mercredi 31 décembre 2025

Sur nos scène (et dans le milieu!) en 2025


Outre les multiples productions et projets de toutes sortes, cette année (sur fond de crise culturelle pour une bonne partie de celle-ci) a aussi vu quelques événements qui ont marqué notre milieu théâtral et qui méritent d'être soulignés! (Encore là, je ne prétends pas à l'exhaustivité et il se  peut grandement que j'oublie des trucs, en quel cas, on pourra les ajouter en commentaire!)

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6 au 8 janvier - Tenue de l'Intercollégial de théâtre (par le RIASQ) qui a rassemblé, au Cégep de Chicoutimi, quelques centaines d'étudiants de partout au Québec, avec des productions et des formations de toutes sortes

12 février - Nouvelle initiative québécoise (par l'artiste québécoise Myriam Verreault): Le 12 février, j’achète un billet pour une sortie culturelle québécoise

13 février -  Mylène Leboeuf-Gagné est nommée Artiste de l'année - SLSJ  par le CALQ

27 mars - Benoit Lagrandeur (qui a annoncé son départ du Théâtre La Rubrique) reçoit le prix Sentinelle - Carrière 2025 remis par Conseil québécois du théâtre (CQT)

23 avril - Marque le retour de Trac (Patrice Leblanc) au sein de la confrérie des Clowns Noirs du Théâtre du Faux Coffre

17 mai - Décès du comédien Richard Desgagné (qui a joué surtout avec Les Têtes Heureuses)

5 au 7 juin - Tenue, à l'UQAC, du colloque annuelle de la Société québécoise d'études théâtrales (SQET) qui réunit divers universitaires de partout au Québec

8 juillet - Annonce de la nouvelle direction artistique du Théâtre La Rubrique: Jocelyn Pelletier

Au cours de l'été, le Théâtre CRI  annonce l'arrivée de Marilou Guay Deschênes à titre de nouvelle directrice générale et de co-directrice artistique artistique (après le départ de Marilyne Renaud)

10 décembre - Vicky Côté est nommée Artiste de l'année - SLSJ  par le CALQ

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Les disparus du milieu théâtral québécois et international: Kim Yaroskevskaia (12 janvier), Antonine Maillet (17 février), Denise Boucher (18 mars), Jean-Claude Germain (24avril), Claude Poissant (6 juillet), Robert Wilson (31 juillet), Béatrice Picard (9 décembre)



vendredi 26 décembre 2025

Le théâtre... arbre de mort!

 


Ce beau petit passage exalté est tiré de long article paru dans le très modéré (!) Écho du cabinet de lecture paroissial de Montréal du 21 juin 1860.

samedi 20 décembre 2025

Sur nos scènes, en 2025!


Voici, en ordre d'apparition au calendrier, les différents rendez-vous théâtraux locaux, faits ici par des gens d'ici, qui ont parsemé l'année qui vient de s'écouler, sur l'ensemble de notre territoire régional. S'y retrouvent, pêle-mêle, les productions professionnelles, les productions en théâtre de loisir d'envergure (entendre ici par des organismes structurés), les productions académiques (collégiales et universitaires), les autres projets à caractère scéniques (laboratoires, lectures, etc.). J'ai placé à la fin de cette liste les différents projets qui sont sortis de la région également. À tenter d'être le plus exhaustif possible, il se peut que certains trucs soient passées sous mon radar. Il sera possible des les ajouter en commentaire.

Dans cette liste, j'ai omis volontairement toute production théâtrale venue de l'extérieur en diffusion (parce qu'à tous nos efforts pour dynamiser ce milieu s'ajoutent ceux de nos collègues diffuseurs spécialisés et pluridisciplinaires).

