jeudi 11 juin 2020

Quand Guitry débarque à Montréal!

Parmi mes auteurs favoris, il y a Sacha Guitry. D'abord parce qu'il a une vie rocambolesque: enlevé par son père qui est alors un immense comédien, il est le filleul du tsar Alexandre III, côtoie d'illustres personnalités (dont Sarah Bernhardt, Georges Feydeau, Courteline, Rodin, etc.), devient auteur et comédien par accident, obtient vite le succès, se marie quatre fois (et à chaque fois il fera de son épouse sa partenaire de jeu), devient réalisateur (et fait de très grands films), est arrêté après la Seconde Guerre Mondiale sous des accusations de collaborations, est gracié, termine sa vie principalement au cinéma...

Puis parce que son oeuvre (qui s'étale sur une cinquantaine d'années) est traversée d'une vision toute personnelle (aujourd'hui surannée, peut-être), marquée au sceau de la douce ironie et parfois du sarcasme. Ses textes sont verbeux, certes. Mais ils pourfendent, la plupart du temps, par des sentences fulgurantes, brillantes,  la bêtise humaine... sans pitié ni pour ses personnages féminins, ni pour ses personnages masculins. Quand il ne dissèque pas les relations amoureuse, il dresse, de façon théâtrale, des portraits de personnalités plus grandes que nature: Debureau, Lucien Guitry (son père), Pasteur, Mozart.

Guitry, c'est du grand Boulevard.

Sacha Guitry et Yvonne Printemps dans Mozart, 1926

Au début de 1927, à la suite d'une tournée new-yorkaise de sa plus récente création, Mozart, Guitry - qui a déjà acquis le statut de grande vedette - débarque (presque à l'improviste) à Montréal, en compagnie de son épouse d'alors: Yvonne Printemps! La Presse, 31 janvier:


Jean Béraud, journaliste-chroniqueur au journal, (ce même Béraud qui aura une assez grande importance dans les années 30), le rencontre à son arrivée, le 6 février (et son entrevue est publiée le 7). Guitry fait du grand Guitry et il en profite pour donner un véritable cours de théâtre:



Guitry enchaîne alors les entrevues et les conférences. Et à l'Université McGill, il y a va de cette remarque sur le langage canadien-français (rapportée dans le même journal du 8 février): 


J'ai fouillé beaucoup les journaux de l'époque... La tournée sera un succès. Mais ce qu'on retiendra surtout (et qui fera l'objet de beaucoup d'articles) c'est cette considération sur la langue... comme une préfiguration des débats théâtro-linguistiques qui prendront le haut du pavé dans les années 60...

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