lundi 21 décembre 2009

Elle a toujours voulu être une fille hirondelle...


Ai assisté, hier après-midi, à la dernière représentation de J'ai toujours voulu être une fille hirondelle, un spectacle pour enfant écrit et mis en scène par Johanna Lochon dans le cadre la fin de ses études à la Maîtrise en art de l'UQAC (maîtrise qu'elle a, par ailleurs, et avec raison, reçue avec une mention d'excellence!).

Comme il était indiqué dans le communiqué, ce spectacle raconte l'histoire d'une jeune fille dont le seul rêve est de s’envoler derrière les océans et de découvrir ce qui se cache derrière l’horizon. À la maison, reste la mère nous racontant son difficile travail de maman devant laisser son petit papillon s’envoler. À travers un dialogue mère et fille, nous découvrons l’histoire d’une jeune fille téméraire à la conquête du monde, affrontant l’inconnu et arpentant la jungle, la folie de la ville et la démesure des montagnes pour découvrir ce qui se cache vraiment au fond de son cœur. J’ai toujours voulu être une fille hirondelle c’est l’aventure initiatique d’une jeune fille qui cherche son chemin dans une véritable explosion de paysages, de couleurs, de rencontres et de vie.

Il est toujours un peu embêtant de parler ou d'écrire sur ce type de spectacle, résultat d'une recherche, d'une élaboration théorique qui nous est, généralement inconnue. Les points importants, les grands axes de création, les tenants et aboutissants de ces mois de travail manquent à une opinion éclairée. Toutefois...
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J'ai toujours voulu être une fille hirondelle révèle, chez Johanna Lochon, une écriture fine et poétique... qui s'adresse avec intelligence aux enfants. Une maturité qui s'exprime avec lucidité et fluidité. Et bien que parfois le lyrisme renvoie la fable au rôle d'accessoire, on y retrouve facilement la trame de la quête, de la recherche d'autonomie, de liberté. Une quête flamboyante qui ne plie pas devant des dictats réalistes (car je rappelle que cette enfant part dans le monde à peine âgée de douze ans et parcourt, seule, la jungle avec la bénédiction de cette mère insouciante!) et moralistes souvent inhérentes aux œuvres pour enfants. Un fort beau texte.

Les personnages sont généralement bien définis et bien dirigés. Sur scène, principalement, deux interprètes. Carolyne Gauthier (étudiante en troisième année du B.I.A., si je ne m'abuse) incarne la petite fille maladroite, rêveuse qui s'envole vers l'inconnu. Douce exaltée, espiègle et impétueuse, touchante et aventureuse, elle donne le ton à ce spectacle. Sa mère, jouée par Caroline Tremblay, outre le fait de raconter son expérience maternelle, donne, (je crois!), quant à elle, le leitmotiv de celui-ci: il faut prendre son temps... Du moins, c'est ce que j'ai compris. Prendre le temps de vivre, d'apprivoiser ses craintes et ses peurs, de grandir. Pour ma part, cette relation mère-fille (à sens unique, je dirais... la fille ne se commettant que fort brièvement sur celle-ci), n'arrive toutefois pas à acquérir une importance aussi grande que le motif de la quête malgré le talent des deux comédiennes. Mais est-ce le but? Doit-elle être un pilier de cette production? Il faut également souligner la présence, à leur côté, de Marilyne Renaud qui prend, manifestement avec plaisir (et pour celui des spectateurs) en charge les rôles utilitaires: la voisine, l'optométriste, le toucan, le mexicain, les vendeurs du marché, etc. Des petits caméos qui égaient avec brio ce spectacle.

L'espace se résume en deux éléments principaux mis en valeur par les éclairages de Marilyn Tremblay (qui semble prendre de plus en plus d'assurance) et par la conception sonore de Patrice Leblanc. Le premier, en arrière-plan, est constitué d'un module compact - avec tréteau, bibliothèque, palier et escalier - représentant le cocon familial. D'une utilisation efficace, il permet des images intéressantes. Le second lieu, tout l'avant scène, est vide... disponible pour recevoir qui des jeux de lumières marquants (les nuages, l'eau, la jungle), qui des accessoires mobiles (à lesquels les personnages de Marilyne sont très souvent associés) synecdotiques amusants dénotant un véritable sens de l'image: un siège pour un avion, un cadre de cabine téléphonique, un mur d'hôtel, quelques arbres en cartons... et un écran de rétroprojections (un moyen d'illustration cher à Johanna!).

Du coup, dans le second espace, la mise en scène sert principalement à mettre en place ces images, ces effets théâtraux, ces explorations scéniques. Pourtant, dans ce va-et-vient effréné, on délaisse un peu le fil du spectacle pour se délecter et s'amuser de leur apparition. Une utilisation justifiable, certes... accrocheuse, assurément... mais qui demanderait encore un peu de raffinement (notamment en ce qui concerne l'écran de rétroprojections) dans leur déploiement. afin de participer à un tout plus homogène. Et se poserait alors la question de la forme: la forme pour le contenu ou le contenu pour la forme?

Malgré ces commentaires, J'ai toujours voulu être une fille hirondelle demeure, pour moi, un beau moment de théâtre qui s'adresse à l'enfant qui sommeille en chacun de nous (bon, c'est convenu comme remarque, je sais!)... et donne un avant-goût prometteur des futures réalisations de Johanna Lochon qui, souhaitons-le, fera sa marque dans le théâtre-jeunesse!

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