mercredi 29 février 2012

Nouvelle acquisition... et nouvelle catégorie



Toujours à la recherche de nouveaux bouquins pour me stimuler l'esprit et mes recherches, je viens de faire l'acquisition de Théorie et pratique du théâtre paru en novembre 2011 (donc fort actuel...) sous la plume de Josette Féral, l'une des théoriciennes (qui enseigne à l'UQAM et à la Sorbonne Nouvelle-Paris 3) les plus actives... 

Dans cet ouvrage, il sera notamment question de la théorie en quête de pratique, de la théâtralité et de la performativité de même que de la performance. Des sujets qui me sont présentement essentiels et avec lesquels je jongle depuis quelques temps déjà.

Voici la présentation écrite par l'éditeur et publiée sur le site Fabula.org: La question des liens entre théorie et pratique est au cœur de l’analyse théâtrale. Elle traverse tout le champ artistique, soulignant les ruptures et les complémentarités. Pour que l’étude en soit efficace et pertinente, il faut impérativement couvrir tout le domaine de la pratique en s’intéressant non seulement à l’analyse du spectacle (qui constitue toujours l’objet essentiel des études théoriques) mais aussi à ce qui précède la représentation, c’est-à-dire aux processus de création.

Il apparaît plus que jamais indispensable de se pencher sur le passage du texte à la scène et sur la réception du spectacle, domaines habituellement réservés à la recherche théâtrale, mais surtout d’ouvrir le champ d’étude à tout ce qui se trouve en amont de la représentation. Théories du jeu, répétitions, processus de création, direction d’acteurs, travail du metteur en scène, cahiers de régie, etc., doivent être pris en compte, sans pour autant négliger les questions théoriques proprement dites nécessaires pour comprendre la scène théâtrale aujourd’hui : théâtralité, performativité, présence, interculturalisme.

C’est cette perspective fort large du phénomène théâtral dans toute son amplitude qui fait l’objet des études rassemblées dans ce livre.

 Il risque fort, dans les prochaines semaines, d'y avoir de nombreuses citations tirées de ce livre...

Par ailleurs, à partir de ce billet (et en tentant de retrouver les billets précédents du même type), j'instaure un nouveau libellé pour mes billets: bibliographie... qui regroupera, comme son nom l'indique, ma bibliographie de travail.


mardi 28 février 2012

De la critique... encore...

Suite à son billet, Le blues du guichet, publié sur le blogue de La Rubrique, Stéphane Boivin (directeur des communications... ou un titre de ce genre...) a reçu des commentaires... et c'est toujours agréable d'avoir des réactions. Mais parfois un peu frustrants quand ceux-ci demeurent anonymes. Surtout pour émettre une opinion négative. L'anonymat sur le web est un droit, peut-être... mais il est un peu couard de se cacher pour dire les choses qu'on n'ose dire en face (ou du moins, sous sa propre signature).

Ceci étant dit, Boivin, l'auteur du billet, revient aujourd'hui avec une suite au billet précédemment nommé pour une mise au point et une envolée sur la critique. Envolée que je partage... depuis déjà plusieurs années! La voici... avec son aimable autorisation:

Dans ce contexte périlleux où beaucoup reste à accomplir pour faire entrer le théâtre dans les moeurs, les journalistes locaux, qui parfois acceptent de porter le lourd fardeau de critiques (« Épais sur le dos! » dirait numéro 5 dans Une heure avant), jouent un rôle ambigu. Ils travaillent pour des médias généralistes et clairement leur fonction n’est pas celle de l’auteur spécialisé. De plus nos journalistes ne peuvent pas ne pas savoir que tellement de gens sont à convaincre, à partir de loin, que le théâtre est un art qui peut les rejoindre, et qu’il vaut la peine qu’on lui donne quelques chances de nous séduire. Il savent bien la portée de ce qu’ils écrieront ou diront sur le sort d’un spectacle et éventuellement d’une compagnie.

Malgré cela, Une heure avant n’a pas été épargné par la critique. Parmi toutes les plateformes et moyens de communications utilisés, deux apparitions médiatiques seulement ont eu une teneur critique. Une positive du Quotidien dont le lien était en complément du dernier billet, puis une négative chez Radio-Canada. Nous n’avons pas l’impression que la critique du Quotidien fut complaisante, pas plus que celle de Radio-Canada était injuste. Nous croyons que le journaliste écrit a vu, au delà de cette première « chancelante », la force potentielle de la proposition, du texte et des comédiens. Une force qui n’a pas tardé à se manifester après quelques soirs, à s’affiner jusqu’à cette dernière impeccable de samedi dernier. Du côté de Radio-Canada au contraire, on a choisi de mettre en avant les défauts et les faiblesses de cette première, un choix que nous respectons tout à fait.

