jeudi 25 février 2010

La paradoxe du scarabée selon WM


On m'a fait parvenir, il y a quelques mois, un texte de Wajdi Mouawad (qui possède son propre site internet, ici) portant sur le rôle de l'artiste dans la société, le rôle de l'Art:

«... L'Art, c'est cette chose que l'on continue à regarder sans parvenir vraiment à le comprendre. C'est cet objet qui devrait provoquer l'indifférence, mais fracasse une limite en nous. «Ne pas être comme tout le monde» signifie se nourrir de l'abjection du monde. C'est le paradoxe du scarabée.

Le scarabée est un insecte qui se nourrit des excréments d’animaux autrement plus gros que lui. Les intestins de ces animaux ont cru tirer tout ce qu’il y avait à tirer de la nourriture ingurgitée par l’animal. Pourtant, le scarabée trouve, à l’intérieur de ce qui a été rejeté, la nourriture nécessaire à sa survie grâce à un système intestinal dont la précision, la finesse et une incroyable sensibilité surpassent celles de n’importe quel mammifère. De ces excréments dont il se nourrit, le scarabée tire la substance appropriée à la production de cette carapace si magnifique qu’on lui connaît et qui émeut notre regard : le vert jade du scarabée de Chine, le rouge pourpre du scarabée d’Afrique, le noir de jais du scarabée d’Europe et le trésor du scarabée d’or, mythique entre tous, introuvable, mystère des mystères.

Un artiste est un scarabée qui trouve, dans les excréments mêmes de la société, les aliments nécessaires pour produire les œuvres qui fascinent et bouleversent ses semblables. L’artiste, tel un scarabée, se nourrit de la merde du monde pour lequel il œuvre, et de cette nourriture abjecte il parvient, parfois, à faire jaillir la beauté.»

La métaphore me semble forte... d'autant plus quand la matière à travailler est difficile et crue...

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Si vous avez un commentaire à faire, ça peut se passer ici: