thespis, nom du légendaire initiateur du théâtre grec, est seku, qui signifie «remarque» ou «adage», et sous-entend une vision divine. De seku viendraient les termes anglais see («voir»), sight («vue») et say («dire»). Ainsi, le théâtre grec, et tous les théâtres de type européen qui en dérivent, sont des lieux où l'on va pour voir et dire, et d'où l'on voit et dit. Ce type de théâtre, tout comme le cinéma et la télévision qui en sont des dérivés, est caractérisé par sa spécularité, ses stratégies du regard.

C'est là l'un des paradigmes essentiel du théâtre... mais, comme je l'ai déjà écrit quelque part (pour être plus précis), certains - comme Castelluci - le surpasse pour faire du théâtre contemporain non plus un lieu où l'on voit mais plutôt le lieu où l'on montre...

mercredi 6 juin 2012

Déculotter la vieille

La première vieille (Mélanie Potvin) de l'Assemblée des Femmes, Théâtre 100 Masques 2010

Quand un spectateur, dans la salle de théâtre, voit des trucs qu'il ne devrait pas voir - comme des erreurs de mises en scène, d'entrées, d'éclairages, de costumes qui tombent (comme le personnage de la photo ci-haut qui perdit sa couche en pleine représentation...), etc - on dit qu'il déculotte la vieille. L'image est saisissante... Brrr...

Selon le Dictionnaire de la langue du Théâtre, l'origine de l'expression [est] à chercher du côté des vaudevilles et de l'époque des couchonneries (j'ai déjà écrit un billet, , sur ce type de théâtre) où un rapide changement de décor aurait amené le spectateur à voir des choses qui ne lui sont pas destiné!

lundi 21 mai 2012

D'où vient le «rôle»?


 Dans le bouquin (un peu forcé) que je lis sur Shakespeare (dont il était question ), l'auteur donne, en page 332, sa version - probablement juste... comme tant d'autres versions... - de l'étymologie du mot rôle. Comme je ne m'étais jamais posé de questions sur le sujet auparavant, l'anecdote n'en est que plus intéressante...

Shakespeare avait certainement vu la première pièce sur Hamlet, et probablement plus d'une fois. Il est fort possible qu'il l'ai jouée, auquel cas il aurait eu en sa possession le rouleau de bandes de papier collées ensemble sur lesquelles étaient inscrites ses répliques et les indications concernant ses entrées et ses sorties de scène. De façon générale, les acteurs élisabéthains ne possédaient que leur propre rouleau (roll) - d'où provient le mot «rôle» - et pas le texte complet; il était trop dispendieux de le copier en entier, et les compagnies théâtrales hésitaient à laisser leurs scénarios circuler librement.

Ça me semble très plausible. Ainsi donc, le «rôle» provient d'une tentative d'économies...

jeudi 17 mai 2012

Du critique dramatique... (tiens... il reste encore des choses à dire?)

 Image illustrant le 40ième numéro de la revue JEU, La critique théâtrale dans tous ses états

Le sujet reste l'un de mes préféré parce qu'essentiel. Un sujet dont on ne fait jamais complètement le tour... et dont de nombreux éléments semblent toujours manquant dans notre milieu (encore plus défavorisé, à ce chapitre, que celui qui anime les grands centres). 

La présente définition est celle du Dictionnaire de la langue du Théâtre d'Agniès Pierron... qui pose une question importante: à qui doit incomber la tâche de critique sinon le peuple lui-même? Et si c'était lui, le public, qui ne fait plus sa job?

Le critique dramatique rend compte d'un spectacle. Son jugement importe au public comme à l'équipe artistique. On peut déplorer qu'il se contente, souvent, du résumé de la pièce, de quelques lignes sur l'auteur et d'une distributions de bons et de mauvais points, en passant à côté de l'essentiel: l'évanescence même de l'acte scénique, qui pourrait être mise en mots.