Doit-on s’étonner que la critique la plus brutale que nous ayons reçue soit anonyme? Elle est dans les commentaires publiés à la suite du billet précédent. Anonymat qui veut donner raison à son auteur lorsqu’il déplore la dangerosité d’une telle activité dans le milieu local. Posons-nous alors la question: Que manque-t-il pour que vive une critique lucide, sachant reconnaître les bons coups et ne manquant pas de souligner les mauvais, ici au Saguenay? L’hebdomadaire culturel local ne constituerait-il pas la tribune idéale pour l’établissement d’une telle critique? En fait leur choix éditorial de servir de courroie de transmission entre l’offre culturelle et le public est sans doute salutaire pour leur éviter l’enlisement dans un panier de crabes. On s’explique ce réflexe « non-critique » en considérant la petite taille du milieu théâtral saguenéen, l’interdépendance de chacun, la difficulté de faire face à un artiste qu’on aura bafoué publiquement. Il est vrai que certains on payé le prix de leur intégrité critique dans le passé. Mais cette proximité des artisans d’un milieu incestueux est pourtant proportionnellement identique dans les métropoles.

Il est vrai que les tribunes pour la critique indépendante et spécialisée sont rares voire inexistantes en région. Les journalistes des plus grands médias locaux ont beaucoup à couvrir dans un espace restreint. Ce n’est pas d’hier que certains, dont je suis, dénoncent l’absence, autre que ponctuellement, d’une telle habitude de la critique localement, et à croire qu’une telle critique lucide ferait avancer la pratique. Mais en réalité, nous sommes tiraillés ici en région entre une sorte de protectionnisme louable, où les journalistes et autres observateurs ne veulent pas nuire aux entreprises d’artisans locaux, et l’absence d’une critique que nous reconnaissons tous comme souhaitable et productive, mais dont nous avons si peu l’habitude que nous ne pouvons apparemment pas l’encaisser.

Que manque-t-il à une véritable critique théâtrale locale? Dans une ère où les supports médiatiques à l’opinion sont aussi démocratiques et considérant qu’il n’est pas plus facile de démonter froidement l’oeuvre de quelqu’un en ville qu’en région, je suis porté à croire qu’il manque surtout le courage tenace des opinions de la part de ses énonciateurs et la capacité pour les sujets de ces critiques de surpasser l’esprit de clocher… que nous avons par ici, c’est vrai, chevillé au corps.


Voilà. En gros, ça résume bien la dizaine de billets que j'ai écrit à ce sujet. Et je trouve également que cette part critique manque au milieu culturel. Tant dans les médias que parmi les artisans.

D'un problème d'assistance


 Le Théâtre La Rubrique a fait, en fin de semaine, une sortie publique pour déplorer le peu d'assistance à sa toute dernière production, Une heure avant (d'abord sur le blogue de la compagnie, ici, et dans un article paru dans le Progrès-Dimanche tenant sensiblement les mêmes propos).

Et non, cette situation ne leur est pas exclusive. Partout - et parfois de façon drastique! - les compagnies locales  (la plupart, en fait...) voient le nombre de spectateurs fondre comme neige au soleil... alors que les productions venues de l'extérieur tirent mieux leur épingle du jeu.

Où est le problème?

La qualité? L'offre qui surpasse et de loin la demande? Le manque de promotion? L'absence d'un «star système» au niveau régional? Une méconnaissance de la vitalité théâtrale? Un décalage entre le milieu culturel et la «vraie vie»? Le médium ne dit-il plus rien de notre monde?

Manifestement, ce ne sont là que quelques pistes de réflexions... et peut-être n'est-ce que la fin d'un cycle... Mais toujours est-il qu'en attendant, une question demeure: on fait quoi, maintenant?

Un problème de compagnie ou un problème de milieu?

