Affichage des articles dont le libellé est 100 Masques. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 100 Masques. Afficher tous les articles

dimanche 12 avril 2026

Le Cabaret des péchés capiteux [Carnet de mise en scène]



C'est ce matin que commencent les répétitions pour le Cabaret des péchés capiteux, ultime (j'y reviendrai un autre jour) production estivale du Théâtre 100 Masques.

À chaque fois, il y a cette petite fébrilité de retrouver les collègues comédiens. De repartir la machine. De jeter les bases du ou des systèmes de conventions du projet à venir. De naviguer entre l'idée précise de départ et le flou toujours plus riche de ce que la répétition donnera par l'action conjuguée des diverses propositions et de l'impulsivité.

Mais avec ce cabaret, il y a ce plaisir (le même qui anime le travail sur les spectacles de Noël) d'y aller avec un jeu particulièrement frontal, un rapport impliquant fortement le spectateur. Un rapport de complicité. Un rapport de partenariat tacite entre la salle et la scène. Un rapport concret de réactivité de chaque côté. Parce que cette forme théâtrale commande cette porosité. Cet échange dynamique.

Au point où, en d'autres termes, le public doit intrinsèquement faire partie du spectacle. Chaque texte choisi, chaque saynète, chaque numéro sera conditionné par ce fait: il faut faire rire, faire réagir. Tout en restant ouvert à tout ce qui peut survenir pendant la représentation!

samedi 21 décembre 2024

Un bilan personnel

2024 aurait pu me voir allégrement avec de la broue plein le toupet. Mais heureusement - l'âge aidant! - celui-ci m'est presque devenu inexistant.

J'ai commencé l'année 2024 sur un nouveau chapitre professionnel: après presque huit ans au Côté-Cour et cinq au Festival des musiques de création, le moment était venu de me recentrer sur ma pratique théâtrale. 

C'est comme ça que je me suis retrouvé à la direction du Théâtre Les Amis de Chiffon et que je suis aujourd'hui au terme d'un premier tour de calendrier. Ce fut une année bien chargée avec la prise de repères au sein de l'organisme; le rassemblement et l'absorption des données et des informations; l'analyse du portrait organisationnel; la définition de ma vision (terme un peu pompeux pour décrire ce processus d'enracinement); la mise en place d'un projet de programmation pluriannuelle; la rédaction de la demande de Soutien à la programmation du CALQ (pour 2024-2028) et d'autres de paliers divers; du ménage et encore du ménage (au sens propre - du bureau aux entrepôts en passant par l'atelier - et au niveau de la gouvernance - avec réactualisation de politiques, révision des règlements généraux, adoption d'un plan d'action stratégique, etc.). 

Bref, une année de (ré)organisation.

En janvier et février, au moment même où le tourbillon de la nouveauté m'étourdissait, la médiation allait bon train dans les écoles en vue de la tenue de deux spectacles - en représentations scolaires - au Côté-Cour: Baluchon et Ribambelle marionnettes... mais bien que tout nouveau directeur du TAC, j'ai manqué ces représentations pour assister, en Belgique, aux lectures publiques de mon texte Les mains anonymes.

En mars, tout plein de fébrilité et de hâte, de craintes et de doutes, j'ai remisé un temps - jamais très longtemps - un sournois sentiment d'imposteur qui se développait pour me lancer, avec toute un équipe de collaborateurs, dans un premier spectacle marionnettique destiné aux enfants. Échelonné sur neuf mois, nous avons enchaîné rencontres et séances de travail (collectives et personnelles), laboratoires de validation, blocs de répétitions et d'exploration des manipulations, réécritures, nouvelles consignes, développement d'une esthétique, promotion (eh oui, parce qu'il fallait dès avril, vendre ce projet aux Centres de services scolaires), finalisation des différents volets pour aboutir à cette Ésopette ou les fables rapiécées qui a reçu, récemment, près de 1600 spectateurs.

De quoi occuper son homme! 

Mais en parallèle, le Théâtre 100 Masques m'a aussi gardé bien en forme! 

2024 a été - bien qu'occupée - une année somme toute normale avec cette compagnie à la mécanique bien huilée où j'occupe la direction depuis 2007. Avec mes différentes équipes, nous avons aligné trois productions (Comtesse en mars, George Dandin en juillet et avec une reprise en septembre pour le Cégep de Jonquière, La petite chose aux allumettes en décembre), quatre séries de formations (les ateliers scolaires, les ateliers Tous en scène en collaboration avec le CIUSS et Ste-Justine, les camps de théâtre thématiques et les ateliers réguliers) et deux éditions de L'Heure du théâtre en collaboration avec les Bibliothèques de Saguenay (une sur les mythes associés à Molière et une sur la préhistoire du théâtre au Québec). 
 
2024 se résume finalement en bien peu de mots qui font néanmoins un projet de vie intense: du théâtre, du théâtre et du théâtre!



vendredi 17 mai 2024

Quand «George Dandin» jouait dans la région

Se promener à travers les archives (merci BAnQ!) permet de retracer les contours de la pratique théâtrale régionale au fil des années. Ainsi, à quelques semaines de présenter notre version de George Dandin d'après Molière, voici quelques autres productions de la même pièce par nos prédécesseurs...

... par le Centre dramatique du Nord-Est que je ne connaissais pas mais que j'ai trouvé ici p.25 (où le personnage est tenu par Jacques Brassard qui sera député pendant longtemps) (Progrès-Dimanche, 27 janvier 1968 et 3 mars 1968):



... quelques extraits présentés par les étudiants du Frou-Frou (Le Quotidien, 23 décembre 1980):


... et par les Têtes Heureuses (Progrès-Dimanche, 27 avril 1986):


... et de cette même production, on en dit (Progrès-Dimanche, 4 mai 1986):

jeudi 16 mai 2024

Pourquoi «George Dandin» d'après Molière?


Actuellement, je travaille, avec toute mon équipe, à la mise en scène de George Dandin... que nous présenterons d'après Molière. 

Qu'est-ce à dire? 

C'est dire que nous ne prendrons pas le parti littéraire de la pièce... au grand dam peut-être des puristes. Mais qu'importe. Nous plongeons dans ce texte à partir de notre propre oralité. Si les personnages, le cadre de l'intrigue, le schéma des échanges restent identiques, si les enjeux restent les mêmes, certaines expressions et une partie de la syntaxe sont fortement réappropriées par les comédiens. 

