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samedi 17 février 2024

Plus ça change...

Le théâtre...

C'est pas facile (financièrement) d'en faire. Pas facile (financièrement) dans faire en région... voire même ailleurs. Ça ne l'a jamais été et ça ne le sera sans doute jamais. 

Le cliché est tenace.

Aujourd'hui, en 2024, où chaque compagnie qui initie un projet espère du financement ou, à tout le moins, un public conséquent pour faire ses frais... tout comme en 1899 (dans l'édition du Progrès du Saguenay du 8 juin de cette année-là:


Il faut noter l'empressement  que met le Progrès (dans ce cas précis mais dans de nombreux autres) pour soutenir Cercle dramatique de Chicoutimi (de 1897 à 1911) et inciter fortement la population à être de la partie! 

mercredi 31 janvier 2024

Le Soutien à la mission du CALQ!


Quiconque côtoie des gestionnaires culturels ces temps-ci entend sans doute parler de la demande de Soutien à la mission du CALQ à laquelle tous s'adonnent ou presque, dans le milieu professionnel! L'échéance est pour demain, 1er février 2024!

Cette demande, c'est l'espoir de se voir octroyer un soutien récurrent sur 4 ans pour certains, l'aspiration de voir l'exercice se solder par une augmentation pour d'autres. Entre les deux, plusieurs se croisent les doigts pour que les montants accordés les années précédentes restent minimalement les mêmes! 

Il faut dire que cette (très grosse) demande était attendue: le dernier cycle du CALQ prévu initialement pour 2017-2021 s'est étendu, pour les raisons pandémiques que nous connaissons, jusqu'à maintenant, 2024! 

Chose certaine, il y aura embouteillage aux portes du subventionnaire alors que la manne publique providentielle n'est pas sans fonds. Les nouveaux ne se trouveront pas assez soutenus. Les plus vieux pas assez reconnus. Et entre les deux, des surprises dans les deux sens: positives et/ou négatives en regard des portraits présentés.

Concrètement, cette demande (que j'ai faite deux fois plutôt qu'une... pour l'Espace Côté-Cour avant mon départ et pour le Théâtre Les Amis de Chiffon depuis mon entrée en poste) est une véritable radioscopie de l'organisme et projection sur l'avenir. Elle se décline comme suit:

SECTION A – PRÉSENTATION DE VOTRE ORGANISME (50% de la note section A et B)
  • 1.MISSION ET MANDAT (max 250 mots)
  • 2.HISTORIQUE ET FAITS SAILLANTS (max 500 mots)
  • 3.CONTEXTE (max 1800 car.)
  • 4.MOT DE LA DIRECTION ARTISTIQUE (max 4500 car.)
  • 5.PERSPECTIVES 2024-2028 (max 1800 car.)
SECTION B – QUALITÉ ARTISTIQUE 
  • 6.PROGRAMMATION ET ACTIVITÉS PROPOSÉES AU COURS DE LA DERNIÈRE ANNÉE ET DE L’ANNÉE EN COURS (max 6000 car.)
  • 7.PROGRAMMATION ET ACTIVITÉS POUR LES DEUX PROCHAINES ANNÉES DU CYCLE DE FINANCEMENT (max 6000 car.)
  • 8.INNOVATION ET AUDACE ARTISTIQUE (max 1500 car.)
SECTION C – DIFFUSION ET RAYONNEMENT (25% de la note)
  • 9.FRÉQUENTATION DES ACTIVITÉS (max 6000 car.)
  • 10.RAYONNEMENT, RÉSEAUX ET PARTENARIATS (max 1500 car.)
  • 11.APPORT AU TERRITOIRE (max 1500 car.)
  • 12.DIVERSIFICATION DES PUBLICS – POUR LES ORGANISMES QUI OFFRENT DES SPECTACLES EN AUTODIFFUSION (max 1500 car.)
  • 13.ACTIVITÉS DE MÉDIATION ET SENSIBILISATION DE PUBLIC (max 1500 car.)
SECTION D – CONTRIBUTION À LA COMMUNAUTÉ ARTISTIQUE (25% de la note)
  • 14.ACTIONS EN FAVEUR DE LA RELÈVE (max 1800 car.)
  • 15.ACTIONS EN FAVEUR DE L’INCLUSION (max 1800 car.)
  • 16.RÉMUNÉRATION DES ARTISTES ET DES TRAVAILLEURS CULTURELS (max 1800 car.)
  • 17.CONTRIBUTION AU DÉVELOPPEMENT D’UN SECTEUR OU D’UNE OU PLUSIEURS DISCIPLINE(S) (max 3000 car.)
  • 18.PRÉSENTEZ TOUTE AUTRE INFORMATION EN LIEN AVEC L’ACQUITTEMENT DU VOTRE MANDAT (max 1500 car.)
Ça, c'est pour la partie rédaction de la demande, que tous les aspirants remplissent. 