Notre théâtre régional est foisonnant, dynamique, diversifié! 
Mais il aura toujours besoin de votre présence, 
de vos encouragements, de votre soutien!
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JANVIER
Petites leçons - en reprise, par le Théâtre du Mortier 
L'autre dans la Cité - en reprise, par La Tortue Noire
Celles que je porte par Marilou Guay Deschesne/Théâtre La Rubrique
Coup de vieux - en lecture, par le Théâtre Mic Mac
Le coffre bleu par l'Imprévu Improvisation
Le Cabaret par l'Imprévu Improvisation
Le petit cercle de craie - en reprise, par La Tortue Noire
Ce qui nous lie par Lucille Larroque (laboratoire du collectif Baba Yaga II)

FÉVRIER
Ésopette ou les fables rapiécées - en reprise, par le Théâtre Les Amis de Chiffon 
Le petit cercle de craie - en reprise, par La Tortue Noire

MARS
Les Lectures de Diogène - en reprise par le Théâtre du Faux Coffre 
Île-à-Dumais - en reprise, par le Collectif du Faben
Ficelles et marionnettes - en reprise, par Les Anipluches
J'accuse/J'aime par Daphné Paré (fin de bacc. UQAC)
Les chambres de Schrödinger par Jean-Mark Randria (fin de bacc. UQAC)
Pour la vie - en reprise, par le Théâtre À Bout Portant
Quelqu'un meurt à la fin par Marie-Josée Belley (fin de maîtrise UQAC)
Ainsi passe la chair - en reprise, par la Tortue Noire
Le Clone est triste, par la Troupe de théâtre de l'Âme (Cégep d'Alma)
L'Autre dans la cité par la Tortue Noire 
37 solutions par la Troupe Orange Bleue (troupe étudiante du Cégep de Jonquière)
Le chant du Koï par la troupe étudiante du Cégep de St-Félicien)
Ésopette ou les fables rapiécées - en reprise, par le Théâtre Les Amis de Chiffon 

AVRIL
L'Asso Six par la Troupe Les Mal-Avenants (troupe étudiante du Cégep de Chicoutimi)
Ésopette ou les fables rapiécées - en reprise, par le Théâtre Les Amis de Chiffon 
Bénévolat par le Théâtre Mic-Mac
L'amoure looks something like you par les étudiants du BIA (UQAC)
Strict Minimum - en reprise, par le Théâtre À Bout Portant
Le grand réveil  par le Théâtre du Faux Coffre
La reine de l'arène par l'Imprévu Improvisation
Spectacle improvisé par l'Imprévu Improvisation

MAI
Gloucester (délire shakespearien) par la Troupe du Vieux Couvent de St-Prime
Sortie de secours - en reprise (et tout l'été!) par le Théâtre À Bout Portant
Le Trio par l'Imprévu Improvisation

JUIN
Les Chaises par le Théâtre 100 Masques
2025 entre intelligence artificielle et bêtise humaine par la Tortue Noire
Caravane Country par La Route des légendes (La Caravane en panne)
Hanter le paysage par l'équipe de Dramaturgie sonore
Avec les chèvres par l'équipe de Dramaturgie sonore

JUILLET
Wannabago Blues par les Zanimés et Bruno Paradis 
Dialogue: corps et matière laineuse par Claudia Blouin(laboratoire du collectif Baba Yaga II)
Lypsinc sur archives audio par Marilou Guay Deschênes  (laboratoire du collectif Baba Yaga II)
Ésopette ou les fables rapiécées - en reprise, par le Théâtre Les Amis de Chiffon (dans le cadre du FIAMS)
2025 entre intelligence artificielle et bêtise humaine  par la Tortue Noire (dans le cadre du FIAMS)
Le grand oeuvre - en reprise, par la Tortue Noire (dans le cadre du FIAMS)
Sur appel - en reprise, par le Théâtre À Bout Portant (dans le cadre du FIAMS)
Dompter la bête par Mylène Leboeuf-Gagné (dans le cadre du FIAMS)
Ficelles et marionnettes - en reprise, par Les Anipluches
Camping par La Route des légendes (St-Eugène d'Argentenay)
Les survivalistes par La Route des légendes (Centre touristique Vauvert)
Marché au puces Chez Manon par La Route des légendes (Maison coupée en deux)
Exils et sentiments par le Théyâtre du Ben Beau
Folies d'été improvisées par l'Imprévu Improvisation

AOÛT
Le grand réveil - en reprise par le Théâtre du Faux Coffre
L'Autre dans la cité par la Tortue Noire 
Le cabaret de la Rentrée avec Madame Mö par l'Imprévu Improvisation

