dimanche 9 octobre 2011

Le théâtre comme des «mises en rapport»...

Image tirée du site Crafty, le Craft Robo.

Je suis encore plongé dans Les Voies de la création théâtrale... le numéro portant sur l'oeuvre de Vsevolod Meyerhold, (le dix-septième numéro, écrit par Béatrice Picon-Vallin, spécialiste de ce grand metteur en scène).

Me voici donc à nouveau entrain de lire sur la biomécanique. Cette fois, on la décrit - et c'est là tout l'intérêt du billet à venir! - comme étant constituée d'exercices de «mise en rapport», créateurs d'espaces qui ont pour but de développer la capacité d'orientation de l'acteur par rapport à soi-même, au lieu, au temps, à autrui, selon des règles dont la formulation rappelle celle des arts martiaux (p.119).

Et l'auteure poursuit dans la définition de ces «mises en rapport» comme elle les appelle:
  1. Mise en rapport des différentes parties du corps de l'acteur entre elles, dans la conscience et le contrôle, participation de tout le corps au moindre mouvement et à la recherche constante de l'équilibre (recherche du centre de gravité).
  2. Mise en rapport du corps avec un espace précis dans ses dimensions, sa forme, déterminé par une figure géométrique imaginaire (ligne, cercle) ou la disposition du groupe. Coordination du corps et de l'espace (partire del terreno), ou, pour employer un langage actuel, de l'espace postural et de l'espace environnant. Faculté d'adaptation à l'espace. Importance du coup d'œil juste comme instrument de mesure pour calculer les distances.
  3. Mise en rapport du corps avec l'espace et le temps. Travail rythmique qui dynamise l'espace. Rythme musical qui pose des repères.
  4. Mise en rapport du corps de l'acteur avec celui du partenaire, avec le groupe. Travail collectif, en harmonie avec le groupe, en réponse-réflexe à celui du partenaire. L'acteur doit trouver son chemin à l'intérieur du mouvement complexe de la masse et conserver les intervalles donnés. Rôle de l'otkaz dans ce travail collectif.
  5. Mise en rapport du corps avec l'objet imaginaire, manipulé (le désigner, l'attraper, l'utiliser).
  6. Mise en rapport du corps de l'acteur et de l'observateur qui doit «ressentir de l'inquiétude» à la vue de ce vivant qui fonctionne comme un ensemble de leviers, dans l'exercice.
Il me semble que ces préceptes théâtraux ne sont pas exclusivement meyerholdiens et peuvent s'appliquer presque en tout temps, à toute production. Bien sûr, la biomécanique se veut être une certaine radicalisation de ceux-ci.

N'empêche que ces «mises en rapport» sont réelles, nécessaires et malheureusement, souvent prises pour acquises, jamais assez conscientes, chez les praticiens. Qu'apportent-elles? Probablement une maîtrise élevée, un contrôle scénique accru... mais assurément une rigueur nouvelle.

Car ces «mises en rapport» se conjuguent également à l'espace qui se voit soudainement divisé en quatre parties, quatre modes d'implication: celui où son propre corps est en relation avec lui-même, décrit des figures et manipule des objets [...]; celui où il est en relation plus ou moins proche avec un partenaire [...]; celui où il est en relation avec le groupe avec qui ou contre qui il travaille; enfin, celui où il est en relation avec le public, car un exercice est toujours exécuté pour un observateur.

Voilà.

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