La pondération de chacun de ces blocs (et des éléments qui suivent) positionne l'organisme par rapport aux autres compagnies. Et plus ce classement est haut, plus les chances sont grandes d'être parmi les heureux au terme de l'exercice! L'inverse est vrai aussi... conclusion: il faut scorer! D'où la pression ressentie par ceux qui sont là-dedans présentement!

À la partie écrite se joint un document Excell plus statistique (avec ces éléments pour les organismes de création et de production comme le TAC):

  • IDENTIFICATION, RENSEIGNEMENT GÉNÉRAUX ET DÉCLARATIONS
  • INFORMATION SUR LE CONSEIL D'ADMINISTRATION
  • STRUCTURE ORGANISATIONNELLE
  • PORTRAIT SOMMAIRE DE L'ORGANISME
  • EFFORTS CONSACRÉS A L'ÉCORESPONSABILITÉ (pratiques de gestion et à venir; pratiques de création et production et à venir; pratiques en lien avec la circulation des oeuvres et à venir; actions en matière de gouvernance)
  • SECTION 6a - PROGRAMMATION 2024-2025
  • SECTION 6b - REVENUS ET DÉPENSES DES ACTIVITÉS DE PRODUCTION 2024-2025
  • SECTION 9a - BILAN DE DIFFUSION (2022-2023)
  • SECTION 9a - PLAN DE DIFFUSION -  SAISON EN COURS (2023-2024)
  • SECTION 9a - PLAN DE DIFFUSION - AN 1 DU CYCLE (2024-2025)
  • SECTION 9b - MÉDIATION CULTURELLE ET ACTIVITÉS DE SENSIBILISATION (2022-2023)
  • SECTION 9b - MÉDIATION CULTURELLE ET ACTIVITÉS DE SENSIBILISATION - EN COURS (2023-2024)
  • SECTION 9b - MÉDIATION CULTURELLE ET ACTIVITÉS DE SENSIBILISATION  - PRÉVISIONNEL (2024-2025)
  •  SECTION 14a - SOMMAIRE DES REVENUS ET DÉPENSES (réel, en cours et prévisionnel).

Puis, comme toutes bonnes demandes qui se respectent, il y a toute la documentation d'appui à fournir qui va du dossier de presse aux états financiers en passant par les différentes politiques de l'organismes et plans de travail. 

Toute cette demande représente des heures et des heures et des heures de rédaction et de réécriture (parce que les réponses sont limitées à un nombre précis de caractère qui impose une concision et une précision chirurgicale du discours). De relectures et de recommencements. De doutes et de soupirs... jusqu'au sentiment d'avoir tout donné... et advienne que pourra! Les réponses quelque part dans le courant de l'été.
 
Courage à tous ceux qui n'ont pas encore terminé! 

samedi 13 juin 2020

Déception gouvernementale...

Quelle est l'importance du Ministère de la Culture (et de ses autres appellations antérieures) au sein de l'État québécois? Intéressant réfléchir sur le sujet en cette période particulièrement trouble pour le milieu artistique (et donc, par ricochet, du milieu théâtral).

Quelle valeur lui a-t-on réellement accordé au cours des trentes dernières années au fil des gouvernements libéraux, péquistes et maintenant caquiste? Bon. Poser la question risque de se solder par une longue longue suite de déceptions, tous gouvernements confondus. 

Ces déceptions sont peut-être dues au fait que ce Ministère est fondamentalement plus grand que prévu. Car plus que gérer les subventions, plus que promouvoir le numérique, plus que faire du milieu culturel une simple industrie, il porte l'âme profonde d'une nation et d'un État, gardien d'une histoire et d'un patrimoine, il porte une vision (parfois multiples!) du monde distinctive, il porte les aspirations d'un univers artistique pétri d'imaginaires, de créativité... et donc d'une immense part de subjectivité qui ne peut se réduire qu'en statistiques et en montant d'argent. Identitaire en grande partie, culturel et artistique surtout, bien sûr économique et social. Le titulaire de la charge porte sur ses épaules une gigantesque responsabilité. D'ailleurs, à quand remonte un.e ministre de la Culture à la hauteur du poste? (Ici, je m'arrête parce que je suis peut-être beaucoup trop critique.)