SEPTEMBRE
Peluches par Keven Girard (dans le cadre du Jamais Lu Mobile)
Les Glaces - en lecture par le Théâtre Mic Mac 
Prélude par l'Imprévu Improvisation
Ficelles et marionnettes - en reprise, par Les Anipluches

OCTOBRE
Papier de soi par le Théâtre du Mortier
Le dernier rappel par Marie B. Théâtre
Ésopette ou les fables rapiécées - en reprise, par le Théâtre Les Amis de Chiffon 

NOVEMBRE
Le Harold par l'Imprévu Improvisation
Le Coffre bleu par l'Imprévu Improvisation
Fragments de mensonges inutiles par le Théâtre des 4 Planches
Co-création : chantier d'un ADN commun par Marilou Guay Deschesne et Émilie Gilbert-Gagnon (laboratoire du collectif Baba Yaga III)
Deux temps trois mouvements par l'Imprévu Improvisation
Trop humains - en lecture, par le Théâtre Mic Mac
Les lectures de Diogène - en reprise, par le Théâtre du Faux Coffre
Jean Vaillant - en reprise, par le Théâtre du Faux Coffre 
Flamme Nordique par Pierre-Olivier Bouchard (laboratoire du collectif Baba Yaga III)

DÉCEMBRE
Un Noël d'épouvante! par le Théâtre 100 Masques
Les 12 travaux de Noël par La Route de légendes
CHUT! - Une histoire de placard (petit drame pour enfants avertis) par le Théâtre Les Amis de Chiffon 
Ésopette ou les fables rapiécées - en reprise, par le Théâtre Les Amis de Chiffon 
Centre d'achats - en lecture, par le Théâtre Mic Mac
Le Noël des Anipluches par les Anipluches
Malma mater - feuilleton théâtral - par Hugues Fortin (IQ L'Atelier)
Le petit prélude par l'Imprévu Improvisation
Le cabaret par l'Imprévu Improvisation
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Puis en parallèle 
FIAMS en juillet 2025
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Les projets qui sont sortis de la région
L'Imprévu Improvisation - Europe
Dramaturgie sonore - Belgique
Ficelles et marionnettes  par Les Anipluches (Les Escoumins)
Ésopette ou les fables rapiécées du Théâtre Les Amis de Chiffon (Chibougamau, Longueuil)
Pour la vie du Théâtre à Bout Portant (Montréal, Castelier)
Sur appel du Théâtre À Bout Portant (Zones théâtrales)
Strict Minimum du Théâtre à Bout Portant (Ontario)
Ainsi passe la chair de la Tortue Noire (Éboulements, Italie,
Dompter la bête de Mylène Leboeuf-Gagné (France, Mexique)
2025 entre intelligence artificielle et bêtise humaine  de la Tortue Noire (Mexique, France)
L'Autre dans la cité de la Tortue Noire (France, Éboulements)

vendredi 25 avril 2025

Une autre production étudiante à l'UQAC

 

C'est une belle production étudiante que proposent les professeurs Jean-Paul Quéinnec et Alexandre Nadeau au Théâtre de l'UQAC en cette fin de session. 

À partir d'un texte d'Éric Noël (qui vient d'être nommé à la direction artistique du Jamais Lu), L'amoure looks something like you, s'est construit, dans la salle, un déambulatoire complexe composé de six petits univers distincts bien qu'interreliés dont les représentations sont données dans un contexte particulier: la simultanéité. Ainsi, chaque équipe présentera six fois son travail, pendant l'heure prévue, devant de petits groupes de spectateurs qui se relaieront, de recoins en recoins utilisant l'entièreté du théâtre.

Chaque univers fait la part belle à la technologie (vidéo, maping, musique, lumières) pour supporter la partition percutante, mêlant fait divers et histoire personnelle, considérations familiales et quête identitaire. C'est poétique. Sensible. Émouvant même. L'enrobage scénique atteint un bon point d'équilibre pour dire et évoquer sans sombrer dans la simple démonstration des possibilités.

Les dix-huit étudiants s'engagent dans la représentation avec manifestement beaucoup de conviction, et avec une unité étonnante pour ce groupe éclectique. Chaque comédien en devenir se fait aussi régisseur en direct - et là réside aussi l'un des objectifs du projet -  et manipule lui-même son esthétique. Le travail de corps est globalement intéressant. De même que plusieurs interprétations (de personnes pour qui c'est parfois la première expérience théâtrale). Chaque scène impose presque un rapport de confessionnal à l'espace, au spectateur, à la médialité. Des relations qui se font avec un naturel et une aisance qui attire l'attention.

