jeudi 31 mars 2011

Quand le public ne remarque rien...

Non, cette photographie ne représente pas Charon...
mais il s'agit d'un film, Le Souffleur,
qui semble mettre en scène des anecdotes du même type que celui qui fait l'objet de ce billet...


Petit morceau de l'histoire anecdotique du théâtre français* (car j'ai beau chercher, je n'en trouve guère pour le théâtre québécois...) dû, cette fois, à Jacques Charon, entré à la Comédie-Française en 1941 (et décédé en 1975). Parfois, alors que dans la salle, le public regarde avec plaisir un spectacle, sur scène se passe catastrophe, erreur, bousculade, gaffe... Mais ce qu'on ne sait pas...

À la Comédie, j'habitais alors en communauté, au sous-sol, dans la loge des figurants. Là, il m'est arrivé, certains soirs, alors que je venais en passant, d'être soudain empoigné par un habilleur, costumé, maquillé pendant que je remâchais les deux répliques d'une utilité, et lancé sur scène en catastrophe à la place d'un manquant. Et me voilà pataugeant au sein d'une mise en scène inconnue, cherchant mes places à tâtons dans un jeu de colin-maillard. [...] Côté cour, j'entendais: «Psitt! Sors maintenant, par ici, en dansant.» Et hop! sitôt sorti, j'étais porté côté jardin pour une prochaine entrée, et zou!: «À toi! Va à côté de Renée (Faure), pirouette. Arrête-toi face au public. À présent, tends les bras solidement.» Je tendais les bras comme un automate, Renée tombait dedans pâmée, en marmottant dans ma manche: «T'affole pas. Mets-toi à valser tout en m'emportant en coulisse.» En coulisse, j'étais débarrassé de Renée, orné d'une lanterne à la main, poussé en scène par le régisseur qui chuchotait: «Traverse tout le plateau lentement et sors de l'autre côté.» Par chance, avançant en aveugle j'entendis, derrière moi, chuchoter la suite: «Merde! j'ai oublié de lui dire qu'il y a un trou au milieu de la scène!»

Les images se bousculent...
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* Tiré du petit florilège Le goût du théâtre, paru aux éditions Le Mercure de France, en 2009.

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