Pourquoi je parle de ça ce matin? Je viens de recevoir un autre bouquin qui s'ajoute sur ma liste de lectures pour les prochains mois: Le théâtre et l'État au Québec d'Adrien Gruslin, paru en 1981 chez VLB Éditeur.  Fort intéressant, j'en suis sûr. 

En le feuilletant, je tombe, à la toute fin du livre, la lettre démission percutante de Georges-Émile Lapalme, premier titulaire (et créateur) du Ministère des Affaires culturelles... comme si, finalement, dès le départ, ce ministère était vicié:






mercredi 15 janvier 2020

Quand survint le CALQ... 2

J'ai relaté, dans un billet précédent (ici), le chambardement provoqué par l'implantation du CALQ en 1994. Une implantation chaotique, sur fond de crise de gouvernance, à très forte connotation montréalocentriste...

Une époque tumultueuse!

D'une part, cette nouvelle créature, le CALQ, était le fait du Ministère de la Culture (qui venait de se voir accoler le et des Communications) dirigé par Liza Frulla et qui coïncide avec la fin du règne libéral (1985-1994), le rejet de l'Accord du Lac Meech, les négociations constitutionnelles, la remontée en flèche du nationalisme. Les passions sont exacerbées.

Le premier conseil d'administration est composé de 13 membres (tous de la Métropole... dont une seule provenait des régions). Inutile de dire que de multiples voix se sont élevés contre le biais naturel qu'aurait l'organisme envers la grand'ville.

Une tempête parfaite se lève avec l'arrivée des premiers résultats à l'automne 94: c'est l'hécatombe culturelle dans toutes les régions.

Avant le CALQ, les subventions proviennent essentiellement des directions régionales (du Ministère de la Culture et du Ministère des Loisirs (et de la Chasse et de la Pêche) qui gèrent des enveloppes et redistribuent les montants.  Le CALQ fait, en quelques sortes, disparaître ces enveloppes et centralise l'octroi par jury de pairs (eux aussi provenant essentiellement des grands centres).

Les intentions sont bonnes. Mais la réalité frappe de plein fouet. Au Saguenay, le CALQ modifiera de façon assez importante la composition du milieu théâtral. Qui défend la culture dans les régions? Quelle valeur a-t-elle? Qui se préoccupe des contraintes et des réalités régionales? Qui connaît ce qui se fait dans les régions? Quel avenir culturel pour elles?

Suite aux nombreuses critiques (souvent vitrioliques) et au changement de gouvernement, lui aussi fort critique, la direction générale part dans le courant de 95 et de nombreuses tribulations s'accumulent en vue de son remplacement. Et tout ça, alors que se succéderont non  pas un mais bien quatre ministres péquistes de la Culture en mois de douze mois: Marie Malavoy, Rita Dionne-Marsolais, Jacques Parizeau, Louise Beaudoin.

Bref, une crise de confiance majeure ébranle le CALQ dès sa mise en place.

Les nombreux articles de l'époque sont fort éloquent: la culture et son Ministère deviennent un élément discordant dans le monde politique d'alors (par ailleurs centré sur le second référendum).

Les mois qui suivent les résultats de ce premier concours seront déterminants pour le CALQ: une grande tournée dans les régions, de multiples communications, une révision de ses politiques et de son fonctionnement...

jeudi 26 mai 2016

Vers une nouvelle politique culturelle au Québec...


Le gouvernement du Québec, par la bouche de sa ministre de la Culture Hélène David (remplacée depuis, au même poste, par Luc Fortin), a annoncé une vaste consultation dans le but de déposer, dans les prochaines années, une nouvelle politique culturelle (la première depuis 25 ans!). Que donnera l'exercice? 

Les attentes seront élevées. 

Car il faut dire qu'elles le sont toujours quand vient le temps de parler de culture... tant le domaine n'est jamais aussi supporté qu'il le devrait, aussi considéré qu'il le mériterait... 

À preuve cet extrait relatant, d'un point de vue théâtral, les résultats d'une initiative similaire... en 1966, sous l'égide de Pierre Laporte (article de Martial Dassylva tiré du Livre de l'année 1967 paru chez Grolier)... :

L'année 1966 ressemble à toutes les précédentes en ce qu'elle nous a apporté, sur le plan du théâtre, son quota de surprises agréables et de surprises moins agréables. [...]

En 1966, le théâtre québécois a continué son petit bonhomme de chemin, sans que les grands problèmes qui l'assaillent depuis des années aient reçu un commencement de solution. La situation des grandes troupes est précaire. Le Conseil des arts accorde toujours des subventions, mais celles-ci ne permettent pas aux directeurs de troupes de faire des plans à longue échéance. Ajoutons que l'organisation des troupes s'est améliorée quelque peu, mais qu'il reste encore beaucoup à faire dans ce domaine. [...]

