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dimanche 5 avril 2026

La suspension consentie de l'incrédulité

 


Théâtre La Bordée. Québec. Je suis allé voir, hier soir, ce spectacle, La suspension consentie de l'incrédulité d'Émilie Perreault, animatrice à Radio-Canada notamment de l'émission Il restera toujours la culture.

Une proposition quelque part entre la conférence (théâtralisée, il est vrai) et le théâtre documentaire. Ni tout à fait l'une, ni tout à fait l'autre. Une proposition qui commence avec des questions sur lesquelles s'échafaudera le discours: qu'est-ce que nous faisons là? pourquoi sommes-nous là?

Nous savons, au théâtre, que nous verrons des personnages. Que nous nous ferons raconter des histoires. Que s'élaborera le mentir vrai auquel nous adhérerons - plus ou moins selon notre disponibilité du moment - en suspendant notre incrédulité. C'est le contrat tacite entre la scène et la salle: celui de la convention consciente. C'est en gros le sujet de la soirée. 

Il sera donc question de notre position de spectateur, avec ses attentes et ses turpitudes selon ce qu'il est accompagné ou non, préparé ou pas, pleinement présent ou ailleurs. Il sera question de l'oeuvre utile qui peut, en une épiphanie inexplicable, changer la trajectoire d'une vie. Transformer sa vision du monde. Asseoir des convictions nouvelles. Une fulgurance. Il sera question des synchronicités qui amplifie, par des circonstances exceptionnelles, les liens entre le spectateur et le spectacle. Il sera question de bien d'autres choses. Tout cela livré avec la simplicité d'une animatrice d'expérience pour qui la transmission des idées, des émotions est intrinsèque à son travail.

Pendant l'heure et quart que dure cette prestation, il est facile de se laisser guider dans une sorte d'introspection, un rappel de ses propres souvenirs de théâtre, de ses propres réactions, de ses propres questionnements. Et de sortir de la salle, au terme de la rencontre, avec des débuts de réponses toutes aussi impressionnistes que concrètes, glanées entre le flou de la mémoire et la netteté physiologique de l'évocation, sur la raison fondamentale qui pousse à aller au théâtre, par un soir d'avril.

dimanche 2 juin 2024

Une bonne pièce...


 Ce petit morceau d'éloquence sur la difficulté de plaire à tous, vient d'un ouvrage publié en 1879, Entre deux spectacles - Esquisses théâtrales, par Justin Bellanger.



vendredi 16 février 2024

Quand les mains anonymes sont belges


La semaine dernière, j'étais à Bruxelles pour assister aux trois représentations de la lecture-spectacle (un peu comme une amorce d'un éventuel travail plus étoffé) de ma pièce Les Mains anonymes, présentées au Centre Wiels, sous la direction de Marie-Gaëlle Verspecht.

Ainsi donc, après l'avoir travaillé deux fois avec Erika Brisson (en novembre 2016 et en février 2018) et une fois avec Guylaine Rivard (en janvier 2023), c'est par une autre interprète - Raphaëlle Bruneau (dont vous pourrez voir ici quelques éléments biographiques) - que j'entendrais de nouveau mon texte! 

Étrange sensation que de s'asseoir, quidam anonyme, dans une salle, au milieu de parfaits inconnus (qui seront près de 200 au total), dans un autre milieu que le mien et de tout à coup voir s'incarner mes propres mots! Étrange distanciation entre quelque chose de plus que familier et de simultanément fort étranger! 

La comédienne accueille les spectateurs, dans un brouillard épais. Son texte en main. Derrière elle, sur le mur, se déploie une grande image numérique aux accents fantasy (qui laissera place, à un seul moment, à une citation tel que le montre la photo). Une petite musique en boucle résonne. 

Puis la lecture commence. 

Le jeu, bien maîtrisé, est rapide (en fait, c'était presque une version TGV... au point qu'à la fin de la première représentation ayant duré une trentaine de minutes, les spectateurs s'attendaient à une autre partie!), esquissant dès le départ une forte montée dramatique au cours des quatre premiers tableaux (sur huit). 