D'où viendra la (ou les) réponse(s)?

dimanche 26 février 2012

Un Espace Théâtre sur Radio Spirale



Radio Spirale (qu'on peut découvrir ici)  à maintenant une nouvelle émission: Espace Théâtre, reliée, si je comprends bien, à la Revue Jeu (d'où le fait que les publications correspondent aux Entrées Libres de Jeu et aux Entretiens de Jeu qui ont lieu tout au cours de l'année). Sur ce site, donc, de nombreuses discussions fort intéressantes... comme  Shakespeare, l'homme sous l'oeuvre ou encore Le dauphin, espèce en péril: les directions artistiques

De bons entretiens qui s'inscrivent dans la pratique nationale.

Pour retrouver facilement ce site, je le place en lien dans la colonne - à la toute fin - à la gauche de ce billet.

Au théâtre, cette semaine! (du 26 fév. au 3 mars 2012)


Encore une semaine à venir sous le signe des finissants en arts de l'UQAC (toute la programmation peut être consultée ici)... ce qui s'illustre assez bien par le calendrier théâtral que voici:

Mercredi à vendredi - 29 février au 2 mars 2012
Petit Théâtre (UQAC), 19h

Julie Tremblay-Cloutier présente son projet de fin de bacc., la méthode du bonheur (expérience #2), une expérimentation à partir d'un texte d'une collègue étudiante, Caroline Beaulieu.

Mercredi à vendredi - 29 février au 2 mars 2012
Studio-Théâtre (UQAC), 19h45

Simon Allard présente son projet de fin de bacc., Cinq cons et un bâton: Cinq femmes, cinq souvenirs, cinq traces, un homme...et ses cinq cons! Il est l'homme et ses cinq femmes sont Julie Bernier, Sara Moisan, Aimie Tremblay, Caroline Tremblay et Marie-Ève Gravel... dans une mise en scène d'Erika Brisson.

Mercredi et jeudi - 29 février et 1er mars 2012
Sous-Bois (Chicouimi), 20h le premier soir, 21h le second.

Marie-Claude Brassard présente son projet de fin de bacc., Les superhéros ont la queue basse: Entrez dans l’univers improbable, cynique, absurde... d’un personnage ambigu créé de toute pièce sur les mots de Carol Dallaire. Les mots en bouche, je vous offre ici rires, doutes et confusions à votre guise…

Vendredi - 2 mars 2012
Salle Murdock (Chicoutimi), 20h 

Le Théâtre 100 Masques et le Théâtre À Bout Portant s'associent pour présenter un second Impromptu Scénique... confié cette fois à Anick Martel et son équipe de comédiens: Sophie Larouche, Marilyne Renaud, Patrick Simard et Andrée-Anne Giguère. 12 heures de créations avec contraintes dans le but d'offrir aux spectateurs le soir même, une représentation cohérente et complète d'une durée minimale d'une heure! Places limitées!

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C'est ce qui se retrouve sur mon écran radar... Peut-être oublierai-je quelques trucs... le cas échéant, on peut me le faire savoir par le biais des commentaires!

vendredi 24 février 2012

«Impromptu scénique V» [Carnet de notes]


À compte de 8h30 ce matin, le décompte sera mis en route: un peu moins de douze heures plus tard, soit à 20h, un nouveau spectacle d'une heure quinze sera créé. Un nouvel Impromptu Scénique, présenté conjointement par le Théâtre 100 Masques (initiateur de l'activité en mars 2010) et le Théâtre À Bout Portant.

L'équipe de comédiens (Isabelle Boivin, Marc-André Perrier, Vicky Côté et Keven Girard) apprendra le concept de la maître de jeu, Élaine Juteau et trois contraintes leur sera donné. Pour choisir celles-ci, il y aura un appel Facebook vers 9h.

Puis l'imagination. La création. Le stress. L'angoisse. Le doute. La fébrilité. L'ivresse. La terreur. La confusion... et dans tout ça, le plaisir.

Tout au cours de la journée, des billets seront publiés pour donner un compte-rendu de l'événement et pour faire état du travail dans la salle Murdock. Des photos seront prises de même que des images vidéo. Ce soir, à l'accueil, il y aura présentation de celles-ci accompagnées de traces du travail de conception (esquisses, schémas, bout de textes, etc.) glanées ici et là.

Quel sera le thème? Quelle sera la forme?

Détails à venir! Et représentation à ne pas manquer! Ce soir, 20h! 10$ par personne.


jeudi 23 février 2012

Une visite dans un théâtre en 1875


Petite déambulation dans un théâtre, par un bon matin de 1875... tiré de l'ouvrage qui illustre ce billet.