Le théâtre au Québec vit donc au jour le jour, survit beaucoup plus qu'il ne vit. Et, dans cette perspective, beaucoup de personnes avaient mis leur confiance dans le «Livre Blanc» que l'ex-ministre des Affaires culturelles, M. Pierre Laporte, nous promettait depuis deux ans. (À défaut de lire le document original, on peut en lire une description en long et en large ici, à partir de la page 88 de La Fillière juridique des politiques culturelles paru en 2006).

L'élection du 5 juin dernier a pratiquement mis fin à cet espoir. Du moins dans l'immédiat. D'ailleurs les extraits du «Livre Blanc» (version Laporte) que mon collègue Gilles Gariépy et moi-même avons publié dans «La Presse», vers le milieu du mois de septembre, nous ont permis de nous rendre compte que nous avions peut-être péché par excès de confiance: le chapitre consacré au théâtre est nettement insuffisant et les solutions qu'on y propose risquent de ne satisfaire personne. Personnellement, je crois que la philosophie de base de cette partie du document est fautive : quand on considère la subvention comme une prime à la qualité, on ne règle rien et on perpétue un état de fait qui a duré trop longtemps. Au théâtre comme dans les autres arts, le ministère des Affaires culturelles doit savoir prendre ses responsabilités et ne pas reculer devant un certain dirigisme absolument essentiel à ce moment-ci de notre évolution culturelle [note de moi-même: malheureusement, je n'ai pas le texte original en main pour bien comprendre ce dont il est question!]. Tout en respectant les initiatives de groupes privés, le ministère des Affaires culturelles doit trouver le moyen de doter le Québec des institutions essentielles à son développement et à son affirmation.

Ajoutons que jusqu'ici les différentes prises de position du nouveau ministre des Affaires culturelles, M. Jean-Noël Tremblay, ne nous incitent guère à voir les choses sous un angle plus réconfortant.

Et avec raison! Car cette politique culturelle, ce «Livre Blanc» ne sera adopté officiellement... qu'en 1976, par Jean-Paul L'Allier... quelques mois avant que les Libéraux (dont il faisait partie) ne perdent le pouvoir.

En attendant de voir, de nos jours, la machine se mettre en branle pour un important rendez-vous avec le milieu culturel québécois, voici, en lien, un tableau des différentes politiques culturelles pilotées par le(s) gouvernement(s) au fil des ans... 

vendredi 27 septembre 2013

Dans les demandes de subventions...

Le passage obligé de l'automne: les différentes demandes de subvention (dans ce cas-ci, pour le Conseil des Arts et Lettre du Québec de même que pour le Conseil des Arts de Saguenay)...

D'une part, malgré le fait que l'exercice soit toujours un peu rébarbatif, il permet de mettre en ordre de priorité les différents projets de la compagnie, tout en donnant un aperçu, plutôt juste, des prochains mois à venir...

D'autre part, c'est le moment rêvé pour justement rêver et développer des projets qui, s'ils sont soutenus, donneront, je l'espère, un nouvel élan...

C'est donc dans les définition de projet en long et en large, dans les budgets préliminaires et la recherche de cohérence dans l'articulation de ceux-ci que je passerai encore les quelques jours qui viennent...

Ces dossiers en main, ce sera l'occasion, par la suite, de retourner auprès des différents partenaires financiers pour présenter les programmations à venir.

jeudi 29 août 2013

Le TNM réagit, en conférence de presse, aux coupures du Conseil des arts du Canada pour le théâtre...

ATTENDU QUE :
Le Conseil des arts du Canada, tenu de composer avec la politique du gouvernement conservateur de resserrer les budgets voués à la culture, a procédé récemment à des coupures importantes de subventions pour les compagnies de théâtre dans le but d’assurer une plus grande distribution des fonds publics et ce, malgré les vives protestations de plusieurs acteurs du milieu théâtral québécois ;

ATTENDU QUE :
Plusieurs compagnies touchées par ces réductions se voient dans l’obligation d’exercer une pression indue sur leurs revenus autonomes (billetterie et financement privé) pour continuer à rencontrer les critères d’excellence artistique qu’elles se sont fixés en plus de maintenir l’emploi culturel dont elles assument la responsabilité et de viser une plus grande démocratisation de l’art notamment auprès du jeune auditoire ;

ATTENDU QUE :
Les nombreuses prises de parole de plusieurs intervenants du milieu culturel n’ont trouvé aucun écho auprès des représentants du gouvernement conservateur pour défendre la nécessité de la culture et son accessibilité comme valeurs essentielles du développement de notre société ;

