lundi 19 décembre 2011

Un loup en scène...


Que signifie «connaître le loup» au théâtre? Cette expression - qui m'était parfaitement inconnue avant que de ne la trouver dans le Dictionnaire de la Langue du Théâtre d'Agnès Pierron - se définit donc ainsi:

LOUP: C'est une gaucherie dans une pièce de théâtre qui connaît déjà l'ours [nda.: une pièce qui dort dans les tiroirs]; tandis que les écoles d'architectures, si elles connaissent le «loup», ont affaire aussi au «chameau», nom donné aux choses non résolues par le candidat se présentant au concours de fin d'année.

Mais de quelle «gaucherie» s'agit-il? Les avis sont partagés. Pour certains, il s'agit d'un moment de flottement, d'une impression de vague, d'incomplet, de confus, donnée par le texte en cours de répétition; des corrections, par ajouts ou suppressions, qui viennent donner davantage de tenue au texte, finissent par «tuer le loup». Théophile Gautier donne ces précisions: «Un loup, en argot de coulisses, est le vide laissé entre la sortie d'un personnage et l'entrée d'un autre, qui ne doit point voir le premier. Cet intervalle, fût-il d'une seconde, constitue une faute de mise en scène, du moins, au point de vue moderne.[...]». Ce qui est à retenir: l'idée de manque, d'inachèvement, d'un creux, d'un blanc, d'une attente inassouvie. 

Il semble que la définition donnée par Théophile Gautier soit la bonnel l'histoire du théâtre, en ce sens, a retenu deux loups. Vers 1840, un soir que Mme Dorval jouait avec Bocage l'Antony d'Alexandre Dumas, le régisseur, mal informé, fit tomber la toile avant la célèbre phrase finale: «Elle me résistait, je l'ai assassinée!». L'effet était grillé; le public réclame à grands cris que le rideau soit relevé. Ce qui est fait, Mme Dorval reprend sur son fauteuil sa pose de femme tuée, mais Bocage a disparu; impossible de le trouver. Le public s'agite encore davantage. Pour le calmer, Mme Dorval se lève, s'avance jusqu'à la rampe et dit, non sas étouffer un fou rire: «Mesdames et messieurs, je lui résistais, il m'a assassinée!».

Une autre fois, M. de Féraudy, jouant dans Gringoire à la Comédie-Française, fit attendre son entrée une bonne minute. Ses camarades, inquiets, s'adressaient des signes désespérés. Intrigué, le public commençait à murmurer. Enfin, le retardataire entre en scène sur ces mots: «J'arrive à temps...».


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