Et c'est là que le décalage se produit entre mon propre rythme d'écriture (et de mise en bouche) et celui de l'équipe de ce projet. Schématiquement parlant, la différence ressemble à ça (le graphique du haut étant mon arc narratif et celui du bas, le leur):

`
Le texte résonne alors différemment: ce qui pour moi est une partition d'introspections et de silences douloureux qui mène inéluctablement (en 60-75 minutes) vers le sommet, devient dès lors une matière énergique portée par une jalousie qui dévore le personnage pour être le moteur dramatique. Le personnage - Raphaëlle y plonge avec un solide engagement et une vivacité proche de l'hystérie - se répand en invectives puis en rage dévastatrice avant que d'assumer, d'une certaine façon, son geste et ses conséquences. 

Je regardais la prestation qui me renvoyait, de mon texte, un autre sens. Et c'était fort intéressant! Quelque peu déstabilisant! Avec une forte envie de voir cette ébauche surpasser l'obstacle concret du papier parce qu'une lecture, toute bonne soit-elle, reste une lecture qui retient le regard de l'acteur au lieu de le porter vers son destinataire! L'envie de voir se créer un véritable échange scénique avec la salle! 

Après, bien sûr, le metteur en scène n'est jamais bien loin avec ses questions et ses remarques! Mais ça, c'est entre moi et l'autre metteure en scène! :) 

dimanche 21 janvier 2024

Qu'on se le tienne pour dit!

Ah, la critique!

Toujours trop complaisante pour les uns, trop dure pour les autres. Comme artiste, nous voulons tous qu'elle se penche sur notre travail mais avons plus souvent qu'autrement quelque chose à redire: ce n'est pas une critique, c'est un compte-rendu... on sait bien, nous ne sommes pas bien compris... si nous avions acheté de la publicité, nous aurions une meilleure couverture... le journaliste ne sait pas de quoi il parle... 

Mais il n'y a rien là de nouveau sous le soleil! 

Voici une mise au point - un avertissement? - publiée dans le Montréal Musical du samedi 28 septembre 1912 et adressée aux artistes de l'époque:


La menace doit être sérieuse! Un peu plus loin, dans un fourre-tout paraissent ces entrelignes:





samedi 6 janvier 2024

De Marcel Dubé... et du reste

Je me suis rendu au bout - lecture du temps des Fêtes! - de Marcel Dubé - Écrire pour être parlé de Serge Bergeron paru il y a quelques semaines.


Lire la biographie de Marcel Dubé, c'est rester avec une étrange impression: assister, page après page, au déclin exponentiel et irréversible d'un auteur dramatique. C'est rester avec une étrange impression: comprendre comment il est possible de passer de la lumière des projecteurs à l'ombre insidieuse de l'oubli... et souvent, par sa propre faute. C'est rester avec une étrange impression: prendre acte d'une œuvre colossale qui n'a pas été en mesure de traverser le temps. 

La vie de Dubé s'entrelace autour de succès prodigieux et, en parallèle, autour d'amertumes successives et de poursuites de chimères inaccessibles sur fond constant de manque d'argent.

Puis autour d'un combat, dans les années '60 et '70: celui de la langue parlée dans le théâtre québécois... avec un français correct (et littéraire) contre la pratique joualisante envahissante! Mais ce combat, à l'heure du grand bouleversement des Belles-Soeurs de Michel Tremblay, relèguera à tort ou à raison Dubé dans une écriture et des propos jugés désuets et dépassés. 

Monumental et incontournable, Dubé apparait dans cette brique terriblement humain et d'une affligeante vulnérabilité qui prendra plusieurs formes: physique, artistique, amoureuse, financière...

Cette biographie, sera une frappante illustration de la précarité du milieu culturel où le succès du jour ne garantira jamais celui de demain. Où les projets s'élaboreront à la chaîne sans jamais avoir la certitude de se rendre jusqu'à leur réalisation. Où l'artiste avancera parfois en s'enfermant lui-même dans un carcan qu'il sera difficile de quitter.