Pourquoi? 
  • D'abord pour rapprocher ce texte de notre réalité orale.
  • Pour accentuer l'identification.  
  • Puis pour retrouver une certaine vigueur de la langue dans cette comédie qui est particulièrement acerbe (et comme toute bonne comédie, le rythme est essentiel).
  • Pour rehausser les effets comiques de certaines répliques.
  • Pour prendre Molière à bras-le-corps et l'entraîner sur notre scène, aujourd'hui, en 2024. 
  • Parce qu'enfin, d'un point de vue vaguement idéologique, cette langue moliéresque, en 1668, ne sonnait pas comme le classicisme la fait entendre aujourd'hui (voir cet extrait d'une production du Bourgeois Gentilhomme montée comme à l'époque). Elle fut d'abord et avant tout puissamment scénique, pour des comédiens de leur époque, avant que les couches de vernis s'accumulent.
Adaptation? Non. Ajustements langagiers. Alors est-ce toujours du Molière? Moi je dis que oui. Mais il se fera entendre autrement.

Avec le Théâtre 100 Masques, au cours des dernières années, nous avons fait souvent ce type d'exercice: avec les Farce médiévales (2016), avec Le Père-Noël est une ordure (2019), avec Bas les masques! (d'après Un curioso accidente de Goldoni) (2022).

lundi 13 mai 2024

«George Dandin» aujourd'hui...


Quel résonance peut bien avoir George Dandin aujourd'hui? 

Outre sa charge vindicative contre la préciosité des gens, la fourberie des caractères, l'hypocrisie des relations (tous des éléments moliéresques qui traversent le temps), cette pièce - écrite en 1668 -  pourrait fort bien (et fort facilement) aborder un sujet fort actuel depuis la parution de Rue Duplessis de Jean-Philippe Pleau: le transfuge de classe. 

Parce qu'à la base, tout ce texte est construit, en un sens, sur ce principe brillamment illustré par Pleau: George Dandin - paysan riche - a payé les dettes d'une famille d'aristocrates déchus pour s'élever à leur niveau et épouser leur fille. Passer d'une classe à l'autre (dans ce cas, par l'argent et non par l'éducation). Changer de milieu. Avec le clash constant entre ce qu'il est, ce qu'il voudrait être, ce qu'on veut qu'il soit. 

À quel prix ce changement de classe s'effectue-t-il? C'est ça, George Dandin. Dans le cas du personnage principal (homme malhabile), ça se fera au prix d'un bonheur conjugal inaccessible (par sa faute), d'une déloyauté et d'une humiliation aux multiples sources à coup de répliques acerbes, d'atermoiements et de raisonnements lucides. 

C'est un belle comédie. Qui grince. Qui égratigne.

vendredi 22 décembre 2023

Me revoici!

Depuis plusieurs années, je me partage entre la pratique (quand même constante) et la gestion culturelle... et cette dernière partie se fait au sein d'autres organismes qui demandent du temps... beaucoup de temps... à savoir la SALR (2014-2016), le Côté-Cour (2016-2023) et le Festival des musiques de création (2019-2023). À cela s'ajoutent également de nombreuses charges de cours à l'UQAC. 
Bref, les chapeaux sont nombreux. 

Et malgré tout, le théâtre reste omniprésent dans ma vie courante, que ce soit par la lecture (de revues, d'articles, d'essais, de pièces) ou l'écriture. Si ce n'était de la cuisine - autre dada - il prendrait toute la place. 

L'envie était donc forte - surtout au sortir de la pandémie et de la fatigue sanitaire - non pas d'y revenir (puisque je n'ai jamais arrêté) mais de m'y consacrer entièrement. Et les circonstances m'ont ouvert une porte.

Ainsi, dans les derniers jours, j'ai quitté et le Côté-Cour et le FMC puis j'ai donné mon dernier cours (mais ici, c'est une autre histoire sur laquelle je reviendrai subséquemment) pour prendre, à compter de janvier, la direction du Théâtre Les Amis de Chiffon! 

Finis les détours. Que du théâtre. Que de la pratique (enfin, bien sûr, par une gestion mais cette fois uniquement reliée à mon domaine professionnel). Entre le théâtre jeunesse (le TAC) et le théâtre de répertoire (le Théâtre 100 Masques). Retour également dans un lieu qui m'est cher malgré ses défauts: le Centre des arts et de la culture de Chicoutimi. 

Et avec aussi l'espoir de revenir ici, plus actif! Car ce blogue est aussi un témoin du temps dont je dispose et de mes occupations diverses! 

samedi 5 novembre 2022

[Carnet de mise en scène] De l'espace scénique...

  


Depuis quelques jours/semaines, je travaille avec Christian Roberge, qui agira comme scénographe pour la prochaine production du Théâtre Mic MacTu te souviendras de moi de François Archambault. Avec Christian, il s'agira, si je compte bien, de notre douzième collaboration. Et c'est toujours très stimulant de travailler avec lui! 

Partir de zéro... enfin, du texte. Chacun de notre côté. Lire et relire. Puis se laisser imprégner de l'univers. Ensuite vient la première rencontre. Où nous livrons notre vision de la pièce. Où nous traçons les grandes lignes de la conception scénographique à venir: ce qu'il voit, ce que je ne veux pas, ce qu'il me faut. 

C'est une relation de confiance qui nous laisse l'espace nécessaire pour nous surprendre et nous pousser plus loin l'un l'autre. Et une affinité théâtrale qui nous mène rapidement sur une même longueur d'ondes!

Partir du texte, donc. Puis voir comment les idées esthétiques - architecturelles, conceptuelles, fonctionnelles - s'inscriront dans le théâtre. Voir comment elles se déploieront sur la scène. Voir ce qu'elles diront de l'univers (quand nous aurons défini cet univers!). Voir comment elles pourront être exploitées. C'est là, la nature de cette collaboration. Tout ça sur fond de créativité. D'imagination. 

C'est la mise en commun d'idées. Puis le créatif exercice de confrontation, de questionnement, de retouche et d'ajustement, de dépassement de notre propre idée. C'est un travail d'échanges entre les images inspirantes, les croquis, les considérations dramaturgiques, les plans et les maquettes. 

Déjà les idées fusent!

Ce volet de la production se fait bien en amont de la vraie rencontre avec les comédiens (qui ne se fera qu'en janvier 2023) pour que j'aie le temps de me positionner sur la pièce et sur l'espace afin que je puisse entreprendre les répétitions dans un lieu scénique (le décor) que je maîtrise.

