vendredi 22 octobre 2010

Quand Le Devoir s'exprime

Article paru, sous la plume de Michel Bélair, dans Le Devoir du 19 octobre dernier:

Un p'tit gâteau avec ça?
Michel Bélair
19 octobre 2010

Pour certains, le simple fait que le répertoire et la dramaturgie d'ici existent est déjà en soi une sorte d'enfermement. Le théâtre — le milieu donc dans toutes ses manifestations grandes, moyennes et petites —, le milieu serait tourné sur lui-même, se regarderait le nombril, qu'il aurait plus gros ou plus petit que la normale, selon le cas, serait fermé, tout cela l'étouffant même, argghggl... Pfffffffff.

Comme si on allait laisser faire tous les Maxime Bernier de ce monde, tous ceux qui se permettent d'intervenir sur tout alors qu'ils n'y connaissent rien, comme si tous ces faux frères pouvaient se mettre à dicter des politiques culturelles en ne sachant même pas de quoi ils parlent! Il faut dire au contraire à quel point la scène théâtrale d'ici est de plus en plus éclatée, touche à tous les milieux, se nourrit de l'intégration de la plupart des différences. Le théâtre est comme partout devenu un creuset où se mêlent toutes les cultures et tous les mythes... enfin presque tous.

On voit de tout à Montréal en un seul petit mois. À l'allure minimale d'au moins deux spectacles par semaine, souvent trois, on arrive à peine à suivre le rythme de l'ensemble des productions qui sortent constamment une fois la saison lancée; au maximum un peu plus de cinq spectacles sur dix. Et je n'ai habituellement le temps de fréquenter que la scène francophone alors qu'il y a longtemps que le nombre des compagnies anglos s'est vu, lui aussi, multiplié par tous les accents du monde...


La scène montréalaise ne se résume plus depuis longtemps à la seule performance de ses poids lourds, même s'ils continuent à y jouer un rôle essentiel. Elle est, au contraire, diversifiée, multiple, multiforme, de mieux en mieux articulée, s'inventant constamment des façons de survivre: riche alors qu'elle est si pauvre. On a même parfois l'impression qu'elle réussit à percer le mur des idées toutes faites et des certitudes creuses de certains donneurs de subventions — on peut toujours rêver, non...


D'autres grands connaisseurs — qu'ils fassent ou non partie de la brillante équipe culturelle d'un gouvernement ou d'un autre — soufflent aussi à qui veut bien l'entendre que les compagnies québécoises sont trop gourmandes et se laissent inviter à l'étranger sans jamais rendre la pareille. Ce qui était probablement vrai il y a une quinzaine d'années alors que seuls les festivals disposaient de budgets leur permettant d'inviter des compagnies d'Europe ou d'ailleurs. Mais ce ne l'est plus depuis longtemps.


Malgré les compressions faussement justifiées de certains budgets culturels, de plus en plus de compagnies trouvent le moyen d'accueillir de plus en plus régulièrement des spectacles étrangers en tournée. À ce chapitre, on ne le dira jamais trop, le théâtre jeunes publics a servi de modèle en inventant des solutions neuves, comme la mise en réseau des ressources et la création d'alliances débouchant sur une circulation plus large des spectacles à travers tout le Québec. C'est parce qu'on a branché ainsi tous les fils dans le bon sens, même si la démarche n'est pas appuyée par un programme particulier, que le TJP de Strasbourg a pu donner partout chez nous une trentaine de représentations de La Petite Odyssée, au printemps dernier...


La saison est encore jeune, une seule grande vague de premières a déferlé à ce jour sur nos têtes, mais déjà, «la visite» s'est faite très présente avec le passage du Piccolo Teatro à la Place des Arts pour la deuxième fois en trois ans, celui de la compagnie française Akselere au théâtre La Chapelle, des Belges du Borderline Theatre à Québec et l'arrivée de la metteure en scène Irina Brook qui entreprend, dès ce soir à Sherbrooke, une tournée panquébécoise avec En attendant Le Songe d'après Shakespeare (voir notre entrevue en une du journal).


Un p'tit gâteau avec ça?

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