Une triste vie. 

mercredi 3 janvier 2024

Le mal du journalisme culturel... en 1923

Voici un sévère article du Devoir (du 7 août 1923) sous la plume de Gérard Pelletier) contre les autres journaux catholiques qui participent - pour l'argent, toujours l'argent! - à l'immoralité ambiante des théâtres en début du XXe siècle. `

Bien que ce soit l'un de mes sujets de prédilection que ce combat contre le mal du théâtre, cet article est intéressant parce qu'il appelle, il me semble (en faisant abstraction, en un sens, de la moralité), à une meilleure et plus rigoureuse couverture journalistique du théâtre au lieu de leur complaisance qui s'achète manifestement... 

Un siècle plus tard, où en sommes-nous?



jeudi 20 avril 2023

TRAGÔDOS - tragiques multiples...

 


Hier soir, j'étais dans la salle du Petit Théâtre de l'UQAC pour assister à la première (de trois) représentation des étudiants inscrits au cours Création théâtrale du Baccalauréat interdisciplinaire en art. 

Ils sont donc là. Vingt-cinq. De différents horizons (tant géographiques qu'académiques). Sur scène, oui... mais aussi en coulisses, à la régie technique. Avec une fougue manifeste et une dense matière tragique, puisée à même une vingtaine de sources - théâtrales ou non - de l'Antiquité à aujourd'hui. Cet exercice scolaire est du coup fort riche en écritures, en dramaturgies et en expériences de toutes sortes. 

Pendant une heure quarante minutes, différents tragiques se télescopent. Anecdotiques. Grandioses. Intimes. Sanglants. Mythologiques. Quotidiens. Profondément sensuels. De l'un à l'autre. Sans mise en contexte lourde ou démonstrative. Que des mots qui frappent, blessent, détruisent, immolent. 

Si aucune histoire en tant que telle n'émerge de ce magma intense, il n'en demeure pas moins un fulgurant récit rhapsodique, déchiré, proféré, gémissant sur la condition tragique de l'être humain. Les douleurs, les chagrins, les deuils, les mal-êtres existentiels sont omniprésents. Ils érodent une humanité qui se cherche des repères mouvants.

Et de cette horreur surgit une poésie visuelle. Parce que la force de ce projet - outre l'engagement incontournable de cette équipe - se trouve aussi dans la forme. Supportées par Jean-Paul Quéinnec, Alexandre Nadeau et Annie Pilote, les équipes technique et esthétique ont su composer des tableaux puissants. Lumières, projections, accessoires, musiques s'associent pour créer des ambiances et atmosphères qui sauront s'imposer sans jamais phagocyter le jeu. Les images scéniques se suivent avec un intérêt toujours renouvelé. L'équilibre demeure.

Bien sûr, tout n'est pas égal dans cette longue suite! Et pourtant...  Toutes les performances savent faire preuve de dévouement au théâtre. Elles sont solides et proposent des interprétations valables, véritablement incarnées.

L'une des belles belles propositions étudiantes des dernières années!

vendredi 11 février 2022

Ouche!

 


Erwin Piscator est l'une des grandes figures de la mise en scène de la première moitié du vingtième siècle. Sa pratique théâtrale se situe aux limites du théâtre politique et de propagande, avec une forte introduction, en scène, des nouvelles technologies de l'époques (entendre ici la radio, la projection, le cinéma). 

Il faut aussi rappeler, pour bien comprendre le commentaire qui suivra, que l'Allemagne de cette époque (on parle des années 1915-1930) est celle des fameux cabarets (le cabaret berlinois est presque devenu mythique) et des revues (ces spectacles présentant des successions de numéros - sketchs, chants, poésies -construits sur l'actualité récente). 

