lundi 10 janvier 2011

La Visite [Carnet de mise en scène]

Photographie de la première distribution de La Visite au Théâtre Mic Mac, en 1984
(et le jeune homme assis au premier plan est l'auteur et metteur en scène, MMB)

La première fin de semaine est passée en répétitions... Le travail se fait assez rondement (à ma grande satisfaction!). Et bien qu'encore beaucoup de boulot reste à abattre dans l'exécution, (notamment, à trouver l'aisance et le plaisir!) les 12 premiers tableaux sont déjà ébauchés dans leurs grandes lignes.

Cette matière brute amène quelques réflexions...

De prime abord, le plus frappant (ça l'était déjà à la lecture mais l'effet est, en scène, encore plus prononcé que je ne le pensais!) est la brièveté des scènes, des tableaux. La concision de ceux-ci entraîne nécessairement de multiples entrées et sorties, la rencontre éphémère de plusieurs personnages tous plus déjantés les uns que les autres... en cela, plus simple à ébaucher que les personnages principaux qui les subissent et qui sont, par conséquent, d'une autre nature.

Cette brièveté cache un grave écueil: l'effet de brouillonnerie. L'impression de flou scénique. De manque de clarté. Il faut absolument que les interprètes atteignent (et c'est le plaisir de pouvoir le dire en début de travail!) une précision sans faille... Une précision dans leur mise en espace, dans leur mise en mouvement, dans leurs actions et réactions, dans leurs relations les uns avec les autres.

Dans l'espace proposé (si petit, en pente, avec tant d'entrées) la forme commande une rigueur à tout instant. Et cette suite de va-et-vient instaure une mécanique qu'il sera amusant de rendre redoutablement efficace et qui sera l'enjeu même de la pièce: Comment mettre à l'abri un bonheur conjugal de l'invasion des parents, des amis et des relations? Comment éviter que l'ouverture d'une porte ne provoque un flot de personnages de tout acabit qui vous trouvent si «accueillants» et finissent pas vous exploiter?

Bon. Je compte aussi, pour atténuer l'effet de course effrénée, sur la présence constante de Monique et Denis (tout tourne -c'est le cas de le dire!- autour d'eux) qui forment le pivot de cette pièce. Chaque visite devient un envahissement de leur intimité, une attaque. C'est une guerre larvée où les méchants se cachent sous le masque des bons.

Outre le couple principal, ces personnages-envahisseurs (qui sont, malgré leur exubérance, des faire-valoir!) devraient pouvoir se résumer à peu de choses. Plus les comédiens réussiront à les circonscrire, à les cerner à leur plus simple expression (un mot!) et le plus il sera facile de les construire, de les mettre en rapport les uns avec les autres et de voir les étincelles surgir!

Il faut toutefois se méfier des clichés. Les personnages, qu'ils soient joués par des hommes ou des femmes, ne doivent pas devenir qu'une simple caricature. Il nous faut plus que ça. Il faut que ça grince. Il faut que ça suinte. Pour moi, la meilleure image serait le personnage de Gregor Samsa dans La Métamorphose de Kafka... Son horreur, son cauchemar est somme toute, dans cet univers, normal. Et c'est ce que je cherche.

Les personnages de La Visite doivent quitter le champ du réalisme (de la petitesse) pour devenir, littéralement, des monstres... Il faut que chacune de ces présences provoque quelque chose, change le cours de choses.

Le prochain rendez-vous est pour le 22 janvier.

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