Si au départ, la réception du texte peut sembler difficile (parce que la chronologie du texte est éclatée, parce que la simultanéité crée un bruit de fond surprenant, parce que le jeu manque parfois un peu de force), on se laisse rapidement bercer par l'impressionnisme de la chose sans chercher à retrouver le fil directeur... et ça marche! Le théâtre - au propre comme au figuré - devient presque rituel.

Un projet à voir.

mardi 18 mars 2025

Un autre Ostermeier

Et un autre bouquin pour agrémenter ma bibliothèque. Il s'agit d'un ouvrage fait à partir de la thèse de doctorat de Delphine Edy sur l'oeuvre, la vision, la démarche de Thomas Ostermeier, l'un des grands metteurs en scène occidentaux actuels (qui dirige le Schaubuhne de Berlin). Un metteur en scène puissant. Complet. Brillant. 

Ce samedi, j'aurai le privilège de voir son Histoire de la violence d'après Édouard-Louis, au Diamant, à Québec. Hâte!


dimanche 16 mars 2025

Une solide introduction au jeu masqué

 


Transmettre, c'est renforcer les liens entre ce qui a été et aujourd'hui. Ce que l'on transmet n'appartient pas au passé, il vient d'un passé pour constituer un futur. Il fait dialoguer les temporalités.
Guy Freixe, p. 12

Cet exergue est tiré de l'introduction de l'ouvrage Le masque en jeu - Une école de l'acteur de Guy Freixe, paru en 2024 chez Deuxième époque (dans la collection Les voies de l'acteur). Je suis allé le cherché hier à la librairie et j'ai commencé à la lire.

C'est, depuis un petit bout, le meilleur bouquin sur la pratique théâtrale. Vraiment bien construit, à partir d'ateliers donnés par l'auteur au cours des décennies (parce que l'expérience se sent dans ces lignes!). Les exercices sont bien amenés, étayés par les objectifs et par les éléments qui peuvent être retenus. Et tout ça, brodé sur des considérations générales du masque (européen, oriental, antique), de ses différentes méthodes, de ses composantes. 

mardi 31 décembre 2024

Sur nos scènes (et dans le milieu), en 2024!


Outre les différentes productions qui ont parsemé l'année qui vient de s'écouler (qu'on peut apprécier dans le billet précédent), voici quelques autres éléments (de mon point de vue, il va sans dire!) qui ont animé notre milieu théâtral.
 
JANVIER

8 janvier - C'est mon entrée officielle au Théâtre Les Amis de Chiffon à titre de directeur général et artistique, prenant la succession de Marie-Pierre Fleury qui se redirige vers l'enseignement. (Voir ici.) 

Au national, deux grands noms annoncent leur départ: Lorraine Pintal (qui dirige le TNM depuis 32 ans) et Ginette Noiseux (à la barre de l'Espace Go depuis 40 ans).

FÉVRIER

1er février - Nombre d'organismes culturels (et donc théâtraux, pour ce billet) déposent leur demande de Soutien à la mission auprès du CALQ en se croisant les doigts pour que les réponses soient à la hauteur des attentes. (C'est la première opportunité depuis 2017, date du dernier exercice.)

MARS

23 mars - Le Théâtre Mic Mac annonce ses nominations au Gala des Arlequins, organisé par la FQTA: Prix du jury et Meilleur comédien pour Tu te souviendras de moi, Innovation théatrale pour Le parc DesIllusions). Le Théâtre des 4 planches reçoit une nomination pour Meilleure courte apparition pour Arlequin serviteur de deux maîtres. La Troupe du Vieux Couvent de St-Prime est nommé dans les catégories Prix du jury et Meilleure courte apparition pour Couples.

AVRIL 

4 avril- Ian Gailer (la firme Gailer & co. ayant été mandatée par le groupe de compétence en théâtre de Culture SLSJ et Ville Saguenay) présente, après plusieurs mois de travail l'étude Développement du milieu théâtral de Saguenay et des environs - Saguenay en scène: Dynamiser le milieu théâtral de la Ville.

