samedi 13 octobre 2012

«Orphée aux enfers» [Carnet de mise en scène]

Je suis à quelques semaines du début des répétitions d'Orphée aux enfers (une production de la Société d'art lyrique du Royaume). D'ici la fin du mois de novembre ou le début du mois de décembre, j'aurai entrepris le travail avec le chœur de cette opérette. Puis, au retour des fêtes s'amorcera un travail intensif avec les solistes jusqu'à la première, le 7 février.

La création est pourtant déjà enclenchée alors que je travaille avec l'équipe esthétique depuis le mois d'août. Les premières maquettes de la scénographie (faite par Christian Roberge avec qui je travaille régulièrement depuis 2004) et des costumes (une réalisation de Jacynthe Dallaire, une habituée de la compagnie) m'ont été présentées. Esthétiquement, je crois qu'il y aura là une matière intéressante pour les éclairages d'Alexandre Nadeau... et une surprise pour le public!

 Je voulais aller ailleurs, présenter une opérette dans un autre cadre que celui des années passées. Je suis très content de ce que ça donne sur papier. Maintenant, il faut passer à la réalisation de tout ça et faire prendre la mayonnaise.

Dans quelques jours, il y aura la tenue de la conférence de presse habituelle où, j'imagine, sera aussi dévoilée l'affiche de ce projet.





«Petites morts et autres contrariétés» [Carnet de production]


Depuis quelques semaines déjà, je suis plongé dans ce drôle de projet qu'est Petites morts et autres contrariétés du Théâtre C.R.I., à partir de nouvelles de Jean-Pierre Vidal publié l'an dernier sous le même titre. Des petits mondes (des univers en soi) ouvert sur des passages entre un ici et un au-delà.

Drôle de projet parce qu'il n'y a pas un mais bien cinq metteurs en scène. 

Drôle de projet parce que ces cinq metteurs en scène sont aussi les cinq comédiens.

Drôle de projet parce que, du coup, je fais partie de cette équipe et donc, oui, je monterai sur scène. Un projet qui, outre le côté interprétation, est en droite ligne avec ce que j'avais fait en 2011... à moins que ce ne soit en 2010? Lors du lancement du recueil de M. Vidal, j'avais mis en lecture quelques unes de celles-ci... sur un chariot, avec Erika Brisson comme interprète. De courts textes qui se disent fort bien.  

C'est, en quelque sorte, un retour... un approfondissement. Un défi.

Maintenant...  Illustration ou distanciation? Investissement émotif ou détachement du narrateur? Comment faire de ces courts textes des scènes toutes aussi fortes? Comment, à partir de ces morceaux littéraires, développer un souffle, une voix, des images puissantes… comme toutes autant de variations sur un même thème : la mort?

Mais avant, un autre dossier m'occupe: la conception et la réalisation (avec l'aide d'Yves Whissel, Sophie Châteauvert et Serge Potvin) de la scénographie (des scénographies serait plus juste...) et des costumes.




mercredi 10 octobre 2012

Du théâtre à la langouste...

 Signature de Sacha Guitry

Dans une de ses courtes pièces écrite autour de 1940, L'École du mensonge, Sacha Guitry met en scène un auteur dramatique qui se doit d'expliquer à une jeune femme (qui le talonne pour avoir un rôle dans sa prochaine création) ce qu'est le théâtre:

[...­] Ah! ah! Vous voulez faire du théâtre? mademoiselle!... Non, certes, ce n'est pas moi qui vous en dirai du mal, mais je voudrais vous mettre en garde contre une erreur que l'on commet souvent. Faire du théâtre, c'est très joli, cela! Mais dites-vous bien qu'on ne peut faire du théâtre aussi facilement qu'on peut faire de la peinture, par exemple... Oh! Je ne prétends pas que ce soit facile de peindre, grands dieux, mais je vous ferai observer que pour peindre, on est tout seul... et que personne ne peut vous empêcher de mettre des couleurs à tort et à travers sur une toile... tandis que, pour jouer la comédie, il faut être d'accord avec un grand nombre de personnes. On peut se cacher pour peindre...  pour jouer la comédie, il faut justement se montrer. Le théâtre ne peut jamais être considéré comme un art d'agrément... car ce n'est pas l'agrément de celui qui l'exerce, mais bien le plaisir de ceux qui en sont les spectateurs. [...] Je ne doute pas que vous ayez de grandes dispositions pour le théâtre... Vous l'adorez, c'est déjà une qualité... et je vous en félicite. Mais je vous ferai observer qu'il y a des gens qui adorent la langouste et que la langouste n'aime pas. [...]

