mardi 6 avril 2021

Un organe de censure tentaculaire

Voici un organe de censure théâtrale mis en place par les évêques américains au début du vingtième siècle. Le journaliste du journal La Vérité de ce 18 janvier 1913 salive devant une telle structure destinée à combattre le théâtre immoral... fléau moderne, dit-il en fin de papier.

Et tout comme le billet d'hier, il est question aussi de ce théâtre américain (le fameux burlesque) qui est alors en plein essor et qui est décrié par l'élite bien pensante qui y trouve là beaucoup de choses à redire que dans le théâtre français tout à coup absout de ses péchés. Comme quoi le mal change de place...


lundi 5 avril 2021

Quand Mutt et Jeff scandalisent...

La tradition théâtrale au Québec a pour racine, bien entendu, celle de la France (le classicisme, le drame et le mélodrame) mais aussi, pour une part non négligeable, de celle des États-Unis.

Car de fait, au milieu du XIXe siècle, Montréal est rapidement intégré aux grands circuits des tournées américaines et donnera le coup d'envoi à l'incontournable vague du burlesque qui déferlera et qui trouvera, chez-nous, un terreau fertile pour se développer. 

Cabotinages, cabrioles, sketchs, comiques de situations, stand-up, etc. Le genre sera fort apprécié par la population qui, même s'il ne comprend pas la langue, se ruera dans les salles pour passer un bon moment... au grand dam de plusieurs, comme ce chroniqueur du journal Le Franc Parleur, le 5 février 1916, qui s'étouffe de rage devant le succès d'un spectacle de Mutt et Jeff:


Ce type de théâtre sera souvent décrié comme étant vulgaire. Médiocre. 

Et pourtant, le burlesque (parce que c'est de cela qu'il s'agit ici) fera les beaux jours du théâtre québécois et donnera, en quelques sortes, son premier âge d'or théâtral à notre territoire jusqu'aux années '30. 

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Mais pour en revenir à Mutt & Jeff... 

Mutt et Jeff, ce sont deux personnages comiques qui vivent diverses aventures rocambolesques. Comme Laurel et Hardy et comme tant d'autres duos. Ils feront l'objet de diverses adaptations...

... comme des bandes dessinées publiées dans les journaux (comme ici, dans La Presse en 1973):


... ou en dessins animés (dont celui-ci qui est dans les premiers, datant de 1916)...:


dimanche 4 avril 2021

Quand même la Passion est refusée si elle est au théâtre...

Aujourd'hui, c'est Pâques. Bien que j'aie déjà publié un billet ce matin sur le nô, en voici un autre de circonstances.

Il s'agit d'une lettre pastorale de sa Grandeur, l'Archevêque de Montréal, Paul Bruchési. Ici, il s'élève (et, bien en verve, il s'est élevé de très nombreuses fois, comme en font preuve ces publications), contre un groupe qui souhaite représenter sur un théâtre, à l'approche de Pâques, la Passion du Christ. Inutile de dire que ça ne passe pas! 

Donc, le 3 mars 1921, il fait paraître ceci, notamment dans Le Devoir:

La naissance du nô

 

 
Capsule vidéo réalisée par l'UNESCO 
(parce que le nôgaku - réunissant nô et kyogen - fait partie du patrimoine culturel immatériel de l'humanité)

Le nô a quelque chose d'hypnotisant, d'impénétrable pour les Occidentaux. Impénétrable mais ô combien fascinant. Tout y est code et convention. Du moindre mouvement des doigts aux couleurs portées.

Lire les traités du genre, lire le plus grand auteur du genre, Zeami, n'apporte pas nécessairement, sur ce genre - figé, en quelques sortes, depuis des siècles - un  éclairage facilement digeste! 

Voici donc, tirée de La tradition secrète du nô dudit Zeami (XVe siècle), traduit par René Sieffert (1960), le récit de la naissance du nô (ou plus précisément, du sarugaku, ancêtre et/ou précurseur et/ou source orginelle du nô... mais ça non plus, ce n'est pas très clair):

Item, voici comment débuta le sarugaku au temps des dieux: au moment où la Grande-Divinité-qui-illumine-le-Ciel se confina dans la Céleste-Demeure-Rocheuse, le Monde-sous-le-Ciel fut plongé dans les ténèbres; lors les huit cent myriades de dieux s'assemblèrent sur le Céleste Mont-Kagu, et dans l'intention de captiver le divin Coeur de la Grande-Divinité, ils lui offrirent un kagura, et commencèrent un seinô. D'entre eux, Ama-no-uzume-no-miko s'avança; [tenant] des bandelettes votives fixées à un rameau de sakaki, élevant la voix, soulevant d'un piétinement rapide un roulement de tonnerre, quand elle fut en état de possession divine, elle chanta et dansa. Comme cette voix divine lui parvenait indistincte, la Grande-Divinité entrouvrit la Porte-Rocheuse. La terre, de nouveau, s'éclaira. Les divines faces des dieux resplendirent. Le divin divertissement de ce temps-là fut, dit-on, le premier des sarugaku. Les précisions, on les trouvera dans la tradition orale. 

