samedi 11 avril 2026

Transsubstantiation théâtrale

 

Au théâtre, un vrai cheval est la métaphore d'un cheval. Le cheval vivant, là, sur scène, n'est pas un cheval: il représente un autre cheval. Un vrai. 

Ce cheval, en sa présence même, nous dit: je suis souvenir.

C'est là, je trouve, un bon exemple de ce qu'est l'essence de la théâtralité. De ce principe fondamental à la scène: la convention. Élément clé de l'échafaudage scénique. Le passage à la scène - quasi portail de science-fiction! - transforme et change le statut de tout ce qui s'y trouve. Tout y devient un ici et maintenant conditionné par ses propres codes.

J'aurais voulu être auteur de cet aphorisme mais c'est le grand comédien et réalisateur Daniel Mesguish qui l'a écrit dans un des bouquins sur le théâtre qui m'a le plus marqué (après tous les écrits de Meyerhold, il va sans dire!) et dans lequel je replonge chaque fois avec bonheur: L'éternel éphémère (paru en 1991 - j'ai la réédition de 2006 - aux Éditions Verdier).

Et il poursuit, quelques lignes plus loin, avec ce petit passage ésotérico-théâtral mais néanmoins profond qui me demande à chaque fois un bon temps de réflexion:

[...] Le théâtre n'est pas simulacre de la Vérité, mais simulacre comme vérité.

C'est que la Vérité, dit le théâtre, se confond avec son propre jeu: entre elle et elle-même, du jeu, et ce jeu l'imprègne, la constitue, coïncide avec elle, entièrement.

C'est beau, non? Enfin, je pense... et encore plus avec un café!