Quelle délicieuse (c'est le cas de le dire) phrase que cette finale... en quelques mots, c'est tout Guitry (et l'esprit français): cinglant, terriblement ironique, avec un véritable contenu sous des airs de superficialité. Ce que je peux aimer cet auteur...

dimanche 7 octobre 2012

Une semaine au théâtre... du 7 au 13 octobre 2012


J'y reviens... Après quelques temps d'arrêt (et une moins grande assiduité sur ce blogue), je reprends aujourd'hui la publication hebdomadaire (dominicale pour être plus précis) du calendrier théâtral régional. Encore une fois, si j'oublie des trucs, il sera possible de les faire ajouter...

Mercredi à samedi, du 10 au 13 octobre 2012
Salle Murdock (Centre des arts de Chicoutimi), 20h

Daïdalos, théâtres d'un labyrinthe. Cette nouvelle production de La Tortue Noire (leur site web) explore le mythe du labyrinthe:  D’où venons-nous; Où sommes-nous; Où allons-nous? Nous sommes perdus? Dans l’espoir de répondre à ces énigmes, nous nous engageons à l’intérieur d’un curieux dédale où les objets semblent parfois nous guider. Inspirés d’une légende mythique, les acteurs explorent des univers labyrinthiques et se confondent avec des créatures imaginaires. La scène devient un espace magique où tout se transforme. Les acteurs devront jouer à perdre leurs repères pour réussir à entrer dans le labyrinthe. Ils devront ensuite suivre le fil pour trouver un guide, affronter La Bête, retrouver la sortie et ainsi accéder à la déroutante euphorie de la liberté. Il en coûte 20$ par personne (15$ pour les étudiants et les travailleurs culturels). Pour réserver: 418-698-3403. À noter que la représentation du jeudi 11 octobre affiche complet.

Je crois que c'est tout...


samedi 6 octobre 2012

Les monstres de l'orgueil...


 Les comédiens de société, par Honoré Daumier, 1858
Il n'y a rien de tel que de fureter dans les bouquins relatant diverses anecdotes tirées de l'histoire du théâtre. Parmi les descriptions (plus ou moins bien écrites) se trouvent parfois de délicieux (!) petits morceaux où l'ego côtoie le ridicule... comme ceux-ci glanés dans le très XIXième siècle Comédiana ou recueil choisi d'anecdotes dramatiques, de bons mots de comédiens, et réparties spirituelles, de bonhommie et de naïveté du parterre par Charles Yves Cousin D'Avallon (publié en 1801... qu'on peut lire ici et qui, par son titre, ne laisse aucun doute sur son contenu!)...

Un vieux comédien était si habitué à faire sonner la rime et à cadancer les vers, qu'une fois dans un passage de Mithridate - Quand le sort ennemi m'aurait jeté plus bas , Vaincu, persécuté... - ne se rappelant pas assez tôt le dernier hémistiche du second vers , il ne put s'empêcher, par une certaine habitude, d'y substituer machinalement tati, tatou, talas sans discontinuer le reste de la tirade, et sans même se déconcerter. C'est ce même acteur qui, toute sa vie accoutumé d'aller à la buvette à chaque entracte d'une pièce, se trouva un jour si ivre à la fin de la même tragédie, qu'en prononçant le dernier vers - Venez et recevez l'âme de Miltridate - il vomit sa boisson sur Xipharès obligé de recevoir les derniers embrassements dans la pièce.  
En voici une autre, d'une autre nature...