ATTENDU QUE :
Les artistes et artisans qui ont fait partie des comités d’évaluation se sont trouvés en porte-à-faux entre les politiques du Conseil des arts du Canada et les besoins des artistes en acceptant d’affamer des compagnies pour en nourrir d’autres, ce qui n’a pour conséquence que de diviser un milieu fragilisé par le manque de financement et de générer un climat malsain au sein de la pratique théâtrale ;

ATTENDU QUE :
Il est scandaleux que ce soit les artistes engagés par les compagnies qui se trouvent à faire les frais du manque de moyens financiers de celles-ci par leur chômage et leur maigre reconnaissance salariale ;

NOUS, MEMBRES DE L’ÉQUIPE DU THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE
Croyons qu’il est de notre devoir de réagir concrètement à ce que nous considérons comme une volonté de la part du gouvernement fédéral de censurer les artistes en les privant de l’argent nécessaire à l’expression de leur art et en privant le public de cette connaissance essentielle à son développement intellectuel et à son ouverture sur le monde en proposant les actions suivantes :

1- Aller faire du théâtre à Ottawa
Le TNM et sa direction artistique s’engagent à créer un court spectacle avec des acteurs importants du milieu et de le présenter sur la colline parlementaire à Ottawa lorsque la Chambre des communes est en session.

2- Réserver deux fauteuils au TNM
Le TNM et sa direction artistique réserveront d’office deux fauteuils à madame Shelly Glover, ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles, les soirs de grande première. Sera inscrit sur ces fauteuils, la mention : Réservé à la ministre du Patrimoine canadien et des Langues officielles. Si absence il y a, cette dernière sera mentionnée tous les soirs de première par la direction artistique du TNM.

3- Plus de fonds au Conseil des arts du Canada
Le TNM et sa direction artistique demandent au gouvernement fédéral d’augmenter substantiellement le budget du Conseil des arts du Canada et ce, dès l’annonce du budget 2014 afin de revoir à la hausse les subventions des compagnies qui ont subi des réductions pour les quatre prochaines années. Si cette hausse ne devait pas être accordée, nous nous engageons à faire les pressions nécessaires auprès du gouvernement québécois afin que les fonds canadiens alloués à la culture soient rapatriés au Québec afin de permettre une distribution juste et équitable.

4- Conclusion
Le TNM et sa direction artistique n’entendent pas faire cavalier seul et espèrent par ces mesures créer un mouvement de solidarité au sein du milieu théâtral pour que d’autres actions soient mises en œuvre pour une plus grande reconnaissance de l’art et la culture au sein de l’appareillage politique fédéral.

Lorraine Pintal
Directrice artistique et générale
Théâtre du Nouveau Monde

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Pour d'autres détails, il sera bon de consulter cet article paru sur Cyberpresse... 

vendredi 8 juin 2012

De l'épuisement de courir après l'argent...


Par ce billet, je donne suite à celui écrit par le collègue Stéphane Boivin sur le blogue de La Rubrique (ici) de même qu'à la déception de Vicky Côté manifestée sur Facebook au lendemain de sa soirée bénéfice tenue il y a quelques temps devant une assistance où peu de gens du milieu se trouvait...

Courir après l'argent est peut-être l'une des principale tâche (ou l'enfer... c'est selon) de tout organisme culturel... au détriment, bien souvent, de la création. C'est là un paradoxe exténuant: que du temps perdu (devant un clavier pour remplir des formulaires et monter des dossiers, en rencontres ou au téléphone!) qui demande énergie débordante et persévérance à toute épreuve!

Cette course - à obstacles, devrais-je rajouter! - mène parfois vers des résultats qui donnent des sueurs froides: coupures, compromis, reports... L'artiste au crochet de l'état, l'artiste qui quête, est un préjugé tenace... relent d'une petite droite démagogique qui s'étend de plus en plus. Et même si les montants ne sont souvent pas si exorbitants, leur caractère artistique fait souvent bien piètre figure aux côtés des causes humanitaires et celles axées sur la santé. Et une petite organisation peine à s'imposer face à une plus grande ou aux événements majeurs...

Par ailleurs, devant la multiplication des organismes culturels et des productions indépendantes, il y a une forte augmentation des activités de financement. Comme on se partage un bassin réduit de population, on se partage également un bassin réduit de partenaires...
 
