mercredi 28 septembre 2011

Des libellules et hommes


La Rubrique a bellement lancé sa saison hier soir en recevant le Théâtre PàP et sa mouture (créée en mars 2011) de The dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay... à mille lieues de celle de l'auteur présentée en 1999 avec la magistrale interprétation de Jean-Louis Millette.

Sur scène, cinq cases suspendues - comme tout autant d'univers évoqués tels l'intérieur domestique, l'atelier underground, la classe, la cabane de bois et l'espace aseptisé - bordées sur la droite et au sol par un large rideau bleu. La rivière Saguenay? Peut-être. Mais aussi le théâtre. Car chacune a aussi sa résonance dans les mots mêmes prononcés... et ne sont, au fond, malgré leurs spécificités, qu'une seule énonciation d'un univers plus grand et plus troublant: celui de Gaston Talbot dont l'identité est toute aussi complexe qu'irréelle, romancée, fausse.

Cinq cases pour cinq comédiens - Dany Boudreault, Patrice Dubois, Daniel Parent, Étienne Pilon et Mani Soleymanlou - aux gestes précis, aux travail physique remarquable. Une certaine minutie parfois inégale mais toujours maintenue. Et la fascination de les observer travailler ensemble sans pourtant qu'ils puissent se regarder, se voir... tous enfermés qu'ils sont dans leur bulle respective. Une forme multiple, polyphonique et cependant infiniment parcellaire, moléculaire.

Cinq cases, cinq comédiens... et le texte éclate, explose, s'étire en une polyphonie fébrile. De monologue qu'il était, il devient un matériau choral intense, une joute verbale de l'un à l'autre, de lui à lui. L'effet est saisissant et la clarté du discours est surprenante. Étrangement, ce qui frappe le plus, c'est la portée comique de cette pièce accentuée notamment par toutes les références saguenéennes qui faisaient mouche à tout coup. L'aspect comique de cet anglais pétri de syntaxe francophone. La légèreté naïve. Puis peu à peu, ce côté (très appuyé en début de représentation) s'efface pour laisser la place au drame qui se joue par delà la narration d'un cauchemar et de souvenirs d'enfance: le déficit d'identité, celui d'un homme qui ne se construit, de fictions en fictions, que par détours de l'esprit et trituration de la vérité. Le malaise.

Dramaturgiquement, scéniquement et esthétiquement, la mise en scène de Claude Poissant remporte largement son pari et réussi ce qui pouvait sembler impensable: faire oublier (du moins, s'écarter de!) la version originale... même ici avec ce que cette première expérience avait eu de charge émotive.

Bien que des bémols surgissent (comme le découpage parfois questionnant par la musique et l'éclairage ou comme l'utilisation des micros et du traitement de la voix), l'ensemble soutient efficacement l'intérêt. Comme un exercice de style (sans le côté péjoratif!) de haut niveau.
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D'autre part, je déplore la bruyance de l'assistance au cours de la représentation d'hier. De ces nombreux bancs qui craquent. De ces chuchotements qui émergent de la masse. De ces papiers et programmes qui tombent. De cette toux qui ne cessent. C'est courant, je sais... Mais il me semble qu'hier, la mesure était dépassée. Principalement par le groupe d'étudiants (manifestement) à ma gauche. À quand un cours sur Comment assister à un spectacle en tout respect des autres spectateurs?

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