samedi 23 juillet 2011

Des exigences d'être metteur en scène...


Je l'ai probablement déjà dit: j'ai beaucoup de difficultés à voir une de mes mises en scène, en représentation, avec un œil détaché, de me laisser aller au plaisir et à la détente. Loin de s'atténuer avec le temps, l'expérience s'avère à chaque fois - et de plus en plus! - souffrante, douloureuse, exigeante.

J'ai beau avoir eu tout le plaisir du monde lors de la création, j'ai beau apprécier le boulot des comédiens qui se démènent, j'ai toujours la désagréable impression que le spectacle devant moi n'est pas à la hauteur de mes attentes (ceci étant écrit pour toutes les productions et non pas seulement pour L'Affaire de la rue Lourcine). Non pas le travail de ces comédiens, mais le mien. Les accrocs (il y en a toujours!). Les coins ronds (ça arrive!). Les compromis. Tout me saute au visage à chaque fois: le flou dans la mise en place, le manque de rythme, le ton mal ciselé, etc... Et il y a des soirs pires que d'autres!

Une mise en scène n'est jamais neutre. Toujours, il s'agit d'un choix, disait Antoine Vitez. Du haut de la régie (jamais dans le public... à moins d'y être contraint par l'espace!), je subis, impuissant, une continuelle remise en question de chacun de ces choix. C'est, dans ma tête, alors que je me promène comme un lion en cage, le festival des «j'aurais dû», «pourquoi n'y ai-je pas pensé», «c'est la dernière fois».

Corvin, le grand Michel Corvin affirme, lui qu'il n'y a pas de mise en scène innocente. Et c'est là le pire. En regardant mon propre travail, embrouillé par le stress, j'oublie mes arguments, mes justifications, mes assurances... et mon contentement.

Je reste, une feuille et un crayon à mes côtés, à l'affût des moindres gestes qui sont posés sur scène, des moindres mots qui sont prononcés et des moindres réactions du public que ce soit une chaise qui bouge, un spectateur qui émet un commentaire, les rires, les silences, etc. Un supplice. D'autant plus que je ne suis et ne serai probablement jamais satisfait.

Que la représentation souffre d'un manque de concentration, qu'elle soit lourde, accidentée, précipitée, criarde, amorphe et je veux fondre dans le plancher.

Après on (en parlant des comédiens et des concepteurs) se surprendra de mes exigences et des nombreuses notes que je donnent tout au cours des représentations... parfois au grand dam de ceux pour qui le metteur en scène termine son implication en même temps que la première.

À chaque fois, je me dis que deux solutions s'offrent à moi: ou bien arrêter tout simplement ou bien me constituer une véritable troupe de comédiens qui partagent la même vision théâtrale que moi. Une troupe qui me permettrait, à force d'expériences et de collaboration, d'atteindre une maîtrise qui fait souvent défaut. Une troupe pour approfondir au lieu de toujours reprendre du début.

Un risque guette pourtant ce beau projet utopique: devenir un véritable tyran de la mise en scène!

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