mardi 19 juin 2012

De la confiance du metteur en scène...

 
Le metteur en scène doit toujours être sûr de lui en répétition. Mieux vaut faire des fautes, en se trompant audacieusement, que ramper de manière mal assurée vers la vérité. On peut toujours, le lendemain matin, renoncer à une erreur, mais on ne peut jamais retremper la confiance que l'acteur aurait perdue en face d'un metteur en scène qui hésite et qui doute.

Ce credo - de Meyerhold (plus précisément tiré de la page 324 du tome IV de ses Écrits sur le théâtre) - me plaît particulièrement... et ça m'étonne de ne pas en avoir déjà fait un billet! Du moins, je n'en retrouve pas... Mais peu importe. Je crois profondément en ce principe et le relire (ou le réécrire...) me le rappelle avec force.

Une nuance est importante à faire, je crois. Il ne s'agit pas de faire se faire une carapace ou une façade si fausse qu'elle ne donne rien. Il faut juste rester sûr de soi dans les propositions qu'on fait... en étant bien confiant (et conscient!) que la modification est possible et qu'on peut se le permettre.


lundi 18 juin 2012

De la voix de l'auteur... et de son peu d'importance selon Schechner


 Décidément, mon week-end fut schechnérien... et j'y retrouve, finalement - moi qui n'a jamais accroché au théâtre américain - des points de vue que je partage somme toute assez facilement. Comme celui-ci, expliquant (toujours dans Performances - Expérimentation et théorie du théâtre aux USA, page 39), en quelques termes simples, que la fonction de la mise en scène n'est pas de correspondre à la vision, la voix de l'auteur:

Le travail de mise en scène consiste à redonner une vision scénique à la pièce, non pas en essayant de retrouver celle de l'auteur, mais en cherchant en quoi les circonstances immédiates révèlent le texte. Il est de toute façon généralement impossible de retrouver la vision de l'auteur de la pièce. Cette vision peut être inconnue, comme c'est le cas de la plupart des écrivains prémodernes; ou alors la pièce est montée dans un contexte culturel différent de celui d'origine, ou encore les conventions et l'architecture du théâtre rendent cet objectif impossible. Redonner une vision scénique à la pièce est un processus incontournable, car la matrice socio-culturelle de la vision originelle change rapidement. La vision originelle est liée a la matrice originelle et se perd en même temps qu'elle. À mon avis, même la première mise en scène d'un drame n'a pas une position privilégiée à ce égard, à moins que l'auteur lui-même soit aussi le metteur en scène, et ce privilège disparaît avec l'auteur.


dimanche 17 juin 2012

«Orphée aux enfers» [Carnet de mise en scène]

Affiche de la seconde version de l'oeuvre produite en 1874
 
Nouvelle catégorie de billets; nouveau carnet de mise en scène... 

L'annonce a été faite il y a quelques jours (voir ici) par Martin Boucher, directeur artistique de la Société d'Arts Lyriques du Royaume: je serai le metteur en scène de la prochaine opérette présentée cet hiver, dans un Auditorium-Dufour rénové...

L’œuvre choisie est Orphée aux enfers d'Offenbach... la version courte de 1858. Ce sera la troisième fois que l'organisme la produit. Mais comme je ne l'ai pas vue, je n'ai aucune préconception de laquelle je dois me départir... Mais beaucoup, beaucoup d'airs connus et une histoire, parodie de la mythologie grecque, qui ne m'est pas étrangère...

Je dois donc, dans les mois à venir, me plonger dans le coffret que je me suis procuré pour écouter et assimiler et l'intégral musical et le livret tout en peaufinant une ébauche de conception esthétique que je soumettrai à l'équipe à la toute fin de l'été (une première proposition très préliminaire ayant été déposée il y a quelques temps)... Mettre les chanteurs et la musique en valeur dans un cadre théâtralisé... Des idées, j'en ai. J'y reviendrai dans un billet subséquent...

Un gros projet en perspective... avec un orchestre, un choeur et des chanteurs professionnels... à la suite de tout le travail fait par Éric Chalifour au cours des dernières années... Un défi stimulant.

