vendredi 24 juin 2011

Pour un théâtre national...


En ce jour de la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale des Québécois, je propose ici un petit retour dans le temps, en 1936... dans un petit bouquin amusant à lire par son côté suranné, Initiation à l'art dramatique par Jean Béraud (dont j'ai déjà cité des passages et ), un Canadien qui s'est exilé en France...

Le dernier chapitre de cet ouvrage porte le même titre que celui de ce billet. Et décrit, en quelque sorte, la situation théâtrale qui prévalait à l'époque... alors que notre théâtre ne balbutiait encore que très (et l'euphémisme est faible!) peu. A-t-elle changé aujourd'hui? Il va sans dire que oui... même si parfois, les doléances exprimées semblent traverser le temps...

Quelques auteurs de pièces affirment l'existence, au point de vue de répertoire, d'un théâtre canadien [nda.: si on se rapporte dans le temps, par canadien, il faut entendre canadien-français voire québécois]
? Un répertoire qui ne se joue jamais, qui ne peut parvenir à mériter l'estime, à capter l'intérêt du public, n'est pas un répertoire de théâtre.

Ce qu'il nous faut, c'est un théâtre jeune, vigoureux, plein d'idées, bâti sur des situations, sur des thèmes inspirés par notre vie nationale.

Jamais nos pièces de bibliothèques ou d'anthologie ne pourront soutenir l'éclat, aujourd'hui fulgurant, des feux de la rampe. Sous les pinceaux lumineux s'en dégagerait une poussière qui dénoncerait leur vétusté aussi crûment que celle de ces costumes longuement usagés, dont les coutures menacent, à chaque geste, de craquer. Ce n'est pas avec de tels oripeaux, aussi voyant soient-ils, qu'une scène canadienne réussira à s'instituer de façon permanente.

[...] L'effort de quelques apprentis dramaturges est courageux, mais nous doutons qu'ils soient assez puissants pour assurer à une troupe permanente 300 représentations par année, et surtout un répertoire de qualité.

[...] Que penser de cet état des choses? Cela ne prouve-t-il pas qu'il est temps de plaider la cause du théâtre canadien avec sérieux, en renonçant pour une fois à proclamer: «Mais nous avons tout ce qu'il faut! C'est l'argent seul qui manque!»

Non, il n'y a pas que l'argent qui manque. Une éthique du théâtre, comme l'éthique du commerce qui exige la qualité avant la quantité, devra régner ici avant que nous puissions accomplir quoi que ce soit de remarquable. La conception du théâtre comme art et non comme commerce devra prévaloir sur le «besoin d'argent». Il ne faudra plus qu'on gave le public de «stupidités». [...]

[...] Il faudra bien tout de même que la presse canadienne dise un jour: «Il [le théâtre] fait l'orgueil de la ville et traduit l'idéal de la nation, dont les efforts et les sacrifices ont contribué à son édification.»

Bonne Saint-Jean-Baptiste!

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