Parallèlement avec ce projet, je retrouve également une autre collaboratrice régulière pour un autre projet théâtral, Sophie Châteauvert, qui se charge de l'esthétique du prochain spectacle du Théâtre 100 MasquesUne nuitte avant Noël et du vêtement de scène (quasi scénographique) que portera Guylaine Rivard dans la reprise de la pièce Les Mains anonymes.

C'est aussi une relation de confiance et de plaisir... bien que le fonctionnement est un peu différent. Comme je suis le directeur artistique de la compagnie, le metteur en scène et, dans ce cas-ci, l'auteur du spectacle, j'arrive à la table avec une conception générale plutôt détaillée qui dresse déjà les contours esthétiques recherchés. 

Est-ce dire qu'elle se retrouve avec une conception déjà faite? Que non.  Parce qu'elle est souvent associée au projet avant même son élaboration! Du coup, nous partons souvent sur des lancées artistiques sur ce qui serait intéressant d'explorer. 

Avec mon idée détaillée commencent alors les multiples discussions sur le comment faire. Et c'est là que l'expérience de Sophie entre en jeu: comment faire encore mieux! Et le même jeu revient: croquis, dessins, maquettes, confrontations, questionnements, ajustements! 

Ce sont des conceptions évolutives. Du début des échanges jusqu'aux représentations. Avec pour  résultat des conceptions efficaces, souvent éloignés des premières idées de départ! 

Bref, deux modes de fonctionnement un peu différents qui rendent le théâtre si intéressant à faire!

mardi 18 octobre 2022

[Carnet de mise en scène] Une nouvelle version scénique...


En janvier 2023, je donnerai - toujours avec le Théâtre 100 Masques - une troisième version scénique de ma pièce Les Mains anonymes (après une première version en novembre 2016 et une seconde en février 2018) racontant, en huit tableaux poétiques, les affres humaines d'une Médée qui se dit, mot à mot, dans toute sa virulence et son horreur.

J'y reviens parce que les circonstances (plus de détails à venir) m'ont fait revenir sur ce texte pour le peaufiner, le réviser. 

Et tant qu'à y être, l'envie de le reprendre en la scène a vite pris le dessus! 

C'est comme ça qu'hier s'est effectuée la première rencontre de travail avec une nouvelle comédienne et non la moindre - Guylaine Rivard! - qui succède à Erika Brisson.

C'est très stimulant de revenir à un projet et de lui redonner une nouvelle vie en faisant table rase des versions antérieures. 

Repartir de cette même écriture qui place le personnage dans une lancinante obsession. Dans un souvenir omniprésent et tétanisant.  Une redondance toute de tensions, de douleurs, de remords, de honte, de violence. Mais me donner la possibilité de retrouver une virginité scénique. De repenser le spectacle en fonction d'autres paramètres importants comme une nouvelle voix, un nouveau corps, une nouvelle présence. 

Une Médée palimpseste. 

La même... mais autre. Assurément.

Après cette première rencontre avec Guylaine où nous avons discuter de différents enjeux dramatiques, du texte et de ses implications, s'enclenchera bientôt l'exploration du jeu: quel phrasé? quel rythme? quel ton? quel volume? quel débit? quelle relation avec le spectateur? quel(s) geste(s)? quelle(s) action(s)? 

Et enfin, quelle esthétique?

Et c'est là où le théâtre commence tout doucement à poindre! 

Ça fera du bien de sortir de la comédie...!

lundi 3 octobre 2022

[Carnet de mise en scène] Un texte de base...

 

Hier matin, j'ai mis un premier point final à la version 0 du prochain spectacle de Noël du Théâtre 100 Masques: Une nuitte avant Noël.

En quelques jours, j'ai esquissé la trame narrative tout en définissant les personnages qui seront en action tout au long du récit: onze tableaux pour vingt-et-un personnages!

Celui ou celle qui lirait le texte actuel serait sans doute perplexe. C'est brut. C'est sans subtilité. Un peu sec. 

À l'entrée des répétitions, nous aurons, en quelque sorte, le cheminement du point A au point B. La route principale. Mais - et c'est là que le plaisir commence - ce sont les détours et les chemins de traverses que nous prendrons qui donneront la couleur et le ton général de cette pièce! Ce texte n'est pas une oeuvre littéraire. C'est d'abord et avant tout une matière de travail, une matière malléable. Un canevas détaillé pour nous donner un fil à suivre mais qui permet aussi et appelle fortement les parenthèses, les digressions, les ajouts. 

Le travail de la mise en scène sera oui de donner une forme à tout ceci mais surtout de rester attentif aux propositions, aux blagues spontanées qui seront revues et intégrées, aux idées lancées à brûle-pourpoint et qui apporteront de nouvelles perspectives et ouvertures à la production.

Car c'est dire qu'il manque, pour le moment, cette vivacité apportée par la scène, cette émulation entre l'équipe pour les multiples clins-d'oeil a l'actualité, aux faits divers, aux films! Ce n'est pas une création collective à proprement parler... mais ça en a tous les attributs! 

Cette petite quarantaine de pages (incluant les chansons) ne demande plus qu'à être mise en bouche, mise en action! Éprouvée! 

Et c'est dans cet exercice que tout ce texte prendra l'envergure nécessaire à un spectacle comique et éminemment public! 
_____________________________________________

Les billets sont déjà en vente ici pour ce spectacle qui sera présenté les vendredi et samedi, 2 et 3 décembre 2022 à 19h et le dimanche, 4 décembre 2022, à 15h. Et c'est au Côté-Cour que ça se passe!

samedi 24 septembre 2022

[Carnet de mise en scène] Un autre projet sur la table...


Avec l'automne qui vient de prendre ses quartiers, il faut maintenant s'atteler à une tâche beaucoup plus exigeante qu'il n'y paraît: concevoir le traditionnel spectacle de Noël du Théâtre 100 Masques! Le quinzième! Le défouloir par excellence d'avant les Fêtes! 

C'est, à chaque fois, une véritable création en concentré.

La première étape est de savoir avec qui ce travail se fera. Parce qu'il se moulera sur des personnalités, des dynamiques, des complicités. 

La seconde est d'avoir une idée générale de départ, un canevas, qui guidera la création sur une ligne narrative riche ou, à tout le moins, potentiellement inspirante! Pour l'édition 2022, c'est vers le conte La nuit avant Noël de Clement Clark Moore que je me suis tourné afin de placer ce spectacle sur le mode de l'attente intenable, de la fébrilité de quelque chose qui s'en vient, de l'espérance du lendemain... ouvrant la porte à tant de possibilités de quiproquos, de surprises, de contrariétés jouissives. 