MAI 

2 mai -  Le Théâtre La Rubrique (pour le FIAMS) est mis en nomination, au Gala des Dubuc 2024 (organisé par la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord), dans la catégorie Tourisme et Événement de l'année.

29 mai - Fumer sur scène? C'est le retour d'une possibilité après quelques années d'interdiction! (Voir ici.)

JUIN 

En juin, la Salle Murdock reçoit un peu d'amour... et elle en avait grandement besoin! C'est comme ça qu'elle a reçu et une bonne couche de peinture noire et un nouveau plancher résilient.

13 juin - Ville de Saguenay désigne le foyer à l'étage du Centre culturel du Mont-Jacob du nom de Salon Michel-Dumont, en hommage au grand comédien disparu. (Voir ici.)

25 juin - Ville d'Alma annonce la réalisation d'une fresque en hommage au comédien Michel Côté, disparu (qui a participé, dans les années 60, au rayonnement  du TPA). (Voir ici.)

JUILLET

8 juillet - Les réponses du CALQ entrent dans les boîtes courriel des organismes qui ont déposé des demandes au programme Soutien à la mission. De façon générale, partout dans le milieu culturel (et théâtral), celles-ci sont accueillies froidement. Un gros mélange de déceptions, d'incompréhensions, de colères, de soulagements. (Très) Rares sont ceux et celles qui jubilent.

AOÛT

22 août - Le milieu théâtral professionnel est convié au BaP pour un 4@7 théâtral dans le but de discuter de mobilisation et de concertation. Une trentaine de participants de réunissent. Mais quelle suite? (Le 12 décembre, Culture SLSJ envoie un courriel général pour annoncer une grande réflexion sur la concertation et les groupes de compétences.)

27 août - Un projet de mutualisation autour du Centre des arts et de la Culture de Chicoutimi réunit les compagnies en résidence: Théâtre Les Amis de Chiffon, Tortue Noire, Théâtre 100 Masques, Théâtre du Mortier, Théâtre À Bout portant, Théâtre du Faux Coffre et Imprévu Improvisation.

OCTOBRE

11 octobre - L'Imprévu Improvisation lance la concentration artistique Improvisation théâtrale et arts vivants qui prendra son envol en 2025-2026, à l'École Lafontaine.

samedi 28 décembre 2024

Mnouchkine: «Il n'y a pas de recettes, mais des lois.»


Ariane Mnouchkine - une grande parmi les grands - qui explique ici, dans L'Art du présent (Babel-Essai, 2016), une partie de son travail lors de stages avec différents groupes, qu'ils soient artistes professionnels, amateurs, étudiants:

Ce que nous essayons d'enseigner? Qu'il n'y a pas de recettes, mais des lois. Écouter - tout vient de l'autre -, recevoir avant de faire quoi que ce soit, d'ailleurs ne jamais rien faire, ne jamais fabriquer.

Et quelques règles toutes simples. Par exemple: donner une âme complète à son personnage, qu'il puisse être à un moment Einstein, ou Desdémone, ou un gros bébé, ou la reine d'Angleterre, ne pas froisser irrémédiablement la page avant d'être entré sur le plateau, ne pas préjuger d'un personnage. Ne pas composer non plus, mais déplier chaque passion, chercher le petit pour trouver le grand: Dieu est dans les détails. Trouver l'état, le sentiment, comme disait Jouvet. Écouter les nouvelles venues de l'intérieur de soi, comme dit Eschyle. Écouter les nouvelles venues de l'intérieur de l'autre. Ne pas orner. Savoir qu'il n'y a pas de mouvement sans arrêt, aller d'une immobilité à une autre, comme les danseurs qui s'arrêtent, même en l'air, regardez-les! Il n'y a pas musique sans silence. Pas de force sans calme. Pas d'océan qui soit borné par un rivage. Écouter. Tout est vrai, tout se passe à l'instant même, jamais plus tard, jamais avant, jouer au présent, une seule chose à la fois. Oublier complètement l'état précédent pour pouvoir jouer le présenté Écouter. Savoir abandonner, s'abandonner à la versatilité des états. Écouter. Voir ce qui se passe en soi certes, mais aussi se voir dans l'Histoire, ne jamais laisser l'imagination se refermer. Le beau stage est celui où, tous, nous découvrons, nous entendons ce qui, depuis toujours, était là. Masqué par le tohu-bohu.