L'Ordre du Bleuet


Hier soir avait lieu le Gala de l'Ordre du Bleuet où de nouveaux membres ont été intronisés... Chaque année, ils sont près (parfois un peu plus) d'une dizaine, issus du milieu culturel, à faire leur entrée au sein de cette confrérie qui se donne pour mission de reconnaître ces gens qui ont contribué à l’essor de la vie culturelle du Saguenay–Lac-Saint-Jean, soit par leurs actions démontrant un engagement exceptionnel, soit par la grande qualité de leurs œuvres et de la pratique de leur art ou encore par leur rayonnement (voir le site de l'Ordre).

Par les années passées, plusieurs sont venus du milieu des arts de la scène (de la danse, de la musique ou du chant lyrique)... mais seuls Ghislain Bouchard et son épouse ont été nommés pour le théâtre... du moins jusqu'à hier où deux nouvelles personnalités ont obtenu cette reconnaissance.

Le premier (selon l'ordre alphabétique) est de Roberval. Il s'agit de Réjean Gauthier, du Théâtre Mic Mac.  Depuis plusieurs années, il y a officié à titre de comédien, de metteur en scène (dont leur dernière production, en avril dernier, d'Albertine en cinq temps), de concepteur (notamment pour les costumes, les coiffures et les maquillages). Un collaborateur méticuleux, enthousiaste et dynamique quand il fait partie d'une équipe de création! Il faut aussi mentionner que son implication dépasse le seul cénacle du Mic Mac alors qu'il siège à la table de la culture de Roberval (bon, le nom n'est pas précis) en plus d'animer sa propre compagnie de formation et de création, La Valise Animée

Le second est Rodrigue Villeneuve, de Chicoutimi... dont le principal fait d'arme est peut-être d'avoir été à la source, comme professeur en théâtre à l'UQAC, l'initiateur d'un véritable milieu régional (alors qu'il a formé la majorité des praticiens actuels). En parallèle, toute son action artistique avec les Têtes Heureuses (qu'il a cofondé avec Hélène Bergeron et Marielle Brown) est à souligné tant par sa cohérence que sa rigueur scénique. Une culture imposante. Une mine de savoir.

Bravo à eux deux.




samedi 16 juin 2012

Une histoire étymologique du théâtre


 Bien que je ne sois pas un grand fan (du moins, un grand connaisseur) de l'école de pensée théâtrale américaine, je dois reconnaître que la lecture de l'un de ses éminents avant-gardistes, Richard Schechner (et son ouvrage Performance - Expérimentation et théorie du théâtre aux USA, réussit à m'intéresser à chaque fois. (D'ailleurs, lors de l'atelier sur la recherche-création en milieu universitaire qui s'est tenu au début du mois de juin, on m'a chaudement recommandé d'approfondir cette voie américaine dans la redéfinition de la théâtralité/performativité...)

Feuilletant donc ce bouquin à la recherche d'un passage que j'avais noté dans mon carnet, je tombe sur celui-ci  en page 468 qui, en quelques lignes, donne la mission fondamentale du théâtre en passant par l'étymologie (qui aurait pu être écrit par le professeur de La leçon de Ionesco!):

Avant d'aller plus loin, revenons sur la notion occidentale de théâtre. Le terme «théâtre» s'apparente à théorème, théorie, théoricien et autres termes du genre, issus du grec theatron, de thea (une «vue») et de theastai («voir»), aussi apparenté à thauma («quelque chose qui attire le regard, une merveille») et theorein («regarder»). Theorein  est apparenté à theorema, «spectacle» et/ou «spéculation». Ces termes auraient pour racine l'indo-européen dheu ou dhau («regarder»). La racine indo-européenne de Thespis, nom du légendaire initiateur du théâtre grec, est seku, qui signifie «remarque» ou «adage», et sous-entend une vision divine. De seku viendraient les termes anglais see («voir»), sight («vue») et say («dire»). Ainsi, le théâtre grec, et tous les théâtres de type européen qui en dérivent, sont des lieux où l'on va pour voir et dire, et d'où l'on voit et dit. Ce type de théâtre, tout comme le cinéma et la télévision qui en sont des dérivés, est caractérisé par sa spécularité, ses stratégies du regard.

C'est là l'un des paradigmes essentiel du théâtre... mais, comme je l'ai déjà écrit quelque part (pour être plus précis), certains - comme Castelluci - le surpasse pour faire du théâtre contemporain non plus un lieu où l'on voit mais plutôt le lieu où l'on montre...

vendredi 15 juin 2012

Le théâtre, art du faux?