Un des principaux acteurs de la Comédie-Française s'arrêta court dans une tragédie , à ce passage J'étais dans Rome alors... qu'il eut beau recommencer deux ou trois fois sans pouvoir rattraper le fil du rôle. À la fin, voyant qu'il n'y avait pas moyen d'en sortir, et que le souffleur, distrait ou déconcerté, le laissait là aussi maladroitement, il fixa celui-ci d'un œil de sang froid, en lui disant avec un ton de dignité : «Hé bien, monsieur!... que faisais-je dans Rome?»

Et celle-ci, illustrant toute la méchanceté (mais drôle!) du parterre...

On a dit d'une actrice qui était assez bonne, mais fort laide : « On a beau l'applaudir, elle fait toujours mauvaise mine ». qui est dans la même ligne que celle-là (que j'ai peut-être déjà publiée sur ce blogue mais que je remets parce que je l'aime bien): L'acteur Beaubourg, qui était extrêmement laid, représentant le rôle de Mithridate (celui de Racine ), madame Lecouvreur qui jouait celui de Monime, lui dit : Ah! seigneur, vous changez de visage. Un habitué du parterre cria : «Laissez-le faire».

«Leuleu» ou le corps matière


Andrée-Anne Giguère présente, encore ce soir (pour la dernière fois), le projet de création qui met un terme à ses études à la maîtrise en art de l'UQAC.

Avec Leuleu, un ensemble d'actions théâtrales misant sur le performatif, elle cherche à explorer les liens entre la technologie et le ressenti

Pour y arriver, elle établit un canevas où, à partir du vécu (réel) d'une personne souffrant de dystrophie musculaire, les quatre comédiennes-performeuses (Giguère, Anick Martel, Anne-Marie Ouellet et Elaine Juteau) seront soumises à différentes épreuves jusqu'à la limite de l'épuisement (poids, entraves, tâches impossibles, durée), dans un rapport constant à la projection vidéo.

De ce projet - qui évite heureusement de sombrer dans la simple illustration et dans le sentimentalisme - émanent de beaux moments scéniques (dans une esthétique somme toute assez dépouillée - et bleue! - composée de panneaux de styromousse, de bacs de sable et de menus objets) et des images fortes (notamment par l'apport des actions technologiques de Pierre Tremblay-Thériault et Yves Whissel).

Du coup, plus qu'anecdotique, le sujet devient véritablement écriture du corps. Une matière qui, s'inscrivant dans les muscles et l'effort déployé sur le plateau (par le halètement, le cri sourd, la sueur, la tension), réussit à capter l'attention, à faire réfléchir, à émouvoir même. Sans morale. En toute simplicité. Et avec un plaisir manifeste, une franche camaraderie entre les six intervenants.

Un discours s'installe (tant par le visuel que par l'échange de paroles impromptues) sans pour autant s'enfermer dans un sens unique. De quoi parle-t-on? De la maladie? Oui. Du passage de «la difficulté à» à «l'impossibilité de». Mais aussi peut-être de rapport à l'autre. Du rapport à soi, à son corps. De la tyrannie de l'image. Autant de possibilités qu'il y a de regardants...

Les propositions emplissent l'espace, s'offrant à différentes analyses. Au cours de l'heure et quart que durera la présentation, il y aura bien peu de moments de flottements...

Le décentrement de la représentation inhérent à ce type de création est amplifié, par ailleurs, par le déplacement constant des spectateurs. Ceux-ci, installés à quatre sur un praticable (il y en a huit pour un maximum de trente-deux spectateurs), seront exposés à différentes configurations de l'espace qui tenteront d'orienter le regard. Mais en vain. Sollicités de toute part, ils chercheront à tout voir en se contorsionnant sur leur siège, devenant aussitôt  partie prenante de ce lieu.

C'est toute la force de ce projet de Giguère: maintenir un pont entre la création en cours et l'intérêt du public. Et le théâtre performatif, qui  peut parfois se teinter d'hermétisme, trouve là un convaincant aboutissement.
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Daniel Côté, du Quotidien, a écrit Une façon d'explorer le rapport au corps dans l'édition du 4 octobre dernier qu'on peut lire ici.
 
