vendredi 13 février 2009

CLAIRE-JOSEPH LERYS dite CLAIRON

La Clairon croquée par Gabriel Jacques de Saint-Aubin.

Claire-Joseph Lerys dite Clairon (1723-1803) fut l'une des plus grandes tragédiennes du XVIIIième siècle... et celle qui porta principalement les héroïnes de Voltaire.

Les documents d'époque disent d'elle qu'elle ne livrait rien au hasard, que sa voix, ses gestes étaient calculés... Ce n'était pas le coeur, mais la tête qui dirigeait. La Clairon, avec son style, servit d'ailleurs de modèle à Diderot lorsqu'il écrivit son fameux Paradoxe du comédien. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je l'aime bien...

Par ailleurs, très liée avec les philosophes des Lumières, elle se livra à une réflexion sur son métier, qui la conduisit à formuler une réforme de la diction dans le sens de la simplicité et du naturel. Elle jugeait qu’il fallait prêter une attention particulière au contexte historique de la pièce, tant dans le travail du comédien que dans le choix des costumes (qui étaient jusqu’alors interchangeables d’un spectacle à l’autre). Sans le savoir, elle posa les premières bases de ce qu’on appellera, deux siècles plus tard, la dramaturgie. (MSN Encarta) Il faut toutefois faire attention: ces révolutions doivent être vues dans le contexte historique (où l'illusionnisme et le surfait prenaient de plus en plus de place) et n'ont rien à voir avec le naturalisme et/ou le réalisme qui révolutionneraient définitivement le XXième siècle...

Voici quelques mots d'elle dans ses Mémoires, en 1798 (version intégale avec ce lien):

Une bonne constitution est un point capital. Il n'est point de profession plus fatiguante. Des nerfs, des poumons, un estomac délicats ne peuvent suffire longtemps à la tragédie.

Tous les arts, tous les métiers ont des principes connus; il n'en existe point pour le comédien tragique. C'est dans l'histoire de tous les peuples du monde qu'il doit puiser ses lumières; la lire ne serait rien [...].

L'étude de la langue est la plus importante de toutes... Qui ne sait pas la valeur des mots ne peut atteindre la valeur des choses... Et le droit de juger les auteurs qui travaillent pour le théâtre, fait un devoir au comédien de se donner toutes les connaissances qui peuvent le mettre en état de prononcer, pour juger, une seule lecture, du mérite d'un ouvrage qui coûte au moins une année de travail. Une connaissance approfondie des effets et des règles du théâtre, une oreille exercée, un goût sûr, un esprit sage, fin, attentif, ne sont point encore assez; il faut savoir la fable, l'histoire, la géographie, la langue il faut connaître tous les genres de poésie, et tous les auteurs dramatiques anciens et modernes.

[...] L'acteur tragique doit s'approprier dans sa vie habituelle le ton , le maintien, dont il a le plus besoin au théâtre: rien n'est aussi puissant que l'habitude.

Si l'on ne voit en moi qu'une bourgeoise pendant vingt heures de la journée, quelques efforts que je fasse, je ne serai qu'une bourgeoise dans Agrippine. Des tons, des gestes familiers m'échapperont à chaque instant; mon âme affaissée par l'habitude d'une tournure craintive et subordonnée, n'aura point ou n'aura que momentanément les élans de grandeur qu'il faut continuellement au rôle que je représente. Sans jamais oublier ma place, je me suis fait un devoir de ne rien faire, de ne rien dire qui ne portât le caractère de la noblesse et de l'austérité.


Tout un contrat!

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