 
Les planches?... je ne connais pas les planches. 
Je connais le gazon que foulent Roméo et Juliette; 
je connais le sable qui crie sous le pas furtif de Don Juan; 
je connais les piquants d'éteule sur lesquelles trotte le barbet de Faust; 
je connais le marbre où se traînent les sandales d'Oedipe; 
je ne connais pas les planches!

Ces mots sont tirés du discours d'Edmond Rostand - l'auteur de Cyrano de Bergerac - lors de son entrée à l'Académie française au début du XXième siècle. Ils soulignent bien tout le paradoxe théâtral: faire vrai avec du faux.

jeudi 14 juin 2012

Le mystère du rythme scénique...


Comment un comédien, en jeu, peut-il avoir connaissance du rythme? Comment sait-il que le temps laissé entre deux répliques n'est ni trop long, ni trop court? Comment sait-il que le temps qu'il met à faire une action ou un déplacement ne ralentit pas l'ensemble scénique? Comment sait-il jouer avec le temps (je devrais plutôt dire les temps: le temps réel de l'acteur sur les planches, le temps réel du dialogue avec la salle, le temps fictif de l'intrigue... comme définit dans ce billet) de façon efficace?

Ces questions (que je me suis posées alors que j'assistais, comme spectateur, à une répétition de La Marmite hier matin), je les trouve fascinantes... et aussi terriblement embêtante quand vient le temps de les aborder avec des interprètes en tant que metteur en scène. Il s'agit là d'un sujet sans consistance... Pour moi, cette notion, le rythme, est aussi insaisissable que celle de la présence. Cet autre élément ésotérico-théâtral. Impossible à décrire parfaitement mais si facile à ressentir de la salle... Conceptuel, abstrait... mais pourtant terriblement concret et physique!

Peut-être le comédien l'a ou ne l'a pas... C'est, en d'autres termes, le fameux sens du timing... Bien sûr, il peut compter mentalement, oui, pour arriver à un résultat potable... mais ça restera toujours une béquille un peu figé dans un carcan temporel... 

Le véritable sens du rythme est improvisé.

Une seconde de trop ou une en moins, et l'effet s'effondre... même s'il est toujours là. Plusieurs en trop, plusieurs en moins et il disparaît complètement. Le contrôle de la durée (que je qualifierais de scénique) est essentielle (tout comme le sont le contrôle de la voix, du corps, de l'espace)... particulièrement le cadre d'une comédie où le rythme est souvent à la base de tout.

Un cours de théâtre

Légèreté du jeudi matin...

mercredi 13 juin 2012

Vers le second «Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean»


C'est dans quelques jours que se tiendra, grâce au soutien de Ville Saguenay, du MCCCF et du Conseil Régional de la Culture, la seconde édition du Forum sur le théâtre au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui prendra, cette année, la forme d'une séance de travail intensive pour établir, éventuellement, une véritable saison de théâtre concertée. Tout ceci se passera le jeudi, 21 juin 2012 en après-midi, à la Salle Pierrette-Gaudreault (Jonquière). Voici l'ordre du jour préparé:
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12h30
Arrivée des participants et inscriptions 

13h00
Mot de bienvenue prononcé par Dario Larouche
            Bilan de l’année 2011-2012
            Objectif(s) de la journée 

13h05
Suivis des différents comités mis en place en 2011-2012
           Comité « Carte privilège »
           Comité « Cachets pour pub»
           Comité «Plan d’action»
           Comité « Cartes blanches»
           Comité « Organismes de services»

13h25
Présentation de l’animatrice et ouverture du 2ième Forum sur le théâtre au SLSJ

PREMIER AXE – LE CALENDRIER DES PRODUCTIONS RÉGIONALES

13h30 à 14h45
La réflexion
        Quelles productions ponctueront la prochaine saison ?
        À quoi ressemble le calendrier de ce qui s’en vient ?
        Quelles sont les espace-temps libres ?