samedi 3 avril 2021

Du Grand Guignol en théâtre-web - À la recherche d'efficacité

Nous poursuivons toujours les répétitions dans le cours de Création théâtrale, à l'UQAC, où, je le rappelle (et ici, ici, ici), nous travaillons à la mise en place d'une plateforme de diffusion d'une représentation en direct de Grand Guignol: Le Système du Dr. Goudron et du Pr. Plume d'André de Lorde. L'interprétation et la mise en scène doivent se conjuguer avec un important élément: le cadrage subjectif.

Pendant ce temps, l'espace est confié à Sophie Châteauvert. La partie du théâtre que nous utilisons se transforme peu à peu en plateau de tournage.


Ici aussi, plusieurs enjeux se posent dans ce grand espace. D'une part, il faut qu'il soit esthétique. Avec un souci de la précision étant donné qu'avec les déplacements des comédiens et de leurs caméras, tous les angles et les points de vue doivent être réfléchis. Il faut ensuite que le tout soit dynamique et permettent différents jeux de scène.

Et sur ce plateau - Grand Guignol oblige! - nous mettons à l'épreuve bien des éléments du mobilier et des accessoires! Pour preuve, nous en sommes à notre troisième table... C'est un genre qui demande un fort engagement sur le mode de l'impulsivité, de la cruauté, de la folie. Comment rendre tout cela crédible ou efficace? Que de coups reçus, d'accidents, de bris, d'entailles ponctuent les répétitions! 

Dans les prochains jours, ce sera au tour de la technique (sons, lumières, projections) d'entrer en scène pour créer l'atmosphère nécessaire.

Sinon, cette semaine, nous avons pu avoir un premier aperçu de la plateforme. Les tests  (d'ailleurs, fort étrange de se dire que l'équipe de programmation qui était avec nous était dispersée entre Montréal et Toronto!) se sont montrés fort convaincants, même s'il s'agissait plus de vérifier le synchronisme des caméras, des micros:


Il sera fort intéressant, pour le spectateur, de manœuvrer cet objet virtuel tout au cours de la représentation. De ce que nous avons vu entrevoir, l'utilisation de cette plateforme sera simple et fluide.

Maintenant, comme tout projet théâtral, la clé de l'efficacité réside dans la répétition!
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Dans le cadre d'un autre cours, quatre des étudiants inscrits dans ce projet ont ouvert une page Facebook, Les Aspirants du théâtre Web, pour documenter, commenter le travail qu'ils font avec moi. Abonnez-vous à leur page pour voir leurs capsules.

jeudi 1 avril 2021

Un détour par le nô... [Nouvelle acquisition]

 


J'ai eu envie, suite à une lecture, de me plonger dans l'univers du nô japonais... un univers étonnant, fascinant, déroutant. Parce que s'il y a un théâtre de convention, c'est bien lui (et qu'il a inspiré et inspire encore de grands metteurs en scène)! Des conventions qui datent de plusieurs siècles, d'ailleurs. Au point où le spécialiste René Sieffert en dit même:

Dans cette atmosphère confinée et intemporelle, cet art vigoureux et populaire, né dans une atmosphère de concours et de compétitions, s'assoupit tout doucement pour devenir un spectacle de musée, entretenu avec une religieuse componction par des pieux conservateurs officiant devant un parterre recueilli et somnolent. Nous savons, par des documents incontestables, que l'interprétation actuelle d'un nô prend en moyenne presque deux fois plus de temps qu'à l'époque des Ashikaga! C'est dire que cette lenteur que la plupart des auteurs occidentaux, et japonais, prennent pour le caractère essentiel du nô, ne lui était en aucune façon congénitale, et l'on constatera, en lisant Zeami, que celui-ci la condamnerait très certainement, s'il lui était donné d'assister à une représentation d'aujourd'hui... Apprécierait-il au moins l'austérité froide et la dignité revêche qui en résultent? Je n'oserais en jurer!

Toujours est-t-il que j'ai eu envie de plonger dans ce répertoire et cette façon unique d'aborder la scène. Et la meilleure façon a été de me procurer le bouquin ci-haut. Zeami (1363-1443) est l'incontournable du nô. Un monument. En plus d'être l'auteur de plusieurs oeuvres, d'être comédien, il a fait un traité qui sert encore de base à quiconque s'initie au genre. 

Donc de la théorie, on passe par la formation de l'acteur... pour terminer avec la lecture de huit pièces (qui composent une journée). 

lundi 29 mars 2021

Un saint en feu!