Bref, à l'avènement de Piscator et de ses spectacles-manifestes hybrides joués souvent par des professionnels mésadaptés à ce style ou encore par des non professionnels, les critiques théâtrales se divisent. Certains crient au génie... alors que d'autres se feront plus virulents... comme ce petit commentaire acerbe enfoui dans un compte-rendu du spectacle Hop là! Nous vivons! publié - si je comprends bien - en 1927 dans le Tägliche Rundshau:

Lorsqu'on voulait résumé en un seul mot
tout la dégénérescence de notre théâtre
on disait «revue».
Ce mot est remplacé depuis samedi par un autre:
«Piscator». 

Et vlan dans les dents. 

dimanche 5 septembre 2021

De la chute qu'il a faite jusqu'à l'ascension qu'il aurait dû faire... telle est la crtitique dramatique!

Dans l'édition du 13 août 1913 du journal Le Nationaliste, il y a - sous la plume de Paul Hame(lin?) - cet article à propos de la critique dramatique. L'auteur y défend une thèse étonnante... :

Il est fort intéressant d'avoir ces différents points de vue - souvent contradictoires..! Si, par exemple,  pour le présent auteur, il faut être indulgent... de nombreux autres praticiens et journalistes réclament, à cette même époque, une plus grande rigueur de la part de cette dite critique dramatique!

samedi 21 août 2021

Le théâtre en crise... encore!

Il suffit de quelques pages d'un livre d'histoire sur le théâtre québécois pour vite se rendre compte que ce dernier a une caractéristique quasi immanente... être en crise: que ce soit une crise éthique ou religieuse, une crise de répertoire, une crise financière, une crise structurelle, une crise artistique, une crise identitaire, une crise de succession et j'en passe. 

Au cours des années '30, Louis Pelland, journaliste/chroniqueur culturel au journal La Renaissance, en est un chantre acharné (j'en ai déjà parlé ici). Comme dans cet exemple, du 30 novembre 1935:


Avec Jean Béraud, il fait partie de ce petit groupe de penseurs qui feront bouger les choses.

vendredi 30 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (3)

ne autre petite journée à travers les propositions du FIAMS. Je ne suis pas aussi assidu que je l'aurais souhaité, mais bon.

PANEL SUR LE THÉÂTRE JEUNESSE

J'ai participé avec d'autres collègues (Marilyne Renaud, Marie-Pier Fleury, Annick Pedneault) et la dramaturge Suzanne Lebeau à un panel sur le théâtre jeunesse, webdiffusé sur les plateformes du FIAMS. Quelles sont les spécificités du théâtre jeunesse? Comment l'aborder? Quelle est la place des enfants dans la création? Telles étaient les questions de base que tous avions. Mais le temps a passé tellement vite que finalement, nous n'avons pas pu échanger tant que ça! 

Dommage, parce que les discussions entre nous en amont de la séance et qui s'est poursuivie tout de suite après dans le studio étaient franchement passionnantes! 

Le panel est encore accessible sur la page Facebook du FIAMS.

UNE BRÈVE HISTOIRE DU TEMPS

Le Théâtre du Renard, nous dit son site web, s'est donné pour mission de transmettre à son public des savoirs provenant de domaines spécialisés tels que la science, l'économie ou la philosophie. Rien de moins! 

Le spectacle présenté refera donc, en une petite heure, le fil des grandes lois de la physique, sur l'espace-temps, d'Aristote à Hubble, de la terre ronde à la relativité générale, etc. 

Il s'agit, en fait, d'une conférence menée avec beaucoup d'humour et de charme par Antonia Leney-Granger. Le sujet est complexe. Archi-complexe! Pourtant, si le tout aurait pu devenir barbant, il en résulte une représentation vive qui fait constamment surgir les rires des spectateurs devant les démonstrations à l'aide d'objets anodins (et de la façon très minimaliste de les manipuler) et par le ton utilisé pour verbaliser ces théories toutes plus abstraites les unes que les autres.

C'est fou. C'est déjanté. Comme quoi la science peut aussi être matière à divertissement!

CONTES ZEN DU POTAGER


C'est difficile de résister à cette proposition du Théâtre de la Pire Espèce, passé maître dans le théâtre d'objets.

