mardi 24 décembre 2019

Malheur à qui va aux spectacles!

L'un de mes sujets favoris, dans cet espace, est le fiel que l'Église a, de tous temps, versé contre le Théâtre par le biais de prédicateurs zélés (les différents billets se retrouvent dans les catégories Pères de l'Église et Histoire). Une véritable haine qui donne lieu, à chaque fois, à des morceaux de littérature passionnantes, une surenchère d'hyperboles toutes plus exaltées les unes que les autres, d'images fortes.

Que de joie (et d'inspirations pour de nombreuses autres entrées futures sur ce blogue!) quand je suis alors tombé sur l'Instruction sur les spectacles de Matthieu Hulot (né en 1788 et mort après 1828...), vicaire de Charleville, dont la première édition a été publiée en 1823 (et disponible ici sur Google Books). Il n'y va pas de main morte. Un vrai, comme je les aime... qui a aussi écrit des Instruction sur la danse, Instruction sur les mauvaises chansons, Instruction sur les romans, Essai sur le blasphème, etc.


Voici un long extrait du chapitre XVII - Accidents arrivés dans les spectacles... comme tout autant de menaces infernales, de châtiments divins, d'exemples de calamités pour quiconque s'aventure dans une salle de spectacle. 


Que quelqu’accident imprévu, disait Tertullien, vous surprenne au théâtre, qu’un coup de tonnerre, par exemple, vous avertisse des vengeances du Seigneur, aussitôt on vous voit effrayé ; vous vous empressez à porter la main à votre front, pour y tracer le signe de salut ; mais que faites-vous ? ce signe de sainteté et de recueillement, ce signe de pénitence vous condamne. Certainement vous ne seriez point là, si vous aviez dans votre cœur ce que vous osez marquer sur votre front [...]!


Le 26 juillet 1769 on jouait la comédie à Feltri, en Italie, lorsqu’il s’éleva tout à coup une tempête horrible. Le ciel, qui jusqu’alors avait été serein, fut obscurci par d’épais nuages : tout l’horizon était en feu par la multitude d’éclairs qui se succédaient sans interruption, et la pluie tombait avec violence. Plus de six cents personnes étaient alors renfermées dans la salle du spectacle ; la comédie n’était encore qu’au troisième acte, lorsque le tonnerre tomba sur le théâtre par une grande ouverture qui se fit au comble du bâtiment. La foudre parut sous la forme d’un boulet de canon du plus gros calibre. La salle était éclairée par un grand nombre de lumières qui toutes furent éteintes en un instant. Au morne silence, premier effet de la frayeur, succédèrent bientôt des cris affreux, lorsqu’au retour de la lumière, on aperçut l’horrible tableau des ravages de la foudre. De tous côtés on ne voyait que des hommes, des femmes et des enfants privés de la vie ou du sentiment. Six personnes furent entièrement réduites en cendres par le feu du ciel ; soixante-dix autres en furent atteintes mortellement.

Comme on était sur le point de jouer la comédie sur le palais d’Asté à Rome, le plancher de la salle du spectacle s’enfonça de manière qu’il tourna en tombant, renversa les spectateurs et fit enfoncer le second plancher. On retira dix personnes mortes, et plusieurs autres blessées très dangereusement, dont dix ou douze moururent.

Comme on jouait à Amsterdam en 1772, la Fille mal gardée et le Déserteur, le feu prit à une ficelle tombée sur un lampion. Cette flamme légère monta rapidement dans le centre où la ficelle aboutissait, et embrasa dans le moment les toiles et toute la partie supérieure du théâtre. L’incendie devint bientôt général. La frayeur et le désespoir forcèrent les femmes à se jeter des loges dans le parterre, où l’on était écrasé et étouffé par la chute des décombres embrasées : aussi il y en eut peu qui échappèrent à la mort.

Ce qui arriva le 5 novembre de la même année à Chester, en Angleterre, est à peu près semblable. On célébrait le jour anniversaire de la conspiration des poudres : pendant qu’on jouait la comédie dans la salle du bal, le feu prit à de la poudre qu’un épicier avait imprudemment mise sous le théâtre. L’explosion fit sauter le plancher et une chambre qui était au-dessus, et mit le feu à la couverture, qui, en tombant, renversa une partie des murs et embrasa le théâtre ; la plupart des spectateurs sautèrent en l’air avec l’édifice, ou furent ensevelis sous ses ruines embrasées. Ceux qui échappèrent à la mort furent presque tous mutilés ou blessés grièvement.

Quelle que soit la cause de ces tristes événements, ne peut-on pas conclure qu’il vaut mieux écouter, dans le calme, la vérité, que d’attendre qu’elle tonne pour nous soumettre à elle ; et fuir, sans hésiter, des plaisirs illégitimes, plutôt que de s’exposer à ressentir l’amertume du repentir qui les accompagne souvent, et qui les suit toujours ? Nous ne pourrions nous empêcher de regarder comme un terrible châtiment une mort soudaine arrivée au milieu d’un spectacle, et nous regarderions comme une marque de réprobation de mourir sur un théâtre : ne passons donc pas une partie de notre vie où nous aurions horreur de mourir. Si on n’y court pas toujours le danger d’y perdre la vie du corps, on y court toujours le danger d’y perdre la vie de l’âme.

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