mercredi 9 mars 2011

De la performativité selon Kantor

Voici (redonnée dans sa mise en forme originale) une définition de ce que pourrait être la performativité selon Kantor (qui parle, dans ce cas-ci, de théâtre-happening)... cette notion qui inscrit l'acteur dans le moment présent, en action ouverte avec celui-ci... Elle est tirée de l'ouvrage Le théâtre de la mort, paru aux Éditions L'Âge D'Homme (Lausanne) en 2004 (p. 159):


MÉTHODE DE L'ART D'ÊTRE ACTEUR

Jusqu'à la fin des répétitions je reste méfiant en ce qui concerne une PROGRAMMATION complète de l'acteur.

Je veux le retenir le plus longtemps possible à l'étape de ses «PRÉDISPOSITIONS» ÉLÉMENTAIRES.

Faire jailli ses possibilités et ses activités «innées», «premières», créer cette ZONE DE «PRÉ-EXISTENCE» DE L'ACTEUR, qui n'est pas encore encombrée par l'univers illusoire du texte.

Ceci ne résulte nullement d'une hostilité à l'égard du texte, ni d'une intention de le reléguer au second plan. Au contraire.

JE VEUX QUE LA RÉALITÉ QUE REVENDIQUE LE TEXTE NE SE CONSTITUE PAS FACILEMENT ET SUPERFICIELLEMENT, QU'ELLE S'AMALGAME, S'UNISSE INDIVISIBLEMENT AVEC CETTE PRÉ-EXISTENCE (PRÉ-RÉALITÉ) DE L'ACTEUR ET DE LA SCÈNE, QU'ELLE S'Y ENRACINE ET QU'ELLE EN SURGISSE.

Je considère cette méthode comme essentielle, décidant de l'autonomie du spectacle.

Voilà une méthode qui n'a rien de commun avec celle qui est aujourd'hui généralement acceptée et appliquée et qui ne pénètre et n'analyse que l'espace du texte dramatique et de ce fait, quels que soient ses moyens et ses trucs, se réduit à la seule reproduction.

L'acteur ne joue aucun rôle, ne crée aucun personnage, ni ne l'imite, il reste avant tout soi-même, un acteur chargé de tout ce fascinant BAGAGE DE SES PRÉDISPOSITIONS ET DE SES DESTINATIONS.

Loin d'être une copie et une reproduction fidèle de son rôle, il l'assume, conscient sans cesse de ses destinées et de sa situation.

Parfois il s'engage à fond de façon tout à fait naturelle dans son rôle pour l'abandonner ensuite quand il lui plaira, et le confondre avec le flux libre, omniprésent et continu de la matière scénique.

CETTE ZONE LIBRE DE L'ART DE L'ACTEUR DOIT ÊTRE PROFONDÉMENT HUMAINE. J'ENTENDS PAR LÀ L'UTILISATION D'ACTIVITÉS RUDIMENTAIRES (ÉLÉMENTAIRES) ET DES MANIFESTATIONS LES PLUS GÉNÉRALES ET LES PLUS COURANTES DE LA VIE.

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