samedi 1 février 2020

Une clémence théâtrale

Le XIXième siècle (particulièrement au Québec... mais aussi en France) comporte tout un ensemble de prédicateurs, de curés, de vicaires, d'évêques et de cardinaux qui se posent en farouches pourfendeurs du théâtre. Ils me fournissent, d'ailleurs, un impressionnant corpus de morceaux littéraires qui rivalisent d'originalité, de menaces et de maux envers quiconque va et fait du théâtre. 

Mais certains ressortent du lot par leur souplesse d'esprit (!) face à la chose dramatique... comme ce petit passage du Cardinal Thomas Gousset (biographie ici), figure de l'ultramontanisme français, qui a inspiré, semble-t-il (selon le fort intéressant L'Église et le Théâtre au Québec, de Rémi Tourangeau et Jean Laflamme publié en 1979 chez Fidès), nombre de nos pasteurs... à commencer par Mgr Ignace Bourget qui, au début de son règne, tolérera la pratique de cet art (selon certaines conditions comme la non-mixité et la moralité du répertoire) sans pour autant lui donner sa bénédiction... mais qui finira par sombrer dans une lutte féroce contre les jeux scéniques!



Donc, Gousset, dans sa Théologie morale à l'usage des curés et des confesseurs, parue en 1844, y va de la sempiternelle logorrhée anti-théâtrale:

Ceux qui composent ou qui représentent des pièces des pièces de théâtre vraiment obscènes, comme certaines comédies ou tragédies qui ne respecte ni la vertu ni la sainteté du mariage, pèchent mortellement.

On ne peut, sous peine de péché mortel, concourir à aucune représentation notablement indécente [...], ni par abonnement ou souscription, ni par applaudissement. Il y aurait aussi péché pour les simples spectateurs qui assisteraient à une représentation notablement obscène, pour le plaisir honteux que cette représentation peut occasionner.

Et là - ô surprise - il nuance (ce qui est plutôt rare dans ce type de prescription):

Mais il n'est pas de même pour ceux qui n'y assistent que par curiosité ou par récréation; ils ne pèchent que véniellement [ouf!], pourvu qu'ils se proposent de résister à tout mouvement charnel qui peut survenir, ou qu'ils n'aient pas lieu de craindre de se laisser à quelque faute grave. 

Mais...

Cependant, il serait difficile d'excuser de péché mortel un jeune homme qui, sans nécessité, voudrait assister au spectacle, dans le cas dont il s'agit; à moins qu'il ne fût d'une conscience très timorée et qu'il ne pût s'autoriser sur sa propre expérience. Encore faudrait-il, dans ce dernier cas, que son exemple ne fût pas une occasion pour d'autres jeunes gens d'assister à des représentations indécentes. 

Pourtant, il persiste et signe: le théâtre n'est peut-être pas si pire... et viennent les exceptions qui pourraient trouver grâce à ses yeux:

Si les choses représentées ne sont pas notablement obscènes, et si la manière de les représenter ne blesse point gravement les moeurs, il n'y a que péché véniel à assister au spectacle sans raison légitime. On excusera même de tout péché ceux qui ont quelques juste cause d'y assister: tel est le cas, par exemple, de la femme mariée qui peut assister au spectacle sans pécher, pour ne pas déplaire à son mari, ou encore du fils ou de la fille, pour obéir à leur père. Mais ceux-mêmes qui sont obligés d'aller au spectacle, comme ceux qui croient pouvoir y aller, doivent se tenir en garde contre le danger. 

Ce  XIXième siècle est fascinant. 

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