Cette histoire (qui prendra peut-être 50% du temps de la représentation... soit environ 30-35 minutes) n'a pas la prétention d'être fidèle à l'originale... Elle se fait plutôt trame sur laquelle se grefferont des références cinématographiques de Noël, des références à l'actualité et surtout, des chansons. 

Les chansons parodiques de Noël sont associées à ces spectacles depuis le début. Elles composeront l'autre 50% de la représentation.  Le répertoire compte actuellement une trentaine de morceaux grinçants, grivois, drôles. Chaque année - et c'est la troisième étape! - j'en sélectionne une dizaine parmi celles existantes en essayant de varier d'une année à l'autre... bien que certaines reviennent régulièrement. Chaque spectacle en compte une douzaine... c'est donc dire qu'à chaque année, je garde de la place pour au moins deux nouvelles compositions.

La quatrième étape est de coller tous les morceaux ensemble: le texte - l'histoire - servira, en fait, de pont entre chacune des chansons jusqu'à la conclusion. Ici c'est le tricotage.

Soit à partir d'un simple plan avec une écriture en direct du plateau... soit à partir d'un plan, oui, mais en écriture collective avant les répétitions... soit, toujours à partir d'un plan, par l'écriture de la pièce en amont du travail avec les comédiens (c'est ce qui a été fait les deux dernières années... avec une pièce de départ qui, sera développée, rehaussée, travaillée à la scène avec les différentes propositions qui surgiront). C'est cette dernière option que je vais retenir encore une fois.

La cinquième étape, c'est la plus flamboyante et la plus épuisante (souvent à cause des rires à gérer): la création à proprement parler.  La mise en forme d'un spectacle d'environ 60 minutes. Le développement des personnages. Du bouillonnement d'idées. De l'aspect visuel à  déployer. C'est là où ça va vite. Trop vite. C'est là où c'est intense et concentré... parce que tout ça se passe sur quelques semaines à peine! 

Enfin, la dernière étape, ce sont les représentations toujours au nombre de trois. Bien que déjantées, se déroulant dans une ambiance festive aux arômes de biscuits et de chocolat chaud (parce que cette autre tradition est aussi maintenue depuis quinze ans!), elles n'en demeurent pas moins une partie du travail de la création. Avec de nombreux ajustements, de modifications, recherche d'impact. 

Voilà le fonctionnement de ces spectacles du Théâtre 100 Masques. J'en suis à peu près à la quatrième étape... le boulot m'attend.

mercredi 7 septembre 2022

Une année théâtrale chargée...

La saison 2022-2023 sera, de mon côté, théâtralement chargée. Le tout pourra sembler conséquent - et ça l'est! - mais ce n'est pas tant différent que les années précédentes où le théâtre prend, dans ma vie quotidienne (que je notamment entre trois organismes culturels), une place prépondérante. Et ce, tant dans la pratique que dans la lecture et la recherche.

Alors voici un peu comment mes prochains mois se déclineront....

Ça commencera avec UNE NUITTE AVANT NOËL... Ce sera là le 15ième spectacle de Noël du Théâtre 100 Masques. Une petite production (maintenant traditionnelle!) qui nous permet de nous éclater, d'écrire une histoire à même le plateau et la mise en scène, de retrouver notre répertoire de chansons parodiées qui allient grivoiserie et vision grinçante des Fêtes. Un petit intensif de jeu, de personnages, de cohérence.

Presque au même moment, je me lancerai dans la troisième version scénique - qui aboutira à la Rentrée hivernale - de mon texte LES MAINS ANONYMES, une version monologique du mythe de Médée qui sacrifie ses enfants sur l'autel de son amour ravagé. Un texte que j'apprécie particulièrement.

À l'automne je jetterai les bases (distribution et conception) de la pièce TU TE SOUVIENDRAS DE MOI de François Archambault que je mettrai en scène pour le compte du Mic Mac. Ce sera, du même souffle, mon dixième passage au sein de l'institution robervaloise au cours des vingt dernières années. Des retrouvailles, en quelques sortes...

Enfin, je terminerai par la production estivale 2023 du Théâtre 100 Masques qui porte présentement le titre temporaire de THÉÂTRE D'ÉPOUVANTE! C'est un retour, là aussi, à un répertoire que j'affectionne particulièrement: le Grand Guignol! Du plaisir, des rires et bien de l'hémoglobine sont au programme!

samedi 14 mai 2022

De la réécriture d'après Goldoni!


La production estivale 2022 du Théâtre 100 Masques est en répétition. Au départ, il était question de prendre le texte original (enfin, une traduction) de Goldoni, Un curioso accidente, et d'en faire une mise en scène inspirée de la commedia dell'arte.

Le genre - tout pétri de vivacité, de spontanéité - a, en quelque sorte, appelé un travail de réécriture pour retrouver une musicalité, du ici et maintenant, du présent en cours. Pour retrouver une oralité propre à une immédiateté, toute mise en scène soit-elle. Et cette réécriture a été plus radicale que prévue.

Rapidement, le parti pris d'un langage très québécisé - voire même exagéré - s'est imposé. Quelque chose qui casse le ton littéraire, qui s'accorde mieux au naturel du comédien en action qui échange  avec le spectateur. Parce qu'avec le genre choisi vient également ce besoin de complicité avec le public, ce lien direct avec le parterre.

Une adaptation donc. Avec bien du gommage, bien des ajouts, bien des clin-d'oeils. Avec des tournures de phrases colorées et des permissions langagières nombreuses. Avec une réappropriation du texte. À tel point que celui que nous avons en main - et retitré Bas les masques! - sera pratiquement, au final, une création!

Et pourtant...

Malgré les aisances que nous avons pris avec le matériel textuel, l'argument de Goldoni reste le même: la mariage contrarié de deux amoureux par des parents opposés. Le classique d'entre les classiques! Ce sont les couples de Molière, de Corneille, de Marivaux! Un argument - vieillot, oui... mais toujours porteur d'embûches! - qui ne sera, ici, qu'un prétexte à des jeux de scène! 

L'articulation du récit reste la même, avec la même progression, les mêmes quiproquos, le même dénouement. Et  tout ça, en respectant, en un sens, les mêmes considérations: dans la pièce originale, il y a, tout au long de l'histoire, des tiraillements entre Hollandais, Français et Italiens qui nous ouvrent grand la porte à nos de guerres de clochers et préjugés bien locaux! 

