vendredi 17 août 2012

Les écrits restent-ils vraiment?


Il est toujours intéressant, je trouve, de lire les grands auteurs dramatiques de l'histoire... mais plus encore que leur œuvre, ce sont souvent leurs écrits quotidiens qui donnent tout l'éclat d'une véritable passion théâtrale... Comme celle-ci, de la plume de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais, l'auteur très dix-huitième siècle du Mariage de Figaro et du Barbier de Séville , en réponse à une critique de cette dernière pièce, en 1775 (lettre qu'on peut retrouver dans son intégralité dans la préface de la pièce ou, en suivant ce lien de Google Books, en p.87):

Les ouvrages de Théâtre, Monsieur, sont comme les enfants des femmes: conçus avec volupté, menés à terme avec fatigue, enfantés dans la douleur et vivant rarement assez pour payer les parents de leurs soins, ils coûtent plus de chagrins qu'ils ne donnent de plaisirs. Suivez-les dans leur carrière, à peine ils voient le jour que, sous prétexte d'enflure, on leur applique les Censeurs; plusieurs en sont restés en chartre. Au lieu de jouer doucement avec eux, le cruel Parterre les rudoie et les fait tomber. Souvent, en les berçant, le Comédien les estropie. Les perdez-vous un instant de vue, on les retrouve, hélas! traînant partout, mais dépenaillés, défigurés, rongés d'Extraits et couverts de Critiques. Échappés à tant de maux, s'ils brillent un moment, le plus grand de tous les atteint, le mortel oubli les tue; ils meurent, et, replongés au néant, les voilà perdus à jamais dans l'immensité des Livres.

Une belle description, émouvante. Qui rappelle, à quiconque s'intéresse au théâtre, qu'il y a d'innombrables textes qui dorment dans les bibliothèques, dans les cartons, les greniers de vieux bâtiments. Que nombre de pièces ne parviendront plus à revoir la lumière électrique de la scène. Que des dizaines d'auteurs dramatiques même ne sont pas parvenus à traverser l'histoire...

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