Trouver de nouvelles formules pour attirer les donateurs, trouver de nouvelles approches, de nouveaux «produits» rentables devient un casse-tête sans fin. Être original pour attirer l'attention. Les mécènes ne courent pas les rues... et il faut parfois s'échiner à valoriser nos actions. Cette recherche de soutien est essentielle et permet de combler des subventions trop maigres (ou parfois inexistantes). Mais comment se vendre?

S'il y a un grisant enthousiasme lorsque nous trouvons un nouveau commanditaire, il y aussi - et en plus grande quantité! - bon nombre de refus... parfois directs et agressifs. 

Alors, vers qui se tourner? Vers nos spectateurs habituels, vers les gens du milieu même? Oui... peut-être. Bien qu'ils soient hyper sollicités (en plus de donner de leur temps), ils seront probablement au rendez-vous... Mais porter la santé financière de la culture sur leurs épaules m'apparaît être un bien lourd fardeau. Et cette obligation morale qui provoque le remords... Il faudrait parfois faire une campagne de financement pour pouvoir assister aux diverses soirées bénéfice! L'épuisement (tant financier, physique que moral) pointera un jour ou l'autre et personne ne sera plus avancé.

Et si la solution était ailleurs? Elle doit nécessairement être ailleurs, en fait... On ne peut définitivement pas continuer comme ça. Peut-être faudrait-il se constituer en regroupement et que c'est celui-ci, au nom de 3, 4 ou 5 compagnies théâtrales, qui s'impliquerait pour offrir une plus grande visibilité aux entreprises donatrices et aller chercher des montants plus substantiels (qui, au final, après le partage, serait avantageux)?  Faudrait voir...


jeudi 22 septembre 2011

Le mal nécessaire...

Je sors d'une rencontre avec un éventuel partenaire financier du Théâtre 100 Masques... ce genre de rencontre où, en quelques minutes, il faut vendre l'idée qu'appuyer un organisme culturel - le nôtre en l'occurence - est rentable et bénéfique pour eux sans trop se perdre dans les dédales administratifs... Après tout, nous sommes dans un champ résolument artistique. En quelques minutes, il faut tout mettre sur la table: les bons coups comme les écueils que nous rencontrons; les projets passés, en cours et à venir; les perspectives de développement; et le soutien qu'il nous faut nécessairement trouver pour maintenir le cap. Voilà la partie qui occupe la majeure partie de mon temps depuis le retour des vacances. La saison rouge (heureusement notre compte bancaire est encore loin de cette couleur!) est synonyme de financement: les partenariats à fonder ou à renouveler, les demandes de subventions à compléter, les prévisions budgétaires à ajuster, les campagnes de levées de fonds à préparer... La structure de la compagnie demande du temps, oui. Mais plus le fonctionnement se consolide, plus la structure est autonome, bien tenue et bien alignée... et le plus elle devient un formidable outil de création.

lundi 22 août 2011

Le plaisir des demandes de subventions


Présenter l'organisme...
Présenter les états financiers...
Définir les projets (novateurs, de surcroît!)...
Réunir des équipes...
Justifier la direction artistique...
Établir des prévisions budgétaires réalistes et cohérentes...
Annexer des documents qui ne seront peut-être pas pris en compte...
Et attendre des semaines voire des mois...

C'est la période qui commence avec l'automne qui arrive. C'est le moment de répondre à l'appel des différents conseils des arts: Conseil des arts du Canada (quelque part à la mi-septembre), Conseil des arts et Lettres du Québec et Conseil des arts de Saguenay (au début octobre).

C'est la période du doute. Celle où la question à savoir si ça vaut le peine se pose toujours...


jeudi 18 novembre 2010

Repiquage d'un texte de Martin Faucher à partir de la chronique PARATHÉÂTRE de Philippe Couture (Voir Montréal)

Un milieu docile et obéissant

Par Martin Faucher - 12 novembre 2010

Je suis d'un pays qui promettait tant et qui ne m'apporte que trop son lot de désillusions et d'amères déceptions.

Au royaume du Je me souviens, je suis d'un pays qui a toutes les peines du monde à tenir le pari de notre présent et de notre futur.

Ici, il est bien difficile de bâtir avec intelligence, goût, sensibilité, respect d'autrui et harmonie.

Ici, guérir, vieillir ou mourir dans la dignité relève trop souvent de l'exploit.

Ici, on a beaucoup de pudeur à pourvoir nos institutions d'enseignement supérieur de moyens décents afin d'être à la hauteur d'une jeunesse talentueuse et prometteuse.

Ici, au moment où j'écris ces mots, on n'a aucune honte à brader mes terres à tout venant afin qu'on les fore et les perfore pour soi-disant créer de la richesse, nouveau credo qui justifie les pires abus du capitalisme sauvage et qui sert à l'enrichissement personnel d'une poignée d'amis du système.

Je suis d'un pays à l'éthique élastique où un appât du gain démesuré flirte avec la corruption et une désarmante démagogie bon enfant.

Je suis d'un pays où l'on devrait diffuser obligatoirement Réjanne Padovani de Denys Arcand sur toutes les chaînes le 24 juin afin que l'on se dise une fois pour toutes : Pus jamais !

Du sombre portrait de clown sur velours qui pleure dans cet immense centre d'achat de banlieue que devient mon pays, il n'est pas étonnant que l'art du haut et fort, que l'art du cri articulé qui mord, du cri qui dénonce et qui peut tuer, bref, que l'art du théâtre n'ait pas su tirer, au fil des décennies, son épingle du jeu.

Au pays des Claude Gauvreau, des Jean Gascon, des Jean-Louis Roux, des Buissonneault, Brassard, Tremblay, Ducharme, Loranger, Ronfard, Gravel, Lepage, Marleau, Haentjens, Poissant, Cyr, Mouawad et Lepage, jamais, au grand jamais je n'aurais pensé appartenir à une communauté condamnée à vivre pour un petit pain. Un petit pain théâtral.

En effet, force m'est d'admettre que vu la régression économique (oui, oui, oui, n'ayons pas peur de nommer les choses telles qu'elles sont, peu importe les dires de tous les James Moore de ce pays) à laquelle nos gouvernements de qui nous dépendons pour survivre artistiquement nous obligent, un petit pain, c'est ce à quoi nous sommes condamnés, que nos salles de spectacles contiennent 80 ou 800 places.

Mais là où je suis encore plus étonné, c'est de constater à quel point mon milieu théâtral est docile et obéissant face à cette consternante situation et ce depuis de trop longues années.

Cette obéissance et cette docilité ont bien sûr permis à certains d'entre nous d'affronter des crises financières et artistiques graves, assurant ainsi une pérennité aux lieux théâtraux et compagnies qu'ils dirigent. Les blâmer pour cela relèverait de la pure ingratitude, mais que vaut cette pérennité si c'est pour s'obliger à une sagesse, à une prudence artistique extrême, à une pauvreté des conditions de pratique, à une crainte permanente de la réaction du public qui fréquente nos théâtres et de qui dépend dans une trop forte mesure la survie de nos théâtres et compagnies?

Alors que nos gouvernements ont participé à trouver des solutions efficaces pour soutenir d'autres institutions montréalaises d'importance, nous gens de théâtre, notre docilité et notre obéissance à gérer avec une minutie scrupuleuse chaque cenne noire de budgets bien souvent faméliques ne nous aura mené nulle part. Pour toute récompense, nous continuons encore et toujours à gérer les cennes noires de budgets bien souvent faméliques.

J'en appelle donc à nos dirigeants de théâtres à mettre en pratique la gestion de l'audace et du haut et fort qui est l'essence même de notre art et ce, au risque de mettre la pérennité des lieux et compagnies qu'ils dirigent en péril, car que vaut la pérennisation de notre théâtre si c'est pour ériger en système, dans des théâtres bien rénovés, le pauvre, le prudent, le tiède, le fade, le consensuel, le passéiste, le stérilisé, l'apolitique, l'émasculé ou l'inoffensif?

J'en appelle aussi à tous les joueurs du milieu théâtral à ne plus siéger sur aucun jury et comité consultatif mis en place par les conseils des arts afin que soient attribuées les subventions aux compagnies québécoises de théâtre. Bien que je place une grande confiance en ces organismes essentiels à l'essor de notre art, siéger aujourd'hui sur les jurys et comités consultatifs qu'ils mettent en place revient à avaliser les politiques de décroissance artistique de nos gouvernements. Siéger sur ces jurys et comités revient à faire une sale job de bras à la place des ministres responsables de l'attribution des budgets faméliques alloués à la pratique du théâtre québécois. Siéger sur ces jurys et comités c'est avoir à porter trop souvent l'odieux de décisions contraires à la vision et aux valeurs qui animent notre milieu théâtral, comme par exemple l'excellence artistique. Siéger sur ces jurys et comités revient à devoir dire non, non, et, c'est plate, non à trop d'artistes et de compagnies théâtrales porteuses d'une réelle parole indispensable à l'épanouissement de notre art et de notre société.

Renvoyons ce travail de jury aux administrateurs de ces conseils des arts afin qu'ils puissent constater de visu l'ampleur du gâchis. Eux seront peut-être mieux en mesure de relayer directement aux ministres responsables l'absurde de la situation qui prévaut dans le milieu théâtral québécois.