Mais, peut-être, n'est-ce pas là sa fonction. Ce que semble confirmer l'étymologie du mot. Les anciens Grecs, au moment des concours, nommaient des juges qui décidaient de la victoire des candidats et étaient chargés d'imposer silence au public. Ils étaient munis de baguettes, ce qui leur avait valu le nom de mastigonomes ou critoe, d'où est venu le mot «critique». Malgré les efforts de ces sortes de commissaires de police, les spectateurs manifestaient bruyamment leur approbation ou leur mécontentement. Les uns lançaient de cris de joie en sautant sur leur siège; les autres battaient des mains en secouant leur tunique. En dernière instance, c'est le public  le seul juge; ne parle-t-on pas de son «verdict»? Mais, qu'est le public d'autrefois devenu?

Et vlan.

samedi 18 février 2012

Le bon et le mauvais camarade


Il est toujours bon de feuilleter des vieux bouquins, comme celui-ci dont la page-titre illustre ce billet (et qui, en cliquant dessus, nous en donne l'accès via Google Book), et de se rendre compte, au fond, que le théâtre est un art qui demeure, nonobstant les nouvelles technologies, profondément le même à travers les siècles...

À preuve cette définition du camarade:

CAMARADE. — Les députés s'appellent collègue, les gens de robe confrère, les comédiens camarade.

Dans les coulisses il y a le bon et le mauvais camarade.

On appelle un bon camarade celui dont le talent est médiocre. Les étoiles sont ordinairement d'assez mauvais camarades.

Le bon camarade donne la réplique à l'étoile de façon à lui ménager son effet et lui souffle son rôle au besoin; il a soin d'avertir l'actrice aimée qui flâne dans le foyer, du moment de son entrée; il a de l'excellent rouge végétal à la disposition du ténor, il est l'ami du régisseur et se multiplie pour être agréable à tout le monde, en se rendant utile.

Le mauvais camarade coupe les effets de ses interlocuteurs, ne reçoit de conseils de personne, pas même des auteurs, déteste le régisseur, exècre le directeur, et déclare qu'on ne joue plus la comédie; qu'il n'y a plus de chanteurs; qu'il n'y a plus d'école, et que l'art s'en va. Il fait tous ses efforts pour le faire vivre, mais il n'est secondé par personne.

Bref, c'est le souffre-douleur et la diva... Se donner le moindrement la peine d'y réfléchir que peut-être chacune des ces descriptions pourrait se parer d'un (ou des!) visage(s) de camarades contemporains... !

vendredi 3 février 2012

Une histoire de la mise en scène

Décidément, c'est le thème de la semaine... mais j'assume. Voici la définition historico-artistique de la mise en scène (son apparition, son évolution et les différents acceptions de cette locution) tirée du Dictionnaire de la langue du théâtre par Agnès Pierron.


C'est, pour reprendre la définition du premier metteur en scène français, André Antoine (1858-1943), «l'art de dresser sur les planches l'action et les personnages imaginés par l'auteur dramatique». On peut ajouter: à partir d'une idée directrice. Si l'expression date de 1820, la mise en scène, telle qu'on l'entend aujourd'hui, ne s'est constituée qu'à partir de 1887, c'est-à-dire lorsque André Antoine fonde le Théâtre-Libre.

[...] À l'âge classique, la mise en scène était impossible: les spectateurs sur le théâtre (voir ici), placés sur deux ou trois rangs de chaque côté de la scène, empêchaient tout décor et tout mouvement des acteurs. Leurs entrées se confondaient avec celles des «gens du bel air» [...].