Pause de 15 minutes (14 h 45 – 15 h)

DEUXIÈME AXE – UNE SAISON THÉÂTRALE RÉGIONALE

15h à 16h30
La réflexion
        Quelle forme, quelle couleur peut-on donner à cette saison?
        Quels moyens prend-t-on pour la mettre en forme?
        Quels moyens prend-t-on pour la faire connaître?
        Comment en tirer profit? Tant le milieu que les spectateurs?
        Est-il possible de faire circuler le théâtre qui se fait ici, dans la région? 

Projet d’auditions publiques pour le 3ième Forum

16h30
Conclusion(s)
       Synthèse des discussions de l’après-midi par Isabel Brochu.
       Et maintenant ? Quelles sont les étapes et/ou les actions à entreprendre qui se dégagent à la suite de  cette journée de réflexion ?
        Remerciements d’usage et Invitation au 5 à 7.
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L'importance de cet événement, des actions qui suivront (car il y en a... un suivi sera donnée lors de l'activité), dépend proportionnellement du nombre de participants. Auteurs, metteurs en scène, concepteurs, acteurs, directeurs, étudiants, professeurs, amateurs, professionnels... tous sommes concernés dans l'évolution de notre milieu. Les inscriptions sont souhaitées...

mardi 12 juin 2012

Autocitation

Dans un article écrit l'an dernier (pour le second numéro de la revue Zone Occupée), Le théâtre professionnel au Saguenay, un état des lieux, j'ai dressé le portrait théâtral des dix dernières années... posant, au passage, un constat qui fait échos à bien des billets écrits sur ce blogue:

Par ailleurs, devant cette prolifération de propositions (en parlant des compagnies et collectifs), il est facile de constater que les espaces critiques sont inversement proportionnels à celles-ci et que ceux qui restent flirtent dangereusement avec un populisme de bas niveau d’où sont exclues l’observation objective et la réflexion. Comment alors les praticiens peuvent-ils se prévaloir de ce miroir, de cet interlocuteur privilégié qu’est le critique qui le force à se commettre, à argumenter, à se dépasser ? Si les médias traditionnels se déchargent de ce rôle, n’est-ce pas au milieu lui-même de reprendre le contrôle de son analyse ? Et ce, de façon franche et honnête, rigoureuse et sans complaisance ? 

Je le pense encore.

lundi 11 juin 2012

Vide.


 
Pour faire face à de nouveaux publics,
nous devons tout d'abord
être en mesure de faire face
à des sièges vides.

Cette phrase de Peter Brook (un extrait de Salem - le nouveau théâtre en Angleterre trouvé sur un site de citations) permet, en quelque sorte, l'erreur, l'essai. Une phrase bien optimiste, bien réelle... mais qui n'enlève pas, lorsque ça arrive, la déception et l'amertume.

samedi 9 juin 2012

Les prérequis du comédien...


L'homme qui se destine au Théâtre ne doit avoir aucun reproche essentiel à faire à la Nature: un défaut de conformation est une tache au talent; le Comédien, fait pour occuper l'attention, attacher les yeux, intéresser et étonner toujours, ne doit rien laisser à désirer: il faut que son physique flatte, que ses grâces soient naturelles , qu'il ait du maintien, une démarche facile, convenable aux rôles: que sa physionomie soit mobile et annonce de l'esprit: que sa taille représente, et que sa voix flexible, onctueuse, nette, puisse s'étendre et se promener facilement dans tous les tons. Il lui faut partout le physique comme les manières et le costume du personnage qu'il représente; et comme toujours chaque personnage doit être présenté par le côté qui lui est plus favorable, que la Nature au théâtre ne se montre qu'en beau, le Comédien doit, pour la rendre telle, avoir à sa disposition une collection de pinceaux.

Tels sont les mots employés dans Les éléments de l'art du comédien, paru au tout début du XIXième siècle, pour définir les prérequis du comédien de la grande époque théâtrale noire, rouge et or. L'auteur, un certain Dorfeuille (vive les découvertes de Google Book!), en dresse là un portrait qui peut, aujourd'hui, paraître un peu suranné, pompeux (et redondant!), mais qui, dans l'ensemble, peut tenir encore la route: 




Bon. L'insistance sur le Beau et l'esthétique pèse un peu et verse un tantinet dans la ségrégation (ou l'exclusion). Ça sonne un peu folklorique... mais peut-être les choses n'ont-elles pas tant changé...