samedi 21 novembre 2009

Théâtralité: marque, manque et masque!


Je poursuis, depuis quelques jours, dans le cadre d'un exposé à prépare autour de la problématique de mon sujet de recherche au doctorat, une définition la plus claire et la plus simple possible de la théâtralité (abordée déjà, entres autres, ici ou ici)... de cette mystérieuse essence de l'art dramatique.

Peut-être la définition la plus simple revient-elle à Michel Corvin, auteur du désormais nécessaire Dictionnaire encyclopédique du Théâtre:

Tout d’abord la théâtralité naît dès qu’il y a adresse d’un émetteur à un récepteur ; système de communication gestuelle, verbale, auditive ou visuelle, il n’importe ; communication médiate (par personnages interposés) ou immédiate (au cabaret). De toute façon l’altérité (NDA : caractère de ce qui est autre) est à la base de la théâtralité, même si les spectateurs sont plus ou moins acteurs.

[…] La théâtralité suppose fiction, fabrication mentale d’une identité, d’une fable, d’un costume, d’une gestuelle qui creusent, par toutes leurs marques d’altérité, les distances qui sépare l’un (le récepteur) de l’autre (l’émetteur).

[…] Le théâtre est et n’est qu’un microcosme et, si ambitieusement qu’on y convoque le monde, il ne saurait être qu’un signe du macrocosme. Tout au théâtre, dès lors, n’est que substituts, déplacements, décalages, prélèvements, valant-pour, autrement dit, métaphores et métonymies : le personnage n’est qu’un acteur (et l’acteur n’est pas le personnage), la beauté n’est qu’un maquillage, la puissance n’est qu’un costume, les affects ne sont que des mots, les idées ne sont… des idées, et, du coup, il n’y aurait guère de mots qui, au théâtre, ne mentiraient pas si le théâtre n’était justement, par sa nature d’image du monde, inconsistant et trompeur. Tout au théâtre est figure, tout y fait signe.

À ce compte la théâtralité se définit par trois traits : elle est présente (l’adresse) ; elle ne vit que d’absence (ce qu’elle figure n’existe pas) ; et pourtant elle fait en sorte que cette absence soit présence ; elle est à la fois une marque, un manque et un masque.

Finalement, plus simplement encore, le mot de la fin dans cette recherche de concision de la théâtralité reviendrait à Patrice Chéreau (du moins, je crois...) qui définissait la théâtralité comme étant le théâtre comme quand on était enfant.


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