[...] Jusqu'à la Première Guerre Mondiale, la mise en scène (jusque là, souvent le fait des directeurs de troupes, des régisseurs ou des comédiens eux-mêmes...) se contente de placements; quand il s'agit de reprises, c'est l'acteur jouant le rôle principal qui indique aux nouveaux venus dans la distribution, places, gestes et intonations. En outre, les pièces imprimées signalent: «La mise en scène est en vente chez l'auteur». Les photos de scènes publiées dans la revue L'Illustration avec le texte des pièces servent à la plantation du décor comme aux placements. La «vérité» naturaliste au théâtre ne peut plus se satisfaire de stéréotypes et de conventions. Avec l'arrivée du Cartel [...], «rien» ne pourra plus être comme avant. Non seulement l'acteur travaille à ne plus reprendre à son compte intonations et gestes plaqués, mais le metteur en scène adopte un point de vue sur l’œuvre qui lui sert de fil rouge, de fil conducteur. L'objectif est de servir le texte de l'auteur. Peu à peu, le metteur en scène prenant davantage de pouvoir, il tire la couverture et s'engage sur la voie du «dépoussiérage» des classiques. Il n'hésite pas à les revisiter, voire à les «mettre en pièces». [...]

On mesure le chemin parcouru depuis cette définition donnée par un dictionnaire du milieu du XIXième siècle: «On appelle mise en scène l'ensemble de toutes les dispositions relatives à l'action, aux mouvements isolés ou concertés des acteurs, aux incidents qui doivent se produire autour d'eux».

Voilà

mercredi 28 décembre 2011

Sur les saluts des comédiens...



Petit trait d'humour (tout aussi drôle que véridique!) venu du savoureux Petit lexique amoureux du théâtre par Philippe Torreton portant essentiellement sur le salut des comédiens à la fin d'une représentation. Sa description replongera assurément plusieurs artisans dans de nombreuses situations vécues dans diverses productions!

Salut: [...] Les saluts s'organisent toujours au dernier moment, par superstition, sans doute. C'est chiant comme un plan de table et, comme avec les plans de table, vous faites toujours des déçus.

C'est un casse-tête qu'il faut solutionner en peu de temps et dans la tension des derniers instants de répétition.

Pour les premiers saluts, les rôles principaux se retrouvent généralement au milieu, même s'ils font semblant de vouloir le contraire, suivis par les autres personnages en ordre d'importance jusqu'aux petits rôles en bout de ligne qui font tout aussi semblant de trouver ça normal de se retrouver en bout de ligne.

Pour les suivants, il est prévu plusieurs chorégraphies plus ou moins assumées par les acteurs afin de varier l'ordre, et, dans un élan de générosité divine, que les derniers se retrouvent les premiers. [...]

Et ça se poursuit avec la description des différents types de comédiens et de leur(s) pensée(s) durant cet exercice rituel... À lire et relire!

lundi 19 décembre 2011

Un loup en scène...


Que signifie «connaître le loup» au théâtre? Cette expression - qui m'était parfaitement inconnue avant que de ne la trouver dans le Dictionnaire de la Langue du Théâtre d'Agnès Pierron - se définit donc ainsi:

LOUP: C'est une gaucherie dans une pièce de théâtre qui connaît déjà l'ours [nda.: une pièce qui dort dans les tiroirs]; tandis que les écoles d'architectures, si elles connaissent le «loup», ont affaire aussi au «chameau», nom donné aux choses non résolues par le candidat se présentant au concours de fin d'année.

Mais de quelle «gaucherie» s'agit-il? Les avis sont partagés. Pour certains, il s'agit d'un moment de flottement, d'une impression de vague, d'incomplet, de confus, donnée par le texte en cours de répétition; des corrections, par ajouts ou suppressions, qui viennent donner davantage de tenue au texte, finissent par «tuer le loup». Théophile Gautier donne ces précisions: «Un loup, en argot de coulisses, est le vide laissé entre la sortie d'un personnage et l'entrée d'un autre, qui ne doit point voir le premier. Cet intervalle, fût-il d'une seconde, constitue une faute de mise en scène, du moins, au point de vue moderne.[...]». Ce qui est à retenir: l'idée de manque, d'inachèvement, d'un creux, d'un blanc, d'une attente inassouvie. 