Marie Christine Bernard y est également allée de ses commentaires sur Mauvaises Herbes, dans son billet Vivre égale danger qu'on peut lire en cliquant sur ce lien.

mercredi 3 octobre 2012

De la liberté de la profusion


Thomas Ostermeier représente, pour moi, le metteur en scène contemporain par excellence... pour qui le répertoire ne cède en rien devant la création, pour qui le théâtral peut co-exister avec la performance, pour qui le théâtre se fait, oui... mais aussi, il se pense. Il y a, chez cet homme, toute une rigueur, une exigence de la scène. Paradoxalement, quand on le lit (ou que le lit par le biais d'entrevues et d'articles), demeure toute la dimension ludique de cet art.

J'aime bien aussi sa philosophie (par ailleurs, il faut dire que c'est un metteur en scène post-meyerholdien qui a tout pour m'attirer) comme cette réponse donnée à Sylvie Chalaye (tout l'entretien a été publié en 2006 chez Acte Sud-Papiers, dans la collection Mettre en scène) qui voulait avoir son avis sur le fait que certains metteurs en scène français oublient cette dimension ludique du théâtre...

Cela a un rapport avec le fait qu'un metteur en scène en France crée une seule production par an, et parfois beaucoup moins. Attendre un an et demi, deux ans, pour monter un spectacle n'autorise pas à l'erreur. Moi aussi j'ai beaucoup de doutes à propos des chemins dans lesquels je m'engage, je me pose la question de savoir si mes choix sont les bons, mais j'ai le grand avantage de faire par an trois mises en scène et parfois plus. Je peux expérimenter et quand, dans une mise en scène, j'ai choisi une direction radicale qui, en définitive, ne me satisfait pas complètement, je peux changer cette direction dans la mise en scène suivante. Quand on crée une fois par an, on est obligé de tout mettre, tous les soucis, toutes les peurs et tous les chemins, impossible de se tromper, il n'y a pas de place pour l'essai, l'exploration, et la pression est trop forte. Mais quand on a la possibilité de faire plusieurs créations par an, l'enjeu n'est plus le même et la liberté est plus grande.

Voilà une pensée que je trouve intéressante quand je m'y arrête et qui me semble contenir un fond de vérité qui devrait pouvoir se vérifier.

mardi 2 octobre 2012

«Orphée aux enfers» [Carnet de mise en scène]

Depuis quelques semaines, le scénographe de cette troisième version d'Orphée aux enfers (présenté par la Société d'art lyrique du Royaume), Christian Roberge, planche sur les maquettes pour dégager, à partir de mes demandes, l'esthétique de ce projet.

Peu à peu, dans l'échange de nos nombreux courriels parfois détaillés, parfois brefs, parfois dans une forme interrogative, d'autres fois dans le simple commentaire, se développe un espace scénique de plus en plus concret. Voilà aussi l'avantage de travailler régulièrement avec les mêmes collaborateurs: cette facilité à se faire comprendre, à rapidement se mettre sur la même longueur d'ondes...

À ce stade, il est donc possible de donner, à ceux qui font partie de ce projet, un fort bon aperçu de l'univers théâtral choisi. Un univers parodique... en lien direct avec le ton de la musique et du livret. Un univers sur la scène comme un petit théâtre sur le théâtre. À cet univers se grefferont bientôt l'apport des autres concepteurs.

Dans un tout autre ordre d'idée, j'ai assisté, il y a peut-être deux semaines, à une répétition du choeur de cette opérette (sous la direction de Josée Ouellet). Il y a quelque chose de fort stimulant que d'entendre chanter tous ces hommes et toutes ces femmes ensemble, d'atteindre une certaine harmonie. Et quel plaisir que de rencontrer bientôt les solistes...




lundi 1 octobre 2012

Du Guitry en concentré


En déambulant dans les rues de Québec, samedi dernier, j'ai trouvé ce recueil de courtes pièces de Guitry. Il y en a vingt-deux... dont dix-huit qui me sont inconnues. C'est donc une fête sur ma table de chevet! Découvrir un auteur qu'on connaît bien, c'est quelque chose d'euphorisant (bon, le terme est peut-être un peu fort... mais quand même...)... Quelques heures de plaisir en perspective... Et qui sait, peut-être y aura-t-il, sous peu, une nouvelle production guitriesque à mon agenda (alors que j'ai monté, sans moyen, Nono, en 2008)...

dimanche 30 septembre 2012

Premier rendez-vous de «L'Heure du théâtre»



Premier rendez-vous de L'Heure du théâtre (un projet pilote financé par le Conseil des Arts de Saguenay), tantôt... et quoi de mieux, pour commencer, que d'aborder la comédie antique d'Aristophane!