Lors du spectacle inaugural de la première édition de Montréal complètement cirque, festival qui dès sa première édition jouit de subventions gouvernementales à faire baver d'envie tous les festivals québécois établis depuis de nombreuses années, le ministre des finances Raymond Bachand déclarait : Nous sommes les meilleurs en jazz. Nous sommes les meilleurs en rire. Dans cinq ans, nous serons les meilleurs en cirque ! (Applaudissements de la foule).

À quand un ministre qui aura la conviction et les moyens de proclamer haut et fort que dans cinq ans nous serons les meilleurs en théâtre ?

Je vais dans le même sens que le directeur artistique de la compagnie Les Fonds de tiroir, Frédéric Dubois, qui lors de l'assemblée générale de l'Association québécoise de théâtre du 5 novembre dernier a lu une lettre percutante et vais paraphraser le poète Claude Péloquin : Ne sommes-nous pas tannés de mourir bandes de caves ? C'est assez !

jeudi 18 mars 2010

Le cas du CAS

Ce matin, on peut lire, dans Le Quotidien, une chronique d'Isabelle Brochu intitulée Diffusion de la culture à Saguenay: un gâchis. Après un bref topo de la situation (salle de spectacle reportée aux calendes grecques, faillite du Théâtre du Saguenay, création de Diffusion Saguenay et surtout, relations conflictuelles permanentes entre le milieu culturel et l'administration municipale) elle y va d'un commentaire que je reproduis ici:

Outre Montréal, Saguenay est la seule ville qui bénéficie de la présence d’un Conseil des arts qui a aussi le mandat d’agir comme conseiller auprès des élus municipaux. Cet organisme est reconnu par le milieu culturel et trois conseillers municipaux y sont présents. Le Conseil des arts de Saguenay est complètement absent du dossier de la diffusion. Jamais les élus n’ont fait appel à lui. On préfère les avocats et les comptables qui, sans offense, ne sont pas des experts en la matière. Le secteur des arts et de la culture ressemble de plus en plus à un faire-valoir pour les élus. On se vante d’avoir créé un Conseil des arts qu’on ne consulte pas. On se vante d’être la Capitale culturelle en faisant fi de l’expertise et des besoins du milieu. Mais on s’assure d’être présent à la table d’honneur lors du lancement des évènements !

Ce commentaire pose, entre les lignes, une question capitale: Que se passe-t-il, présentement, avec ce Conseil des Arts de Saguenay? Où en est-il? Pas tant dans son rôle de représentation (qui à mon avis incombe plus au Conseil Régional de la Culture) que dans son mandat fondamental: soutenir les organismes... Car faut-il rappeler que les réponses (prévues dans les règlements pour la fin du mois de janvier - voir le lien, le dernier paragraphe de la page -... soit il y a presque deux mois) aux demandes de subventions déposées en octobre dernier sont encore (du moins jusqu'à aujourd'hui!) lettres mortes, reportées de semaine en semaine?

Le Conseil des Arts de Saguenay est vite devenu, et avec raison, un joueur majeur dans le financement des divers organismes culturels du territoire. Peut-il être sujet aux humeurs de part et d'autre de la ligne rouge? Et s'il peinait également à se maintenir la tête hors de l'eau? D'où les questionnements qui surgissent devant une telle absence. Si elle se maintient encore longtemps, compte-tenu des événements qui secouent le milieu culturel depuis quelques mois, les paranoïaques ne tarderont pas à y voir là une marque municipale (à moins que le problème ne réside ailleurs)...

Car, encore une fois, manifestement, quelque chose quelque part cloche.

lundi 21 septembre 2009

Le mal nécessaire


Avec l'automne, se mêlent aux feuilles des arbres celles un peu plus complexes des différentes demandes de subventions qui trônent sur mon bureau.

Après avoir terminé et posté dans les temps une demande au Conseil des Arts du Canada, je termine (avec un peu d'avance... enfin!) les deux demandes les plus importantes pour le Théâtre 100 Masques... soit une demande au projet au Conseil des Arts et Lettres du Québec et une au fonctionnement au Conseil des Arts de Saguenay...

Des dizaines et des dizaines de pages résumant le projet, brossant le portrait de la compagnie, ses réalisations et ses ambitions... Des dizaines et de dizaines de pages questionnant, précisant (le tentant, à tout le moins!), définissant l'un des éléments les plus confus de la pratique: la direction artistique. Des dizaines et des dizaines de pages enlignant de nombreuses colonnes de chiffres.

Mais c'est fait... jusqu'à l'hiver prochain!