Une succession de petites vignettes orientales (il y en aura quoi... une douzaine?) présentent, sur des codes réinterprétés du théâtre japonais, des leçons de zénitudes. Des petites morales pour accéder à la paix, la connaissance de soi. 

Armés de légumes de saison qui deviendront les différents personnages et d'une bonne dose de charisme, les deux protagonistes donneront un bon exemple du minimalisme oriental (du moins tel que le cliché occidental le présente) auquel on est en droit de s'attendre dans ce  quasi nô maraîcher! Un minimalisme de surface, je tiens à  le préciser, parce qu'il est soutenu par une virtuosité et une ingéniosité dans l'utilisation de nombreux accessoires. 

Tout est dans la simplicité. Dans la minutie du geste. Dans le maintien de conventions dans ce cérémonial théâtral. Et enfin, dans l'imagination du spectateur qui voit des univers entiers se construire à partir de presque rien. 

Jamais nos légumes n'auront eu un tel pouvoir de suggestion!

C'est un spectacle tout simplement remarquable.

Pour en voir une meilleure idée, visitez le site web de la compagnie.

jeudi 29 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (2)

Au cours de la journée d'hier, je n'ai vu qu'un seul spectacle, soit Tricyckle de la compagnie Les Sages fous, présenté au Côté-Cour.


D'emblée, ce qui m'a le plus touché, de ce spectacle, c'est l'esthétique patinée tout de bric-à-brac construite, dans un espace ceint par une courtepointe de rideaux aux teintes verdâtres. Dans cette petite arène circassienne, un homme sur son tricycle tirera une petite roulotte surchargée de laquelle il tirera de nombreux objets pour refaire le monde.

Parmi les images marquantes de ce spectacle, il y a l'édification de la petite ville par l'accumulation de boîtes illuminées. Il y a aussi la naissance du petit être un peu effrayant. Puis, il  y a l'image globale. 

Pour ma part, il  y a quand même un mais

Dès le départ, nous avions été averti: ce spectacle fonctionne sur un mode onirique, convoquant beaucoup plus les impressions qu'une trame narrative. Je comprends la proposition. Je comprends le travail... même si, je l'avoue, je n'y ai pas adhéré. Peut-être n'étais-je pas dans une bonne disposition.

Je reconnais, par ailleurs, l'essence fortement poétique de la source d'inspiration (les hommes tricycles qui recueillent, de par la ville, des objets de toutes sortes) et le 

Il n'en demeure pas moins que ce spectacle a plu, si je me fie aux différents échanges que j'ai eu au cours de la journée avec d'autres spectateurs. 

Pour plus de détails sur le spectacle, visitez le site  web de la compagnie.

mercredi 28 juillet 2021

Un regard en arrière sur le FIAMS 2021 (1)

Depuis hier, le Festival International des Arts de la Marionnette au Saguenay (FIAMS) se déploie un peu partout sur le territoire. Un événement majeur qui revient tous les deux ans et qui présentent, chaque fois, un imposant panorama de ce qui se fait dans le monde du théâtre de marionnette, de l'objet, de la manipulation. 

FURIOSO


Le Théâtre de l'oeil présentait, en ouverture du FIAMS (et en grande première) sa plus récente création, Furioso, sur un texte d'Olivier Kemeid et une mise en scène de Simon Boudreault. 

Ce spectacle (60 minutes) présente, devant un mur aux multiples ouvertures comme tout autant de petites scènes, un conte atemporel aux diverses tribulations qui se plaisent à se multiplier et à transporter furieusement ses personnages (des marionnettes à tige magnifiques et des acteurs dynamiques!) en quête de quêtes! Qui gagnera la guerre? Qui aimera la princesse? Qui sera le héros? Qui la retrouvera? Qui est qui? Qui aidera? Qui nuira? Qui aimera qui finalement? Voilà une épopée sur les désirs!

Les situations sont tellement nombreuses qu'il est difficile de bien raconter. De toute façon, ça ne rendrait pas justice au spectacle!