[...] Nous voici arrivés au théâtre. Il est entendu que nous faisons notre visite de très-bon matin, afin de n'être pas dérangés et de pouvoir examiner tout à loisir.

Éveillons le concierge, fort surpris de voir des visiteurs à sept heures du matin, et engageons-nous dans l'escalier des artistes.

Après avoir traversé un corridor et franchi un escalier peu éclairés, nous entrons dans un grand espace, dont nous ne distinguons pas bien les extrémités à cause de l'obscurité. Une petite lanterne, placée sur une table, jette assez de lumière pour faire jaillir un point brillant sur le casque d'un pompier assis à côté. Dans le fond, on voit plusieurs lignes de points lumineux; ce sont les ouvertures circulaires, percées à chaque étage dans les portes de loges, par lesquelles le jour entre parcimonieusement.

Les yeux s'habituent peu à peu à cette demi-obscurité [...].

Nous voici sur la scène, la salle est devant nous; nous en sommes séparés par un filet de fer monté sur un bâti également en fer, tenant la place du rideau d'avant-scène; c'est une précaution contre l'incendie; à travers les mailles, nous voyons la salle avec ses devants de loges et ses fauteuils, qu'on a couverts de toiles grises pour les garantir de la poussière, toujours trop abondante dans un théâtre.

Approchons du pompier de service. A terre, près d'une rangée de seaux, sont une douzaine de haches, autant de croissants, espèces de faucilles au bout d'une longue perche, des éponges également fixées à l'extrémité de perches, une douzaine de tuyaux de pompe en cuir, et quelques lanternes. Tous ces objets sont tenus constamment en état, en prévision des dangers d'incendie.

Bientôt l'officier viendra passer l'inspection de ses hommes dans toutes les parties du théâtre; puis, après avoir visité les instruments, il fera partir ceux que le service de nuit ne retient plus. Il ne restera dans le poste que le service de jour. Le nombre des sapeurs-pompiers varie selon l'importance du théâtre, il est partout très-actif, principalement dans la nuit, où les rondes se font d'heure en heure. Les commencements d'incendie sont fréquents et nécessitent une surveillance incessante et active.

La scène et la salle, telles que nous les voyons à cette heure, ressemblent assez à une grande cave percée de soupiraux. En attendant que tout s'éclaire et s'anime, faisons connaissance avec l'endroit ou nous sommes.

Le plancher sur lequel nous avons trébuché plusieurs fois est mobile; il peut disparaître en quelques minutes et être remis en place aussi vite. On peut en remplacer des parties par des fragments de planchers placés actuellement en réserve dans le dessous; au moment nécessaire, ils viendront instantanément prendre la place de celui sur lequel nous sommes à présent. Ces nouveaux planchers peuvent disparaître à leur tour en emportant dix, vingt, cent individus engloutis et recouverts immédiatement par d'autres feuilles de parquet. Le plancher a donc une très-grande importance; les décors en sortent à de certains moments et y rentrent aussi rapidement. [...].

Nos yeux sont maintenant tout à fait habitués au jour douteux qui nous éclaire , si vous levez les yeux, vous pouvez apercevoir, aidé par les quelques ouvertures qui sont dans le comble, ces toiles ressemblant à la grande voile d'un vaisseau avec ses cordages; ce sont les toiles de fond, les bandes d'air, les plafonds, et les fils qui les font mouvoir, objets assez embarrassants, relégués dans le cintre, magasin commode, sans lequel il n'y aurait sur la scène qu'encombrement et confusion.

Mais j'entends du bruit: ce sont les hommes d'équipe et les lampistes; attention!... Il est huit heures du matin, le théâtre s'éveille, les sapeurs se réunissent avant de partir.

Entendez-vous un grincement? c'est l'engrenage du rideau de fer; deux machinistes sont là haut pour «l'appuyer. » Dans le langage du théâtre, on « appuie » un rideau ou une ferme quand on les remonte, et on les «charge » quand on les descend.

Apercevez-vous, dans les profondeurs de la salle, deux ou trois ombres munies de lanterne? C'est une escouade de balayeurs chargés de faire la toilette de la salle et de retrouver les objets oubliés ou perdus par les spectateurs de la veille.