Ce beau petit morceau d'éloquence - dans le ton de tellement d'autres que j'ai publiés ici - a été écrit à la fin du XVIIe ou au début du XVIIIe siècle par le célèbre prêtre Louis-Marie Grignion de Montfort... né l'année de la mort de Molière (1673) et mort jeune, en 1716. 

Il faut savoir aussi que ce personnage ecclésiastique a été béatifié en 1888 puis canonisé en 1947. C'est donc dans la Confrérie des Saints qu'il peut déverser son fiel contre les comédiens.

dimanche 28 mars 2021

Une mauvaise actrice de moins... !

J'aime beaucoup les annonces mortuaires des grands comédiens des époques anciennes où il est question de conversion ultime, de tribulations funéraires, de cérémonies clandestines ou, au contraire, grandioses.

Voici donc, dans cette veine, un surprenant avis de décès d'une célèbre actrice (qui semble avoir été surtout une cantatrice) du XVIIIe siècle, Mme Favart (de son vrai nom Marie Justine Benoîte Favart, née Duronceray, et dite Mlle Chantilly à ses débuts sur scène), tiré de la Correspondance littéraire, philosophique et critique par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc. 

Après une brève description du trépas de la pauvre femme, la notice poursuit avec une critique assez virulente de son jeu... à croire que son auteur n'était pas un grand fan de la dame!:


Voici quelques portraits de cette comédienne et, en lien, une biographie:





samedi 27 mars 2021

Journée Mondiale du Théâtre 2021

C'est aujourd'hui la Journée Mondiale du Théâtre. Pour cet occasion, à de nombreux endroits dans le monde, des textes seront lus avant les représentations ou lors d'activités spéciales. 

Voici les messages officiels de cette année.

Celui de l'artiste international (la comédienne Helen Mirren):

Celui québécois (Anglesh Major):



mercredi 24 mars 2021

À moi le pouvoir!

 

En voilà un qui a une haute estime de la fonction de directeur de théâtre! Et pourquoi pas! 

Il s'agit de Pierre Auguste Callet. Et cet extrait est tiré de son ouvrage La Voix mystérieuse, publié en 1852. Cette (belle!) remarque suivait cette mise en contexte:


Je ne suis pas un expert en histoire... mais je pense qu'il doit s'agir de ce personnage (en lien, ici, une notice wikipédienne), Louis-Désiré Véron:


mardi 23 mars 2021

De la critique... en 1933!

La question de la critique théâtrale a toujours été d'actualité. Et quand on lit un papier d'époque (comme celui-ci tiré du journal Le Canada du 16 septembre 1933) sur ce mal nécessaire, il est toujours étonnant d'en constater la contemporanéité... 



dimanche 21 mars 2021

Vingt ans de mises en scène!

 

C'est là l'affiche de mon tout premier spectacle... et si on regarde les dates, c'est donc dire que cette semaine, j'ai (non)célébré ma vingtième année comme metteur en scène!

Et depuis ces deux décennies, j'ai eu la chance et l'opportunité de travailler beaucoup, de créer dans toutes sortes de contextes, avec différentes équipes, de nombreux comédiens et concepteurs, d'approfondir des approches, de tester des trucs scéniques, d'explorer. 

Si je compte bien (et que mon c.v. n'a pas de trous!), j'aurais signé, à ce jour, 76 projets. J'aime les statistiques. Alors ça donne ça:
  • Théâtre 100 Masques (qui est mon attache principale depuis 21 ans!): 34
  • UQAC (ce qui inclut plusieurs projets de fin de bacc., ma maîtrise, la troupe de théâtre amateur, les cours d'ateliers de création): 13
  • Théâtre Mic Mac: 9
  • Société d'art lyrique du Royaume (j'y compte les grandes mises en scène et les projets jeune publics, dont un qui n'aura jamais vu le jour): 6
  • Cégep de Chicoutimi (avec la troupe Les Mal-Avenants... mais l'an passé, nous n'avons pas présenté notre projet): 4
  • Projets personnels (faits en mon nom... et s'il y en a peu, c'est que ceux-ci ont principalement été drainés par le Théâtre 100 Masques): 3 
  • Divers autres contrats: 7 
Ça donne une moyenne de 3.8 mises en scène par année! Bien sûr, tout n'a pas la même importance. Et chacun de ces spectacles avait ses propres buts et objectifs.

Dans le lot il y a de belles réussites, je pense... et des projets qui ont été extrêmement stimulants. Ils me laissent d'impérissables souvenirs. Il y a aussi, naturellement, des déceptions, des projets moins probants, moins satisfaisants. Ceux-là je m'en souviens aussi fort bien. Leur importance est proportionnelle à la remise en question occasionnée! Souvent ce sont des jalons dans le parcours. Des réalignements. Puis il y a les autres. Les spectacles où j'ai eu du plaisir, fait de belles rencontres mais dont les images qu'il m'en reste sont floues.

Y aura-t-il un autre vingt ans? Au même rythme? Prochain rendez-vous en mars 2041!