vendredi 1 août 2008

Mes Mémoires minuscules... 3

Mes débuts... à reculons...


Je suis arrivé à l'UQAC un peu perdu (en fait, carrément perdu... j'étais au Pavillon Principal (à l'époque seule bâtisse ou presque sur le campus... alors que je devais être au Pavillon Sagamie...), au B.I.A.-Théâtre, avec, outre les quelques expériences fort mineures antérieures, aucune expérience signifiante en théâtre... et encore moins en art général. Je n'ai, effectivement, jamais fait d'arts plastiques de ma vie... ni au primaire, ni au secondaire (au cours de lesquels j'avais le profil musique... guitare, pour être plus précis), ni au collégial (où au lieu d'être en Arts et Lettres j'étais en Lettres et langues). C'est un domaine pour lequel j'étais plus que vierge!

Il y a, quand je compte bien, tout juste 11 ans, j'étais un parfait ignorant en la matière. Si des auditions ou un quelconque contingentement existaient pour le B.I.A., jamais je n'y serais entré. Chaque nom qui sortait m'était inconnu. Chaque courant dont il était question était nouveau pour moi... Longtemps je me suis demandé - avec raison! - ce que j'y faisais... au point où jamais je n'aurais pu prévoir être encore là aujourd'hui... installé qui plus est à Chicoutimi et impliqué dans le milieu...

Mais auparavant, le passage du désert!

Quelle ne fut pas mon immense réserve quand je suis arrivé dans le cours Techniques de jeu (donné à l'époque par Jack Robitaille) parmi les Véronique Bouchard, Mélanie Potvin, Mathieu Savard et Dany Lefrançois (avec qui j'ai fait mon premier pas en théâtre en jouant un extrait de L'ouvre-boîte de Victor Lanoux)... Des gens qui mangeaient du théâtre! Des gens passionnés qui se donnaient pour le théâtre! Des gens qui en avaient déjà une vision sinon claire, du moins convaincue! J'étais (et je serais encore probablement aujourd'hui) comme un chien dans un jeu de quilles. Je m'en suis sorti avec un C-... Outre le fait que je sois un piètre acteur, il faut dire, à ma défense (!), que j'ai refusé de faire le monologue demandé (tiré du Ajax de Sophocle) et que, par un concours de circonstances qui m'allait plutôt bien, ma partenaire (pour Les Dactylos de Murray Schisgal) ne s'est pas présentée lors de la présentation finale!

Les doutes m'assaillirent aussi dans le cours Analyse de spectacle (donné par Rodrigue Villeneuve) où j'étais à 100 000 lieues de mon univers habituel entre les grilles d'analyses de Pavis, les critiques, les cours magistraux... sur un sujet qui m'était parfaitement étranger. Et avec lequel je me cherchais désespérément des affinités. La réalité ne reflétait pas ce à quoi je m'étais attendu.

J'ouvre ici une parenthèse... C'est dans ce cours que j'ai connu la première extase théâtrale. En novembre 1997, pour un travail, nous devions aller voir La Serva Amorosa du T.N.M.... avec, entres autres, Markita Boies, comédienne que je vénère depuis... J'étais assis au premier rang... et celle-ci, tenant le rôle principal, venait souvent s'asseoir à quelques pas de moi. Je ne me souviens guère de l'ensemble de l'oeuvre... sinon que je fus charmé... pour la première fois. Elle a même poussé l'audace jusqu'à me faire un clin-d'oeil et un sourire, droit dans les yeux... et j'y ai cru... pour la première fois. C'est aussi à cette même époque que j'ai rencontré (un bien grand mot) Les Têtes Heureuses... qui présentaient Le Conte d'hiver de Shakespeare... pièce dont j'ai vu seulement la première partie... car j'ai pris l'entracte pour la fin... J'avais vraiment beaucoup de choses à apprendre!

L'horreur dans toute sa splendeur s'est manifestée dans le cours Danse-théâtre (donné par Jo Lechay). À peine entrés dans son cours (je tiens, avant de continuer, à spécifier que bien que je sois encore d'un naturel timide, j'étais à l'époque mille fois pire!), nous devions faire une chorégraphie de cinq minutes pour nous présenter...Euh... Je me suis littéralement enfui!

Peut-être est-ce la raison - une sorte de blocage! - qui fait que je ne me souviens pas si, la session suivante, il y avait d'autres cours en théâtre que Dramaturgie et mise en scène... C'est l'année de Vie et mort du Roi boiteux... l'oeuvre colossale de Jean-Pierre Ronfard... Spectacle qui durait, à la fin (lorsque présenté «intégral», soit les deux parties), 6h... de 18h à minuit! J'y tenais, dans ma première scène, le rôle du Temps... un fort long monologue («Je m'appelle le Temps. Je ne porte pas de faux, ni de ciseau... je ne tranche rien...» et ainsi de suite pendant dix interminables minutes!), juché sur un échafaud, toge sur le dos décorée d'horloges... (rôle que je répétais tout seul!... et auquel j'avais ajouté des lignes! Décidément...). La première fois que j'ai parlé devant public, j'avais la bouche pâteuse et sèche tout à la fois... zézayant donc probablement beaucoup plus qu'à l'habitude... J'ai voulu mourir. L'autre rôle était plus court et plus comique. Je jouais un bonze dans un temple bouddhiste, avec une seule réplique... mais c'était LA réplique: «Ajoutes-y des croûtons à l'ail, et tu trouveras la paix».

C'est après cette production, entre les caisses de bières et les fours à micro-ondes emplis de hot-dogs, dans le foyer du Petit Théâtre sis au cinquième étage du Pavillon Sagamie que j'ai marqué mes camarades et professeurs, parce que je dansais, m'amusais et parlais... Après tant d'années, je dirais que peut-être fêtais-je la fin d'un calvaire avec la ferme intention de ne jamais y revenir... L'avenir se chargerait encore une fois de me détromper!

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

Si vous avez un commentaire à faire, ça peut se passer ici: