vendredi 4 mars 2011

Que prenne la mayonnaise...


J'aime beaucoup cette description de l'évolution d'une production dans les derniers jours de travail où, tout à coup, le tout acquiert une force attendue avec patience. Les mots qui suivent sont d'Olivier Besson parus dans un article, Des nœuds, des fragments, dans le toujours intéressant numéro 52-54 d'Alternatives théâtrales consacré spécifiquement aux répétitions:

À quelques jours de la première d'un spectacle, rien n'est fait et pourtant dans le meilleur des cas tout semble avoir été dit, répété, travaillé, mis en doute. [...] La peur monte - mais pas la panique - parce qu'approche la rencontre avec le public, mais aussi parce que l'équipe se trouve en attente d'un événement toujours insaisissable, et dont la perception reste probablement extrêmement subjective: le moment où le spectacle va prendre - s'il prend. Prendre comme on le dirait d'une mayonnaise. Les ingrédients agencés dans l'ordre avec le plus grand soin ne suffisent pas pour faire un spectacle. [...]

[...] Cela arrive toujours dans les tout derniers jours de travail avant la première, et toujours sans prévenir. Jusque-là tous les éléments avaient été mis côte à côte et patiemment reliés entre eux, à commencer par les personnes. Par des paroles, par des expériences partagées. Et puis les acteurs et l'espace, par des mouvements; les acteurs et les objets, les acteurs et le texte, par de la pensée, des émotions; le décor et les lumières, par des images, etc. Le metteur en scène a veillé par la parole à assurer la cohésion progressive du travail en multipliant patiemment les connexions, lien après lien, jusqu'à constituer le réseau, le plus dense possible, le plus cohérent et le plus inextricable possible. Mais tout se vit soudain comme si l'on passait à une tout autre échelle de relations: les connexions deviennent innombrables. Une nouvelle entité, rêvée, attendue, cherchée, s'invente: le spectacle en tant que corps vivant, autonome, excédant violemment toutes les formes qui le constituaient jusque là, créant un tissu organique de relations entre ses composants, sans commune mesure avec les connexions établies auparavant entre des éléments maintenant indiscernables, prend vie. [...]

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