lundi 28 décembre 2009

De réduction en dépouillement...


Le farceur médecin soutire de l'urine pour son diagnostic.
Recueil de chants religieux et profanes, 1642
(Peinture attribuée au Cambrésien Louis de Caullery).


Réduire le spectacle à sa plus simple et difficile expression, qui est le jeu scénique ou plus exactement le jeu des acteurs. Et donc, éviter de faire du plateau un carrefour où se rencontrent tous les arts majeurs et mineurs (peinture, architecture, électromanie, musicomanie, machinerie, etc...).

Remettre le décorateur à son rang qui est de résoudre le problème des découvertes, des frises et de réaliser la construction des éléments scéniques (meubles ou accessoires) strictement indispensables au jeu des acteurs, sa tâche principale étant de trouver la teinte unique du décor, si décor il faut.

Laisser au music-hall et au cirque l'utilisation immodérée des projecteurs, des casseroles et du mercure.

Donner à la partie musicale le seul rôle d'ouverture ou de liaison entre deux tableaux. Ne l'utiliser qu'aux seuls endroits où le texte indique formellement l'intervention d'une musique lointaine ou proche, d'une chanson, d'un divertissement musical.

En résumé, éliminer tous les moyens d'expression qui sont extérieurs aux lois pures et spartiates de la scène et réduire le spectacle à l'expression du corps et de l'âme de l'acteur.


Ces quelques mots écrits en 1945 par Jean Vilar (parus dans De la tradition théâtrale, L'Arche, Paris, 1955) résonnent bien avec ma propre conception du théâtre, de ma propre recherche de pureté scénique - texte générateur de théâtralité, acteur comme principal émetteur de celle-ci qui se déploie dans la performativité, scène comme support dynamique - qui sous-tend tout mon actuel (et pour les trois ans à venir!) travail doctoral.

Après la transgression des genres, l'éclatement des frontières entre les différents art, la décomposition et reconstruction du texte et des personnages, l'interdisciplinarité et la tentaculaire arrivée des nouveaux médias, c'est un focus radical sur les trois éléments fondamentaux: texte (texto-centrisme), acteur (acteurocentrisme), public. Artaud a, dans toute sa troublante écriture, défini le mieux ce fait: il faut faire parler à la scène le langage qui lui est propre...




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