Et bien sûr, discipline, travail, économie, pas avarice. L'économie, c'est ne pas faire ce qui est inutile comme déplacement, comme geste, comme mots. L'avarice, c'est se contenter d'un vide sec, ne pas faire l'effort pour trouver à l'intérieur de soi ce vide fertile, plein de virtualités.

J'admire cette capacité à définir son propre travail, à savoir y réfléchir, s'y questionner, se positionner avec humilité... positionnement envers soi-même d'abord puis envers l'autre, envers la scène pour aller, collectivement, vers une quête artistique.

vendredi 27 décembre 2024

Teichoscopie!?


Comme quoi je suis - et le resterai sans doute - toujours en mode apprentissage!

Ce matin, en feuilletant le Dictionnaire du théâtre de Patrice Pavis (Dunod, 1996), je suis tombé sur ce terme... TEICHOSCOPIE... à la consonance complexe, ancienne, lointaine. Encore une théorie obscure difficilement applicable? Eh bien non. C'est un truc tout à fait usuel - presque quotidien pour qui lit beaucoup de pièces de répertoire - d'une parfaite simplicité! 

Qu'est-ce donc?

TEICHOSCOPIE (Du grec teichoskopia, vision à travers le mur.) - [...] Moyen dramaturgique pour faire décrire par un personnage ce qui se passe en coulisse dans l'instant même où l'observateur en fait le récit (hors scène). On évite ainsi de représenter des actions violentes ou inconvenantes, tout en donnant au spectateur l'illusion qu'elles se passent réellement et qu'il y assiste par personne interposée. Semblable au reportage radiophonique (d'une compétition sportive par exemple), la teichoscopie est une technique épique: elle renonce au support visuel, tout en focalisant sur l'énonciateur et en ménageant une tension peut-être encore plus vive que si l'événement était visible. Elle élargit le lieu scénique, met en rapport diverses scènes, ce qui renforce la véracité du lieu proprement visible à partir duquel s'effectue le reportage.

C'est un beau mot dont j'ignorais tout simplement l'existence. Et pourtant! C'est là un procédé archi-omniprésent... du théâtre antique au théâtre classique en passant par le théâtre shakespearien et tant et tant d'autres répertoires. Tous ces grands récits - particulièrement dans les tragédies et les drames - qui décrivent l'horreur (vengeances, morts sacrilèges, suicides, infanticides, etc.) sans jamais la montrer.

C'est pour ça que je suis un boulimique de la lecture théâtrale! Le creuset de connaissances à acquérir est si vaste...

jeudi 26 décembre 2024

Une approche meyerholdienne du jeu


Tout mon travail, comme metteur en scène, en répétition, est profondément marqué par l’approche meyerholdienne du théâtre. Il importe alors, pour l’interprète, de la saisir pour mieux aborder le texte, la pièce, la scène, le jeu. Et de l'assimiler rapidement pour évoluer efficacement dans ces paramètres qui peuvent dérouter.

Que serait alors une schématisation du jeu meyerholdien? Bien sûr, il y a, associé au grand metteur en scène, les principes de la biomécanique, mais celle-ci pourrait se poser en d’autres termes tel que l'illustre l'image ci-haut.

Que dit-il, ce schéma? Et bien c’est simple (en apparence!): le jeu part d’un stimulus qui excite le comédien en scène et qui agit comme un catalyseur, un activateur de réaction qui oblige l’interprète à se commettre complètement dans une action pour répondre à ce stimulus et à attendre – une attente dynamique, il va sans dire! – le prochain stimulus qui l’entraînera dans une autre réaction, etc.

Cette effet de causalité prend sa source dans un stimulus originel (un stimulus zéro) qui embraye cette mécanique et qui fait s’incorporer les chaînes de jeu les unes dans les autres: la réponse de l’un à un stimulus devient stimulus de l’autre, etc.