Le but de ces rencontres (il y en aura dix tout au long de l'année... chacune autour d'une tasse de thé) est de discuter de la vie et l'oeuvre des auteurs choisis en plongeant dans l'un de ses textes majeurs...

Ce projet s'adresse principalement au grand public... puisqu'il s'agit d'une initiation... Il ne s'agit pas d'un cours, ni d'une conférence, ni d'une lecture publique. C'est plutôt le même type d'exercice auquel s'astreint un metteur en scène et ses comédiens lors d'une première lecture d'un texte. En groupe (tous ceux qui se sont inscrits), il y aura donc une lecture à voix haute, animée par un professionnel de la scène saguenéenne... agrémentée d'extraits vidéo, d'extraits sonores, d'anecdotes...

Au fil des rencontres (un dimanche sur deux, jusqu'en mars... avec une pause pendant le temps des Fêtes), se dressera donc, pour ceux et celles qui nous suivront, une histoire (bien parcellaire) du théâtre.

Pour ma part, j'ai choisi de revenir à L'Assemblée des femmes que j'ai monté en 2010. Parce que d'une part, je le connais bien... puis parce qu'avec le collage que j'avais fait je pourrai aussi m'attarder sur Lysistrata. Par ailleurs, son œuvre est truculente, succulente. Paillarde.

C'est donc un premier début pour cette nouvelle forme d'ateliers théâtraux qui visent une acquisition de connaissances générales plus qu'une technique. Est-ce que ça marchera? Nous verrons. 

Si ça fonctionne bien, d'autres séries seront mises en place... sur d'autres époques théâtrales (ou des histoires précises comme celle du théâtre au Québec depuis la Nouvelle-France)... ou sur des auteurs précis (par exemple, l'évolution de Molière)... ou sur des genres particuliers (par exemple, les différents types d'absurde...). Il peut y avoir plusieurs déclinaisons possibles... Le but ultime: explorer le monde du théâtre.

jeudi 27 septembre 2012

Вера Фëдоровна Комиссаржевская


Voici, en quelques mots, une petite présentation de Вера Фëдоровна Комиссаржевская ou, dans une version plus francophone, Vera Komissarjevskaïa, dont il était question à la fin du billet précédent. D'abord quelques clichés:



La meilleure façon d'avoir un bref aperçu de cette vie importante pour le monde russe de la fin du XIXième et du début du XXième siècle (que je croise très souvent dans mes recherches meyerholdiennes!) est de passer par le Dictionnaire encyclopédique du théâtre de Michel Corvin:


(Saint-Pétersbourg 1864 - Tachkent 1910) Actrice, directrice de théâtre russe.

Après des débuts au théâtre amateur, elle conquiert la jeunesse intellectuelle au théâtre Alexandriski de 1896 à 1902 dans les rôles de Larissa (La fille sans dot d'Ostrovski), Fantine (Les Misérables de Hugo), Marguerite (Faust de Goethe), Nina Zaretchnaïa (La Mouette de Tchekhov). Insatisfaite de la routine de la scène impériale, cette actrice lyrique et fine, à la voix vibrante, ouvre en 1904 son propre Théâtre dramatique Vera Komissarjevskaïa, où elle fait d'abord appliquer les réformes du Théâtre d'art de Moscou dans un répertoire qui incarne des idées de progrès social (Les estivants et Les enfants du soleil de Gorki, Maison de poupée d'Ibsen). Dans un second temps, elle s'éloigne du naturalisme, se rapproche des symbolistes russes, invite en 1906 Meyerhold qui réalise une série de mises en scène expérimentales. Elle triomphe dans les rôles d'Hedda Gabler, de Nora, de Béatrice (Soeur Béatrice de Maeterlinck); mais après son échec dans Pelléas et Mélisande de même auteur, elle condamne les méthodes de Meyerhold qui mènent à un «théâtre de marionnettes». Congédié fin 1907, il est remplacé par le frère de Vera, Komissarjevski, et par Evreinov. Devant le déficit financier, elle organise des tournées en Russie. En 1909, elle décide d'abandonner le théâtre parce que «dans sa forme actuelle, il a cessé de lui paraître nécessaire» pour fonder une école théâtrale à finalité spirituelle. Mais elle est emportée par une épidémie de variole. On l'a surnommée la «Duse russe», comparaison d'autant plus pertinente que, bien qu'elles aient toutes deux senti la nécessité de se soumettre à un réformateur de la scène - Meyerhold, Craig - elles sont entrées en conflit avec lui.