Voici tous nos machinistes arrivés. Prenez garde! on envoie un fil du cintre pour y suspendre « une lampe à quatre. » Nous sommes éclairés comme pour une répétition.

Et ça continue dans le menu détail...

mercredi 22 février 2012

Le Saguenay débarque en France!


Voici l'affiche de l'événement Saguenay en 8 compagnies (réalisée par Patrick Simard) piloté par les Têtes Heureuses qui mènera, comme son nom l'indique, huit compagnies professionnelles du Saguenay (les Amis de Chiffon, La Rubrique, Les Têtes Heureuses, le CRI, le Théâtre 100 Masques, le Faux Coffre, le Théâtre À Bout Portant, la Tortue Noire) en France du 19 mars au 1er avril prochain. À Lyon pour être plus précis.

Pour voir le détail de cette sortie outre-atlantique, il est possible de visiter le site du Théâtre des Asphodèles, nos hôtes, et celui du Théâtre des Marronniers (et trouver le nom de l'événement dans la colonne de gauche).

mardi 21 février 2012

Du néo-maniérisme meyerholdien à l'approche néo-meyerholdienne

Petite synthèse de l'état actuel de ma recherche doctorale.

L'approche néo-meryerholdienne (le nouveau terme que j'utilise maintenant en lieu et place de néo-maniérisme meyerholdien qui peut induire des impressions négatives) de la mise en scène se fait  par une série de rapports de matérialité - en ce sens meyerholdien où ce sont là véritablement des matières (le texte par sa sonorité, son rythme; le corps par sa voix, ses gestes et ses déplacements; la scène par sa technique de dynamisation et de prolongement du corps et de l'action) - entre les trois grands pôles que sont la littérarité (le texte), la théâtralité (le domaine esthétique) et la performativité (le jeu). Cette nouvelle nomenclature, cette nouvelle «voie de recherche» remplace en quelque sorte les trois volets établis dans mon projet de recherche: le rapport au texte, le rapport au corps, le rapport à la scène.

Rapports de matérialité, donc, parce que chacun de ceux-ci devient essentiel à l'autre, en devient en quelque sorte et l'émetteur, et le récepteur, et le catalyseur : la littérarité n'existe que si elle est prise en charge par la performativité et portée par la théâtralité; la performativité s'élabore en se frottant (en complémentarité, en confrontation, en contradiction, en osmose) à la littérarité et à la théâtralité; la théâtralité défini d'une part l'implication des deux autres et est définit par eux. C'est de cette triple fonction (émetteur, récepteur, catalyseur) liant essentiellement les trois pôles que doit se réclamer, à mon avis, l'approche néo-meyerholdienne. C'est une complète déhiérarchisation des éléments scéniques et une vision globale de l'ensemble scénique.

Maintenant, ce sont ces rapports matériels et nécessaires que je tentent d'établir (en fait, j'ai déjà colligé sur un grand tableau des éléments meyerholdiens et des questionnements posés par l'écriture actuelle et la mise en scène contemporaine qui peuvent illustrer ces rapports matériels et qui devient un peu fastidieux d'écrire ici) et qu'il me faudra, dans un avenir prochain, valider par la recherche-création.

Les laboratoires n'ont pas repris encore. Comme je le mentionnais dans un billet précédent (voir ici), il s'avère très difficile de conjuguer écriture actuelle et recherche meyerholdienne en faisant une séparation radicale entre le rapport au texte, le rapport au corps et le rapport à la scène tels que prévus. Une chose saute aux yeux: les trois volets ne peuvent être pris, au fond, qu'en un seul bloc intrinsèque.

Bien entendu, utiliser les trois notions que sont la littérarité, la théâtralité et la performativité m'oblige à en donner mes propres définitions... d'abord dans un contexte artistico-historique selon les écrits de Meyerhold puis à partir (ou contre parfois!) des études contemporaines (Pavis, Ubersfeld, Féral, Sarrazac, etc.)

Du même souffle, je planche plus sérieusement sur des approches contemporaines «néo-meyerholdiennes»... plus précisément du côté de Thomas Ostermeier qui se dit en filiation avec Meyerhold. Pour voir comment il définit l'implication des théories meyerholdiennes dans son travail. Et comment je me positionne face à lui (pour y arriver d'ailleurs, il me faut faire une analyse - je ne l'ai pas commencée - de mon propre travail des dernières années).