C’est approche dynamique implique donc un va-et-vient constant entre l'action et la conséquence (l’action-réaction). Ce qui me fait privilégier un type de jeu résolument séquentiel : une chose à la fois, dans un ordre et un rythme précis, qui s’imbriquera dans celui du partenaire et vice-versa.

Dans ce type de jeu, deux choses sont fondamentales: le comédien doit, d'une part, savoir parfaitement ce qu’il a à faire sans se fier sur personne, sans être à la traîne, sans ralentir l'action ni la rendre brouillonne. D’autre part (et simultanément, pour être plus exact), il doit être capable de coordonner ses faits et gestes dans l'ensemble, dans un rapport constant à l'autre, à l'objet, à l'espace. Une parfaite maîtrise gestuelle dans une écoute collaborative. Bref, il lui faut être autonome dans un tout exigeant.

Une dichotomie nécessaire tout comme le fait de posséder sur le bout des doigts mots et actions au point où, pendant l'interprétation, une mécanique interne – la mémoire du corps – portera le spectacle: le mot appelle le geste qui appelle le mot qui appelle le geste, qui appelle etc.

Ce jeu séquentiel, pour bien fonctionner, ne supporte aucune hésitation, aucun doute. Une fois qu’il est lancé, rien ne peut l’arrêter. C’est un jeu qui ne pardonne pas et qui comporte la faille de sa force : un réel risque de se figer dans une exécution vide.

mardi 24 décembre 2024

Menace ou canular?

Parmi les théâtres métropolitains du début du XXième siècle, le Théâtre Royal a, pour plusieurs, des relents de soufre et de vices (j'en ai déjà parlé ici). Au point où fréquenter cet établissement vous appose l'infâme étiquette d'immoralité. 

Mais dans l'ombre, on veille sur la vertu. 

Voici un tout petit entrefilet publié dans L'Avenir du Nord, le vendredi 3 janvier 1908:


Difficile de me positionner: est-ce une blague ou pas? Après de multiples séances d'exploration des archives, je serais porté à donner du crédit à cet avertissement publié, il est vrai, sous le couvert d'une ironie menaçante. Message sous-entendu: le Royal n'est pas votre place.

lundi 23 décembre 2024

De l'importance du radio-théâtre au Québec dans les années '40


Le radio-théâtre, c'est au Québec l'unique salle de spectacles qui, à côté des cinémas, ouvre ses portes 365 jours par année. Le même jour, et souvent le même soir, il tient lieu, tour à tour, de Comédie-Française, de Vieux-Colombier, d'Ambigu, de Grand-Guignol, etc. C'est Radio-Collège, plus que le livre, qui a répandu l'Hamlet de Gide et le Macbeth de Maeterlinck. Quelle troupe du Canada ou d'ailleurs se risquerait à présenter d'affilée Zaïre, Le légataire universel, Le jeu de l'amour et du hasard, Turcadet et Crispin, rival de son maître? [...]

Spectacle permanent, ce théâtre intéresse le paysan, l'ouvrier, le bourgeois, l'intellectuel, comme nous l'avons vu dans un autre chapitre. C'est avec le cinéma le véritable théâtre collectif pour la masse du public auquel il s'adresse: «Théâtre pour le grand nombre, accessible à tous par la nature de son répertoire et le bon marché de ses places.» Il s'est centralisé à Montréal, comme l'était le théâtre. Mais il s'est répandu grâce au pouvoir magique des ondes, à travers toute la province. rejoignant même certains centres où les troupes ne s'étaient jamais donné la peine de s'arrêter. Sans lui, combien d'habitants de certaines petites villes et des villages éloignés des grands centres, ne connaitraient pas autre chose que le théâtre des conteurs?

C'est là un extrait de la thèse de doctorat de Jacques Beauchamp-Forget, Radio et civilisation au Canada Français, soutenue en 1948 à l'Université de Paris... extrait lui-même extrait du dossier Le théâtre à la radio du 9ième numéro de l'Annuaire Théâtral, 1991. 

Un dossier passionnant sur ce pan de la pratique théâtrale québécoise que fut le radiothéâtre, qu'il soit sur le mode du radioroman ou de la dramatique par épisodes.

Voici, en terminant, un tableau explicite de son importance (que j'ai déjà publié ici, tiré de l'Annuaire théâtral, no. 5-6, 1988):