Dans la suite de cette notice biographique, voici deux lettres qu'elle a écrite... la première à Meyerhold lui-même pour lui signifier la rupture (publiée dans Vsevolod Meyerhold ou l'invention de la mise en scène):

Vsevolod Émiliévitch Meyerhold, ces derniers jours j'ai beaucoup réfléchi et je suis parvenue à la ferme conviction que nos vues sur le théâtre ne sont pas convergentes, que ce que vous cherchez ne correspond pas à ce que je cherche, moi. Le chemin où vous vous êtes engagé est celui qui conduit au théâtre de marionnettes, sauf lorsque vous combinez les principes du théâtre traditionnel et ceux du théâtre de marionnettes. Je n'ai malheureusement compris cela que ces derniers jours, après de longues réflexions. Je regarde l'avenir droit dans les yeux et j'affirme que nous ne pouvons emprunter ensemble ce chemin qui est le vôtre et qui m'est pas le mien, et en réponse à une de vos remarques à la dernière réunion de notre comité artistique, où vous nous demandiez s'il ne valait pas mieux pour vous de quitter ce théâtre, je vous dis maintenant: oui, votre départ est nécessaire. C'est pourquoi je ne peux plus vous considérer comme mon collaborateur.

Cette lettre est datée de la fin de 1907... quelques mois plus tard, en novembre 1909 (quelque temps avant sa mort), elle écrira cependant: Je continue encore maintenant à estimer que Meyerhold est un éminent novateur plein de talent, qui poursuit ses recherches avec un authentique sincérité. Des spectacles comme  Baraque de foire, La vie de l'homme et Soeur Béatrice sont à mon avis des chefs-d'oeuvre de la mise en scène...




mercredi 26 septembre 2012

La Duse en action... en attendant Komissarjevskaïa

J'ai une fascination marquée pour les grands monstres sacrés du théâtre... particulièrement ceux du XIXième et du début du XXième siècle. La grande époque théâtrale. L'époque du luxe et du  vedettariat à son extrême où les égos sont maîtres... et en même temps, cette époque est également celle de son rejet, avec l'avènement d'une succession de réformes qui mèneront, en  bout de ligne, à la consolidation d'un nouvel actant: le metteur en scène.

Pourtant, parmi cette turbulence, de grands noms s'inscriront pour longtemps dans les mémoires collectives.

Si les Français ont Sarah Bernhardt - la plus grande d'entre les plus grandes... qui a fait l'objet de plusieurs billets sur ce blogue! - les Italiens ne sont pas en reste et peuvent dresser devant cette reine de la scène une autre femme, tout aussi souveraine: La Duse... au port altier et au regard lourd... presque triste (dont j'ai déjà parlé ici).

La voici, donc, cette Duse, dans le film (en entier!) Cenere tourné en 1916 (sept ans après qu'elle s'eût retirée de la scène... soit en 1909) et réalisé par Febo Mari qui y joue aussi:



Un jour, je parlerai d'une autre grande actrice que j'affectionne particulièrement, leur exacte contemporaine: Vera Komissarjevskaïa... qui fit partie de la première distribution de La Mouette de Tcheckhov en octobre 1896 (un four historique avant la production du Théâtre d'Art en 1898) avant d'être l'égérie du symbolisme russe, sous la direction de Meyerhold, entre 1906 et 1908... Une autre femme de tête remarquable:


Voilà un beau triumvirat féminin dont chacun de ses membres aura su marquer son époque et son peuple...