Le tout passé à la moulinette du rythme. Chaque scène a été resserrée autour de l'essentiel, du squelette de l'enjeu dramatique. Les répliques (réécrites) ont été ciselées pour accélérer les échanges, pour les rendre plus prompts... bref, pour puncher. C'est mordant. C'est grinçant. Comme ça l'était aussi dans le texte original, dans les interstices de la littérature!

Les personnages restent les mêmes avec leurs caractères. Toutefois, par le jeu de la transposition/adaptation, par le jeu du langage, ceux-ci sont grandement exacerbés. Ce sont des personnages forts qui ne font pas dans la dentelle et qui ne s'empêtrent pas dans les nuances! 

Le résultat, en salle de répétition, est jouissif. C'est drôle et énergique... et toujours extrêmement proche de l'esprit de la pièce de Goldoni! 

mardi 5 avril 2022

Et un nouveau projet débute!

La commedia dell'arte doit avoir une approche dynamique. Complètement investie dans le corps (masqué!) et dans la bouche du comédien. Complètement présente et construite sur des échanges - verbaux et physiques - vifs et agiles, spontanés et pétillants. Improvisée? Non pas tant. Élaborée dans une langue - quand même écrite en un sens - proche de l'oralité, avec un corps lui aussi vivant mais ses codes scéniques bien ancrés. 

Ce sont là les points essentiels de ce vers quoi je tends dans la prochaine production du Théâtre 100 Masques à partir d'une oeuvre de Goldoni, Un curioso accidente.

Une prise de texte qui change la littérature classicisée en une orature bien québécoise... bien que toujours collée à sa source. Une prise de corps qui s'inspire des canons de la commedia sans s'y empêtrer. Une prise de plaisir des planches et de la complicité avec le spectateur.

Ce sont là les cadres que nous nous donnons.


dimanche 13 mars 2022

Au théâtre, cette semaine! [Du 13 au 19 mars 2022]


Voici ce qui est au programme cette semaine, sur le territoire, dans le fabuleux monde du théâtre régional:

LUNDI À JEUDI - 14 AU 17 MARS 2022 - 9H40 ET 13H40
CÔTÉ-COUR (JONQUIÈRE)


Le Théâtre des Amis de Chiffon donnera une série de représentations scolaires de son spectacle Baluchon: C’est au contact des vieux objets amassés dans le grenier de la maison ancestrale, que MAXIMADULTE plonge dans ses souvenirs. MAXIMENFANT apparaît alors dans ce même lieu, en pleine colère à la suite du retrait de sa tablette électronique. Comment ce personnage réussira-t-il à gérer cette crise ?


MERCREDI À SAMEDI - 16 AU 19 MARS 2022 - 20H
SALLE PIERRETTE-GAUDREAULT (JONQUIÈRE)
[DERNIÈRE- DE TROIS - SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS]


La Rubrique nous revient avec sa nouvelle création: Mashinikan - Le livre. La pièce raconte l’histoire de Kukum, une grand-mère Innue, et de sa rencontre avec sa petite-fille Kaylie. En quête de réponses sur son passé et ses origines, Kaylie recevra de sa grand-mère un mashinikan, un livre écrit par son père disparu 20 ans auparavant. Que découvrira-t-elle au sujet de son père entre ces pages? Jusqu’où une mère est prête à aller par amour pour ses enfants? Au fil de la pièce, l’auteur nous fera naviguer dans le passé, le présent et le futur entre la langue Ilnu et le français. C’est en abordant des thèmes universels, tels que l’amour et la famille, que Marco Collin créera un pont entre la culture autochtone et allochtone. Pour informations, ici.

VENDREDI - 18 MARS 2022 - 20H
SALLE DESJARDINS/MARIA CHAPDELEINE 
(DOLBEAU-MISTASSINNI)


Le Comité des Spectacles de Dolbeau-Mistassini présentent Guylaine Tremblay et son spectacle J'sais pas comment, j'sais pas pourquoi: Guylaine Tremblay vous propose une incursion dans le monde d’Yvon Deschamps. Elle vient nous trouver avec un projet très intime qu’elle caresse depuis fort longtemps. Un projet qu’elle a secrètement dans la peau et dans le cœur depuis très longtemps. Une façon de se raconter, de passer en inventaire des moments charnières de sa vie à travers cette grande affection et admiration pour Yvon Deschamps. Carte blanche en main de la part de ce grand poète, Guylaine Tremblay nous promet un spectacle où elle témoigne en paroles et en chansons, du formidable professeur de vie, que probablement sans le savoir, Yvon Deschamps a été pour elle et pour nous. Informations ici.
___________________________________________-

Sinon, le Théâtre 100 Masques est en pleine période d'inscriptions pour ses camps de théâtre thématiques 2022.


Pour savoir ce que les compagnies saguenéennes sont entrain de faire, consultez le site Théâtre Saguenay.



vendredi 7 janvier 2022

Les morts sacrilèges - genèse du projet


LES MORTS SACRILÈGES – CABARET TRAGIQUE est un projet de longue date pour le Théâtre 100 Masques, qui a connu de multiples évolutions depuis sa genèse. Un projet sur les traces de l’absolutisme des sentiments provoqués l’orgueil et de la trahison. Une quête de l’humanité dans toute son horreur.

Le projet prend donc son envol, sous une autre forme que celle envisagée.

D’abord, il y a quelques années, j'avais jeté mon dévolu sur le PHÈDRE de Racine. Lectures, analyses, ébauches de projet s’accumulaient… mais en vain. Il faut dire que le défi théâtral est important tant la forme est écrasante. Mais plus encore, dans ce récit par ailleurs fabuleusement écrit, les personnage d’Hippolyte et de son amante, Aricie, m'ont toujours parus superficiels, amoindris qu’ils sont dans une bête histoire d’amours contrariées. Les questionnements sur ceux-ci étaient nombreux.

Mes recherches m’ont donc mené vers les sources antiques du mythe, dont la version d’Euripide (écrite autour de 428 av. J.-C.). Dans celle-ci, titrée HIPPOLYTE PORTE-COURONNE, si Phèdre est toujours présente, le personnage pivot est justement le beau-fils en question. D’Aricie, aucune mention.  Il est montré dans toute sa splendeur : fougueux et fier, il n’a d’yeux que pour Artémis - déesse de la chasse -, refuse tout contact charnel et émotionnel avec une femme et, en ce sens, méprise royalement Aphrodite et ses disciples. C'est d'ailleurs pour ça que cette dernière - car oui, les déesses sont présentes et s'exposent - mettra en branle sa vengeance en instrumentalisant la pauvre belle-mère, déjà maudite par les antécédents de sa famille. Hippolyte est donc entier, tranchant, vindicatif, sans pitié. Devant lui, Phèdre succombe à sa passion et la fureur l’emplit. Du coup, les personnages acquièrent une toute autre dimension qui donne, à cette version, une cruauté troublante, féroce.