Il semble que la définition donnée par Théophile Gautier soit la bonnel l'histoire du théâtre, en ce sens, a retenu deux loups. Vers 1840, un soir que Mme Dorval jouait avec Bocage l'Antony d'Alexandre Dumas, le régisseur, mal informé, fit tomber la toile avant la célèbre phrase finale: «Elle me résistait, je l'ai assassinée!». L'effet était grillé; le public réclame à grands cris que le rideau soit relevé. Ce qui est fait, Mme Dorval reprend sur son fauteuil sa pose de femme tuée, mais Bocage a disparu; impossible de le trouver. Le public s'agite encore davantage. Pour le calmer, Mme Dorval se lève, s'avance jusqu'à la rampe et dit, non sas étouffer un fou rire: «Mesdames et messieurs, je lui résistais, il m'a assassinée!».

Une autre fois, M. de Féraudy, jouant dans Gringoire à la Comédie-Française, fit attendre son entrée une bonne minute. Ses camarades, inquiets, s'adressaient des signes désespérés. Intrigué, le public commençait à murmurer. Enfin, le retardataire entre en scène sur ces mots: «J'arrive à temps...».


samedi 1 octobre 2011

Déjà, les critiques...



Cette définition de la (et du!) critique théâtrale pourrait avoir été écrite de nos jours... et semble relater une situation qui prévaut aujourd'hui: la mutation de la critique en compte-rendu; la rapidité avec laquelle doivent être écrits ceux-ci; le manque de profondeur, d'analyse; etc.

Pourtant, ce petit extrait est tiré du Dictionnaire historique et pittoresque du théâtre et des arts qui s'y rattachent d'Arthur Pougin... en 1885.



En cliquant sur la page titre du livre, on se retrouve sur sa numérisation par Google Book

Décidément, il est de ces éléments du théâtre qui deviennent désespérants dans leur immobilité dans le temps...

mercredi 7 septembre 2011

Les dessous des sorties théâtrales...

Le Petit Journal illustré du 9 juillet 1911

À quelques heures du départ pour Mont-Laurier (d'où j'écrirai pour la prochaine semaine dans une longue variation sur le même thème...) - pour la première des sorties de La Défonce - je propose ici la définition caustique d'une «Tournée» par Philippe Torreton dans son Petit lexique amoureux du théâtre:

Tournée: [...] C'est là que se vérifie l'harmonie d'une troupe, car c'est en tournée que finalement les acteurs se rencontrent et se révèlent véritablement.

Prendre le train ensemble.
Prendre l'avion ensemble.
Dîner ensemble.
Rentrer à l'hôtel ensemble.
Petit-déjeuner ensemble.

C'est là que l'on constate qu'Untel n'a jamais offert un verre, ni quoi que ce soit d'autre à quelqu'un, et, pour le coup, vous comprenez mieux son autarcie scénique, que tel autre n'est jamais content de sa chambre, qu'un autre tel est toujours malade, que, bizarrement on attend toujours la même personne quels que soient l'heure du jour et de la nuit, l'endroit où l'on se trouve.

Vous constaterez la solitude de certains, les vieux problèmes d'alcool d'un autre, la difficulté de vie [...]. Ceux qui ne vont pas au restaurant, ou rarement, se contentent de boire une bière en regardant les autres dévorer leurs défraiements sauce moutarde. Les problèmes de garde d'enfants. [...]

[...] La tournée vous transforme en inspecteur d'un guide Michelin spécial théâtre où l'Art de recevoir la troupe, la qualité du public, le confort des loges, la circulation en coulisse, le rapport scène-salle, le pot après la représentation, le petit mot du directeur, tout cela et bien d'autres choses encore se retrouvent consignés dans vos pages fines, étoilées ou non.

[...] Ce n'est pas une question de chocolats dans les loges, ni de fleurs, cela commence par votre équipe technique qui, en général, arrive avant vous dans les lieux pour monter le décor. Ce sont eux qui étrennent la qualité de l'accueil. Lorsque nous arrivons la fleur au fusil dans l'après-midi, si leurs visages sont tendus, nerveux, fatigués, nous pouvons penser que tout n'a pas été fait pour leur faciliter la tâche: manque de personnel qualifié, pas de possibilité de se restaurer sur place, équipement défaillant du plateau, et qu'il en sera certainement de même pour nous. La représentation ne commence par à 20h30, mais quand la troupe investit le théâtre.


Il faudra voir, dans notre cas, ce que nous réserve cette 5ième édition du Festival International de Théâtre de Mont-Laurier...

mardi 22 mars 2011

«Y a une belle écoute ce soir»



Voici une autre vérité* écrite dans un style direct qui dévoile des pans entiers de ce métier théâtral... Des vérités toutes aussi crues que drôles et savoureuses! Ce matin,

Y A UNE BELLE ÉCOUTE CE SOIR

Expression venant ponctuer les conversations en coulisse d'acteurs cherchant à se rassurer sur la qualité de la représentation en cours devant le silence obstiné de la salle.

C'est fou comme il est possible de reconnaître des situations, des personnes, une façon de faire universelle au fil de ces définitions! Et celle-ci a été entendu plus d'une fois... principalement lors de la présentation d'une comédie... alors que les rires demeurent absents!


* tirée du Petit lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton, publié en 2009 aux éditions Stock.

jeudi 20 janvier 2011

お疲れ様でした



Au Japon (bon, l'anecdote a été glanée dans Le Canoë de papier d'Eugenio Barba), à la fin d'une représentation, les spectateurs remercient les acteurs par l'expression:

お疲れ様でした

(ou, en langage moins japonais, otsukaresama deshita) qui signifie littéralement tu dois être fatigué, tu t'es beaucoup dépensé pour moi. C'est joli.

jeudi 23 décembre 2010

Des spectateurs et du bruit...


Alors que je m'occupe à dresser le portrait de l'année qui s'achève (j'ai déjà commencé il y a quelques jours pour l'écriture de cet article dans le Voir paru aujourd'hui) - et temps des Fêtes oblige! -, je laisse de côté les théories et les critiques de tout acabit pour présenter un autre morceau savoureux tiré du Petit lexique amoureux du théâtre de Philippe Torreton qui aura le mérite d'avoir été ma découverte théâtralo-littéraire 2010...

Ce matin donc, place à l'hommage rendu à tous ces spectateurs qu'on a vus (et entendus!) tout au long de l'année dans l'un ou l'autre de nos salles de théâtre!

B comme Bruits

Il faut dire aux spectateurs qu'on entend tout sur scène, parfois même, quand le vent du silence est favorable, des soucis gastriques.

Je suis persuadé qu'il y a des gens qui ne toussent qu'au théâtre, qui ne prennent un abonnement qu'à seule fin de pouvoir éternuer toutes les poussières qu'ils ont emmagasinées pendant la semaine. D'autres doivent se dire qu'un théâtre est un lieu d'expression, mon expectoration en est une aussi, donc allons-y gaiement. [...]

[...] Il est très rare que tous ces gens se réunissent pour aller voir le même spectacle le même soir, mais cela arrive. Chaque acteur garde en mémoire une soirée digne d'une partie de Scrabble au sanatorium. [...]

[...] Il se trouve également des dames qui profitent du spectacle pour réorganiser leur sac à main. Après tout, on est assis tranquillement et on n'a que ça à faire en plus. [...]

[...] Je finirai par un petit conseil, le programme que l'on vous donne ou que vous venez d'acheter à prix d'or, posez-le par terre lorsque le noir mettra fin à votre lecture, car, de toute façon, il tombera de vos genoux pendant la représentation, c'est un loi physique. C'est comme ça on n'y peut rien, et c'est Newton qui en a eu l'intuition géniale alors qu'il croquait une pomme dans un théâtre.