lundi 12 décembre 2011

Question de spectateur

Spectateurs au cabaret, Emil Nolde, 1911 (image tirée de ce site)

Quelques mots de Peter Brook (et de son Espace vide, reparu en 1977 aux éditions du Seuil) pour changer un peu des billets sur les productions en cours... D'autant plus que ce praticien-théoricien est quand même une sommité du théâtre contemporain...

Qu'est-ce qu'un public? En français, parmi les différents termes utilisés pour désigner ceux qui regardent: le public, les spectateurs, un mot tranche sur les autres, qui est qualitativement différent: l'«assistance». «J'assiste à une pièce», «assister»: le mot a deux sens, l'un est actif et l'autre passif, et l'un de ces deux sens fournit la clé. Un acteur se prépare, il entre dans un processus qui peut devenir stérile à tout instant. Il se prépare à capter quelque chose, à lui donner vie. Au cours de la répétition, l'élément vital d'«assistance» provient du metteur en scène qui est là pour aider en observant. Quand l'acteur se présente devant le public, il s'aperçoit que la transformation magique ne s'opère pas par magie. Les spectateurs peuvent très bien regarder passivement le spectacle, attendant de l'acteur qu'il fasse tout le travail, et sous ce regard passif, l'acteur peut découvrir qu'il ne peut produire qu'une répétition des répétitions. Cela peut l'ébranler profondément. Il a beau y mettre de la volonté, se donner entièrement et essayer de provoquer la participation du public, il est conscient d'un manque. Il dit alors que la salle est «mauvaise». Parfois, au contraire, au cours de ce qu'il appelle une «bonne» soirée, il se trouve devant un public qui, par hasard, tient activement son rôle de spectateur vivant. Ce public l'«assiste». C'est grâce à cette «assistance» - l'assistance des regards, des désirs, du plaisir et de la concentration - que la répétition devient représentation. Alors, ce qui est «représentation» n'isole plus l'acteur de la salle ni le spectacle du public. Il les englobe: ce qui est présent pour l'un est présent pour l'autre. La salle aussi a subi un changement. Elle a quitté la vie quotidienne, essentiellement répétitive, pour une arène d'une espèce particulière où chaque moment est vécu plus clairement, plus intensément. Le public assiste au spectacle, mais, en même temps, l'acteur assiste le public.

J'aime bien ce concept du spectateur qui porte assistance à l'acteur... À y réfléchir un de ces jours plus profondément...

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