samedi 21 avril 2012

Théâtralité ou «théâtralisme»

 
Cette notion de théâtralité peut facilement poser problème tant ses contours sont difficiles à énoncer clairement. La réponse à qu'est-ce que la théâtralité? est parfois singulière quand elle tend à tout simplifier... parfois plurielle quand les subordonnées se conjuguent pour créer un monstre conceptuel aux multiples ramifications. (J'en veux pour preuve cette exercice de détermination effectué par Patrice Pavis qui a servi de sujet pour ce billet du 25 mai 2011.)

L'une des meilleures façons de définir ce truc consiste à l'aborder par la soustraction... comme cette sentence de Roland Barthes qui affirme que la théâtralité, c'est le théâtre moins le texte... ou par opposition à un autre élément... comme cette description de Josette Féral* qui permet de différencier théâtralité et théâtralisme:

Le concept de théâtralité, dans ses multiples usages au théâtre et hors du théâtre, devient de plus en plus flou et tend à se banaliser. Je proposerais donc, pour une meilleure définition, qu'on lui opposât ce que j'appellerais théâtralisme. «Théâtralisme» désignerait le contraire même de la théâtralité telle qu'elle est traitée ici même... L'avènement de la théâtralité procède d'une pure émergence de l'acte théâtral dans le vide de la représentation. Le règne du théâtralisme renverrait, lui, à cette maladie esthétique endémique où le théâtre souffre de sa propre emphase et, en quelque sorte, d'un trop plein de lui-même. Ainsi, lorsque Stanislavski déclare que «ce qui le fait désespérer du théâtre, c'est le théâtre», il ne vise pas la théâtralité à la Meyerhold mais bien ce «théâtralisme», qui n'est qu'un état histrionesque et narcissique, une manifestation redondante du théâtre au théâtre.

Il s'agit là, je trouve d'une différenciation essentielle (et intéressante). Car si la théâtralité peut - et c'est plutôt là où je loge en tant qu'apprenti théoricien qui veut plus qu'il ne fait pour l'instant - englober le champ esthétique de la représentation, elle ne peut toutefois pas être considérée comme un parti pris ou, pire!, comme une simple productrice d'atmosphères ou d'effets scéniques.


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* publiée dans le 75ième numéro de Poétique, La Théâtralité, Éditions du Seuil, septembre 1988 (et cité dans les notes de l'ouvrage Critique du théâtre - de l'utopie au désenchantement de Jean-Pierre Sarrazac, aux Éditions Circé, paru en 2000)

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