jeudi 19 février 2009

Comment Garrick se grimait

Cette petite anecdote coiffée de ce titre donne une bonne idée de l'illusion théâtrale... de cette façon un peu ancienne du théâtre où le paraître de vient l'être... Cette anecdote est rapporté par Charles-Simon Favart dans une lettre au Comte de Durazzo, en décembre 1760, et raconte tout l'art illusionniste (très XVIIIième et XIXième siècle) du grimage selon Garrick:


Favart rapporte que Luigi Riccoboni fut fort surpris lors d'un voyage à Londres, d'y voir une comédie dans laquelle un vieillard de soixante ans au moins jouait le principal rôle. L'acteur qui le rendait lui parut un homme aussi âgé que le personnage qu'il représentait, et comme cet acteur débitait avec une chaleur, un intérêt et un naturel qu'il n'avait encore remarqués dans aucun de sa profession, dès que la pièce fut achevée il monta sur le théâtre et demanda quel était ce vieux comédien qui avait joué si parfaitement. On le conduisit à la loge d'un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans, c'était le célèbre Garrick. «Monsieur, lui dit Lélio, est-ce Monsieur votre père qui a joué ce vieillard? - Non, Monsieur, c'est moi. - Cela n'est pas possible! s'écria Lélio; il était tout ridé.

- Monsieur, répliqua le jeune Garrick en lui montrant plusieurs petits pots qui contenaient différentes couleurs, voici où je prends l'âge que je dois me donner, selon les rôles que j'ai à représenter; une teinture légère de carmin me donne la fraîcheur de la jeunesse, le cinabre me fait paraître plus mâle; et avec un peu d'indigo dont je me frotte le menton, j'ai la barbe vigoureuse d'un homme de trente-cinq à quarante ans; je mêle un peu d'ocre au vermillon pour acquérir dix années de plus et, pour paraître décrépit, j'ajoute du safran, je me frotte de blanc d'Espagne les sourcils et le bas du visage et, avec ces petits pinceaux, je me fais des rides; alors, en mesurant ma voix, mon attitude et mes gestes aux différents caractères, je tâche, autant qu'il m'est possible, de m'approcher de la vérité pour faire plus d'illusions.»

La grande Sarah Bernardht avait aussi son opinion:

... Une actrice brune doit se farder à la poudre ocre ou safranée mise sur un fond de teint ocre, et très peu de rouge aux joues; elle doit avoir soin de rendre invisible le léger duvet que possède une femme de trente ans et au-delà, autour des lèvres... Un peu de blanc gras safrané au-dessus de la lèvre supérieure et le mal se répare. Une femme brune doit toujours découvrir une partie de son front pour éclairer le visage. Elle ne doit pas mettre de noir autour des yeux mais seulement allonger l'oeil avec un crayon marron, jamais un rayon noir. Elle peut se rougir les lèvres le plus possible, surtout si elle a les dents blanches. Mais il ne faut pas se servir de rouge gras: cela amollit l'articulation. Il faut user de rouge liquide dans lequel on introduit très peu soit de vinaigre, soit de vernis, soit d'acétone. Il n'est pas à craindre que cela flétrisse les lèvres le jour. Cette mixture a l'avantage de rester vivace sous l'humidité de la salive; elle donne aux lèvres une consistance qui leur permet de frapper l'une sur l'autre et de doubler ainsi la consonance d'un mot.

... Pour les blondes, le fond de teint est moins foncé que pour les brunes. Le rouge, plus abondant, doit être plus vif, moins jaune. La poudre qui vaporise le tout est, soit naturelle, soit «Rachel». Les paupières doivent être faites soit au marron clair, soit, et de préférence, au bleu, qui rend plus sensible le bleu des prunelles. Le rouge mis au coin de l'oeil agrandit celui-ci. Le rouge des joues doit monter très haut. Quant à la bouche des blondes elle doit être plus claires, d'un rouge rose assez vif. (1923)


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