mardi 25 février 2020

Le Parfait Galant au théâtre


Si tu veux mettre en relief ton élégance et briller devant les vilains du parterre, aie soin de faire ton entrée par les coulisses et de bousculer les acteurs rassemblés dans le foyer. Puis, quand tu vois le comédien chargé du prologue, tremblant de peur, frottant ses joues pâles pour se raviver le teint, et s'apprêtant à donner aux trompettes le signal de son entrée, fais fi des miaulements et des sifflets de la racaille et fais vite ton apparition sur la scène, ton tabouret d'une main, ton shilling dans l'autre. Fraie ensuite ton chemin jusqu'au rebord du plateau et campe-toi hardiment devant ceux qui ont déjà pris place, pour mieux montrer tes beaux habits, ta blanche main, ta jambe bien tournée, tes boucles et ta barbiche. Tu seras pris pour un grand seigneur et salué respectueusement. Sur ta personne, se concentrera l'intérêt et les yeux te suivront plutôt que de se fixer sur les comédiens. Les spectateurs seront encore mieux conquis si tu parviens, aux passages tragiques, à siffloter bruyamment et montrer du dédain pour l'auteur. Ceci gagnera son respect et te vaudra peut-être une dédicace ou un sonnet de lui...

Ce passage est de Thomas Dekker (né vers 1572 et mort vers 1631, pour plus de détails, voir ici) un auteur satyrique élizabéthain qui a décrit, dans L'ABC du Sot, un pamphlet paru en 1606, la vie mondaine dans l'Angletterre de Jacques 1er, successeur de la Reine Elizabeth.

J'ai trouvé ce petit morceau mordant dans le recueil L'Art du théâtre d'Odette Aslan qui collige de très nombreux extraits de toutes sortes, tous plus fascinants les uns que les autres!

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