lundi 3 novembre 2008

«Acta est fabula»



Voilà. Le rideau est tombé et pourtant, le billet a tardé... implication et circonstances obligent.

Et pour cause!!! Étrangement, je n'ai que très peu vu cette production des Têtes Heureuses et, sans jeux de mots douteux, je ne fus qu'un passant tout au cours du travail... tout occupé ailleurs par mes propres dossiers, mes demandes de subventions, mon théâtre, mon «interprétation»... Bref, je n'ai jamais vu l'entièreté de la pièce... pas assez pour parler ici de la mise en scène - que je trouve, par ailleurs, très bien.

Le silence, donc, n'est pas complaisant... Il s'est plutôt imposé de lui-même.

Ceci étant dit, il est évident que je suis très proche de ce type de théâtre, que j'y suis rompu et qu'il me sert, en quelques sortes, de modèle. N'empêche que je peux quand même avoir des avis sur des sujets précis.

Je trouve tout d'abord intéressants tous les liens qui se sont faits entre l'actualité et ce texte centenaire: on a parlé de crise économique, de fin d'un monde (le changement de génération), de la destruction de la maison Lévesque, d'écologie, d'argent, etc. Peut-être est-ce là la force de celui-ci: être capable de transcender la fable et la couleur russe pour toucher les spectateurs d'aujourd'hui.

Ce texte demande, du coup, d'être porté par une distribution forte... et celle des Têtes Heureuses l'était, à mon avis. Mes coups de coeur: Alexandre Larouche, qui a fait un Iacha parfaitement détestable avec une constance fort professionnelle qui ferait facilement envie au metteur en scène que je suis; Sara Moisan, qui portait admirablement bien une Lioubov épatante de soumission au destin, l'un des grands rôles féminin de l'histoire; et Patrick Simard,pour son naturel scénique, son jeu, sa voix. Je salue, du même coup, le travail d'Éric Rénald qui portait là lui aussi un monument dramatique avec force et conviction... Notez que ces quelques mots n'enlèvent rien aux autres comédiens...

Esthétiquement, j'aime bien ce type de sobriété employée - j'aime aussi croire que le théâtre tient principalement aux acteurs et au texte! Esthétiquement, disais-je, ce n'est pas un décor, mais un espace. Un espace semblable à celui du Misanthrope, des Troyennes (UQAC), et, dans une moindre mesure à Drames brefs, c'est-à-dire principalement un plancher vide, un cyclorama comme fond et des accessoires. En ce sens, il est fonctionnel, simple et léger. Après coup, après avoir dû céder sur des contingences techniques (scène trop proche du public qui réduit la visibilité, espace dans l'entrée trop étroite, etc.) quelques questions peuvent surgir (et qu'on m'a posé): pourquoi la pente? quelle est son utilité réelle? en a-t-elle une? pourquoi un plancher orange? pourquoi couper la scène en deux par ces grands rideaux blancs? Cet espace étendu et haut n'écrase-t-il pas, finalement, ses acteurs?

Les costumes sont généralement efficaces dans cette transposition hors d'âge... à quelques détails près... dont les souliers aluminium de Marie Villeneuve qui surprennent un peu...

Les éclairages d'Alexandre Nadeau trouvent là un immense terrain de jeu qui laisse libre cours à son talent. Pour l'utilisation de latéraux et la texturisation de matière, il n'y a pas meilleur encore dans la région... faut dire qu'il est aussi le seul! Encore plus d'audace (comme l'utilisation de l'écran vert au début de l'acte II) et ç'aurait été génial. Idem pour la musique de Patrice Leblanc...

La seule véritable réserve que je me permets d'exprimer concerne toutefois les images vidéo... non... les infographies (ces moments où les images synthétiques s'accumulent). Car bien que je comprenne le mouvement, la composition, la création de la ville, etc., ce rendu informatique me gèle toujours un peu (la dernière expérience du genre composait les décors dans L'Auberge du Cheval Blanc de la SALR...). C'est froid, construit... En fait, le problème pourrait se poser d'une autre façon: les images vidéo ne sont-elles pas de genres trop différents (infographies, abstractions, feuillage réel)?

Ce fut, pour ma part, une production difficile. Outre les occupations mentionnées en début de billet et le trac d'être sur scène, mon emploi d'adjoint à la coordination a souffert du «syndrôme de la dernière minute» à plusieurs moments (du fait d'être à plusieurs endroits à la fois) qui fait que l'essoufflement se fait ressentir depuis déjà quelques semaines. Le plaisir habituel s'est atténué dans l'accumulation des dossiers et dans l'attente de leur résolution. Peut-être cette Cerisaie jouait-elle ma cerisaie...

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Quelles sont les impressions des spectateurs? Plutôt bonnes, je dirais... du moins, de ceux qui viennent nous parler (et les critiques parues également, voir ici)... qui généralement sont beaucoup liés aux comédiens, aux concepteurs, aux Têtes Heureuses. Et pourtant, une bonne partie des spectateurs partiront sans rien dire, de peur de se tromper... on ne saura donc jamais vraiment. Et ceci vaut pour toutes productions théâtrales, peu importe la compagnie!

À l'an prochain.

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