Après avoir parcouru plusieurs traductions de ce texte, il est vite apparu qu’aucune n’était tout-à-fait satisfaisante : souvent pompeuses, verbeuses, empêtrées dans une écriture désuète (celles que j'ai lues étant généralement écrites entre 1850 et 1900). C’est ainsi que l’idée de réécriture s’est imposée d’elle-même. Et plus encore, de travailler le texte de façon à pouvoir le faire porter par deux comédiens uniquement, dans une envie de créer une forte partition textuelle où l’interprète, de scène en scène, doit changer de rôles et revêtir les dynamiques soit du dominant, soit du dominé. Parce que dans ce jeu funeste qui se déploie, Phèdre, Hippolyte, Thésée, les déesses et même les serviteurs peuvent, au final, s’interchanger tant ils sont, au fond, pétris de ce même feu de l'orgueil qui couve et qui les consume inéluctablement. Effroyablement.

Sur une année (en 2017), j'ai, à partir des traductions existantes, recoupé le récit en 10 épisodes faisant alterner monologues et duos. Chaque réplique a été revue, comparée, sectionnée, allégée, minimalisée pour rester très près du squelette narratif, dans une ciselure quasi chirurgicale. Plusieurs passages, dont les choeurs, ont été gommés alors que d’autres ont été réécrits. (J'estime ainsi la proportion:  60% de texte original - si on peut dire - et 40% d'apport personnel.)

Une thématique s’est imposée d’elle-même tout au long de ce travail : le déchirement de l’intime sur l'autel de l'orgueil, chaque épisode étant ou une confession, ou une profession de sentiments, ou un repentir. Ce dévoilement, dans ses multiples formes, devient le véritable moteur dramatique, le déclencheur et le combustible de cette destruction annoncée.

Il en résulte un texte, LES MORTS SACRILÈGES, aux rythmes et syntaxes résolument contemporains, profondément rattaché aux échos de sa source antique d’il y a 2500 ans. Une partition énergique, prête à prendre vie avec vigueur et force. Et c’est à lui que nous voulons confronter nos expériences et nos envies scéniques!

Nous - moi et mon équipe de travail - en ferons donc une mise en lecture contemporaine très théâtralisée, aux allures d'un cabaret tragique!

Nous miserons sur cette forme parce que je crois fermement que la thématique de ce projet, telle que définie plus haut, trouvera, dans un tel contexte (présenté à l’Espace Côté-Cour,) peu conventionnel pour ce type de texte, un écrin intimiste, une proximité avec le public qui ne pourra que le servir. 

D’emblée, le cabaret vient avec un potentiel artistique puissant, décomplexé qui déconstruit et reconstruit ses propres codes, étalant également l’aire de jeu jusqu’à la salle. Chacun des dix épisodes de la pièce LES MORTS SACRILÈGES pourra, indépendamment des autres, trouver sa résolution scénique, en faisant intervenir différents moyens :
  • l’usage d’accessoires (objets, vêtements, mobilier);
  • l’usage de lumières de différentes origines (chandelles, torches, lampes, spots, blacklights, etc.);
  • l’usage de projections (que ce soient des images filmées spécifiquement pour ce spectacle, ou d’extraits de films, ou de créations numériques);
  • la création d’espaces sonores par la conception ou l’usage de micros et de programmes de transformations vocales.
Il ouvre ainsi un cadre de création qui allie efficacement le jeu traditionnel à la performativité contemporaine… essentiel à ce type de production syncopée, où les interprètes porteront plusieurs personnages, à coups de transformations à vue, de travail physique et corporel, d’accessoires évocateurs, d’effets produits par les technologies.

Il va sans dire qu’un jeu de monstration sera privilégié, rhapsodique. Une quête de virtuosité pour les comédiens qui devront passer d’un état à un autre avec justesse, avec célérité et efficacité.

Qui dit cabaret dit aussi forte présence musicale. Si les choeurs de la version originelle sont disparus, le projet LES MORTS SACRILÈGES – CABARET TRAGIQUE fera tout de même intervenir – tant entre les épisodes qu’ à l’intérieur d’eux - une autre entité, musicale et sonore!, ayant pour objectif de porter un point de vue extérieur sur l’action, les personnages, les enjeux dramatiques. 

Voilà ce que je veux faire avec ce projet.

Ainsi, au lieu de la constitution d’un univers scénique unique, LES MORTS SACRILÈGES – CABARET TRAGIQUE convoquera plutôt un cadre alternatif aux possibilités multiples qui prendra place, avec, sous-jacente, l’hybridation des genres, des formes. Et c’est comme ça que le Théâtre 100 Masques télescopera à nouveau l’Antiquité avec le monde d’aujourd’hui, pour faire vibrer à nouveau le spectateur, le frapper de plein fouet avec cette histoire dont on n’en a jamais assez!

29, 30 et 31 mars 2022, 20h
Espace Côté-Cour
Textes, mise en scène et conception générale: Dario Larouche
Comédiens: Erika Brisson, Bruno Paradis
Environnement sonore: Gabriel Gagné Gaudreault

mercredi 5 janvier 2022

Les prochains mois au Théâtre 100 Masques


2022 débute à peine que déjà le calendrier du Théâtre 100 Masques - que je dirige aussi - se remplit d'activités de toutes sortes... dans un contexte pandémique et sanitaire qui lui, peut toutefois entraver les bonnes intentions!

Il y aura d'abord, dès que nous le pourrons, ouverture des inscriptions pour une session d'ateliers réguliers (de dix semaines), destinée aux jeunes de 8 à 14 ans.

Le 27 février, je présenterai une édition spéciale de L'Heure du Théâtre, en collaboration avec les Bibliothèques publiques de Saguenay, consacrée aux différentes versions de Phèdre dans l'histoire théâtrale, de l'antiquité à nos jours (Euripide, Sénèque, Robert Garnier, Jean Racine, Jacques Pradon, Sarah Kane). Cette activité mettra la table au projet suivant.

