lundi 14 mars 2011

«Antigone» de Sophocle

Antigone (Maude Cournoyer), photographie: Guillaume Ouellet

J'ai passé la journée d'hier dans l'auditorium de l'ancien Lycée du Saguenay (une magnifique salle de la fin des années cinquante qui mérite le détour!) pour assister à une répétition de l'Antigone de Sophocle mis en scène par le collectif N.A.T.A.S. (composé de Maude Cournoyer et de François-Mathieu Hotte qui signe sa première mise en scène théâtrale) en collaboration avec le Théâtre 100 Masques.

Le projet se fait dans le cadre du laboratoire annuel de ce dernier... laboratoire toujours tenu en mars consacré à l'exploration d'un type de théâtre, d'un style de jeu. Il s'agit là, en comparaison avec le théâtre d'été, d'une petite forme. Ces laboratoires, qui réunissent le plus spécifiquement des gens de la relève, aboutissent toujours à une série de représentations. Au fil des années, il y a eu: Ipso Facto (2001), Les Nuits blanches (2002), L'Ordre du monde (2009), Les Impromptus scéniques (2010).

Antigone, donc...

Le texte de cette tragédie est troublant d'actualité, comme c'est souvent le cas avec les textes antiques.

Antigone est la fille d'Œdipe et de Jocaste, souverains de Thèbes. Après le suicide de Jocaste et l'exil d'Œdipe, les deux frères d'Antigone, Étéocle et Polynice se sont entretués pour le trône de Thèbes. Créon, frère de Jocaste et – à ce titre – nouveau roi, a décidé de n'offrir de sépulture qu'à Étéocle et non à Polynice, qualifié de voyou et de traître. Il avertit par un édit que quiconque osera enterrer le corps du renégat sera puni de mort. Personne n'ose braver l'interdit et le cadavre de Polynice est abandonné à la chaleur et aux charognards. Seule Antigone refuse cette situation. Malgré l'interdiction de son oncle, elle se rend plusieurs fois auprès du corps de son frère et tente de le recouvrir avec de la terre. Ismène, sa sœur, informée de sa décision, refuse de la suivre, craignant sa propre mort. Très vite, Antigone est prise sur le fait par les gardes du roi. Créon est obligé d'appliquer la sentence de mort à Antigone. Après un long débat avec son oncle sur le but de l'existence, celle-ci est condamnée à être enterrée vivante. Mais au moment où le tombeau va être scellé, Créon apprend que son fils, Hémon, fiancé d'Antigone, s'est laissé enfermer auprès de celle qu'il aime. Lorsque l'on rouvre le tombeau, Antigone s'est pendue à sa ceinture et Hémon, crachant au visage de son père, s'ouvre le ventre avec son épée. Désespérée par la disparition du fils qu'elle adorait, Eurydice, la femme de Créon, se tranche la gorge. (wiki)

À travers cet argument joyeux, on aborde le thème du pouvoir, du pouvoir qui s'accroche à lui-même, du défi de l'autorité, des valeurs bafouées au nom du peuple, etc. Il y a, dans ce texte, des lignes qui pourraient (même si ce n'est pas le vœu du collectif) se rapporter à la crise qui secoue le monde arabe... Des lignes fortes, des personnages immenses...

La mise en scène est somme toute assez simple et pourtant, réalisée avec beaucoup de finesse et une vision bien définie du théâtre... qui sera, j'imagine, consolidée et bonifiée dans les jours à venir alors que le projet entame son dernier droit. Les trois comédiens principaux (Maude Cournoyer, Mélanie Potvin et Éric Renald) tirent bien leur épingle du jeu de même que le choeur composé de cinq étudiants en interprétation du Cégep de Jonquière. Le défi principal posé à toute cette équipe (outre le fait de jouer dans ce lieu qui impose, malgré sa majestuosité, une multitude de contraintes) serait, après réflexion, de ne pas ramener cette tragédie au niveau du drame...

Ce sera là, je pense, un bon laboratoire. Il sera présenté à compter de la semaine prochaine, pour cinq représentations, de mardi à vendredi (soit du 22 au 25 mars) à 20h (avec une matinée, le vendredi, à 13h30). Comme c'est devenu une habitude dans ce cadre de production, après chaque représentation, il y aura une courte discussion avec les artisans du spectacle.

Voilà. D'autres détails dans les jours à venir!



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