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samedi 21 décembre 2024

Un bilan personnel

2024 aurait pu me voir allégrement avec de la broue plein le toupet. Mais heureusement - l'âge aidant! - celui-ci m'est presque devenu inexistant.

J'ai commencé l'année 2024 sur un nouveau chapitre professionnel: après presque huit ans au Côté-Cour et cinq au Festival des musiques de création, le moment était venu de me recentrer sur ma pratique théâtrale. 

C'est comme ça que je me suis retrouvé à la direction du Théâtre Les Amis de Chiffon et que je suis aujourd'hui au terme d'un premier tour de calendrier. Ce fut une année bien chargée avec la prise de repères au sein de l'organisme; le rassemblement et l'absorption des données et des informations; l'analyse du portrait organisationnel; la définition de ma vision (terme un peu pompeux pour décrire ce processus d'enracinement); la mise en place d'un projet de programmation pluriannuelle; la rédaction de la demande de Soutien à la programmation du CALQ (pour 2024-2028) et d'autres de paliers divers; du ménage et encore du ménage (au sens propre - du bureau aux entrepôts en passant par l'atelier - et au niveau de la gouvernance - avec réactualisation de politiques, révision des règlements généraux, adoption d'un plan d'action stratégique, etc.). 

Bref, une année de (ré)organisation.

En janvier et février, au moment même où le tourbillon de la nouveauté m'étourdissait, la médiation allait bon train dans les écoles en vue de la tenue de deux spectacles - en représentations scolaires - au Côté-Cour: Baluchon et Ribambelle marionnettes... mais bien que tout nouveau directeur du TAC, j'ai manqué ces représentations pour assister, en Belgique, aux lectures publiques de mon texte Les mains anonymes.

En mars, tout plein de fébrilité et de hâte, de craintes et de doutes, j'ai remisé un temps - jamais très longtemps - un sournois sentiment d'imposteur qui se développait pour me lancer, avec toute un équipe de collaborateurs, dans un premier spectacle marionnettique destiné aux enfants. Échelonné sur neuf mois, nous avons enchaîné rencontres et séances de travail (collectives et personnelles), laboratoires de validation, blocs de répétitions et d'exploration des manipulations, réécritures, nouvelles consignes, développement d'une esthétique, promotion (eh oui, parce qu'il fallait dès avril, vendre ce projet aux Centres de services scolaires), finalisation des différents volets pour aboutir à cette Ésopette ou les fables rapiécées qui a reçu, récemment, près de 1600 spectateurs.

De quoi occuper son homme! 

Mais en parallèle, le Théâtre 100 Masques m'a aussi gardé bien en forme! 

2024 a été - bien qu'occupée - une année somme toute normale avec cette compagnie à la mécanique bien huilée où j'occupe la direction depuis 2007. Avec mes différentes équipes, nous avons aligné trois productions (Comtesse en mars, George Dandin en juillet et avec une reprise en septembre pour le Cégep de Jonquière, La petite chose aux allumettes en décembre), quatre séries de formations (les ateliers scolaires, les ateliers Tous en scène en collaboration avec le CIUSS et Ste-Justine, les camps de théâtre thématiques et les ateliers réguliers) et deux éditions de L'Heure du théâtre en collaboration avec les Bibliothèques de Saguenay (une sur les mythes associés à Molière et une sur la préhistoire du théâtre au Québec). 
 
2024 se résume finalement en bien peu de mots qui font néanmoins un projet de vie intense: du théâtre, du théâtre et du théâtre!



samedi 22 juin 2024

État d'âme

On regarde les autres.
On se compare.
Toujours. 
Même s'il n'y a pas d'enjeu.

Pourquoi?
C'est comme ça.

Suis-je trop?
Suis-je pas assez?
Les (remises en) questions se font nombreuses.

Où est-ce que je me situe dans ce milieu?

Je ne donne pas dans l'emphase.
Je ne suis pas expansif.
Je suis plutôt flegmatique.

Ma passion est froide.
Déterminée, oui.
Sans excentricité.

Je ne suis pas un animal grégaire.
Pas un être de groupe.
Pas un être d'amis. 
Je n'ai pas d'entourage à proprement parlé.

Mon théâtre est affaire de collègues.
De professionnels.
De travailleurs. 

Pas de retrouvailles.
Pas d'effusions.
Pas de familiarité. 
Pas de liens personnels.
Pas de collégialité.

Du théâtre.
Par le théâtre.
Pour le théâtre.

Je suis allergique à l'art comme recherche sur moi.
L'art comme quête spirituelle.
L'art comme croissance personnelle.

Ma reconnaissance est dans mon application.
Ma gratitude dans mon engagement. 

Mes salles de répétition n'ont pas à laisser entrer le quotidien.
La séparation est nette en la vie réelle et celle en devenir.

Je suis exigeant.
Toujours.
Avec des attentes élevées.
Intransigeant devant l'incompétence.
Sévère devant la paresse.
Intolérant face aux pertes de temps.
Au je-m'en-foutisme qui apparaît parfois.

Mais.

Avec une patience quasi inépuisable pour le boulot.
Une sensibilité à l'état de mes interprètes.
Une attention au contexte de travail.
Une souplesse pour accommoder mes comédiens.

Parce qu'il y a aussi une vie réelle à côté de celle en devenir.

Mon théâtre n'est pas loisir.
Le plaisir se déploie dans la rigueur.
Le professionnalisme à l'avant-plan.

Dans ce cadre, j'accorde toute ma confiance à mon équipe.
Et mon soutien est entier.
M'assurant que tous arrivent à bon port. 
Avec le plus d'aisance possible.