Mais une chose est sûre: l'histoire devient vite un prétexte pour le plaisir du spectateur (jeune comme adulte) qui laisse librement défiler les mots et les actions pour s'amuser fermement avec les comédiens, les ruptures de tons, les apartés, les changements de plans, les clins-d'oeil plein de sous-entendus, et une esthétique bien léchée! Les péripéties s'accumulent dans ce monde aux frontières comiquement floues dont l'imagination reste le principal et plus solide ancrage. Il est facile et bon de s'y laisser bercer et de se laisser raconter!

Ainsi, il y a pleins de petits moments fort savoureux dont j'aimerais parler mais ça se ferait au détriment de la découverte! Il faut le voir! 

Il en résulte une oeuvre forte, amusante, qui gagnera assurément en maîtrise au gré des prochaines représentations! 

Si vous voulez en savoir plus sur la démarche de la compagnie lors de cette création, visitez leur site web.

LES KAKOUS


Avant la représentation, nous avons pu apercevoir, à l'extérieur, deux bêtes fantastiques, les Kakous, présentés par la compagnie Imagicario, lors d'une petite animation toute simple (!). 

Sorties de nulle part, ces créatures gigantesques se sont jointes à l'attroupement (ou vice-versa) et se sont vite adaptées à leur nouvel environnement pour inscrire de plain-pied leur mythologie et fiction dans notre réalité. Nous n'aurions pas été plus émerveillés en foulant le sol du Parc Jurassique!

La qualité de la manipulation de ces colosses, la virtuosité manifeste de ces artistes, la qualité de leurs improvisations dans l'interaction avec l'espace (la rencontre de l'autobus, par exemple ou le snack dans les buissons de la salle) ou avec les gens ont fait de ces quelques minutes des instants fantastiques.

Si vous voulez en savoir plus sur le processus de création et le fonctionnement de ces majestueuses bestioles, visitez leur site web.

lundi 26 juillet 2021

«Grande Baie» du Théâtre du Mortier

J'ai assisté, hier après-midi, à l'une des représentations de Grande Baie du Théâtre du Mortier. Prévu, à la base, en extérieur, devant la Pyramide des Ha! Ha!, le spectacle devait avoir, comme décor, un vrai paysage dans lequel s'inscrire mais la météo a plutôt voulu que j'y assiste (malheureusement) dans une salle fermée et beige du Musée du Fjord, partenaire du projet. 

D'une durée de 30 minutes, la pièce - plus impressionniste que réaliste - revient sur le déluge de juillet 1996 (dont on célèbre, cette année, le 25ième anniversaire) par bribes de souvenirs portés par deux comédiens qui n'en connaissent que ce qu'en retient l'imaginaire collectif et les archives puisque l'un n'avait que trois ans lors des faits et l'autre n'était pas née! 

Leur vision sera peut-être alors plus subjective grâce à ce recul temporel.

Le principe en est simple. 

Les comédiens raconteront, à partir d'un texte de Girard basé sur des témoignages de personnes ayant vécue le sinistre, les événements en empruntant divers personnages. Il n'y aura pas, dans cette présentation, de prétention purement historique. Que de courtes évocations entremêlant fiction et réalité, avec un leitmotiv récurent: «Personne n'aurait pu prévoir.» Si quelques clichés s'insèrent néanmoins dans le travail, il n'en demeure pas moins bien ficelé et intéressant à regarder.

C'est drôle. Sensible. Et le tout rend surtout hommage, finalement, à la résilience, à l'empathie et à la solidarité de la population. 

L'espace se compose principalement de caisses de bois et d'une quinzaine de petites maisons de bois, posées sur des tiges qui serviront, d'une part, de cases pour accessoires lors des transformations de personnages puis pour (dé)faire, au gré de la représentation, une construction scénique rappelant le déferlement de l'eau emportant les maisons. C'est d'ailleurs peut-être là que se trouve la plus grande force poétique de l'oeuvre: construire peu à peu, par des moyens minimalistes (tissus, rubans, accessoires bleus et maisons), une image qui finira par atteindre une belle puissance suggestive de l'horreur de ces inondations. 