À la fin mars (les 29, 30 et 31), le Théâtre 100 Masques présentera, au Côté-Cour, Les Morts sacrilèges, une mise en lecture fort théâtralisée sous forme d'un cabaret tragique, du texte du même nom que j'ai écrit à partir de plusieurs traductions de l'Hippolyte porte-couronne d'Euripide (et de mon propre apport également!). Deux comédiens, un musicien, et une version cruelle du mythe de Phèdre.

À la même période, ce sera l'ouverture des inscriptions de nos Camps de théâtre thématiques 2022, qui sont toujours une importante activité dont les résultats sont toujours fort surprenants:

Semaine 1 – Dans l’univers de…
Groupe 7-8 ans – … Calderon (La vie est un songe)!
Groupe 9-10 ans – … Shakespeare (Richard III)!
Groupe 11-12 ans – … Maïakovski (La Punaise)!
Groupe 13-15 ans – … Cocteau (La voix humaine)!
 
Semaine 2 – Explorons…
Groupe 7-8 ans – … le mime! (avec son corps comme matériau)
Groupe 9-10 ans – … la revue théâtrale! (avec ses numéros sur l’actualité)
Groupe 11-12 ans – … la tragédie classique! (avec les vers et les mythes)
Groupe 13-15 ans – … les contes urbains! (les récits un peu étranges)

Le 10 avril, je présenterai une seconde édition spéciale de L'Heure du Théâtre, toujours en collaboration avec les Bibliothèques publiques de Saguenay, cette fois consacrée à Goldoni, sa vie et son oeuvre, en marge des répétitions de la production estivale 2022.

Car oui, ce 23ième théâtre d'été se fera sous le patronage de Carlo Goldoni. J'ai deté mon dévolu sur la pièce Un curioso accidente (le titre français est souvent La plaisante aventure) qui sera présentée au Côté-Cour pendant tout le mois de juillet et qui s'inspirera de la commedia dell'arte avec une équipe de comédiens débordante d'énergie.

Bref, toutes ces équipes seront fort occupées!

mercredi 29 décembre 2021

Une commedia dell'arte revisitée!

Comme production estivale 2022, le Théâtre 100 Masques présentera, pour la seconde fois de son histoire (après La Serva Amorosa en 2004) une pièce de Goldoni: Un Curioso Accidente. Une pièce avec un fort potentiel comique à propos de l'orgueil mal placé. C'est dynamique, avec de multiples chassés-croisés qui font s'accumuler les quiproquos. 

Oui, il est un peu tôt pour penser à l'été alors que nous entrons à peine dans l'hiver. Mais il y a une bonne raison! 

J'ai reçu, il y a quelques jours, un colis bien attendu (depuis 6 mois déjà)... à savoir une collection de sept masques, conçus à Montréal, inspirés de personnages de la commedia dell'arte.





Car oui, c'est vers le jeu masqué que je compte aller. Vers un jeu résolument physique, lui aussi inspiré de la commedia... sans chercher pour autant l'authenticité historique du genre. Un spectacle chorégraphique. Fort proche de la biomécanique. Encore. Mais cet accessoire portera peut-être l'expérience ailleurs... qui sait!

Avec les comédiens, nous élaborerons nos propres codes, nos propres conventions, bref, notre propre cadre. 

Je veux que ça bouge. Je veux que ça grince. Je veux que ça surprenne. Je veux que ça étourdisse. Je veux que ça éblouisse.

samedi 2 octobre 2021

Et c'est reparti pour un nouveau spectacle de Noël!

 


C'est hier que s'est mise en marche la quinzième création de Noël du Théâtre 100 Masques. Une tradition instaurée en 2007... qui l'eût cru!

Comme à chaque année, j'ai cherché une trame narrative qui nous servira à élaborer le spectacle. Ainsi, par exemple, les dernières éditions ont toutes convoqué des oeuvres connues: Christmas Carol, Casse-Noisette, La petite fille aux allumettes, La Nativité. C'est dans cette veine que j'ai donc choisi d'utiliser ce conte - La Chasse-Galerie - comme base de travail. 

D'une part, parce que cette légende - des bûcherons qui se trouvent loin de leur famille et qui pactiseront avec le diable pour les retrouver - se déroule justement dans le temps des Fêtes (plus précisément, lors du réveillon du Jour de l'An mais nous n'aurons pas beaucoup de scrupule à devancer le tout d'une semaine!). 

D'autre part, parce qu'elle a une puissance pittoresque et folklorique qu'il sera amusant de triturer, des rebondissements qu'il sera possible de mettre en scène, des personnages qu'il sera facile d'y accoler. Bref, une matière riche qui nous permettra, en équipe de création, de nous éclater.

Mais de l'idée de départ à la présentation, il  y a de la job!

Il faut savoir que ces spectacles se créent chaque fois de la même manière... à savoir, à même le plateau. 

Au départ, il y a les chansons. Le Théâtre 100 Masques a, en banque, près d'une trentaine de cantiques de Noël parodiés. Une première sélection se fait donc parmi ceux-ci. Il y en aura, en tout, une douzaine (dont 2 ou 3 nouvelles). 

Ces chansons seront, en quelques sortes, les jalons de la représentations. La partie parlée étant tricotée de l'une à l'autre, pour les intégrer tout en maintenant une continuité fictionnelle.

L'ordre n'est pas établi d'emblée. Et il n'y a pas de texte de départ. Tout s'élabore en même temps que la mise en scène et la conception des décors et costumes. Propositions. Essais. Écriture. Correction. Ajout. Suppression. Nouvelle idée. Etc. 

C'est intense. 

Bien sûr, il y aura peaufinage de répétition en répétition pour aboutir, quelques temps avant la première, avec une partition complète en bonne et due forme. 

Peu d'improvisation lors des spectacles... sinon la possibilité d'intégrer des éléments accidentels. Malgré les apparences parfois bric-à-brac, tout est très travaillé. 

C'est donc reparti pour nous!

vendredi 2 juillet 2021

Autocritique de «La Cantatrice Chauve»

À défaut d'avoir une critique (ou plus exactement un retour/compte-rendu) dans quelque média que ce soit (bien qu'un truc du genre devrait paraître dans le Quotidien un jour puisqu'il était là à la première), voici ce que j'aurais pu écrire, sur ce blogue, à propos de La Cantatrice Chauve... si je n'avais signé la mise en scène! 

On est jamais mieux servi que par soi-même! 