Voilà où j'en suis.

lundi 20 février 2012

Les aléas de la modernité...

 
Les temps changent... et avec eux, l'équipement dans un théâtre. Et ces changements ont provoqué, au cours de l'histoire, bon nombre d'anecdotes savoureuses... comme celle-ci, de Micheline Boudet (Viens voir les comédiens) tirée du Dictionnaire de la Langue du Théâtre d'Agnès Pierron pour illustrer l'entrée «Effet».

Quand il jouait Oedipe, le grand tragédien [Mounet-Sully, 1841-1916] avait une extraordinaire innovation à l'acte où il se crevait les yeux. Depuis sa loge au deuxième étage il commençait à hurler et descendait toujours gémissant, criant, jusqu'à son entrée en scène. Effet saisissant. [...]

Bien sûr la rumeur du Théâtre[-Français] avait transmis cette tradition. Quand Yonnel dut jouer ce grandiose personnage, il eut le désir de reproduire le jeu de Mounet, sa voix ample, profonde pouvait le lui permettre.

Le soir de la première, il lança donc ses premiers cris d'horreur sur le palier de l'étage Talma. Un frisson parcourut la salle... et brusquement, le frisson s'arrêta. La voix s'était tue. Un grand temps suivit. Le silence devint lourd. Que se passait-il?

Yonnel continuant à pousser des cris terribles avait pris... l'ascenseur!!!

La suite des occurrences dans ce dictionnaire font état de couper les effets, griller un effet, jouer les effets, manquer son effet, marcher sur les effets, prendre les effets...



dimanche 19 février 2012

Au théâtre, cette semaine! (du 19 au 25 février 2012)

Vignette créée à partir d'une des photos les plus connues de Les Belles-Soeurs de Michel Tremblay, 
produite en 1968 au Rideau-Vert (photographie: Guy Dubois)

Semaine un peu plus conséquente dans le milieu théâtral régional alors que plusieurs productions prennent l'affiche un peu partout. En voici une liste que j'espère exhaustive... et si jamais j'oublie un truc, on peut me le faire savoir par les commentaires.

Mardi - 21 février 2012
Salle François-Brassard (Jonq.), ?

Le Théâtre du Faux Coffre donne, en représentation scolaire (donc, fermée au grand public), le très drôle solo de Martin Giguère, Les lectures de Diogène.

Mardi à jeudi - 21 au 23 février 2012
Studio-Théâtre (UQAC), 19h

Valérie Essiambre présente son projet de fin de bacc., La forêt où nous pleurons, un texte de Frédéric Vossier dans lequel elle prend l'unique rôle sous la direction de Sophie Larouche. Un conte moderne, poétique, empreint d’états contradictoires, où l’espace s’extériorise et s’intériorise, où la temporalité se suspend, en s’accrochant aux mots de ce texte ouvrant. C’est la traversée d’une forêt rythmée par une ritournelle vocale et physique.

Jeudi à samedi - 23 au 25 février 2012
Petit Théâtre (UQAC), 20h

Jean-François Cantin présente son projet de fin de bacc. à tout le moins audacieux: la mise en scène d'une partie de La Formation de l'Acteur de Constantin Stanislawski. La méthode d’exposition adoptée par Stanislavski, que l’on pourrait nommer « demi-fiction», consiste essentiellement à faire parler Torstov en son nom : il est le Stanislavski, acteur accompli et professeur, tandis que le jeune étudiant qui tient son journal est le jeune Stanislavski en plein développement artistique.

Mercredi à samedi - 22 au 25 février 2012
Salle Pierrette-Gaudreault (Jonq.), 20h
DERNIÈRE SEMAINE DE REPRÉSENTATIONS

Le Théâtre La Rubrique donne sa toute nouvelle production, Une heure avant. Ce texte de Micheline Parent, mis en scène par Josée Laporte, fait une incursion dans l'univers des proches aidants. Dans le croisement de cinq voix circule un récit. Par fragments, par des biais insoupçonnés, par agglomérats, une histoire se construit, apparaît, se détaille: celle d’une femme au mitan de sa vie qui accueille chez elle sa mère malade de vieillesse. Au-delà de l’intimité imprévue des corps, des sentiments exacerbés, des rires inévitables et de l’observation effarée du travail de la mort, se trame pourtant une autre histoire, bien imprévue celle-là, mais tout aussi fatale.