Avec ce projet, le Théâtre du Mortier continue d'affûter son langage esthétique et artistique et poursuit assurément son cheminement vers la pleine reconnaissance de son action.

samedi 3 juillet 2021

Le public, vrai critique!

C'est fort intéressant, ce qui est dit dans ce billet (dont j'ignore qui est l'auteur), publié dans le Télé-radiomonde du 11 novembre 1967. Je trouve qu'il relativise bien les choses.

En cette période où la véritable critique s'amenuise dans l'espace médiatique, c'est un peu un état de fait que de laisser le public se faire sa propre idée!

vendredi 2 juillet 2021

Autocritique de «La Cantatrice Chauve»

À défaut d'avoir une critique (ou plus exactement un retour/compte-rendu) dans quelque média que ce soit (bien qu'un truc du genre devrait paraître dans le Quotidien un jour puisqu'il était là à la première), voici ce que j'aurais pu écrire, sur ce blogue, à propos de La Cantatrice Chauve... si je n'avais signé la mise en scène! 

On est jamais mieux servi que par soi-même! 


Ainsi donc, le Théâtre 100 Masques nous revient avec une nouvelle production estivale. Toujours en phase avec sa mission qui est d'explorer le répertoire (et ce dpuis 22 ans!), il jette son dévolu sur l'absurde (déjà abordé en 2006 lors de la mise en scène de Pique-Nique en campagne de Fernando Arrabal) et plonge, avec vigueur dans la première oeuvre d'Eugène Ionesco, maître du genre: La Cantatrice Chauve, pièce phare de ce théâtre existentiel et angoissé de l'après-Guerre.

De cette oeuvre construite sur le vide du langage comme moteur dramatique, la compagnie en a fait glisser quelque peu le sens pour en faire, plus exactement, un théâtre de l'exaspération, de l'impatience, de l'agacement.  Les Smith, les Martin, le Capitaine des pompiers ou Mary la bonne tous sont des éléments subversifs qui existent et agissent pour mettre à mal une routine pétrie de codes et de convenances. Sur scène, chacun des personnages devient source d'énervement, émetteur de contrariétés, jusqu'à l'apothéose de la dernière scène, syncopée, feux d'artifices de défoulement. L'éclatement - au propre comme au figuré - est de mise pendant une heure et demie!

Que de sueur et de sang versés au cours du spectacle!

Sous le jeu dynamique des interprètes qui s'inscrit fortement dans le corps, la posture, l'attitude, le geste et le déplacement, il est possible de sentir les influences meyerholdiennes du metteur en scène pour qui la mise en espace conjuguant rythme et chorégraphie remplace une exploration psychologique poussée. C'est d'ailleurs là une ligne directrice de son travail. Il en résulte une mise en scène fort présente - parfois même un peu trop, pourrait-on dire... - avec des effets comiques récurrents qui parsèment la représentation. Les détails sont nombreux, parfois simultanés, requérant du spectateur un regard actif. 

C'est une mise en scène hautement formelle, tant dans l'approche esthétique (qui unifie costumes et scénographie dans une même matière et une même couleur) que dans l'approche scénique (sur une aire de jeu rose s'étirant sur la largeur respectant un rigoureux principe de symétrie) et dramaturgique (avec des duos, des choeurs, des monologues). Le plateau se prête volontiers à des compositions de toutes sortes avec une utilisation marquée du mobilier et des accessoires.

Ce type de théâtre comporte toutefois de nombreux écueils en ce sens où il demande une énergie accrue du comédien - peu importe la fatigue ou la chaleur manifeste de la salle - et une rigoureuse concentration pour répondre aux différents stimuli dans ce jeu déchaîné d'actions/réactions. 

Il faut dire que chaque scène de ce texte, écrit en 1950, qui aligne les effets stylistiques (énumération, redondances, calembours, proverbes, etc), a un fort potentiel théâtral qui pourra être vif et fougueux... ou au contraire, languissant et lourd s'il n'est pas bien porté. L'hésitation - qu'on ne voit jamais tout à fait faire disparaître en ce début de cycle - est aussi un ennemi du timing.

