mardi 12 avril 2011

Le personnage, cas de figure?


Voici un extrait (aux pages 10 et 11) de l'ouvrage Le personnage théâtral contemporain: décomposition, recomposition de Jean-Pierre Ryngaert et Julie Sermon. Il explique bien le changement de paradigme de la dramaturgie contemporain qui dilue les acquis de personnage (sexe, âge, contexte socio-économique, description, etc) pour bien souvent ne laisser, en scène (enfin, sur le texte), qu'une voix et encore... Un son. Du personnage (notion somme toute banale), on passe, selon ces auteurs, à la figure:

Au cours de ces dernières années, un mot s'est en effet imposé, plus ou moins instinctivement, dans les discours entourant et commentant les écritures théâtrales: celui de «figure». [...] Il s'agit donc plutôt d'une notion liée aux dramaturgies contemporaines, mais qui renvoie bien à un état «critique» du personnage. Sans qu'elle soit vraiment définie, on parle en effet de figure chaque fois qu'il s'agit de qualifier des êtres de fiction qui échappent à l'emprise du mot «personnage», parce qu'ils en remettent en cause les présupposés ou les déjouent.

L'histoire des mots participe à l'histoire des formes: si, à un moment donné, on ressent le besoin d'élargie le champ du vocabulaire, c'est que ce que les écritures offrent aux acteurs en matière d'incarnation n'est plus appréhendé selon les règles de jeu et d'interprétation établies. Pour comprendre ce que «figure» veut dire, il faut donc s'interroger sur la substitution d'instance et l'ordre de représentation alternatif que cherche à définir, en creux, l'apparition de ce terme-là, et voir en quoi il est effectivement mieux à même de nommer ce qu'on pressent, dans les écritures, comme de nouvelles formes de personnages.


Et maintenant, on tombe dans le croustillant de la chose!

L'intérêt de ce terme est de se trouver au croisement de deux grands champs sémantiques. D'une part, celui du visible: «figure» désigne une «forme envisagée de l'extérieur» - ce qui, au théâtre, invite à opérer un déplacement important. La figure pose la question du personnage comme forme d'apparition avant de le considérer comme une entité substantielle; elle en fait un enjeu de figuration plutôt qu'un objet herméneutique. D'autre part, celui de la technique, au sens très général de conventions ou de codes d'écriture. On parle de figures en rhétorique, mais aussi en géométrie, en danse et, plus globalement, dans tout ce qui à trait à l'acrobatie (cirque, gymnastique, sports de glisse). Parler dans ce contexte de figure, c'est toujours pointer la question du corps (et/ou du langage) mis en jeu dans un espace et selon un protocole donnés. Dans cette perspective, on peut faire l'hypothèse que les figures théâtrales sont intrinsèquement liées à un univers d'écriture, qui impose ses propres règles de jeu et de représentation. Il s'agira de savoir lesquelles.

Voilà. Je trouve cette perspective fort intéressante...

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