Pour moi le théâtre n'est pas événement.
N'est pas une fête.
Il n'est pas exceptionnel en ce sens où il est constant.
Omniprésent dans ma vie.

Je suis, je pense, fortement façonné par le théâtre.

C'est un outil de travail.
Un mode d'expression.
Une façon de penser.

Un mode de vie.

Et pour cette raison, une façon d'être.

Le contentement m'est étranger.
Tout comme la satisfaction. 

Parce que le théâtre est mouvant.
Instable. 
Nerveux.
Vivant.

Avec un but à atteindre.

Et c'est pour ça qu'il me plaît autant. 
Et qu'il me désespère.

dimanche 2 juin 2024

Une bonne pièce...


 Ce petit morceau d'éloquence sur la difficulté de plaire à tous, vient d'un ouvrage publié en 1879, Entre deux spectacles - Esquisses théâtrales, par Justin Bellanger.



samedi 25 mai 2024

La crise en crise

Voici un petit regard en arrière, avec le Radiomonde et Télémonde de ce 14 novembre 1959:


Inspirant non? Même si (je l'ai déjà dit il y a quelque temps) c'est quand même épuisant de vivre perpétuellement en mode crise

Depuis quelques semaines, quelques mois (depuis la pandémie), depuis le dépôt de la demande pluriannuelle au CALQ, depuis les budgets provinciaux et fédéraux, le milieu culturel (et plein d'autres milieux, soit dit en passant) est en transe: il y a une crise

Le nombre de demandes augmentent, mais les enveloppes ne suivent pas. Les compagnies et les artistes - toujours plus nombreux - sont à bout de souffle.

Qu'est-ce qui attend le milieu théâtral (et culturel)? L'hécatombe ou la survie

Depuis quelques mois, donc, tous les intervenants en appellent à la mobilisation: le théâtre est en crise. Encore... si on se fie à l'article illustrant ce billet.

Vrai que les visions gouvernementales, en matière d'art et de culture, ne sont peut-être pas adéquates. Vrai qu'elles sont peut-être trop versées dans le clientélisme, les considérations statistiques et économiques. Vrai qu'elles sont peut-être engoncées dans un mode de fonctionnement - ébauché des décennies auparavant - qui a beaucoup de sable dans l'engrenage. Vrai qu'elles sont insuffisantes.

Il faut plus d'argent. Oui. Mais ça ne sera jamais assez.

Parce que le théâtre en crise? Ben oui. Comme toujours. 

Mais c'est aussi peut-être par sa faute, par sa faute, par sa très grande faute. 

Parce qu'il n'est pas capable de se sortir des ornières qui se creusent de plus en plus, depuis si longtemps. Des habitudes qui sont longues à transformer. Parce qu'il est peu capable, dans le contexte dans lequel il évolue, d'accueillir les nouveaux venus dans les structures déjà existantes. D'où la multiplication d'organismes et collectifs aux côtés de compagnies bien établies et de chasses gardées. Parce qu'il s'est notamment laissé entraîné vers une professionnalisation aussi normée que bureaucratique. Alors qu'il est, historiquement, chaotique, intense, il s'est laissé harnaché jusqu'à l'extrême dépendance, dans un mode de gouvernance qui, bien qu'efficace et utile, draine les fonds accordés. 

Bref, dans ce jeu des subventions et des programmes, c'est dommage, mais il y aura toujours plus de perdants que de gagnants. C'est ça, la crise?

C'est ça la game: ou le théâtre se fait selon les subventionnaires et les grandes associations (et c'est là que le projet doit être incontournable avec un dossier béton) ou il se fait à son propre compte (par conviction et acharnement) ou il ne se fait tout simplement pas si l'énergie ou la capacité de le faire passer sur papier pour obtenir de l'argent manquent.

Et si tout ça était normal? 

Tous les projets, toutes les compagnies, tous les artistes ne pourront jamais être tous soutenus. C'est la sélection naturelle d'un milieu qui doit se réguler d'une façon ou d'une autre. Et c'est normal. Frustrant plus souvent qu'autrement, mais normal. 

Il faut espérer, à tout le moins, que les choix se fassent sur de bons critères et que la qualité des dossiers et des démarches l'emporte sur d'autres considérations moins artistiques.

Et oui, tout ça va faire mal, parce que tous avons notre petite chasse gardée et du mérite autant que notre prochain...

lundi 20 mai 2024

Où est le monde? Quel monde?

Dans Le Canada qui chante: revue musicale, artistique, littéraire, illustrée de juillet 1928, il y a cet article sur l'avenir du théâtre québécois (montréalais), constatant la désaffection de la population pour son théâtre local au profit des vedettes et des tournées étrangères. 


Quelques années plus tard, La patrie: l'hebdo des Canadiens-Français du 20 septembre 1962 publie un grand dossier sur l'état du théâtre dans la Métropole dont voici l'article liminaire:


Est-ce que ça a tant changé?

dimanche 19 mai 2024

Pour qui fait-on du théâtre?


La question qui coiffe ce billet est récurrente dans le milieu théâtral. Pour qui, notre théâtre? Pour quel public? Quel(s) spectateur(s)? Et pour développer ce dit public qui n'est et ne sera jamais assez nombreux, pour dénicher ce nouveau spectateur, il y aura toutes ces activités de sensibilisation, de médiation qui prendront de plus en plus de place, d'énergie et de moyens financiers. Et on fera des pieds et des mains pour aller à leur rencontre, se croisant les doigts qu'ils viennent jusqu'à nous par la suite.

Une question qui devient parfois lancinante quand une production peine à attirer la masse. Mais en même temps, quelle masse vise-t-on? Ou doit-on viser?

Olivier Neveux, dans Contre le théâtre politique paru chez La Fabrique - Éditions en 2019 (dont j'ai parlé ici) y va d'une réflexion essentielle, à ce sujet:

[...] Le théâtre reste très largement fermé à un public populaire, il serait scandaleux de s'y résigner.

Pour autant, une question préalable s'impose. Elle est brutale. Est-ce vraiment si grave que le monde entier n'aille pas au théâtre? [...]

Que se joue-t-il sur les scènes qui soit à ce point indispensable à une vie? Une existence sans théâtre est-elle vraiment ratée, amoindrie, incomplète? [...] La question n'appelle pas, bien sûr, une réponse négative mais a minima une réponse réflexive. D'où vient, dans le monde culturel, ce désir de sauver l'humanité, les plus pauvres, les plus délaissés, les plus visiblement stigmatisés? [...] Le bon spectateur, en l'occurrence, c'est toujours celui qui n'est pas là, l'absent, celui qui est fantasmatiquement toujours plus «populaire» et dont l'attente organise toute les frustrations. Se défaire de ce paternalisme, de cette certitude que le monde attend quiconque pour s'émanciper, se cultiver, s'émouvoir est peut-être l'une des conditions nécessaires à la pratique d'un théâtre autrement populaire.

A-t-on encore le droit, du point de vue de ceux qui le font, de ne pas aimer le théâtre? [...] (pp.76-77-78)

Ce sont là de belles questions qui ramènent la première: pour qui fait-on du théâtre?

jeudi 28 mars 2024

Petit moment de recul



Depuis quelques jours - beaucoup depuis le budget provincial... beaucoup depuis hier, Journée Mondiale du Théâtre... ce matin encore dans le Devoir (ici) - le discours ambiant du milieu théâtral est de se déclarer en mode survie. 
 
D'emblée, posons le diagnostic: il y a un cruel sous-financement culturel (comme dans plusieurs autres sphères de la société). Vrai. Plus que vrai. Mais est-ce que ça a déjà été facile? Quand les conditions l'ont-elles été? Au point d'être en mode survie? Vraiment?
 
Bien sûr qu'il faut de l'amélioration... et la balle est peut-être aussi en partie dans notre camp.

Et si c'était plutôt le moment, le signal, pour repenser radicalement notre fonctionnement (mais vrai, ici aussi, qu'il faudrait repenser, au passage, tout le mode d'attribution des subventions), de répondre autrement aux besoins de ce milieu? Comme un coup de pied dans une façon de faire qui a atteint sa limite? Qui sait...
 
Une chose me semble pourtant claire. Crier à la crise, c'est un peu crier au loup. C'est préoccupant, vrai. Plus que vrai. Mais ce fatalisme est aussi terriblement épuisant, démotivant.
 
Réclamons. Dénonçons. Transformons. Représentons. Bref, agissons avec un objectif précis: améliorer la situation. Cenne par cenne s'il le faut. Dollar par dollar. Pouce par pouce. De concertation en mutualisation. De reconfiguration en nouveaux projets.
 
Mais au final, ô surprise, ce sera quand même un éternel recommencement... parce que le théâtre, dans son essence même, se nourrit peut-être de ces crises permanentes et de l'adversité.

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Je termine en citant Meyerhold (citation qui est sur le mur de mon bureau en permanence):  Si le théâtre d’aujourd’hui ne meurt pas, c’est qu’il recèle encore des sèves vivifiantes. Qu’on l’achève s’il est condamné mais qu’on le ranime s’il est viable!

Et Ionesco: La crise du théâtre existe-t-elle? Elle finira par exister, si l'on continue d'en parler. On pense qu'un théâtre ne peut pas exister dans une société divisée. Il ne peut exister que dans une société divisée. Il ne peut exister que lorsqu'il y a conflit, divorce avec mes administrateur ou mes administrés (ce qui dépasse la notion de classes sociales), ma femme ou mon amante, mes enfants et moi, moi et mon ami, moi et moi-même. Il y aura toujours division et antagonismes. C'est-à-dire qu'il y aura division tant qu'il y aura de la vie. L'univers est en crise perpétuelle. Sans la crise, sans la menace de mort, il n'y a que la mort. Donc: il y a crise au théâtre seulement lorsque le théâtre n'exprime pas la crise. Il y a crise de théâtre lorsqu'il y a immobilité, refus de recherche; pensée morte, c'est-à-dire dirigée.

mardi 6 février 2024

Syndrome de l'imposteur

L'un des plus grands défis, pour évoluer dans ce beau milieu culturel (et théâtral dans mon cas) est de surpasser ce syndrome de l'imposteur qui pointe régulièrement quand on s'y attend le moins. Ce sournois sentiment d'être à côté de la track. D'être là où d'autre pourrait l'être... et mieux. Ça peut même aller jusqu'à se voir comme un pis-aller. D'avoir des carences dans l'outillage et les connaissances au point de se reléguer soi-même quelques pas derrière pour regarder la parade. D'aller son chemin mais avec une appréhension constante. 

Ce syndrome je le vis, le subis plus souvent qu'à mon tour.

Que ce soit comme gestionnaire. (Oh, ça arrive!)

Que ce soit comme metteur en scène. (Oh, ça arrive!)

Que ce soit comme praticien presque autodidacte (enfin, non sorti d'une école de théâtre)... et en région, qui plus est. (Ça, c'est régulier!)

Que ce soit - comme ça l'était - comme chargé de cours. 

Plusieurs choses nourrissent ce syndrome: une estime personnelle plutôt fluctuante; des résultats mitigés de projets et/ou d'efforts (les pires étant ceux des demandes de subventions!); des situations extérieures qui pour banales n'en demeurent pas moins une source de remises en question; du jugement, des commentaires, des perceptions et des remarques propres à nourrir le doute parce que l'oeil de l'autre est une horrible machine (et c'est d'ailleurs à cause d'elle - et de ma nature sans sparkling dirait l'autre - que je suis incapable d'être comédien). 

Mais le pire, là où cette impression est la plus puissante, la plus glaçante, c'est comme auteur. Quand on me présente d'abord comme un auteur, je tique. Parce que je n'y crois pas. Je ne m'y crois pas. Oui je sais écrire. Oui je sais bien écrire. Mais je n'ai pas cette flamme créatrice. Je n'ai pas cette discipline et ce besoin essentiel d'écriture. Ça vient quand ça vient. 

L'an dernier était publié un recueil avec Les Mains anonymes et Empire... deux de mes plus récents textes, aux Éditions Somme toute. Malgré la fierté de voir mon nom accolé à une couverture de livre, l'insidieuse petite voix intérieure sait se faire experte dans la mise de bémols sur le pourquoi de cette publication au point d'en saper la conviction d'être méritoire. 

Et c'est encore pire quand, ayant quand même cru à la force de ce texte (Les Mains), j'ai osé ma chance au Centre d'Essai des Auteurs Dramatiques. Que si j'avais une clé pour y accéder, c'était peut-être celle-là étant donné sa construction, sa forte forme, son écriture... qualités, me semblait-il, trois fois expérimentées sur scène.

La première étape étant l'analyse par un comité de lecture composé de deux auteurs professionnels et d'un praticien. 

Pour faire bref, ma candidature n'a pas été retenue, tant pis. Je peux m'en remettre. Mais - parce qu'il y a ce mais qui appelle le chambardement - , cette réponse est arrivée avec les commentaires des trois jurés. La lecture de ceux-ci - plutôt convergents! - a été plutôt dévastatrice (entendre ici que ce fut plus un déferlement de considérations négatives qu'un chapelet de bons éléments): texte sans audace, forme lassante, riche vocabulaire mais vide et creux, sans audace, avec un personnage dont on ne sait rien, dont on ne saura rien, qui n'évolue pas, sans audace (parce que oui, c'est revenu bien souvent dans ces pages), qui ne permet pas un déploiement d'émotions, que c'est froid, etc.

Inutile de dire que l'auteur en moi s'est désagrégé! 

Le combat intérieur est reparti pour un tour pour pouvoir malgré tout profiter, à quelques heures d'un départ vers Bruxelles,  d'une lecture-spectacle (trois soirs) de ces mêmes Mains et alors que je m'apprête, dans quelques semaines, à présenter une création. 

Mes réserves de prétention s'amenuisent.

samedi 6 janvier 2024

De Marcel Dubé... et du reste

Je me suis rendu au bout - lecture du temps des Fêtes! - de Marcel Dubé - Écrire pour être parlé de Serge Bergeron paru il y a quelques semaines.


Lire la biographie de Marcel Dubé, c'est rester avec une étrange impression: assister, page après page, au déclin exponentiel et irréversible d'un auteur dramatique. C'est rester avec une étrange impression: comprendre comment il est possible de passer de la lumière des projecteurs à l'ombre insidieuse de l'oubli... et souvent, par sa propre faute. C'est rester avec une étrange impression: prendre acte d'une œuvre colossale qui n'a pas été en mesure de traverser le temps. 

La vie de Dubé s'entrelace autour de succès prodigieux et, en parallèle, autour d'amertumes successives et de poursuites de chimères inaccessibles sur fond constant de manque d'argent.

Puis autour d'un combat, dans les années '60 et '70: celui de la langue parlée dans le théâtre québécois... avec un français correct (et littéraire) contre la pratique joualisante envahissante! Mais ce combat, à l'heure du grand bouleversement des Belles-Soeurs de Michel Tremblay, relèguera à tort ou à raison Dubé dans une écriture et des propos jugés désuets et dépassés. 

Monumental et incontournable, Dubé apparait dans cette brique terriblement humain et d'une affligeante vulnérabilité qui prendra plusieurs formes: physique, artistique, amoureuse, financière...

Cette biographie, sera une frappante illustration de la précarité du milieu culturel où le succès du jour ne garantira jamais celui de demain. Où les projets s'élaboreront à la chaîne sans jamais avoir la certitude de se rendre jusqu'à leur réalisation. Où l'artiste avancera parfois en s'enfermant lui-même dans un carcan qu'il sera difficile de quitter.

Une triste vie. 

jeudi 2 février 2023

La fin d'une époque


Il y a 11 ans (à l'automne 2012), pour célébrer les 30 ans des Têtes Heureuses, des textes avaient été demandés à certains collaborateurs, dont moi:

Automne d’un dimanche après-midi de novembre. Froid mais ensoleillé. Peut-être en 2000… à moins que ça ne soit en 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, 2007 ou 2008… et hier soir se tenait – traditionnellement sous la première neige, il va sans dire! - la première officielle des Têtes Heureuses.

On y joue Wilde… à moins, encore là, que ce ne soit Molière, Shakespeare, Tchekhov, Claudel, Giguère, Gauthier, Norén ou Büchner. Les univers sont nombreux et le mien s’y confond à chaque fois… dans un espace qui déborde de la scène et des questions esthétiques… qui les précède, en quelque sorte.

Au pavillon des arts, dans l’odeur des bouquets de fleurs qui ornent le guichet, une certaine fatigue flotte: la réception bien arrosée qui a suivi la représentation s’est terminée tard. Pendant quelques minutes, elle est quelque peu égratignée par les grincements des chaises et des tables qui doivent reprendre leur place.

Une douce léthargie règne en cette première matinée.

Dans l’atelier, les coupes et les restes de toutes sortes s’empilent sur le comptoir attendant quelques minutes de liberté (qui viendront bientôt) pour se voir remplacer par un ordre relatif, à travers les outils et les accessoires de répétition qui jonchent encore la place.

Les comédiens arrivent et se dirigent vers les loges, armés, pour la plupart, d’un café pour repousser le manque de sommeil et animer les discussions qui reprennent dès que celui-ci croise celui-là. Dernier jour avant une première pause… la première depuis fort longtemps alors qu’ont été enchaînées les ultimes répétitions, l’installation des lumières, les générales. Pendant qu’ils se préparent, Rodrigue passe les saluer et commenter ce qu’il a vu, la veille.

Dans le hall, notre scène, nous nous installons, Hélène et moi, pour accueillir les spectateurs qui seront relativement peu nombreux en ce premier dimanche. Encore une fois – comme à toutes les fois – ils recueilleront, avec étonnement et interrogation le petit jeton de métal (une décoration d’armoire) que nous leur tendons pour compter les places. Les tâches sont bien définies par le temps et l’habitude. Presque une chorégraphie. Une main droite qui fait confiance à la gauche… et vice-versa.

Le public arrive, s’égrenant. Quelques chuchotements s’élèvent jusqu’à ce que s’ouvrent les portes de la salle.

Puis c’est l’attente. Un moment indescriptible. Précieux.

Tant d’heures passées, assis à une petite table ronde, à préserver un silence théâtral, à compter la caisse, à faire le premier dépôt, à sourire devant un comédien qui passe en courant pour son entrée, à relire les quelques journaux qui se trouvent là par hasard, à se perdre le regard dehors en vivant, de souvenir, le déroulement du spectacle, à tendre l’oreille pour savourer les réactions.

De l’autre côté de la fenêtre, dans l’autre pavillon, un étudiant travaille sur son projet de session. Ses déplacements, ses gestes hypnotisent... À quelques reprises, il ira fumer.

De fois en fois s'accentue ma connaissance intime de ce lieu. Je connais par cœur la configuration de l’espace. L’escalier rouge. Le son des portes que l’on entrouvre discrètement pour vérifier l’approche du moment où il faudra s’activer pour offrir un bar à l’entracte. Le son des souliers sur le béton du plancher. Le bruit de la caisse de bière glissée sous le mobilier. La revue pliée en deux qui retient la porte extérieure le temps d’une cigarette. Les discussions sur tout et sur rien.

Pour moi, ce fut aussi ça, les Têtes Heureuses. Une attente attentive. Reposante. Une odeur. Une lumière. De celles qui, immanquablement, procurent une nostalgie à chaque année lors de la première neige qui vient, plus souvent qu’autrement, au début du mois de novembre.

Onze ans plus tard, le rideau tombe définitivement sur cette compagnie majeure du Saguenay laissant, derrière elle, de nombreux souvenirs et émotions artistiques. 

Pour les étudiants du BIA que nous fûmes...

Pour les artistes que nous deviendrions...

Pour les spectateurs que nous serions...

Les Têtes Heureuses auront été plus qu'une école pour beaucoup d'entre nous. Elles auront été une façon de concevoir le théâtre, le texte, la mise en scène. Une philosophie, en quelques sortes... Une exigence. Elles auront été une signature visuelle sans compromis. 

Elles auront été un creuset exceptionnel de collaborateurs expérimentés, de rencontres stimulantes, de projets fous. Une petite société avec de chaleureuses retrouvailles où les heures passaient à discuter, à inventer, à faire.

Elles auront été, enfin, une tribune imposante - par leurs colloques notamment - pour la réflexion, le questionnement, l'intellectualisation de la pratique, le développement d'une pensée artistique transversale. Une rigueur théâtrale pétrie d'intelligence et de connaissances.

Les Têtes Heureuses auront été une époque. Une grande époque de notre histoire théâtrale. Et si elles entrent dans le domaine du souvenir et des archives, elles perdureront encore dans nombre de praticiens actuels qui font toujours aujourd'hui notre milieu...

mardi 20 septembre 2022

Des successions...


Le Théâtre CRI annonçait hier la nomination, comme co-directrices artistiques, d'Émilie Gilbert-Gagnon et Marilyne Renaud (déjà directrice générale de l'organisme). Cette passation des pouvoir au sein de la compagnie jonquiéroise marque donc officiellement la retraite (comme gestionnaire parce qu'elle reste une artiste accomplie et active) de Guylaine Rivard qui l'a dirigée depuis sa fondation. 

Tout cela semble être une belle transition. Et c'est tant mieux! Meilleurs voeux à elles!

Car il s'agit là d'une question délicate: comment passer les rênes de quelque chose d'aussi subjectif qu'une compagnie de création qui se moule généralement à la pratique, les préoccupations d'une personnalité, metteur-e en scène et/ou directeur-trice artistique? Souvent, ces entités se confondent avec l'artiste. C'est donc fragile. Précaire. Parce que très personnel, en un sens. Et souvent, elles sont jalousement gardées, préservées sans trop d'égards pour la pérennité.

D'où alors que les successions sont souvent peu réfléchies, peu prévues... D'où que plusieurs de ces organismes ont de la difficulté à survivre au départ de l'équipe de fondation. D'où aussi la brutalité d'autres transitions. 

Les croisées de chemins ne sont pas toujours heureuses.

L'expérience du CRI est en ce sens exemplaire parce que bien mûrie et planifiée.

Le Conseil québécois du théâtre en a fait déjà, il y a quelques années, un enjeu fort discuté et documenté ici.

Et cette question qui revient toujours: dans le domaine culturel, les directions générales et/ou artistiques devraient-elles avoir, pour le bien des organismes et le sain développement du milieu, une date de péremption? Une durée déterminée?

samedi 12 mars 2022

Regard en arrière...


Deux ans déjà que la pandémie a pris d'assaut le monde entier... et qu'il a particulièrement bousculé, au passage, le milieu culturel dans son ensemble et notre milieu théâtral plus spécifiquement. 

Que de projets annulés, reportés, oubliés!

On pourrait croire qu'un élan s'est brusquement arrêté, qu'une chape de plomb s'est abattue sur l'univers scénique depuis ces 24 mois... mais ce serait mettre de côté l'acharnement dont ont fait preuve les artistes, les concepteurs pour continuer à créer, pour continuer à dire le monde. Peu importe le contexte. Peu importe les conditions sanitaires qui ont imposé des méthodes de travail radicalement éloignées (masques et distanciation, pour ne nommer que celles-là) de ce qu'est, ce que devrait être l'art vivant.

Notre théâtre s'est fait  alors par Zoom. 

Notre théâtre s'est fait alors par voie numérique. 

Notre théâtre a accessoirement retrouvé le plaisir du radiothéâtre. 

Notre théâtre a vu émerger des projets covid-proof.

Notre théâtre s'est (re)fait et a quand même rencontré ses publics. 

Oui, dans le sillage de ces deux dernières années, il y a des objectifs qui ne seront pas atteints. Il y a des regrets de collaborations qui n'auront pas eu lieu. Il y a des deuils de spectacles qui n'auront pas dépassé le stade de l'idéation. Il y a aussi cette fatigue d'avoir travaillé d'arrache-pied dans un cadre flou, incertain. D'avoir dû faire des plans A, des plans B, des plans C, des plans D... et parfois d'abandonner tout ça pour juste laisser le temps passer. 

Mais il suffit de jeter un regard par-dessus son épaule pour constater que le cœur du théâtre n'a jamais cessé de battre même au plus fort de la pandémie. Ni en 2020 (voir ici). Ni en 2021 (voir ici). Et ça, c'est aussi réconfortant: même dans sa précarité, le théâtre reste solide.

lundi 6 septembre 2021

Une opinion tranchée sur le théâtre canadien

Voici une opinion très tranchée - presque un manifeste! - sur le théâtre canadien (entendre ici canadien-français) de ce premier quart du vingtième siècle parue dans la revue La Lyre d'octobre 1924:

dimanche 11 avril 2021

Les choses ont-elles vraiment changé?

En février 1960, Chicoutimi reçoit, à l'Auditorium Beauchamp (qui était situé - existe-t-il encore? - à l'hôpital) le Théâtre du Vieux Colombier (de Paris, créé par Jacques Copeau en 1913) qui y présente alors Le Misanthrope de Molière, dans une mise en scène contemporaine alignant une distribution de vedettes de qualité. 

Bien sûr, tout Chicoutimi (et la région) s'y presse. Le Progrès du Saguenay du 13 février 1960 en fait un long compte-rendu sous la plume de Magella Soucy (ici, en page 7). 

Mais ce qui m'intéresse le plus, ce sont les encadrés qui parsèment le texte et surtout celui-ci... et plus encore sa conclusion: 

Les choses ont-elles changé depuis? 

En lisant ce petit encadré, je me suis rappelé ce texte que j'ai commis il y a quelques années (le 16 janvier 2015, pour être plus précis), À l'ombre du vedettariat.

samedi 13 mars 2021

Quand la lorgnette contemporaine fausse le répertoire...


Je ne m'en cache pas, je suis un fan du répertoire ancien (ancienneté relative... de 10 ans, 100 ans, 1000 ans et plus!). J'aime plonger dans ces textes venus d'ailleurs, venus d'un autre temps, et les entendre résonner (et raisonner) aujourd'hui, faire converger ces échos du passé vers le public d'aujourd'hui. 

Et c'est parfois étonnant, détonnant, incroyable… Voir à quel point, finalement, l'humanité ne change pas... 

Du moins, quand on lit la pièce, tant comme créateur que comme spectateur, avec son propre système de valeurs qui recouvre celui de l'œuvre, de son époque et de son contexte social. 

Parce que comme il ne s'agit pas d'archéologie théâtrale, ni d'une reconstitution fidèle, il y a nécessairement tout un processus de réappropriation, de réinterprétation. Dans mon cas, avec une vision occidentale, américaine, québécoise, masculine, etc. que j'aborde chaque texte.

C'est ce qui fait la beauté de la chose. 

Mais parfois (j'ai vécu l'expérience dans des ateliers de lectures avec le Théâtre 100 Masques où des gens s'offusquaient de situations décrites dans des textes antiques), il peut y avoir des jugements de valeurs qui - sans être mauvais pour autant - demandent alors une bonne recontextualisation historique et une reconstruction (mentale, pour bien faire comprendre) d'un système de valeurs révolu. 

C'est ce que dit, en gros, ce petit extrait (p. 288) du Théâtre et société dans la Grèce antique de Jean-Charles Moretti publié chez Le Livre de Poche (et ce qu'il dit vaut pour tout répertoire):

Il n'est pas interdit de se réjouir de [la] survivance du théâtre grec par des mises en scènes contemporaines du répertoire, mais ce serait confondre la «construction du savoir» et la «gestion de l'avoir» que de penser que les spécialistes de littérature classique devraient avoir la haute main sur ces entreprises. Libre à chacun de trouver à Œdipe des complexes ou d'utiliser Lysistrata pour réclamer la parité entre hommes et femmes, mais que l'on n'aille pas croire que de telles lectures de Sophocle et d'Aristophane sont historiquement fondées. La littérature dramatique grecque n'est ni moderne, ni actuelle; elle a été produite dans une société dont nous ne partageons plus beaucoup de valeurs. Seule la polysémie intrinsèque à tout message permet de lui attribuer des sens qui n'étaient pas ceux recherchés par leurs auteurs. Laissons donc tout un chacun relire Sophocle, mais ne confondons pas les réflexions de nos contemporains qui donnent un sens moderne aux pièces antiques et les études de ceux qui tentent de restituer leur sens originel.

C'est donc là un bon défi que de bien connaître la matière utilisée et de savoir quelle est la part de la réinterprétation!

dimanche 7 février 2021

Alors cette «Face cachée de la Lune»?

 

C'était présenté comme étant un événement théâtral: la présentation, sur différentes plateformes, de la pièce La Face cachée de la Lune de Robert Lepage en direct du Diamant, à Québec. Et pour l'occasion, le créateur et comédien des quelques cent premières représentations remonterait sur scène, en compagnie de Yves Jacques,  celui qui l'a remplacé depuis des années pour quelques trois cent autres soirées!

Les attentes étaient élevées pour plusieurs (après tout, Lepage n'est-il pas une sommité du théâtre technologique...)... et les déceptions nombreuses (après tout, Lepage n'est-il pas etc.), si je me fie aux nombreux commentaires pendant et après la diffusion: des nombreux problèmes techniques qui semblent avoir touchés les spectateurs jusqu'aux «ça manque de vie», «le rythme est brisé», «ce n'est pas aussi spectaculaire qu'en salle», «le théâtre c'est de l'art vivant», «la présence manque»... «ce n'est pas ça le théâtre!».

D'une part, j'ai particulièrement apprécié pouvoir voir ce spectacle (que je n'avais encore jamais vu), apprécié goûter l'ingéniosité du metteur en scène, sa façon quasi cinématographique d'aborder la scène, son intégration des technologies, sa construction dramaturgique.

Maintenant, qu'est-ce que j'ai vu hier? Du théâtre! Du théâtre qui cherche un moyen de se faire. Du théâtre autre. Car si la pandémie est éprouvante pour le milieu des arts vivants, elle lui aura donné un sacré coup de pied pour tenter de s'approprier de nouvelles façons de se diffuser. Et en cela, c'est admirable.

Donc hier soir, il y avait bel et bien, peu importe comment on tourne la question, rendez-vous, expérience commune, présence simultanée des comédiens dans un même lieu... ou une même plateforme. Il y a avait là une vraie expérience théâtrale. Les codes étaient théâtraux, avec toutes les conventions amenées par Lepage. Le rapport à l'espace. Le rapport à l'objet. Le rapport à l'esthétique général. Tout était théâtral. Le rapport à la scène était théâtral. Du moins, du côté du Diamant... dans sa salle vide.

Du côté des spectateurs, c'était, en quelque sorte, la même chose: rendez-vous, expérience de groupe, code théâtraux, etc... mais sur un autre mode de rencontre.  Ni simple retransmission. Ni télé-théâtre. Du théâtre autre

Les paramètres de la diffusion par voie numérique, avec ses forces et faiblesses, ont accentué ainsi les forces et faiblesses du théâtre. Bien sûr, on pourra questionner l'absence de l'effet de présence, d'autant que les regards des comédiens n'étaient jamais directement braqués sur les caméras, amoindrissant du coup l'effet d'être les interlocuteurs principaux. Bien sûr, on pourra questionner le fait que ces mêmes caméras, par les changements de plans fréquents, affectaient le rythme (je ne parlerai pas ici des publicités qui n'auraient pas dû trouver un chemin jusqu'à ce projet); affectaient la perception en retirant la possibilité d'avoir une vue globale, imposant un point de vue unique; affectaient le plaisir du spectacle. Bien sûr, on pourra - pour ceux qui ont pu voir la pièce en salle - comparer les deux versions avec une nette préférence pour la première.

Était-ce donc du théâtre? Oui. Du théâtre autre. Imparfait. Toujours en quête de la plus efficace des diffusions pour toucher le plus grand nombre de personnes. Plein de promesses. Comme il a toujours fait avec les différents médias qui sont apparus au fil des décennies. 

Moi, encore une fois, j'ai adoré pouvoir assister (sans aucun problème de connexion, chanceux que je suis!) à ce spectacle. Mon événement annoncé, je l'ai eu. Et je crois profondément que le théâtre a, dans ces expériences de toutes sortes, une exceptionnelle voie de démocratisation (comme le furent, en leur temps, la radio et la télé) et qu'il n'y perdra jamais son âme. 

samedi 16 janvier 2021

Du théâtre et de la distance...

Depuis quelques jours, sur les réseaux sociaux de gens de théâtre, circule cette citation de Romeo Castellucci, grand metteur en scène contemporain (déjà cité ici et ici), qui y va d'une charge contre le théâtre à distance:


Il est vrai que le théâtre est essentiellement un art de présence (acteurs et spectateurs) et d'échanges. Et il est vrai que ces éléments fondamentaux sont difficilement exportables vers un autre médium. 

Mais s'ils l'étaient?

Internet... le web... les médias sociaux et les différentes plateformes... ne sont-ils pas quand même à explorer? Les pistes actuelles, les essais (qui prennent malheureusement plus souvent qu'autrement la forme d'une simple captation diffusée) ne sont peut-être pas convaincants... mais il y a là, il me semble,  une voie à chercher, à construire. 

Pas pour la réinvention dont on nous rabat les oreilles depuis mars dernier. Pas pour plaire à des fonctionnaires qui n'ont que le numérique en tête et dans le discours. Pas pour succomber à un effet de mode. 

Mais parce que la technologie est là. Incontournable. Imparfaite, certes. Mais aussi immensément riche de possibilités. Alors pourquoi pas? Comment alors peut-elle être mise au service du théâtre? Comment le théâtre peut-il l'investir? Comment une nouvelle forme théâtrale peut-elle y germer, y croître, s'y développer?

Après tout, le théâtre n'est pas un dogme. Il n'est pas chose immuable.  Il est vivant. Il est polymorphe. Et il est surtout permis de le questionner, de le déployer autrement, de l'aborder sous différents aspects. Ne serait-ce que pour en tester les limites, les failles, les opportunités!

C'est ce qui le rend fascinant. Fort. C'est aussi ce qui en fait l'art interdisciplinaire par excellence!

C'est drôle parce que ces débats sur le théâtre et la distance n'est pas nouveau. Il a émergé avec l'arrivée de la radio. Du téléphone. Puis du cinéma. Puis de la télévision. Avec des réponses concluantes? Pas toujours. Loins s'en faut! Mais avec des nouvelles formes, de nouvelles propositions (radio-théâtre, télé-théâtre) qui ont fait date dans la petite histoire théâtrale. 

L'une des clés - et c'est le sujet de cet article paru dans La semaine de Radio-Canada du 6 juillet 1952 sur l'apport de la radio au théâtre... - reste l'ouverture...



lundi 12 octobre 2020

Prétention canadienne-française

Les Relations des Jésuites (que je n'ai pas encore lues... mais un jour!) rapportent que le Cid de Corneille fut joué au Magasin des Cent-Associés, le 31 décembre 1646, dix ans seulement donc après sa création. Cinq ans plus tard, on offrait Héraclius du même auteur pui, l'année suivante, le Cid à nouveau (réf: Le Théâtre québécois, instrument de contestation sociale et politique, de Jacques Cotnam, 1976). 

C'est sur ces faits historiques que l'écrivain Pascal Poirier (biographie ici) se permet alors, en mai 1886, le commentaire suivant (tiré de l'article Le théâtre au Canada, publié dans Nouvelles soirées canadiennes):

Constatons, en passant, qu'il est peu de pays au monde où le théâtre ait débuté par une pièce de valeur du grand chef-d'oeuvre de Corneille. Pourvu qu'elle se maintienne à cette hauteur, la scène canadienne va devenir la première de l'univers. Moins heureux que nous, les Grecs n'eurent pour premières que d'informes chansons où le dialogue, puis un troisième, puis un quatrième interlocuteurs finirent par s'introduire; et les Romains, encore moins favorisés, ne réussirent jamais à avoir de théâtre tragique à eux. Chez nos ancêtres franco-gaulois, la scène ne consistait, pendant des siècles, qu'en de grossières représentations appelés Mystères, Moralités ou Farces, faites à la brasse et jouées à la semaine, c'est-à-dire qu'une seule pièce durait deux ou trois jours. Ces pièces étaient à peu près aussi longues et devaient être aussi divertissantes qu'une discussion parlementaire sur les affaire du Nord-Ouest au 19e siècle.  

Peut-être est-ce un peu sévère... tant pour l'Antiquité que pour le Moyen-Âge! 

vendredi 10 juillet 2020

Une opinion qui se discute... et des coups de griffes!

Ce qui est bien, avec les vieux articles de journaux, c'est de constater, avec le recul des années, les fondements (ou pas) de telle ou telle opinion... la vision (ou pas) d'artisans convaincus sur le coup... l'authenticité (ou pas) des thèses... la pérennité (ou pas) des projets annoncés! 

Un trio de comédiens de passage à Chicoutimi en février 1970 y vont d'une entrevue percutante avec le journaliste du Soleil (publié le 10 février 1970):






mardi 31 mars 2020

Et ce radio-théâtre?

La semaine dernière, j'ai fait un billet (ici) sur le radio-théâtre, à l'occasion de la diffusion, sur les ondes de ICI Première, d'Encore une fois si vous permettez de Michel Tremblay (qui ne remplacera jamais, pour moi, la version de la création avec Rita Lafontaine et André Brassard).

Je me suis demandé si l'adhésion à ce nouveau genre théâtral, dans les années 30-40, avait été unanime... Le monde de la scène peut parfois cultiver farouchement son terrain de jeu! Alors je suis allé fouiner dans les bouquins pour tomber sur ce petit chapitre fort éloquent du grand acteur canadien-français Palmieri (de son vrai nom Joseph-Serge Archambault... avec une petite biographie ici):





J'imagine que c'est là une opinion partagée par plus d'un acteur (des purs et durs, il devait y en avoir quelques uns) de cette époque...

Ces questions sur ce qui fait l'essence (ou non) du jeu théâtral est fort intéressante... surtout en ce moment où mon groupe d'étudiants de l'UQAC (et moi par conséquent) sera  un peu confronté aux mêmes interrogations alors qu'il devra faire du théâtre dans un contexte de confinement: distanciation, diffusion par d'autres moyens que le contexte traditionnel, technologie... Ce sera à voir, à la fin du mois d'avril.

En attendant, pour les intéressés du radiothéâtre, il est possible, toujours sur Radio-Canada.ca, d'avoir accès à deux autres productions (bon... disons, deux balados-théâtre pour être plus contemporain...): Ici de Gabrielle Lessard (production Espace-Libre) et  Une maison de poupée de Ibsen (production Théâtre Denise-Pelletier).