Qu'un acteur baisse la garde et se perde dans sa tête, qu'une réplique soit escamotée, qu'un geste soit fait mécaniquement sans écoute, que le tempo souffre d'une faiblesse et l'ensemble perd de sa cadence infernale. C'est là un travail théâtral implacable au niveau de l'interprétation... qui force aussi l'admiration devant cette épuisante folie scénique!

Bref, ces six comédiens qui se démènent dans cet univers absurde valent le détour et donnent assurément une production intéressante à voir et à vivre!

samedi 29 mai 2021

Dans les soliloques du Youtubeur...


Le Théâtre C.R.I. présente, actuellement (jusqu'au 5 juin 2021) sa plus récente création: Le Youtubeur - le problème de l'échiquier, de et avec Martin Giguère.

C'est hier soir que moi j'y suis allé.

Comme plusieurs autres projets, celui-ci a dû se faufiler à travers les aléas d'une pandémie pour pouvoir enfin se rendre sur les planches de la salle du Facteur Culturel qui prends des allures de bunker. De studio. 

Avec cette pièce, le spectateur est convié à une paradoxale position. 

D'une part, il observe ce personnage, spécialiste de Minecraft qui y joue sans interruption depuis huit ans, en pleine plongée numérique, occupé qu'il est de préparer un 3000ième épisode pour sa chaîne Youtube. C'est ce motif qui sera déployé tout au long de la représentation. Avec son métalangage. Avec ses codes et ses conventions. Avec son attirail d'appareils. Avec son décor. 

Mais cette vie artificielle qui l'anime et qui fait l'objet de la représentation, toute prégnante soit-elle, restera de mots et d'impressions.

C'est à l'imagination du spectateur qu'on s'adresse. 

Car de son siège, ce-dernier ne verra, lui, qu'un alchimiste du pixel dans sa réalité quotidienne, enfermé dans son lieu secret. Terriblement seul. Ou pas si on le considère rempli de lui-même. Mais en rapport constant, quasi schizophrénique, avec son double, avec son public, avec son œuvre, avec son partenaire monteur, avec sa mère. Bref, écartelé entre deux - voire trois - réalités où il agit en tant qu'unique démiurge.

Et c'est là tout l'enjeu de ce spectacle: être un immense soliloque pour faire coexister tous ces mondes. L'interprète les fait vivre, par un efficace jeu, par ses répliques, mais plus encore, par ses silences et ses réactions à ces autres qui resteront physiquement absents. 

Tout ce principe théâtral, travaillé avec le metteur en scène Christian Ouellet, est soutenu par le texte de Martin Giguère qui tisse encore ici une nouvelle partition foisonnante de références, de connaissances qui entremêlent la culture populaire et l'érudition, de spécifications techniques d'où émergera peu à peu une autre histoire, la tension dramatique.

C'est un univers particulier - familier pour les uns, étranger pour les autres (mon cas!) - qui se laisse apprivoiser grâce à la verve et l'énergie de son créateur (le comédien et du coup, le personnage) et de l'équipe qui l'entoure.

mardi 25 mai 2021

Une conception de la critique dramatique

Le journal L'Autorité publie, le 27 mars 1954, un article de M. Paul Toupin qui agira en tant que critique dramatique mais qui souhaite, avant de se commettre, donner sa (brusque) conception de ce métier:

mardi 23 mars 2021

De la critique... en 1933!

La question de la critique théâtrale a toujours été d'actualité. Et quand on lit un papier d'époque (comme celui-ci tiré du journal Le Canada du 16 septembre 1933) sur ce mal nécessaire, il est toujours étonnant d'en constater la contemporanéité... 



jeudi 25 février 2021

Quand Aurore ne passe pas...

L'un des plus grands succès du théâtre québécois, Aurore l'enfant martyre, n'as pas nécessairement été bien accueilli partout. La preuve en est cet article paru dans la Gazette du Nord du 10 juin 1949: