mercredi 10 novembre 2010

Admiration limitée!


Tiens tiens... pour continuer l'exploration du côté sombre de la vie théâtrale saguenéenne (qui marque bien l'état moyen dans lequel je me sens présentement!), je fais un petit détour par le fameux Petit Lexique Amoureux du Théâtre de Philippe Torreton (publié chez Stock en 2009... et dont j'ai plusieurs fois fait référence sur ce blogue) qui sait si bien s'atteler à cette tâche (et qui, du coup, prouve bien que c'est partout pareil... que l'on soit du Saguenay, du Québec, de la France!)... Un petit texte qui peut recouper ma petite montée de lait d'hier!

A comme Admiration

L'admiration laisse un vide. C'est une sorte de reddition en terrain neutre. L'admiration est compliquée pour un acteur: se réjouir du talent de l'autre.

En général l'admiration est lointaine, voire post mortem, nombre d'acteurs en couleurs admirent sans réserve les comédiens en noir et blanc. On admire le patrimoine, ou le comique qui devient sérieux, ou le tellement vieux.


Il est plus rare en revanche d'admirer le talent d'un comédien de la même génération que soi. On admire, en fait, d'autant plus volontiers lorsque les signes sont évidents que l'on ne boxe pas dans la même catégorie. D'autres choisissent la méthode inverse, mais qui revient au même, ils admirent tout le monde. Ils vont voir le plus de spectacles possibles et ressortent des loges en ayant repeint les murs de louanges. Le manque de travail peut provoquer cela, quand il ne rend pas aigri, il cacochymise le cerveau et rend tout le monde génial comme pour mieux expliquer son chômage, mais aussi espérer rester dans le coup: un compliment peut faire mouche.


Pardon, mais il est normal de ne pas avoir l'admiration facile dans ce métier. Pour de multiples raisons, d'ailleurs, la première, la plus objective, étant que le talent digne de ce nom est rare, la plupart du temps nous constatons un savoir-faire ponctuel, agréable ou surprenant, mais l'admiration demande à voir et à revoir, elle demande du temps, et c'est sans doute pour cela qu'elle se réserve aux aînés.


[...] Il faut avoir une belle confiance en soi, donnée par le succès, ou une grande fragilité pour admirer. C'est là que le débutant rejoint la vedette. Entre les deux, on se débrouille, on se contente d'aimer ou de ne pas aimer.


Encore une fois, il est difficile de ne pas se reconnaître ou de ne pas reconnaître la situation dans les écrits de ce comédien français! Décidément, j'en recommanderais la lecture à quiconque fait du théâtre... non pas pour briser les élans mais juste pour donner une vision plus juste du fonctionnement du théâtre dans ses moindres recoins!


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