mercredi 26 janvier 2011

Un bon exercice de style...

Crédit photo: Jérémie Battaglia

Petite virée métropolitaine où j'ai assisté, hier soir, à une représentation d'En attendant Gaudreault (précédé de Ta Yeule Kathleen) du Collectif En Attendant à la Salle Jean-Claude-Germain du Théâtre d'Aujourd'hui.

Deux courtes pièces, un seul univers: un flot de paroles sans ponctuation à cheval entre poésie et spoken word, des personnages égarés, les années 1990, le bruit de Montréal, la solitude décrit le carton promotionnel. Une (enfin deux...) pièce résolument urbaine aux accents devenus malheureusement, avec le temps, quelque peu clichés.

Le premier texte est une longue narration d'une mère, Lyne (jouée par Marie-Hélène Gosselin dont le jeu finit, à la longue, par toucher), aux prises avec un bébé braillard, Kathleen. Un long monologue où l'instinct maternel fait défaut pour laisser toute la place au besoin de sortir en boîte, gardienne ou pas. Une narration dure qui mène la jeune mère loin, très loin dans la déchéance pour combler un besoin d'intimité, de tendresse.

Le second, de forme choral, entremêle les destins de trois individus qui ne se connaissent pas, qui n'ont aucun lien entre eux, sinon d'attendre Gaudreault: le junkie en attente de son puscher, la névrosée agoraphobe en amour avec son prince charmant ICQ, le jeune foreman qui veut venger son frère mort d'une surdose... Trois destins pour un même malaise existentiel.

D'emblée, ces deux textes (de Sébastien David qui signe aussi la mise en scène en plus d'interpréter l'un des rôles) font preuve d'une construction dramatique et dramaturgique solide qui lieront, l'un à l'autre, et les rôles et les deux univers... Des textes forts, soutenus par un souffle et un rythme effroyablement efficaces. Une crudité terrible; une cruauté insidieuse... Seule réserve au tableau: demeure toujours la tentation de la morale, de la fin qui redonne un peu espoir. Dommage... car le tourbillon de désespoir qui s'installe et qui broie littéralement les personnages s'en voit un peu amoindri.

La mise en scène (dans un espace blafard tout simple composé d'un carré de prélart blanc, de trois luminaires, d'un grand écran-fenêtre et d'une bassinette pour la première partie et de trois chaises pour la seconde) est rigoureuse, alliant une bonne direction d'acteurs (avec une diction rapide, suffocante, quasi mélodique, et les gestes et les déplacements mécaniques, à la limite chorégraphiques) et une mise en espace simple mais correcte. Ici, le parti pris est clair: faire entendre le texte. L'impression qui en découle alors se rapproche de l'exercice de style. Une impression qui m'a assailli tout au long de la représentation. L'impression du travail en chantier, de l'exploration scénique, de la recherche théâtrale. Une bonne recherche, ceci étant dit... mais une recherche tout de même. Avec tout ce que ça comporte d'intérêts et de questionnements.

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Par ailleurs, pour donner une idée de ce spectacle, je dirais que devant cette proposition, je me suis revu avec ma résidence intensive sur L'Ordre du Monde... tout comme j'ai revu, d'une certaine façon, le travail de Guylaine Rivard sur Parents et amis... tout comme j'ai aussi revu le type de travail de Vicky Côté...

Voilà.





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