Jeudi - 23 février 2012
La Tourelle (Collège d'Alma), 20h

Dans le cadre de la FLASHE Fête, il y a la présentation (je ne sais pas vraiment qui est le producteur) de Cravate Club, un texte de Fabrice Roger-Lacan mis en scène par Patrice Coquereau qui joue aussi aux côtés de Didier Lucien. Bernard compte sur la présence d'Adrien, son collègue et ami de longue date, pour fêter son quarantième anniversaire. Mais ce dernier se désiste le soir même pour ne pas rater le rendez-vous mensuel de son club sélect. Leur relation s'envenime au fur et à mesure que leur champ d'action s'amenuise. Or ni l'un ni l'autre ne semble vouloir mettre fin à l'affrontement, tant verbal que physique.

Vendredi - 24 février 2012
Salle Murdock, 20h

Le Théâtre 100 Masques et le Théâtre À Bout Portant s'associent pour donner un premier Impromptu scénique. Il s'agit là d'un spectacle complet (avec décor, costume, texte, éclairages) créé en 12 heures par une équipe de comédien et un metteur en scène. Le nombre de places est limité. Réservation: 418-698-3895.

Samedi - 25 février 2012
Collège d'Alma, (?)

Dans le cadre de la FLASHE Fête. À 13h, il y a une conférence, dans le Centre Social, de Mme Jeannot Boudreault, directrice artistique du Théâtre des Amis de Chiffon, pour relater le cheminement de cette compagnie fondée en 1974. Puis il y a, d'une part, le Théâtre de la Danse du Dragon, présenté dans le gymnase à 14h, qui œuvre depuis 1976 dans la recherche et la création des arts visuels et de la performance. Avec une approche inclusive qui accueille artistes professionnels et amateurs, le collectif crée des mises en scène utilisant des masques, des marionnettes géantes et de la musique qui ont été conçus par les participants. Les ateliers sont offerts sous forme d'échange culturel en utilisant une méthodologie de création collective. C'est un théâtre qui voyage à travers les Amériques et l'Europe, s'inspirant des histoires de la mythologie et des légendes locales. Un spectacle d'envergure qui sera réalisé avec l'aide des gens de la communauté. En même temps, à 14h, il y a aussi une création collective multidisciplinaire. Ce grand spectacle familial, à la fois grandiose et simple, est un moment unique qui rassemble des créateurs d'ici. Prétexte au partage, chacun met son talent au service de l'autre. Petits et grands, dans un même espace, vivront le moment présent par la danse, la musique, le conte, le théâtre d'ombre, la poésie, la chanson. Mise en scène de Émilie Gilbert-Gagnon.

samedi 18 février 2012

Le bon et le mauvais camarade


Il est toujours bon de feuilleter des vieux bouquins, comme celui-ci dont la page-titre illustre ce billet (et qui, en cliquant dessus, nous en donne l'accès via Google Book), et de se rendre compte, au fond, que le théâtre est un art qui demeure, nonobstant les nouvelles technologies, profondément le même à travers les siècles...

À preuve cette définition du camarade:

CAMARADE. — Les députés s'appellent collègue, les gens de robe confrère, les comédiens camarade.

Dans les coulisses il y a le bon et le mauvais camarade.

On appelle un bon camarade celui dont le talent est médiocre. Les étoiles sont ordinairement d'assez mauvais camarades.

Le bon camarade donne la réplique à l'étoile de façon à lui ménager son effet et lui souffle son rôle au besoin; il a soin d'avertir l'actrice aimée qui flâne dans le foyer, du moment de son entrée; il a de l'excellent rouge végétal à la disposition du ténor, il est l'ami du régisseur et se multiplie pour être agréable à tout le monde, en se rendant utile.

Le mauvais camarade coupe les effets de ses interlocuteurs, ne reçoit de conseils de personne, pas même des auteurs, déteste le régisseur, exècre le directeur, et déclare qu'on ne joue plus la comédie; qu'il n'y a plus de chanteurs; qu'il n'y a plus d'école, et que l'art s'en va. Il fait tous ses efforts pour le faire vivre, mais il n'est secondé par personne.

Bref, c'est le souffre-douleur et la diva... Se donner le moindrement la peine d'y réfléchir que peut-être chacune des ces descriptions pourrait se parer d'un (ou des!) visage(s) de camarades contemporains... !