Ainsi donc, le Théâtre 100 Masques nous revient avec une nouvelle production estivale. Toujours en phase avec sa mission qui est d'explorer le répertoire (et ce dpuis 22 ans!), il jette son dévolu sur l'absurde (déjà abordé en 2006 lors de la mise en scène de Pique-Nique en campagne de Fernando Arrabal) et plonge, avec vigueur dans la première oeuvre d'Eugène Ionesco, maître du genre: La Cantatrice Chauve, pièce phare de ce théâtre existentiel et angoissé de l'après-Guerre.

De cette oeuvre construite sur le vide du langage comme moteur dramatique, la compagnie en a fait glisser quelque peu le sens pour en faire, plus exactement, un théâtre de l'exaspération, de l'impatience, de l'agacement.  Les Smith, les Martin, le Capitaine des pompiers ou Mary la bonne tous sont des éléments subversifs qui existent et agissent pour mettre à mal une routine pétrie de codes et de convenances. Sur scène, chacun des personnages devient source d'énervement, émetteur de contrariétés, jusqu'à l'apothéose de la dernière scène, syncopée, feux d'artifices de défoulement. L'éclatement - au propre comme au figuré - est de mise pendant une heure et demie!

Que de sueur et de sang versés au cours du spectacle!

Sous le jeu dynamique des interprètes qui s'inscrit fortement dans le corps, la posture, l'attitude, le geste et le déplacement, il est possible de sentir les influences meyerholdiennes du metteur en scène pour qui la mise en espace conjuguant rythme et chorégraphie remplace une exploration psychologique poussée. C'est d'ailleurs là une ligne directrice de son travail. Il en résulte une mise en scène fort présente - parfois même un peu trop, pourrait-on dire... - avec des effets comiques récurrents qui parsèment la représentation. Les détails sont nombreux, parfois simultanés, requérant du spectateur un regard actif. 

C'est une mise en scène hautement formelle, tant dans l'approche esthétique (qui unifie costumes et scénographie dans une même matière et une même couleur) que dans l'approche scénique (sur une aire de jeu rose s'étirant sur la largeur respectant un rigoureux principe de symétrie) et dramaturgique (avec des duos, des choeurs, des monologues). Le plateau se prête volontiers à des compositions de toutes sortes avec une utilisation marquée du mobilier et des accessoires.

Ce type de théâtre comporte toutefois de nombreux écueils en ce sens où il demande une énergie accrue du comédien - peu importe la fatigue ou la chaleur manifeste de la salle - et une rigoureuse concentration pour répondre aux différents stimuli dans ce jeu déchaîné d'actions/réactions. 

Il faut dire que chaque scène de ce texte, écrit en 1950, qui aligne les effets stylistiques (énumération, redondances, calembours, proverbes, etc), a un fort potentiel théâtral qui pourra être vif et fougueux... ou au contraire, languissant et lourd s'il n'est pas bien porté. L'hésitation - qu'on ne voit jamais tout à fait faire disparaître en ce début de cycle - est aussi un ennemi du timing.

Qu'un acteur baisse la garde et se perde dans sa tête, qu'une réplique soit escamotée, qu'un geste soit fait mécaniquement sans écoute, que le tempo souffre d'une faiblesse et l'ensemble perd de sa cadence infernale. C'est là un travail théâtral implacable au niveau de l'interprétation... qui force aussi l'admiration devant cette épuisante folie scénique!

Bref, ces six comédiens qui se démènent dans cet univers absurde valent le détour et donnent assurément une production intéressante à voir et à vivre!

mercredi 23 juin 2021

Pourquoi La Cantatrice Chauve?


Nous sommes à quelques jours de la première représentation de La Cantatrice Chauve du Théâtre 100 Masques. À quelques jours de la rencontre avec le public. Ce qui me laisse le temps de réfléchir.

Pourquoi avoir choisi ce texte, comme théâtre d'été  en 2021 (bon... il faut savoir que nous devions déjà la présenter l'an dernier... mais la suite pandémique nous a empêché d'entreprendre les répétitions!)?

La raison principale est toute simple: parce que c'est La Cantatrice Chauve! C'est une pièce que j'affectionne beaucoup depuis le cégep... que je trouve fort intéressante tant du point de vue littéraire que du point de vue scénique... que je connais aussi de l'intérieur pour l'avoir déjà travaillé, dans un autre contexte, en 2006.

Mais plusieurs autres raisons ont consolidé ce choix.

D'abord, parce qu'il s'agit de l'un des plus grands chefs-d'œuvre dramatiques du XXième siècle. Une pièce phare dans l'histoire universelle du théâtre avec son histoire rocambolesque (processus d'écriture d'après la méthode Assimil, incompréhension du public lors de la création, présentation sans discontinuer depuis 1952 au Théâtre de la Huchette). 

Son épithète de chef-d'oeuvre, La Cantatrice le tient aussi du fait que plusieurs productions se sont enchaînées (dont ici au SLSJ) que plusieurs cohortes d'étudiants l'ont vue en classe... et que du coup, de nombreuses scènes et répliques sont connues: «Tiens, il est neuf heures» et l'omniprésence de la pendule, les Bobby Watson, les anecdotes dont celle du rhume, «comme c'est étrange, curieux et quelle coïncidence»,  «prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux» etc... au point de vouloir tout remettre dans son contexte, d'en donner notre propre version de l'intégral!

Puis parce que c'est la première pièce  d'Eugène Ionesco, immense dramaturge - et théoricien à son heure - qui donnera de nombreuses autres pièces marquantes: La leçon, Les chaises, Rhinocéros, Délire à deux (dont nous présenterons un bref extrait en prologue), Le roi se meurt et plusieurs autres. Pièce fondatrice, donc... comme un retour aux sources!

Qui plus est, elle est souvent considérée comme l'une des pièces majeures de ce théâtre de l'absurde qui se cristallise après la Seconde Guerre, qui met en scène l'existentielle angoisse liée à l'absurdité de la vie humaine dans un monde détraqué.

Pour toutes ces raisons, il allait de soit que ma compagnie, dédiée à l'exploration du répertoire et des différentes formes de théâtre, s'y frotterait un jour!

Bien sûr, nous l'abordons sous l'angle comique. Car bien que profondément minée de l'intérieur par le vide du langage qui pourrait fort bien la faire basculer dans un univers aliénant et obsédant, il n'en demeure pas moins que cette pièce recèle aussi une puissante charge ludique dont la vacuité assumée des discours peut faire échos, pour certains, à l'œuvre d'un Claude Meunier, par exemple! 

Enfin.

Voici les raisons qui m'ont poussé à faire le saut avec toute mon équipe.