samedi 28 janvier 2012

De Sacha Guitry...

 
Même si je suis intéressé par toutes les styles d'écritures, de l'Antiquité à notre époque, il reste que celui de Sacha Guitry me plaît toujours. Guitry c'est d'abord un esprit fin, avec le sens de la phrase, de l'aphorisme... et une vision du théâtre précise et surtout respectueuse du public. Comme celle-ci:

 Au théâtre, 
le public sait que nous sommes en scène 
bien plus encore pour son plaisir 
que pour le nôtre. 
Il sait aussi que, 
pendant que nous jouons, 
nous sommes en train de travailler.

Mais Guitry c'est aussi des pièces qui, sous une apparente simplicité, cachent presque toutes une cruauté morale, un sens aigu de l'observation trempé dans l'ironie, le cynisme et le sarcasme. Guitry c'est, enfin, une véritable mécanique de la conversation construite sur un rythme incomparable, une joute verbale. Un (dernier!) bon modèle, peut-être, de la pièce bien faite*.

Malgré ce dernier point qui peut lui être défavorable, il est intéressant de se rappeler que Guitry est, en fait, un contemporain des Courteline, Feydeau (qui lui a d'ailleurs servi de témoin lors de son premier mariage) qu'il a côtoyé... mais aussi - et peut-être pourrait-il y avoir des liens à tirer...) des grands dramaturges que sont Jarry, Ibsen, Maeterlinck, Tcheckhov (l'année où celui-ci présentait sa dernière pièce, La Cerisaie, Guitry présentait sa première, Nono), Strindberg et j'en passe... 

Si l'air du temps existe vraiment - cet air qui fait que des similitudes existent entre deux artistes qui ne se sont pourtant jamais rencontrés - l'oeuvre de Guitry devrait être abordée avec un nouveau regard.
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* D'après Michel Corvin (et son dictionnaire), la pièce bien faite (une notion très XIXième et début XXième siècle...) s'intéresse à la vie privée de ses personnages selon trois axes précis: la rationalité (tout s'explique); la progressivité (le conflit est linéaire et le mouvement est chronologique et régulier); la clarté (les personnages sont des types qui permettent facilement de comprendre les caractères). Le tout est surindiqué à coups de redondance et de procédés rhétoriques (gradation et concentration des effets, antithèses, hyperboles). Le «clou» résidant dans la (ou les) scène(s) à faire, sorte de climax de la tension dramatique ou de l'explosion comique.

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